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L'individu auto-déterminé

De
121 pages
Dans une société fortement individualisée où se développent flexibilité et mobilité, le produit le plus demandé est un être autonome et responsable de lui-même. C'est dans ce cadre qu'il convient de réinterroger les différentes instances de socialisation qui visent à l'élaboration du "caractère social". Comment, du berceau à l'entreprise, tout va être mis en œuvre pour faire croire à chacun qu'il est producteur de lui-même et de son destin, alors qu'il ne fait que se soumettre à une nouvelle norme, dont les mots-clés sont : spontanéité, épanouissement personnel et autonomie.
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L'INDIVIDU AUTO-DÉTERMINÉ
Anatomie du nouveau caractère social

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Philippe GABORIAU, Les spectacles sportifs, 2003. Sous la direction de Daniel TERROLLE et Patrick GABORIAU, Ethnologis des sans logis, 2003 Christian PAPILLOUD, La réciprocité, diagnostic et destins d'un possible dans l' ouevre de Georg Simmel, 2003. Claude GIRAUD, Logiques sociales de l'indifférence et de l'envie, 2003. Odile MERCKLING, Emploi, migration et genre, 2003. Dominique JACQUES (sous la direction de), Comment peut-on être socio-anthroplogue ? Autour de Pierre Tripier, 2003. Brigitte MUNIER, Figures mythiques et types romanesques, 2003.

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4635-7

Irène Jonas

L'INDIVIDU AUTO-DÉTERMINÉ
Anatomie du nouveau caractère social

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

Histoire d'une entrepriseparitaire: quinze ans deformation dans lesPME d1Ie-de-France, Irène Jonas et Jean-François Marchat, Paris, Syros, 1992. 10 expériencesnovatrices au servicede laformation continue dans les PME, Irène jonas et Jean-François Marchat, Agefos PME Île-de-France I ESF, 2001.
10 expériences novatrices pour l'emploi et la formation monde du sport, Irène Jonas, Agefos PME Île-de-France dans le I ESF,

2002.

« Le

système moribond secrète des toxines d'autant plus
d'autant plus fascinants que ces

agissantes ou des phantasmes

derniers se nourrissent de vent. Longtemps après la disparition des guerriers féodaux, la chevalerie hante la vie et les rêves d'hommes nés dans les boutiques. Ces survivances brouillent tout, effacent ou tentent d'effacer l'inévitable mutation qui détruit
ensembles

toutes les structures établies et suscite de nouveaux
organisés.
»

Jean Duvignaud,

Le pourrissement

des sociétés

INTRODUCTION
« On

nepeut ignorer cequi, dans lesformes actuelles du capinon seulement comme une

talisme, tend à encadrer, dans une certaine mesure à récupérer l'autonomie présentée pourtant possibilité ou comme un droit mais est, en quelque sorte exigé des personnes dont la grandeur se voit de plus en plus appréciée en fonction de leur capacité d'auto-réalisation constituée en critère d'évaluation. »1

L

autonomie est à l'ordre du jour. Il est globalement accepté, qu'au modèle autoritaire et d'obéissance à la maison, de

soumission à l'école et au travail, se soit substituée une socialisation, une éducation et un management qui prétendent rendre les individus autonomes et responsables de leur vie affective, de leur parcours scolaire et de leur propre sort sur le marché du travail. Simple mode, avatar des idéaux post-soixante-huitards, changement radical de société ou émergence d'une nouvelle la question. norme? Là est aujourd'hui
1

L. Boltanski et E. Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, NRF Gallimard,
p. 516.

2000,

9

Des conditions nouvelles, telles que: les statuts provisoires, les situations de précarité, la disparition d'engagements définitifs (dans l'univers familial comme dans celui du travail), obligent à une renégociation perpétuelle et à recréer constamment les cadres de l'interaction dans les relations ordinaires. La disde comportement et d'attiparition progressive des dépendances et des mécanismes sociaux qui favorisaient des automatismes nelle,
«Qu'il s'agisse de recherche d'emploi, de vie de couple, d'éducation, de manières de travailler ou de se conserver en bonne santé: dans ces domaines et dans d'autres encore, nous

tudes, laisse place à des normes incitant à la décision person-

sommes incités à être responsable de nous-mêmes. » 2 Ce nouvel individualisme s'accompagne d'une montée de avec les avec soi.

la norme autonomie, et la recherche de communication autres se double d'une recherche de communication

S'améliorer et travailler sur soi deviennent les conditions indispensables pour se gouverner dans une société complexe à l'avenir flou. Lautonomie devient une contrainte de masse et cette noudes rapports sociaux, elle est et cultivant sa velIe forme de socialisation ne peut se résumer à une simple analyse en termes de psychologisation liée à un processus historique. La fabrication de cet homme nouveau, autonome, centré sur son épanouissement différence ne peut pas être réduite à une démarche personnelle

2

Alain Ehrenberg, L'individu incertain, Paris, Calmann Lévy, 1995, p. 18.

10

que chaque individu chercherait à mettre en œuvre, elle est sociale avant d'être individuelle. Le nouveau monde qui s'élabore sous nos yeux est encore fragmentaire et approximativement désigné (mondialisation? ProNouvel esprit du capitalisme? Nouvel ordre économique? grès technique?

Flexibilité dans les relations de travail? Nais-

sance d'une famille relationnelle ?), mais toute une gamme de transformations sociales apparaissent dans le cadre de cette mutation. Les évolutions, analysées par de nombreux sociologues, dans les domaines aussi fondamentaux tions de reproduction fonctionnement, que la famille, le rôle des les condienfants, les temps de la vie 3, le travail, l'économie,

et d'existence, ne sont pas sans influences

sur le «caractère social». En effet, chaque société, pour son bon cherche à faire acquérir à ses membres un type de caractère social qui lui corresponde. Le caractère social est la façon dont une société s'assure un certain degré de conformité des membres qui la composent. «Des nécessités économico-historiques jusqu'aux méthodes d'éducation, il y a évidemment un pas énorme. Une grande partie des travaux consacrés à l'étude du caractère social s'est efforcée de combler ce vide, en montrant comment la satisfaction des principaux besoins de la société est préparée, de façon à moitié mystérieuse, par ses usagesles plus intimes.» 4 Cet ouvrage vise donc à examiner la façon dont un nouveau caractère social est en train de naître au sein de la société
3 Xavier 4 David Gaullier, Riesmann, Les temps de la vie

- Emploi

et retraite, Paris, Esprit-Le Seuil, 1999.
1964, p. 25.

La foule solitaire, Paris, Arthaud,

Il

et comment comment

il tend à s'affirmer sur le plan de la socialisation et du travail. Il s'attache à montrer le type extro-

familiale, de l'éducation

un type de caractère social dominant,

déterminé analysé par David Riesman, se trouve progressivement remplacé par un nouveau caractère social depuis une trentaine d'années: le type auto-déterminé. Pourquoi la société actuelle a besoin que ses membres acquièrent un type de caractère spécifique et comment cela se produit, est le sujet de cet essai.

VERS

UN NOUVEAU

CARACTÈRE

SOCIAL

E

n 1964, les sociologues français découvraient l'ouvrage de David Riesman, La foule solitaire. Presque quarante ans

après la publication de cet ouvrage qui analysait l'évolution du caractère social de l'homme occidental depuis le Moyen Age jusqu'aux années cinquante, on peut s'interroger sur le nouveau caractère social qui correspond à la mutation qui accompagne cette fin du deuxième millénaire. Définition du caractère social

«Le processus de socialisation, effectué par la famille et, secondairement par l'école et les autres institutions visant à la formation du caractère, modifie la nature humaine afin qu'elle se conforme aux normes sociales dominantes»l nous disait Christopher Lasch, toute société reproduit ainsi sa culture et ses normes dans l'individu.
1

C. Lasch, Le complexe de Narcisse, Paris, Robert Laffont, 1979, p. 57.

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Le caractère social est la façon par laquelle la société se procure un certain degré de conformité de la part des individus qui la composent. Afin d'assurer le bon fonctionnement d'une société donnée, ses membres doivent acquérir un type de caractère qui leur fasse vouloir agir exactement comme ils doivent agir en tant que membres de cette société ou d'une de ses classes. Pour obtenir que les membres de la société désirent faire objectivement ce qu'il est nécessaire qu'ils fassent, les diverses sources d'influence doivent être intériorisées dès l'enfance afin que la pression extérieure se trouve progressivement remplacée par la contrainte intérieure et par cette énergie particulière qui est canalisée dans les traits du caractère.2 Les caractères sociaux ne se succèdent pas strictement, mais se cumulent parfois sur de longues périodes et les formes arriérées d'un caractère social peuvent se maintenir alors qu'elles ont cessé d'assurer le bon fonctionnement de la société. Par «caractère social », je ne parle donc pas du caractère en tant que tel, d'un élément qui caractériserait une personnalité, mais bien d'une structuration des «façons d'être», de se construire, de se socialiser, conditionnée par les facteurs sociaux et historiques. Loin de caractériser un individu, le caractère social est la partie du «caractère» commune à un groupe ou une classe. Un nouveau caractère social En étudiant l'évolution du caractère social, David Riesman distingue deux révolutions essentielles: celle de la Renaissance
2

D. Riesmann, op. cit.

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