L'information face au changement technique

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Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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EAN13 : 9782296282964
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L'INFORMATION FACE AU CHANGEMENT TECHNIQUE Une approche multidiscipIinaire

COLLECTION

DOSSIERS

SCIENCES

HUMAINES

ET SOCIALES

La collection DOSSIERS SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES est créée pour donner la parole aux étudiants, qui ont en général peu l'occasion de publier. Son ambition est de fournir un panorama de la recherche en Sciences Humaines et Sociales aujourd'hui, et l'idée de ce qu'elle sera demain. Les travaux publiés à partir d'enquêtes el de recherches de terrain sont l'expression de ce qui est en train d'émerger, en France et à l'étranger. Les éventuelles limites théoriques et descriptives des travaux d'étudiants ne signifient pas absence de qualité et d'originalité. DOSSIERS SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES a pour but de combler l'isolement des étudiants pour favoriser une dynamique et un échange entre les recherches en cours. Les publications, réductions de maîtrise, DEA ou travaux intermédiaires de thèSe, sont réunies autour d'un thème, soit par un enseignant qui anime le Dossier, soit à l'initiative d'un étudiant qui appelle à communication. Chaque fascicule thématique regroupe en 180 pages de deux à dix communications, présentées par l'animateur du Dossier dans une introduction de synthèse.
Collection SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES animée par : Sophie T APONIER, Responsable de la collection Dominique DESJEUX, Professeur à Paris V Sorbonne SmaIn LAACHER, Directeur littéraire DOSSIERS

Conlin 'dltorl.' : Pierre-Yves OAUDARD (6tudiant. (6tudiant, Paria V) Richanl DELRIEUX (6tudiant, N"_)

~ric MARCHANDET - MauriceTows) - Alain BOURDIN BLANC (mahR de confénonce. Nancy) - Françoiae BOURDARIA (mattre de conCézenc:e. (prof_eur. Toulouse) - FnnçoiI DUBET (prof_eur, Bordeaux) - Anne OUll.LOU (maitre de

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(profesl...r. - C. de MONTUBERT

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Jean PAVAOEAU

(maitre

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@ L'Harmattan, 1993 ISBN: 2-7384-2172-5

Dossier coordonné par Marie-Pierre BES et Jean-Luc LEBOULCH

L'INFORMATION FACE AU CHANGEMENT TECHNIQUE Une approche multidisciplinaire

Préface de M. Baslé
M.-P. BES, E. EVENO, J.-L. LEBOULCH, P.LE FLOCH, A. OUGHEBBI, I. PRANEUF

Editions L'Harmattan 5-7, rue de L'Ecole Polytechnique 75005 Paris

COLLECTION DOSSIERS SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES

S. Joubert et E. Marchandet (dir. publ.), Le social dans tous ses états, 1990. D. Cuche (dir. publ.), Jeunes professions, professions de jeunes ?, 1991. D. Desjeux, 1. Orhant, S. Taponier, P"édition en sciences humaines. La mise en scène des sciences de I 'Homme et de la Société, 1991. A.-M. Green, Un festival de thédtre et ses compagnies, le off d'Avignon, 1992. P. Favre (00), Sida etpolitique, les premiers affrontements (19811987), 1992. W. Ackermann (00), Police, justice, prisons ,.trois études de cas,

1993.

REMERCIEMENTS C'est à l'occasion des réunions universitaires organisées par le Groupe de Recherche CNRS d'Economie Industrielle au cours des années 1990-92 que l'idée d'un travail collectif a germé. Le projet a été élaboré grâce à une collaboration régulière entre les jeunes chercheurs du CERETIM (Centre d'Etudes et de Recherches sur l'Entreprise, la Technologie, les Institutions et la Mondialisation) et du LEREP (Laboratoire d'Etudes et de Recherches en Economie de la Production). Nous sommes conscients de la confiance que les membres de ces laboratoires nous ont accordée et nous les en remercions. La partie technique de cet ouvrage collectif a été prise en charge par Olivier Alary et Thierry Iulliand, membres du LEREP. Nous leur sommes très reconnaissants de la qualité fmale de la présentation. En dernier lieu, nous tenons à préciser que nos déplacements ont été en partie financés par le programme PIR TTEM If CNRS: "Toulouse, Technopole, Technopolis", auquel le CIEU (Centre Interdisciplinaire d'Etudes Urbaines) était associé.

1 Programme Interdisciplinaire de Recherches sur les Technologies. le Travail, l'Emploi et les Modes de vie. 7

SOMMAIRE ET PRESENTATION

DES AUTEURS

JEAN-LUC LE BOULCH & PATRICK LE FLOCH: Les paradoxes de l'information: réflexion sur les problèmes d'appropriation et de circulation de l'information technologique, pages 25 à 64. Les deux auteurs préparent une thèse en Economie Industrielle au CERETIM de l'Université de Rennes et sont doctorants à l'Ecole Doctorale de Sciences Economiques et de Gestion de l'Université de Rennes. JEAN-LUC LE BOULCH: Transportabilité de l'information technologique et insertion spatiale des firmes, pages 65 à 106. Cet allocataire d'enseignement et de recherche à l'Université de Bretagne Occidentale est spécialiste des approches régionales, il participe également aux études économiques du Centre d'Economie Sociale (CES) de Brest.

MARIE-PIERRE

savoir-faire: du missile au satellite, pages 107 à 138.
Membre du L.E.R.E.P. et Docteur (N.R.) de Sciences Economiques de l'Université Toulouse I sur les déterminants du progrès technique dans le secteur spatial. ALI OUGHEBBI : Le processus d'acquisition de l'information stratégique dans les PME: Le dirigeant en tant que pôle de décision pertinent, pages 139 à 162. C e chercheur en Gestion est Docteur (N.R.) à l'Institut de Gestion de Rennes. Sa thèse s'intitule: "Un modèle d'approche des déterminants de la performance des PME: étude théorique et analyse empirique". ISABELLE PRANEUF : Les réponses organisationnelles de la firme face à son environnement informationnel, pages 163 à 196. Intéressée par les phénomènes d'organisation et d'information dans l'entreprise, cette chercheuse conduit une thèse d'Economie au L.E.R.E.P. à l'Université de Toulouse I. EMMANUEL EVENO: Pouvoir local et techniques

BES : Progression technologique d'un

d'information et de communication, pages 197 à 220. Maître
de Conférences en Géographie à l'Université Toulouse-Le Mirail. Docteur (N.R.) en Géographie-Aménagement, membre du CIEU et du GRESOC (Groupe de Recherche Economie, Société, Communication) à l'Université de Toulouse-Le Mirail.

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PREFACE

L'on assiste dans les années 1980-1990 à la résurrection de perspectives ouvertes par les économistes autrichiens en général et Joseph SCHUMPETER en particulier. Dans les approches post-schumpéteriennes, la fonction de l'entrepreneur se détache cependant de la personne même du leader. Israel KIRZNER (suivant Luwig von MISES) prétend encore que l'entrepreneur est un veilleur de nuit à l'écoute du monde des nouvelles opportunités, un homme tout particulièrement informé qui aurait, en outre, de solides qualités de filtre et d'arbitrage2. Mais on sait que les "idéaux-types" appelés "entrepreneurs" ne sont pas des individus spécifiques. Leurs organisations sont les unités actives institutionnelles qui portent "l'esprit d'entreprise". Ces organisations ne sont elles-mêmes que des éléments neuronaux dans un réseau interactif plus large et qui a tendance depuis une trentaine d'années à être plus ouvert en même temps que plus complexe. Le fonctionnement de ce réseau de firmes en liaison avec d'autres réseaux (scientifiques, commerciaux) permet l'acquisition d'informations (qu'on n'ose plus appeler des données) et l'incorporation de celles-ci dans les processus de décision. En période de changement technique rapide ou même accéléré, toutes les firmes ne sont pas à égalité. dans le réseau. Seules quelques organisations sont à même d'entendre, de trier et de réagir. Le processus imparfaitement concurrentiel étudié depuis si longtemps par les économistes, n'est autre alors qu'un procès de sélection, par les "mieux équipés", de l'information technologique et une opération de construction et de management des règles du progrès technologique.
Mais ce processus imparfaitement concurrentiel n'est pas incontrÔlable, ni incontrÔlé. Les firmes évoluent dans un
2KIRZNER Israel (1973) : Competition and Entrepreneurship, University of Chicago Press et (1974) : Perception, opportunity and profits, University of Chicago Press. Voir une critique interne de la thèse dans l'ouvrage de SCHULTZ Theodore W. (1990) : Restoring economic equilibrium. Human capital in Modernizing Economy, Basil Blackwell, pages 35 et s.

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e~pace multidimen~ionnel. Et les espaces ne sont pas eux mêmes quelconques: ce sont les lieux de localisation des coutumes, des règles, et en même temps de l'intelligence, du savoir-faire, de la création technique, de l'évaluation permanente et intersubjective du management technologique; ce sont les lieux façonnés par les individus et les institutions, au sens strict de véritables "territoires" : territoires d'appartenance ou territoires socio-politiques (l'expression étant légèrement redondante).
L'économie du changement technique, l'économie des institutions et des organisations, "l'industrial organization", l'économie de l'information doivent aujourd'hui rendre compte du processus de cette "concurrence compliquée" en même temps que des changements et des évolutions qui en résultent. Ces quatre champs disciplinaires doivent être aujourd'hui croisés: il importe évidemment d'être nombreux et d'apprendre par la pratique pour réussir ce croisement. Aussi devons nous remercier les jeunes doctorants ou docteurs issus de nos équipes d'avoir organisé la réflexion analytique et d'avoir réuni quelques études qui relèvent d'une approche muItidisciplinaire (économie et gestion, géographie). Ils ont en particulier remis sur le métier un des problèmes signalés par Herbert Simon. Dès 1971, celui-ci avait signalé la difficulté de la mise au point d'organisations pour un monde riche en information3, tellement riche qu'il paraît naturel d'anticiper que des erreurs de sélectiondiffusion se produiront. On sait que pour l'information technologique, le problème est accentué. Les auteurs offrent ici des résultats et nous croyons qu'ils ont bien sélectionné. Puissions nous mieux résoudre avec eux les problèmes de nos "tours de Babel" technologiques4. Maurice BASLE Professeur de Sciences Economiques CERETlM URA1240CNRS Responsable de l'Ecole Doctorale de Sciences Economiques et de Gestion de l'Université de Rennes I

3Voir aussi SIMON H. (1982) : Models of bounded rationality, MIT Press. 4L'expression est de SCHNABL H. (1991) : "Agenda-diffusion and innovation: a simulation model", Journal of Evolutionary Economics, Ed. Springer Verlag, vol. 1 nOI, page 66. 12

INTRODUCTION

GENERALE

Avec l'émergence des nouvelles technologies de communication (NTC), nous entrons dans une ère économique et sociale nouvelle, où l'information constitue chaque jour davantage, le "nerf' de la compétitivité et de la guerre économiques. Ces mutations apparemment technologiques deviennent industrielles, sociales et organisationnelles, et envahissent peu à peu nos modes traditionnels de consommation et production. De sorte que l'on peut considérer cette mutation comme une véritable révolution technologique 1 ; une rupture paradigmatique par rapport au système technique ancien, centrée autour de l'apparition de deux innovations fondamentales: l'électronique couplée à l'informatique. Après l'âge de la vapeur, puis de l'électricité, voici venir l'âge de l'électronique et de l'informatique.
L'impact universel des Technologies nouvelles: Ce nouveau système technique entraîne autant d'adaptations économiques et sociales réussies que d'échecs et d'obsolescences rapides. Les bouleversements qu'il produit sont nombreux et difficiles à étudier isolément tant il associe l'ensemble des acteurs et pratiques sociales. On constate en même temps:

-L'émergence d'une société techniciste2, où l'acceptation politique et sociale du progrès technique est totale. L'informatique, l'électronique et la publicité sont rentrées, de manière insidieuse, dans tous les actes économiques et politiques: l'achat, la vente, l'anticipation, la négociation etc... Leurs influences sur la vie des entreprises sont irréversibles: l'investissement immatériel représente 40 % de la formation brute de

1 au sens de FREEMAN C. (1982) : Unemployment and Technical Innovation, Frances Pinter, London. 2ELLUL J. (1990) : La technique ou l'enjeu du siècle, Economica. 13

capital fixe des entreprises3 et le secteur tertiaire englobe plus de 60 % des actifs en France. La montée des services participe à l'apparition d'une société "néoindustrielle", caractérisée par une informatisation croissante des rapports sociaux et productifs. -les nouvelles technologies (biotechnologies, nouveaux matériaux et énergies nouvelles) sont combinatoires et se diffusent dans l'ensemble de la sphère industrielle, elles forment un véritable "système technologique"4 : il en résulte un foisonnement phénoménal de nouveautés, dont les entreprises cherchent à s'assurer l'exclusivité, en investissant dans la recherche/développement. -l'accélération des phénomènes de sur-information et désinformation des consommateurs et des entreprises: la multiplication des sources et supports d'information se heurte maintenant aux capacités humaines de tri et sélection des données! Cette multiplication des réseaux de télécommunications (télétel, vidéotel, transpac, etc...) qui utilisent aussi bien les câbles, les ondes hertziennes ou les satellites représente d'abord de nouveaux marchés stratégiques pour les grands groupes. -une réorganisation géographique des firmes dans l'espace mondial: dans la mesure où les ressources stratégiques deviennent les compétences humaines et les sources d'information, les facteurs de localisation évoluent vers la recherche de pôles urbains de communication, ouverts sur l'environnement international.
Le changement fondamental apparaît à la fois dans le domaine de l'exploitation et de la transmission de l'information. L'ordinateur sous toutes ses formes devient l'outil indispensable dans le travail et les possibilités d'échange à distance de l'information se multiplient.

3LAGRANGE F. (1988) : "Réflexions sur l'investissement immatériel" in O. Giarani & J.R. Roulet, L'Europe face à la nouvelle économie de service, PUF, Paris. 4GONOD P.F. (1988) : "le système technologique", in R. Arena et alii, Traité d'Economie Industrielle, Economica. 14

L'apparente fluidité des communications à distance Ces nouvelles technologies contribuent à modifier la relation espace/temps dans les communications. La quasiinstantanéité des transmissions télématiques permet aujourd'hui une interactivité à distance. Alors qu'un échange de lettre nécessite au moins quarante huit heures par le réseau postal, une page dactylographiée est transmise en moins de cinq secondes par fax. Les NTC favorisent également le traitement et le stockage de l'information, entraînant ainsi une élévation de son accessibilité par les firmes, par l'intermédiaire des banques et bases de données, notamment. La modernisation des communications permet une optimisation de l'organisation spatio-temporelle des firmes5 : elles peuvent répartir leurs Etablissements sur un vaste territoire, sans perdre pour autant le contact entre siège social, filiales de distribution et ateliers de production. Les délais de communication entre firmes et donc les temps de réaction par rappon à la concurrence sont considérablement réduits. Un nouveau mode d'organisation (autant de la production que des rapports sociaux, d'ailleurs) émerge, caractérisé par sa flexibilité6 : chaque entreprise utilise un ensemble de réseaux relationnels avec ses fournisseurs, ses clients et ses concurrents. L'externalisation des fonctions teniaires est une illustration visible de cette recherche de flexibilité7. Un maître mot: flexibilité Face à un bouleversement incessant de l'environnement économique et technologique, l'équilibre productif entre "faire" ou "faire-faire" est fragile et précaire. Sa stabilité dépend d'une bonne articulation entre organisation interne (hiérarchie, organisation des équipes, canaux de transmission des informations) et organisation du marché. L'entreprise doit s'organiser, de manière à se
5RALLET A. (1991) : "Télécommunications et compétitivité", IRIS-TS, Université de Paris-Dauphine. 6COHENDET P. & LLERENA P. (1989): Flexibilité, information et décision, Economica. 7BRESSAND A. et NICOLAIDlS K. (1985) : Le prochain Monde, éditions du Seuil. 15

connecter rapidement sur de nouveaux projets et de nouveaux marchés. Toute réorientation d'activité nécessite deux qualités: être capable de capter le maximum d'informations à la fois quantitatives mais aussi informelles et disposer d'actifs financiers et humains flexibles. Plusieurs niveaux organisationnels sont mis en cause par cette recherche de flexibilité: l'organisation spatiale des entreprises (Jean-Luc Leboulch) et des administrations locales (Emmanuel Eveno), l'organisation des filières et secteurs (Marie-Pierre Bès) et le management interne des Etablissements (Ali Oughebbi, Isabelle Praneut). Dans l'espace mondial et local, les firmes se réorganisent géographiquement afin d'utiliser des réseaux relationnels efficaces; ils leur permettront des échanges fréquents, interactifs d'informations renouvelées et moins routinières avec leur environnement. La complexité cachée des technologies: comme variable stratégique l'information,

Cependant ce nouveau système technico-économique présente une complexité analytique: la technologie apparaît, pour la première fois, comme une contrainte forte pour les acteurs économiques. Pour chacun d'entre eux, connaître et être capable d'utiliser de nouveaux processus de production, est une condition nécessaire mais pas suffisante de compétitivité. L'accès à une information "vivante" devient primordial et son intégration dans une expérience productive, décisive. Deux phénomènes apparemment contradictoires existent: un renforcement de la concurrence (course aux brevets, secrets industriels, etc...) et une multiplication des accords de coopération dans le domaine de la RechercheDéveloppement. Cette opposition recouvre celle du renforcement des mouvements de polarisation au sein de territoires innovateurs face à l'internationalisation croissante des activités économiques. C'est justement dans la transition entre des pratiques industrielles ou institutionnelles existantes et de nouveaux modes flexibles de réaction, que notre société doit être comprise. L'émergence de techniques de communication apparaI"talors, à la fois comme un reflet et un miroir de cette modernité. Elle pose, nous semble-t-il, la question de la place

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et du statut économiqueS de l'information dans notre société. La rupture avec les systèmes productifs anciens se fonde sur une nouvelle relation entre activités industrielles et de service: l'intégration des services intervient dans les procès de conception et d'utilisation des produits. L'organisation fordiste de production de masse au sein des grandes unités de production, laisse sa place à une production du "sur mesure de masse", s'appuyant davantage sur les économies de gamme. La maîtrise des techniques passe donc par la captation d'informations diverses sur les marchés, les découvertes scientifiques mais aussi les formations. Une approche technologique transdis ciplin aire de l'information

Si les phénomènes de production du savoir sont largement décrits par les chercheurs, par contre l'analyse de la circulation d'informations reste encore partielle. Bien qu'unanimement considérée comme centrale dans le fonctionnement des organisations, l'information reste un concept flou dont il est difficile de cerner toutes les spécificités.
Communication et information sont les deux concepts clés autour desquels tourne notre problématique: le dilemme central est bien celui d'un arbitrage entre la détention exclusive d'une information et son partage avec d'autres acteurs. Dans quelle situation un acteur a-t-il intérêt à utiliser seul une information plutôt qu'à susciter des synergies coopératives? Quels sont, en fait, les acteurs qui subissent les nouvelles technologies de communication (NTC) et ceux qui les maîtrisent? Comment mesurer quantitativement cette flexibilité? Force est alors d'admettre l'éclatement mais aussi la richesse des outils d'analyse proposés par les sciences sociales face à ces questions: le philosophe éclaire les aspects sémantiques de la notion d'information9, le sociologue insiste sur la place de la communication dans les systèmes sociaux,
800RDON P. (1989) rappelle que le marché de l'information n'est comparable ni avec celui des concombres ni avec celui des planches à voile, in La place du marché: Essai sur l'économie des biens et services de communication, coll. IDA TE, communication et société, Economica. 9 ATI..AN H. (1979) : Entre le cristal et lafumée, essai sur l'organisation du vivant, coll. Points, Seuil. 17

le juriste fixe un cadre réglementaire pour les droits de propriété tandis que les systémiers ont proposé de nouveaux principes de régulation des organisations, touchées par le progrès technique. Leurs principaux écrits constituent un arrière-plan méthodologique commun à nos contributions. Cependant, ces dernières privilégient trois disciplines connexes: l'économie, la gestion et la géographie.

Vis-à-vis de l'information, ces trois sciences sociales cherchent à analyser sa valeur et les stratégies de ses détenteurs. Elles se donnent les concepts nécessaires au suivi du parcours de l'information: lieux de création et de circulation.
A chaque chercheur, L'économiste son langage ... industriel apprend à évaluerlO

changements techniques en termes quantitatifs

coût d'obtention ou de reproduction information? - mais également dans leur dimension qualitative - quel avantage stratégique représente sa détention en termes d'apprentissage technologique? Ses objets de recherche sont principalement les structures, les stratégies et les performances industrielles. Dans cette contribution, nous tenterons de cerner les modalités de circulation de l'information entre les agents économiques et de mieux comprendre comment les organisations captent et surtout utilisent ces informations. à titre productif. Ici, l'accent est mis sur les capacités ou les limites organisationnelles des firmes à utiliser et à produire des informations stratégiques. L'analyse doit être nécessairement dynamique: l'utilisation d'une information technologique est un processus temporel et progressif. Le chercheur en gestion, en l'occurrence Ali Oughebbi, focalise son attention sur les informations stratégiques auxquelles accèdent les PME: comment le décideur va-t-il discerner ce qui relève de l'information, de ce qui appartient au domaine du "bruit" ? Quelle est sa rationalité économique face à un arbitrage entre une gestion
souple de la communication externe

est le d'une nouvelle

- quel

les

-

pour obtenir

des

IODE BANDT J. et FORAY D. (1991) : L'évaluation recherche et du changement technique, Ed. du CNRS. 18

économique

de la

informelles et une planification circulation interne des informations?

informations

-

de la

Dans une démarche plus pragmatique, il montre que les relations individuelles tissées par les dirigeants compensent la faiblesse des moyens financiers et matériels de ces entreprises.

La présence d'un géographe est porteuse d'une connaissance sur les phénomènes urbains novateurs (Emmanuel Eveno). La question du pouvoir local face à de nouvelles technologies d'information interroge celle des responsabilités administratives. Le prisme toulousain laisse présager des comparaisons prometteuses avec d'autres villes technopoles Il.
Une diversité des champs d'étude L'autonomie du travail de chaque jeune chercheur se traduit par une diversité complémentaire de leurs objets d'étude: les approches théoriques sur l'information (JeanLuc leboulch & Patrick Lefloch : "Les paradoxes de l'information: réflexion sur les problèmes d'appropriation et de circulation de l'information") ou sur l'organisation (Isabelle Praneuf : "Les réponses organisationnelles de la firme face à son environnement informationnel ") ont servi de fondement analytique aux démarches plus spécifiques conduites par Ali Oughebbi ("Le comportement d'acquisition de l'information stratégique dans les PME: le dirigeant en tant que pôle de décision pertinent"), Marie-Pierre Bès ("Progression technologique d'un savoir-faire: du missile au satellite"). Les contributions d'Emmanuel Eveno ("Pouvoir local et techniques d'information et de communication") et de Jean-Luc Leboulch ("Transportabilité de l'information technologique dans l'espace et insertion spatiale des firmes") soulignent, quant à elles, les divergences dans l'utilisation des concepts sur les techniques de communication entre l'économie et la géographie. Tous ont décrit une réalité organisationnelle et locale différente des mécanismes théoriques de création et d'utilisation de l'information. Les situations idéales de flexibilité et fluidité se heurtent à des habitudes et des
Il BAKIS H. (ed) : Communication Française; 1990. 19 et territoire, La documentation

pratiques anciennes, preuves de la survivance des cultures et âmes collectives12.
Organisation et circulation de l'information Patrick Lefloch & Jean-Luc Leboulch s'interrogent sur la spécificité du bien information et notamment sur son appropriation: l'usage d'une information est apparemment collectif puisqu'elle est accessible à tous les agents économiques. Or, les informations stratégiques doivent être détenues exclusivement par l'acteur qui en a supporté le coat de fabrication, afin qu'il bénéficie pleinement de son usage. Théoriquement, l'exclusivité de sa détention et donc de son usage semble possible dans deux cas de figure: par la conservation du secret de sa détention, par le dépôt de brevets. Or l'action de breveter ou celle de protéger une découverte révèle aux concurrents le caractère sensible de cette information et fournit de surcroît des premières indications: un brevet, loin de protéger une invention, favorise les stratégies de duplication à un coat bien inférieur aux investissements initiaux consentis par l'entreprise créatrice. On est face au principal paradoxe de l'information, soulevé par la théorie économique. Cependant, le contenu d'une information acquise sur le marché n'est pas immédiatement explicite pour l'acquéreur: l'information n'est pas signifiante sans un effort long et continu d'interprétation interne et de dialogue avec l'émetteur.

En matière d'information technologique, le savoir est souvent non-formalisé, car tacite, c'est-à-dire non transmissible sur un support. Les formes d'organisation économique doivent donc s'adapter aux limites de sa compréhension et de sa diffusion à distance. Aux stratégies traditionnelles (coopérations, interventions publiques dans la recherche fondamentale), vient se greffer la recherche de relations informelles: il s'agit, pour les firmes, d'accéder

12ETCHEGOYEN A. (1990) : Les entreprises ont-elles une Ilme ? F. Bourin. 20

autant aux informations
personnalisés
13

.

quantitatives

qu'aux

réseaux

Jean-Luc Leboulch & Patrick Lefloch présentent une grille de lecture de la circulation de l'information entre les agents économiques et dégagent quatre types de structures d'échange:
marché, l'Etat et les organisations non-profitables sont chargés de la diffusion d'une information collective. - la coopération interfirme et l'intégration verticale sont les véhicules de l'information privative. Dans le deuxième article, Jean-Luc Leboulch met en lumière un second paradoxe relatif à la circulation de l'information: alors que les NTC devraient générer des formes déterritorialisées d'organisation, des phénomènes de polarisation apparaissent pour les activités high tech! A priori donc, le phénomène technopolitain paraît être à contre-courant.

- le

Ainsi il montre que les phénomènes de concentration spatiale des entreprises coexistent avec leur éclatement fonctionnel: les informations ont une capacité différente à être transportée. Il existe une différence importante entre des données quantitatives et des informations informelles du point de vue des supports de transport. La proximité territoriale permet d'accroître la probabilité de capter des informations non-formalisées. L'espace est alors un territoire de circulation et de polarisation de ce type d'information, entre des agents économiques partageant une même culture historiquement constituée. Apprentissage et usage de l'information La disponibilité de l'information n'est pas une condition suffisante à son appropriation par les entreprises et institutions publiques. Pour Ali Oughebbi, la surinformation dans laquelle semble évoluer les firmes est illusoire: une donnée n'est pas pour une PME une information. Précisément, les PME caractérisées par une faible mobilité stratégique et constamment menacées dans leurs conditions
13YON HIPPEL E. (1988) : The sources of innovation, Oxford University Press. 21

de survie et de développement sont de plus en plus "consommatrices" de l'information de proximité et amenées à scruter leurs environnements proches.
Or dans ces structures spécifiques, la collecte de l'information stratégique - pertinente passe par un triple repérage: du rôle de pivot joué par le dirigeant dans les décisions stratégiques, de la nature des informations qui alimentent ces décisions et de leurs origines. Dans ce but, l'auteur propose une grille d'analyse des caractéristiques des systèmes d'information stratégiques des PME s'écartant du schéma néoclassique de la décision rationnelle. TIest amené à rompre avec les conclusions de la théorie néoclassique de la décision rationnelle.

-

En miroir par rapport à cette réflexion sur les PME, Isabelle Praneuf s'interroge sur la rigidité des grandes organisations face à la turbulence informationnelle actuelle. Les modèles théoriques utilisés lui permettent de conclure, d'une part à l'existence de divers systèmes d'information interne et d'autre part aux limites des approches statiques. D'emblée, elle choisit le courant institutionnaliste qui définit la firme comme un système de contrats de sorte que la circulation interne d'informations et d'ordres d'exécution nécessite la définition de règles collectives, de conventions. Par exemple, le modèle japonais présente une structure hiérarchique beaucoup plus flexible et surtout plus consensuelle que celui des Etats-Unis, ce qui lui confère une meilleure efficacité dans un environnement instable: le mode d'organisation interne de la firme lui donne une capacité à capter, traiter et créer de l'information. Son adaptation dans le temps face à un environnement informationnel turbulent en dépend. En étudiant la progression des techniques spatiales, réalisée en France entre 1960 et 1990, Marie-Pierre Bès montre la dissociation entre circulation des informations scientifiques et techniques et appropriation des connaissances. Ce dernier volet a nécessité dans le secteur des satellites, la mise en place d'un processus collectif d'apprentissage entre le Centre National d'Etudes Spatiales, les firmes Matra et Aérospatiale. Le savoir-faire en ingénierie Satellites s'est constitué grâce à une imbrication de la recherche publique, génératrice de connaissances collectives et de la recherche industrielle. Les ingénieurs de ce secteur ont formé une sorte de réseau technico-économique, au sens

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