L'inefficacité de l'église face à la sorcellerie africaine

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Dans ce livre l'auteur explore les causes de l'inefficacité de l'église dans sa lutte contre la sorcellerie en Afrique et les décrit comme une conséquence d'une mauvaise définition de haute tradition religieuse africaine et son assimilation erronée à la sorcellerie. Partant de la tradition kôngo, l'auteur explore la vraie nature de la religion bantoue et démontre qu'elle n'a rien à voir avec la sorcellerie. L'auteur indique aussi les moyens d'une lutte efficace contre la sorcellerie et montre ce que devrait être l'apport de l'église pour l'élévation des mentalités religieuses profondes des Africains.
Publié le : mercredi 1 septembre 2010
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EAN13 : 9782296698499
Nombre de pages : 197
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AVANT PROPOS En 1986, j’ai suivi un cours de métaphysique divine avec un professeur sud-africain dans l’optique de me voir à la fin doté d’une compréhension suffisante pour me défendre contre les méfaits de la sorcellerie. Lorsqu’après douze jours de cours le professeur avait annoncé la fin de la session, ma déception pouvait être lue dans ma question : « C’est tout ? » Comprenant que mon attente profonde était d’apprendre comment combattre la sorcellerie africaine, le professeur m’avait invité à entreprendre des recherches moi-même avec les bases acquises. Cette recherche, dans laquelle je me suis engagé avec beaucoup d’application, m’a conduit à rétablir par une analyse étymologique et sémantique la vérité concernant le kindoki, qui jusqu’alors était faussement égalé à la sorcellerie. En 2006 l’un des participants à mon cours de métaphysique divine, avec qui j’avais auparavant échangé pendant longtemps des idées sur mon approche de la métaphysique divine et de l’épistémologie, m’a encouragé à rédiger une thèse sur mon approche de la spiritualité et de la philosophie. J’avais le choix entre étudier en ligne pour un Ph.D. en philosophie, en anthropologie ou en théologie. Je me suis finalement fixé sur un doctorat (Ph.D. Honour) en théologie (apologétique) à Trinty School of Apologetics and Theology de Kerala en Inde. Cette thèse, intitulée Correct perception of kindoki basis for a deep christianization of Africans, rédigée sous la direction de Dr Johnson Philip et de Dr Saneesh Cherian, a été sanctionnée par la mention A1. Elle est le fruit de vingt-deux années de recherche et de pratique de la guérison par la prière. Pratique qui m’a mis en contact avec des différents initiés qui étaient des sources précieuses des renseignements.

1La

cote A équivaut à 93 à 96 % des points.

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Beaucoup m’ont souvent posé la question de savoir : comment peut-on étudier la sorcellerie sans être soi-même un sorcier ? Mon approche est toujours d’étudier la sorcellerie en examinant à fond son antithèse : la métaphysique divine. Grâce à cette approche tout chercheur peut étudier la nature de la sorcellerie sans être entravé tant dans ses recherches que dans la révélation de ses trouvailles. Ma thèse est basée sur mon livre intitulé Kindoki : un mystère africain élucidé publié en 2002 sous le pseudonyme de Ne Kiana Mazamba. Ce livre a encore été publié en 2009 dans une version corrigée et augmentée par les éditons l’Harmattan sous le titre Vaincre la sorcellerie en Afrique. Mais contrairement à ce premier ouvrage qui aborde le sujet dans l’optique de l’anthropologie et de la philosophie, ma thèse était écrite dans une perspective totalement théologique, en vue d’aider l’Eglise à mieux cerner la notion de la sorcellerie africaine, car cette compréhension est essentielle au succès de son entreprise d’évangélisation du continent noir.

INTRODUCTION GENERALE L'année 1482 fut un tournant dans l'histoire de l'Afrique noire. Cherchant la voie d’accès vers les Indes, un navigateur portugais, Diego Caô, avait découvert l'embouchure du fleuve Congo. Cette découverte ouvrira la voie à la christianisation du peuple kôngo. Prêtres et laïcs seront, dès ce moment, envoyés par le Portugal pour ouvrir le Royaume Kôngo non seulement à la civilisation occidentale, mais plus encore à l'Evangile ! Pour accélérer le travail missionnaire, l'Eglise L’Eglise Catholique Romaine - a décidé de faire recours à l'ancienne stratégie utilisée avec succès pour l'Empire Romain et la Gaulle : christianiser le roi pour amener facilement la population à l'Evangile. Ce travail d'ouverture de la voie à Jésus dans la nation kôngo peut être divisé en trois phases : • La pénétration du Royaume Kôngo par L'Eglise Catholique Romaine et ses activités du 15e siècle, jusqu’au moment de la chute et la désintégration du royaume en 1665. L’évangélisation de l'État libre du Congo, qui deviendra plus tard le Congo-Belge, par les missionnaires catholiques et protestants du 19e siècle à l'indépendance du Congo-Kinshasa, du Congo-Brazzaville et de l'Angola. La poursuite par les chrétiens locaux de l’œuvre entreprise par les missionnaires occidentaux.





Dans toutes ces phases, l’Eglise fait face à de nombreuses difficultés. Mais la plus grande difficulté rencontrée par l'Eglise depuis la deuxième phase de l'évangélisation est la peur parmi ses membres du kindoki, considéré à tort comme égal à la sorcellerie. Le problème avec le kindoki est que le concept n'est pas bien défini et semble difficile à expliquer. Parlant de son travail en tant que prêtre catholique, Abbé Matota Ndongala Masinga explique :

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« Les gens continuent à fréquenter les prophètes, à consulter les devins. Les meilleurs de nos chrétiens ne trouvent pas anormal le fait de consulter les devins. Le matin on les voit à la messe. Ils prient pour être épargnés de tout malheur, dans l’après-midi, ils sont surpris en train de consulter des devins ou les prophètes. Ils interprètent mal le proverbe kikôngo qui dit : « Nzâmbi nkeba, nge mpi ukikeba. » (Aide-toi, le ciel t’aidera.) L’idée [du] kindoki continue donc son chemin malgré l’effort du christianisme. Mes 69 ans et mes 42 ans d’apostolat me portent à croire que le christianisme n’a pu rien apporter de positif dans sa lutte contre [le] kindoki. C’est dire que les méthodes employées pour combattre [le] kindoki laissent à désirer. »2

Il n'est pas étonnant de voir l'Abbé conclure en disant : « Suivre la voie que nous avons empruntée jusqu’ici dans la lutte contre [le] kindoki, c’est vouer à l’échec l’évolution du Mukôngo. »3 Dans l'esprit de l'Abbé Matota, comme dans celui de beaucoup de Bakôngo, le kindoki veut dire la sorcellerie, d'où il doit être combattu par l'Eglise. Dans le livre High ways for God in Congo Carpenter présente la même crainte de la sorcellerie comme l’un des obstacles aux activités missionnaires de protestants au Congo. Il écrit à la page 18 concernant les Besikôngo :
« La sorcellerie est leur principale ou seule croyance : tout ce qui advient est causé par elle ; tous les cas de sécheresse, de maladie, de décès, de brûlure, d'accidents et même les circonstances les plus triviales sont attribuées à la mauvaise influence de la sorcellerie ou du fétiche. »4

Il convient de noter que quoique Carpenter ne parle pas du kindoki, c’est ainsi qu’il perçoit la sorcellerie dans cette citation, car tel était et est encore la compréhension commune de tout protestant et catholique, comme on peut le constater dans la préface du livre Ndoki du pasteur baptiste Charles H. Harvey : « C’est évident que j’ai eu l’aide de plusieurs pour pouvoir écrire

Matota-Ndongala-Masinda, "la Kindoki, obstacle à l’évolution chez les Bakôngo", in les mouvements de résistance kôngo à l’évangélisation su 16e siècle à nos jours, Mayidi, 1992, p. 96. 3 Ibidem, p. 97. 4 Carpenter, G., Highways for God in Congo, Kinshasa, 1952, page 18.
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sur le sujet [de] ndoki, un aspect important de la sorcellerie. »5 (C’est moi qui souligne). La difficulté que l’Eglise rencontre dans son approche du problème du kindoki et de la sorcellerie a de nombreuses causes : • Les préjugés et l'ignorance de missionnaires pionniers les a conduit à ne pas tenir compte de la culture spirituelle de l’Afrique et même à l’estimer démoniaque. Cela résulte du fait que l’Eglise n’a pas distingué les éléments positifs des éléments négatifs ancrés dans la culture africaine, qu’elle n’a pas distingué le kindoki de la sorcellerie. Mais cela résulte aussi du fait de n’avoir pas accepté que les Noirs ont une philosophie soutenant leur pensée. La tentative obstinée, dans une certaine mesure, à comprendre la mentalité africaine dans une approche rationaliste. Ce qui a empêché l’Eglise de discerner que le peuple africain utilise un autre type de raisonnement que l'Occidental, un raisonnement qui donne la priorité à l'intuition sur la raison, un raisonnement dans lequel la réalité est métaphysique. L'Eglise moderne n’arrive pas à changer les mauvaises présuppositions héritées des missionnaires pionniers au sujet du kindoki et à adopter des nouveaux paradigmes.





Le triste résultat de tout ce gâchis est la conversion superficielle des tribus bantoues en particulier et des Africains en général. John Mbiti l'explique ainsi : « (…) dans les villages comme dans les villes, l’une des caractéristiques du christianisme missionnaire est d’être superficiel, assaisonné de culture et de matérialisme occidental et étranger à l’âme des sociétés africaines. »6

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Harvey, C., Ndoki, Kinshasa, 1974, p. 1. Mbiti, J., Religion et philosophie africaines, Yaoundé, 1972, p. 245.

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L’autre résultat de cette mauvaise approche est la destruction du kindoki divin, l’enseignement initiatique divin traditionnel kôngo, dans un effort de l’Eglise de combattre la sorcellerie qu’elle confond au kindoki ; cette destruction a conduit à la montée de la sorcellerie. Tous les chercheurs qui ont étudié le phénomène du kindoki ont commencé par la fausse présupposition que le kindoki est la sorcellerie et cela les a amenés à rater leur cible. La difficulté que l’Eglise rencontre avec le concept du kindoki est d’ordre sémantique. Je propose, dans cette thèse, d'aborder le problème sous un angle différent : par une analyse étymologique des mots kindoki et ndoki, je vais tenter de rétablir la véritable signification de ces concepts africains et aider l’Eglise à établir des nouveaux paradigmes dans la christianisation de l’Africain et dans la lutte contre la sorcellerie sur le continent noir. Le rétablissement du vrai sens des mots kindoki et ndoki me permettra de clarifier leur différence de la sorcellerie et du sorcier et d'élucider les trois niveaux du kindoki : le divin, l’humain et le démoniaque. Cette distinction des trois niveaux du kindoki, le mystère religieux kôngo, contribuera à aider l'Eglise à comprendre qu’elle doit exploiter les éléments positifs du kindoki divin, œuvrer à élever le kindoki humain et à lutter contre le kindoki démoniaque. La clarification des trois niveaux du kindoki me permettra d'expliquer le lien entre le kindoki divin et le christianisme et de proposer l'approche paulinienne envers les Athéniens et les Corinthiens comme un paradigme efficace dans la christianisation de la mentalité profonde de la tribu kôngo. Il me permettra également de montrer que le développement des Besikôngo est fonction de la restauration du mystère divin dans le cadre du christianisme kôngo comme un facteur important pour tenir en échec le mystère démoniaque et pour élever le mystère humain, comme le montre l'histoire des enfants d'Israël. En fait, cette étude du mystère religieux des Besikôngo permettra à l'Eglise d’approcher les tribus bantoues (et les Africains en général) d'une

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manière différente, elle ouvrira la voie à une conversion plus profonde des Besikôngo et à l'élévation de leur mentalité religieuse profonde. Dans l'étude du kindoki, une approche consiste à s'appuyer sur le discours populaire des Besikôngo concernant ce concept. Je vais m’appuyer sur ma connaissance directe de ce discours en tant que membre de l'ethnie kôngo, ainsi que sur des travaux précédemment réalisés par des chercheurs kôngo célèbres. Ma recherche de thèse a été bénie par ma rencontre avec Marthe Masaka ma Kondo, l'une des derniers initiés du Kimpasi (l’une des académies religieuses traditionnelles kôngo). Née en 1917, une enfant pleine de promesses, Marthe Masaka ma Kondo était souvent malade. Pour la protéger de ce qu'ils estimaient être des attaques constantes de la sorcellerie, ses parents l’ont inscrite dans une initiation divine du Kimpasi. Ceci était l'une des raisons pour lesquelles les gens étaient amenés à s'inscrire aux académies initiatiques. Ainsi, toute la vie de Masaka a été consacrée à la poursuite de la sanctification de sa conscience, quoiqu’elle ait vécu une vie normale : elle s’est mariée et elle a eu ses propres enfants, quatre filles et un fils. En 2006, Masaka est passée de ce monde pour rejoindre l’univers des ancêtres illuminés. Je vais montrer dans cette thèse que, pour les Besikôngo la notion du kindoki n'est pas péjorative, car elle fait allusion au produit de leur système éducatif élogieux. Parlant de l’initié de l’académie traditionnelle Kinkimba, Bahelele Ndimisa écrit :
« Il y a un grand avantage pour celui qui termine ses études dans le Kinkimba. C'est un honneur pour lui-même, parce que ses parents mettent leur espoir en lui comme un homme intelligent et puissant et d'autres ne peuvent pas se moquer de lui. »7

Puisque le kindoki n'était pas une notion péjorative pour les Besikôngo, il s'ensuit que tous les concepts liés à ce terme n’étaient pas non plus

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Bahelele Ndimisa, Lusansu ye fu bia N’kôngo, Kinshasa, 1977, p. 49.

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péjoratifs dans l’entendement profond des Besikôngo. Ces concepts, tels que : initiation (luhândusu), rite (m'pându), prêtre (ngânga), pouvoir spirituel (n'kisi), etc., étaient plutôt religieux. Ainsi, suite à la diabolisation des termes ndoki et kindoki par les préjugés et l'ignorance des missionnaires de la première évangélisation du Royaume Kôngo, tous les termes satellites du kindoki sont devenus aussi des termes répugnants évoquant quelque chose de diabolique. Je vais utiliser les termes « initiation » (luhândusu) et « initié » (hândusu) dans leur sens originel bantou et non dans une connotation magique, parce que mon approche est curative. Mon approche vise à corriger la mauvaise perception du kindoki, afin d'aider l’Eglise à être plus efficace dans sa lutte contre la sorcellerie, dans son évangélisation et dans sa contribution à l'élévation de la culture africaine. Ainsi, le terme « initié », pris dans sa plus noble dénotation, signifie tout simplement : une personne introduite dans l'univers des connaissances religieuses secrètes menant à l'illumination des sens. Il convient de noter également que les termes « Africain » et « Afrique » se réfèrent respectivement à la population noire et à l'Afrique noire. Ceci n'est pas une négation de l'identité des autres races présentes sur le vieux continent, ni un plaidoyer en faveur du racisme. J’adopte ces appellations pour des raisons de simplicité d'expression. Cette étude se limitera à la tribu kôngo et aux aspects de la théologie et de l'anthropologie religieuse. Mais les conclusions seront valables pour toutes les tribus bantoues, même pour presque tous les Africains. J'espère que mon travail contribuera à aider l'Eglise à établir des nouveaux paradigmes dans la façon d’aborder la question du kindoki et de la sorcellerie. Ces paradigmes sont d'une importance cruciale pour l'évolution des Noirs de l'Afrique et même des Noirs de la diaspora. Remarque : tous les passages de la Bible sont tirés de la version Louis Segond 1910, sauf indication contraire.

CHAPITRE I BREVE PRESENTATION DU ROYAUME KÔNGO A. INTRODUCTION Il est nécessaire de renseigner le lecteur de cette thèse sur la zone géographique concernée par mon étude. Bien que cette recherche puisse être faite pour toute société noire d’Afrique, je me suis limité à la société kôngo pour certaines raisons évidentes : • L'étude d'un concept comme le kindoki exige une bonne connaissance de la langue africaine concernée (dans le cas de cette thèse c’est le kikôngo) ainsi que de sa culture, ceci est plus évident dans la mesure où ma recherche s’est appuyée fortement sur une analyse sémantique et étymologique. Il était plus facile pour moi de faire cette étude chez les Besikôngo pour la simple raison que je suis Mukôngo moimême, j'ai été élevé dans le cadre de la culture traditionnelle kôngo (même si j'ai grandi à Kinshasa, Capitale de la République démocratique du Congo) et cela m'a donné la sensibilité nécessaire à une telle entreprise. B. CADRE GEOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE DU ROYAUME KÔNGO Les tribus bantoues provenant de l'Afrique du Nord, longèrent la côte est du continent noir jusqu’en Afrique australe et commencèrent à remonter vers le nord par la côte ouest. Pendant ce temps, ils ont fondé de nombreux royaumes, dont l'un est le Royaume Kôngo. A propos de la migration du peuple bantou Batshikama écrit :



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« Parmi les peuples sémites, continue D. P. De Pedrals, figuraient en outre les Hébreux (Khabir), ou Israélite. Certains dans des conditions universellement connues, s’établissent en Egypte ; d’autres, plus tard, figurent en Ethiopie. Mais tandis que les seconds à la faveur de l’union dynastique de la Makkeda et de Salomon, répandent les croyances et les institutions juives et font de l’Ethiopie un actif partenaire des entreprises des rois de Jérusalem et de Tyr, les autres ont dû, en raison sans doute d’un échec de desseins de même ordre, se replier d’Egypte et faire retour au pays d’origine. Et l’auteur de conclure : cette invasion orientale ayant provoqué la remontée de certains tribus noires sur la Nubie et aux portes mêmes du royaume de Thèbes, fut sans doute, en effet, la cause également du grand ébranlement qui allait porter à la rencontre des Pygmées, Boshimans et Hottentots primitifs, les populations noires dont l’actuel bloc appelé Bantou tire vraisemblablement son origine. »8

Selon le même auteur la fondation du Royaume Kôngo a été une tâche laborieuse qui a été entreprise dans un mouvement circulaire. La tribu kôngo a fondé d'abord le Kôngo dia Mpângala dans ce qui est maintenant la République d'Angola, puis les Besikôngo ont ajouté à leur territoire, le Kôngo dia Mulaza, qui est essentiellement ce qui constitue maintenant la province de Bandundu en République démocratique du Congo (RDC). Ils ont fondé ensuite le Kôngo dia Mpânzu dans le Nord et pour terminer le processus les Besikôngo créèrent au milieu de leurs terres le Zita dia Nza, qui est la partie centrale du royaume. Le Zita dia Nza comprenait en outre la capitale : Mbânza Kôngo. J. Dumont confirme cette hypothèse. Pour lui Wene, également appelé Nimi Lukeni, a formé un petit Royaume de Bûngu autour de l'actuelle ville de Boma (RDC). Wene a traversé le fleuve Congo et a pris une femme dans le clan Nsaku Vunda. Ainsi ce clan l’a reconnu comme leur roi. Dumont écrit :
« Autour de ce noyau initial, Ouéné conquit les Nsoundis établis de part et d’autre du fleuve Congo en aval de Brazzaville et de Kinshasa ; les Soyos du sud de l’embouchure du fleuve ; enfin les Mbambas établis au nord de la rivière

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Batshikama ba Mampuya ma Ndwala, R., Voici les Jagas, Kinshasa, 1971, p. 267.

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Loje ; ces deux derniers peuples non au Congo actuel mais dans l’Angola d’aujourd’hui. Puis ce fut le tour des Mpangous, à [l’est] de la ville congolaise actuelle de Thysville [Mbanza-Ngungu] et des Mpêmbas au sud de Sâo Salvador (Angola). Les Mbatas, au sud de Thysville, furent ensuite acte d’allégeance, ce qui leur valut un statut spécial (leur gouverneur devait appartenir au clan Nsakou-Laar9 ; élu ; il devait être investi par le roi). Très rapidement donc, le royaume fut maître de la région comprise entre l’océan et la rivière Kouango, parallèle à la côte atlantique, à 500 kilomètres environ à l’intérieur des terres. Ils s’étendaient aussi de l’autre côté du fleuve Congo, dans la région de Luozi, au sud-ouest de Brazzaville. La rivière Loje bordait au sud. »10

Le Royaume Kôngo, en dehors de ses trois principales provinces et de la capitale, avait aussi deux royaumes vassaux situés dans ce qui est aujourd'hui la République du Congo : le Royaume de Loango dans le nord et le Royaume de Anzico, à l'ouest, peuplé par les Bateke.11 En 1482 le navigateur portugais Diego Cao cherchant la voie vers les Indes remarqua qu'il était à l'embouchure d'un fleuve puissant. S’engageant dans les eaux tumultueuses, il découvrit le Royaume Kôngo. Cette découverte a marqué la rencontre de l'Occident et des Bantous. Rapidement le Royaume Kôngo enverra des ambassadeurs au Portugal, au Pays-Bas, au Vatican et en Espagne. La force de ce royaume démocratique était dans son système religieux et initiatique dans lequel le ntotila (roi élu) gouvernait le royaume sous la direction éclairée du grand-prêtre. Ainsi, dans ce royaume la politique et la science étaient soumises à la religion et le système éducatif incluait les connaissances spirituelles, politiques et scientifiques, ainsi que le développement des facultés éthériques de l'homme. Ces connaissances, qui étaient souvent ésotériques, et les facultés éthériques qu’elles conféraient formaient les connaissances et les facultés qui étaient appelées par les autochtones le kindoki.

Nsaku N’laza. Dumont, J., l’Histoire générale de l’Afrique, Paris, 1972, pp. 77-78. 11 Kimpoko, J., le Guide du musée, Musée régional “Ma Loango”, Pointe-Noire, 1986, p.2.
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La rencontre entre l'Occident et le continent noir s’est faite au détriment des traditions religieuses de l'Afrique, qui allaient bientôt faire l'objet d'une campagne systématique de sape – par préjugés et ignorance – œuvre du courant rationnel qui en se déferlant sur le continent, imposa une vision occidentale du savoir. Ainsi, les traditions religieuses africaines ont été rapidement considérées comme diaboliques et le kindoki est devenu synonyme de la sorcellerie, en dépit de la différence entre ces deux concepts. Cette diabolisation du kindoki allait semer la peur et la haine dans les cœurs des Africains. Ce qui était un instrument de prospérité, assimilé à la sorcellerie, allait devenir un instrument de destruction massive. Le Royaume Kôngo allait sombrer rapidement dans une confusion et dans un chaos écœurants. Depuis lors, l'histoire de la grande quête religieuse parmi les Besikôngo, comme dans toute l’Afrique noire, a toujours été la tentative de ramener le kindoki sur la bonne voie. Ce qui a conduit Bureau à écrire :
« On peut dire que la majorité de prophètes qui se sont levés et se lèvent encore en Afrique noire pour sauver leur peuple ou leur race tout entière se sont attaqués au problème majeur de la sorcellerie et ont cru à la possibilité d’une conversion individuelle et sociale : faire passer les forces de la nuit au grand jour ou leur donner une application positive. Si les foules importantes les suivent c’est dans l’espoir de se décharger de ce poids insupportable. »12

Cette opinion est partagée aussi par Kimpianga Mahaniah qui affirme dans son livre Vie et époque de Mbuta Mahaniah :
« Pour les prophètes, le kingunza était à la fois le mouvement de résistance qui libérerait l’Africain de la domination coloniale et le mouvement d’ablution ou de purification qui éradiquerait l’envoûtement, la sorcellerie, la magie, le fétichisme des sociétés africaines. »13

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Bureau, R., "Sorcellerie et prophétisme en Afrique noire", in Etudes, Paris, n°4 Avril 1967, pp 467-481. 13 Kimpianga Mahaniah, Vie et époque de mbuta Mahaniah, Kinshasa 1983, p. 163.

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Les conflits provoqués par la peur de la sorcellerie et la traite des esclaves, ainsi que les nombreuses intrusions des superpuissances occidentales dans la politique du Royaume Kôngo l’ont conduit à son déclin et l’ont réduit à un petit Etat qui plus tard sera divisé en trois parties constituant les possessions coloniales du Portugal, de la Belgique et de la France. Le peuple du Royaume Kôngo était appelé : Besikôngo ou Bakôngo. Les singuliers de ces appellations sont respectivement : Muesikôngo et Mukôngo ou N'kôngo. Je vais utiliser toutes ces appellations dans cette thèse pour désigner les membres de la tribu kôngo. Actuellement, le mot Besikôngo se réfère à un groupe ethnique situé dans l'ancien emplacement du Royaume Kôngo, mais aussi aux diverses personnes qui utilisent les différents dialectes liés au kikôngo, la langue des Besikôngo. Ainsi, l'appellation Besikôngo fait allusion aux groupes suivants : Bavili, Bawoyo, Bayombe, Bakabinda, Bansundi, Balari, Babembe, Badondo, Besingombe, Basolongo, Besi San Salvador, Bandibu, Bantandu, Bazombo, Bambata, Bayaka, Bambala, Bapende, Basuku, Bayanzi, Bateke, Bahumbu, etc. C. BIBLIOGRAPHIE 1. Matota-Ndongala-Masinda, "la Kindoki, obstacle à l’évolution chez les Bakôngo", in les Mouvements de résistance kôngo à l’évangélisation su 16e siècle à nos jour, Mayidi, 1992. 2. Carpenter, G., Highways for God in Congo, Kinshasa, 1952. 3. Harvey, C., Ndoki, Kinshasa, 1974. 4. Mbiti, J., Religion et philosophie africaines, Yaoundé, 1972. 5. Bahelele Ndimisa, Lusansu ye fu bia N’kôngo, Kinshasa, 1977. 6. Batshikama ba Mampuya ma Ndwala, R., Voici les Jagas, Kinshasa, 1971. 7. Dumont, J., l’Histoire générale de l’Afrique, Paris, 1972. 8. Bureau, R., "Sorcellerie et prophétisme en Afrique noire", in Etudes, Paris, n°4 Avril 1967. 9. Kimpianga Mahaniah, Vie et époque de mbuta Mahaniah, Kinshasa 1983.

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