L'institution en héritage

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L'institution mise à l'épreuve de la psychanalyse. Tel est le thème de cet ouvrage qui interroge notamment les problématiques de la transmission et de la transformation dans les institutions. Le nouveau volet d'un tryptique déjà illustré par des livres devenus classiques : L'institution et les institutions, et Souffrances et psychopathologie des liens institutionnels.

Publié le : mercredi 23 janvier 2008
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EAN13 : 9782100535163
Nombre de pages : 184
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Chapitre 1
LA CONSTRUCTION DU DISPOSITIF D’INTERVENTION À L’ÉPREUVE DES MUTATIONS INSTITUTIONNELLES CONTEMPORAINES
t i él Jean-Pierre Pinel n d u st ée e s i or ut ESpropos viseront à explorer certaines questions cliniques M on a e nactuelles, associées à la construction et à la mise en œuvre d’un dispositif d’intervention en institution. Ce texte se limitera à envisager ocopi t le champ des interventions conduites en institutions spécialisées. ho C’est-à-dire aux services et établissements dont la mission est d’apporter – La p un soin et/ou un accompagnement socio-éducatif auprèsdesujets nod uprésentant une forme desouffrance psychique, de psychopathologie, de D viance, d’inadaptationsociale oud’antisocialité. Des sujetsentrant
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dans le champ de ce qu’Alain-Noël Henri a désigné par leterme générique demésinscription(Henri,2004). Cesétablissementsou servicesconstituentdesensemblesintersub-jectifsdontlesmodesde fonctionnement sontextrêmementélaboréset qui recèlent, dumême coup,une fragilité fondamentale etessentielle. Cette fragilité de fond — corrélative àunesuffisantesensibilité à lavie psychique de l’autre etdesautres— estinhérente à l’exercice de la tâche primaire : elle constitueune condition nécessaire au soutien età la relance du travail psychique etdesprocessusde pensée. Parallèlement, cettevulnérabilité estfondamentalementliée à la place occupée par cesétablissementsou servicesen limite du tissuinstitutionnel formant le cadre culturel de notre civilisation contemporaine. Assignéesàune position intermédiaire, destinéesà exercerune fonction d’articulation entre lesinstitutionsculturellesordinairesetles sujetsoulesgroupespris dansla mésinscription, ellesontà participer à retisser desliens sociaux et symboliquesempêchés, attaquésoudéchirés. Poursoutenirun processusde remaillage de latramesymbolique et étançonner lesprocessusde liaison, leséquipesinstitutionnellesontà s’inscrire auur desconflictualitéslesplusaiguës, àse confronter sanscesse, dudedans, auxdiversesexpressionsde la déliaison etde la destructivité. Ellesontainsi à accueillir etcontenir dessespéranceset des violencesdéformantes, potentiellementsorganisatrices. Simulta-nément, ellesontàse déprendre de la fascination pour l’horreur etde l’aspiration à constituerun double narcissique répétantà l’identique(de M’Uzan, 1969) la problématique des sujetsaccueillis. Poursupporter ces mouvementspsychiquesarchaïqueset violents, elles vont se constituer dans une forme de paradoxe de fond, plusoumoins symbolisé, qui conjoint unesuffisantemalléabilité(Roussillon, 1991) àune fermeté positionnelle permettantde rétablirun écart,sanscesse corrodé. Elles ontà réélaborer de manière réitérée desdifférenciations symbolisantes, misesà mal, disqualifiéesoudéniéespar lespatientsetparfoispar les praticiens. La contenance de ces vulnérabilitésde fond etle maintien d’une position articulaire dépendentde l’instauration etde la fécondité des dispositifsgroupauxde métabolisation : de leurscapacitésà reprendre et transformer leseffetsdissociatifsouconfusionnants traversantlesdif-férentsespacesetinstancesinstitutionnels. Or danscertainesconditions cesdispositifsne peuventretraiter l’ensemble desmatériauxpsychiques projetés, déposésouinjectésdansla psyché despraticiens, dansles systèmesde liens, comme dansle cadre institutionnel. Telle protistefreu-dien, lesprofessionnels, l’équipe oul’ensemble de l’institution,vontêtre
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périodiquementdébordés, attaqués, « intoxiqués» par lesmécanismes pathologiquesassociésauxdifférentesformesde mésinscription.
LES DEMANDES DINTERVENTION EN INSTITUTIONS
Lesdemandesd’intervention en institutionspécialisées’originent donc en premier lieudanscesdifférentsdébords. Elles transitentpar une perception et une élaboration préalables,suffisammentpartagée, deslimitesrencontréesdansletravail psychique de détoxication etde tabolisation nécessaire à l’accomplissementde latâche primaire. Cette perceptions’associe classiquementàtroisgrands typesde configurations cliniqueset, partant, de demandesd’intervention potentielle. D’une part, cesontlesdifficultés, lesobstacles,voire lesimpasses, rencontréesdansla clinique directe qui mobilisentdesformesdesouf-francespsychiquesplusoumoinsaiguës, plusoumoinsidentifiables etreprésentables. Lespraticiensde cesinstitutions soignantes sont convoquésà contenir desexpériencesémotionnellesextrêmes, à héberger desfantasmescruset violentsqui produisentdeseffractionsde leurs pare-excitations, descourts-circuitsde leurappareil à penser les pensées (Bion), des sidérationsitératives, àvaleur parfoisproprement trauma-tique. Cespraticiens sontainsi confrontésà desmouvementspsychiques violents, chaotiques, confusionnantset stérilisantsquivont s’allier à une atteinte desprocessusde pensée etd’élaboration groupales, àun épuisementdescréativités singulièresetcollectives. Lesattaquesde la pensée etde la liaison, lesfonctionnementsagis, lesréponsesopératoires, lesbouclagesinteractifs signentl’empiétementetl’immobilisation de la mentalisation de chacun etdetous. Maisilvientaussisignifier le déclin tde la fécondité desdispositifsd’analyse clinique de deuxième niveau, i él telsque lesgroupescliniques, lesunionsdesyntse, lesétudesde n d u cas... st ée e sCertainesexpressionspathologiques, notammentcellesdes sujets i or antisociaux,violents,sanslimites— ceuxqu’il estconvenude caractéri-ut ser comme des« casdifficiles» —vontplusparticulièrement susciter on a la représentation d’une mise en péril,voire en échec, desfonctions e n soignantesde l’équipe instituée. Cette représentation participe à affecter ocopi t holesidéauxetlesidentificationsprofessionnellesdespraticiens: elle entame le narcissisme dugroupesoignant. Ils’agitlà d’unesource – La p essentielle desdemandesd’intervention adresséesàuntiersexterne. nod uElles vontessentiellement se formuler entermesd’analyse de la pratique, D de Balint(1960) oudesupervision.
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