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L'institutionnalisation des pratiques sportives et de loisir

De
183 pages
Les pratiques sportives et de loisir sont actuellement l'objet de multiples enquêtes sociologiques, anthropologiques et historiques. Pour rendre compte des processus d'institutionnalisation de ces activités, des chercheurs et doctorants en sciences sociales ont confronté leur démarche et leurs résultats au cours d'une Journée d'Etudes interdisciplinaire organisée par l'Equipe de recherche en Sciences du sport de l'Université Marc Bloch de Strasbourg. A travers la confrontation de différents points de vue, l'ouvrage permet d'aborder les institutions du sport, des corps et des loisirs à partir d'espaces, de conjonctures et de contextes variés et contribue ainsi à une meilleure compréhension du fonctionement de nos sociétés.
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L’institutionnalisation
des pratiques sportives
et de loisir Sous la direction de
William GASPARINI







L’institutionnalisation
des pratiques sportives
et de loisir















Éditions Le Manuscrit© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-9080-7 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748190809 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9081-5 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748190816 (livre numérique)






Je tiens à remercier Julien PIERRE, doctorant en
STAPS (Équipe d’Accueil n° 1342) pour son aide à la
réalisation de cet ouvrage.

SOMMAIRE

Avant-propos ........................................................11
Institutions et organisations.
De quoi parle-t-on en sociologie du sport ?
par William GASPARINI........................................15

TRANSFORMATION DES PRATIQUES
ET PROCESSUS D’INSTITUTION ..............................................35
Le processus d’institution des sports
par Jacques DEFRANCE........................................37
Le « jeu préliminaire »
de l’institutionnalisation du ski en Alsace
(1896-1908). Tensions associatives,
liens de réciprocité et constitution
d’une sphère publique locale
par Sébastien STUMPP...........................................55
L’institutionnalisation des Éclaireurs de
France en AOF (1947-1959)
par Nicolas BANCEL.............................................71

CONSTRUCTIONS INSTITUTIONNELLES
ET JEUX SOCIAUX .....................................................................93
Mohamed Ali, ou l'institution d'une figure
agonistique à la charnière
du « spectacle intégré »
par Jérôme BEAUCHEZ.........................................95
L’institutionnalisation du sport en entreprise
et ses effets sur la solidarité des cadres
par Julien PIERRE ................................................117
Sociabilité et institutions sportives.
Le jeu social des clubs
par Clotilde TALLEU .......................................... 135
Institutionnaliser des pratiques sportives
juvéniles en régime de pluralisme des intérêts.
Érosion du référentiel sportif
et politiques de reconnaissance
par Christophe JACCOUD
et Dominique MALATESTA ............................... 151

DE L’UNIVERS SPORTIF A L’UNIVERS CULTUREL .............167
Logiques pratiques vs logiques
institutionnelles : les politiques de l'harmonie
ou les contradictions du traitement public
d'une musique populaire
par Vincent DUBOIS........................................... 169

10 Avant-propos
AVANT-PROPOS

Cet ouvrage collectif présente les actes de la Journée
d’Études interdisciplinaire « L’institutionnalisation des
pratiques sportives et de loisir » organisée en mars 2006
dans le cadre du séminaire « Sports, institutions et sociétés »
de l’Équipe d’Accueil en Sciences du sport (EA 1342) de
l’Université Marc Bloch de Strasbourg. Six intervenants y
ont participé (Nicolas Bancel, Jérôme Beauchez, Vincent
Dubois, William Gasparini, Julien Pierre, Clotilde Talleu et
Sébastien Stumpp), d’autres ont accepté d’apporter leur
contribution (Jacques Defrance, Christophe Jaccoud et
Dominique Malatesta) afin d’élargir l’angle socio-historique
et pour ne pas se cantonner au cadre strictement français.
Le thème général de l’ouvrage porte sur le
fonctionnement des institutions sportives ainsi que sur le
processus d'institutionnalisation des corps, des sports et des
loisirs analysés à partir d'espaces, de conjonctures et de
contextes variés. À travers la confrontation de différents
points de vue (sociologiques, historiques et
anthropologiques) et de recherches portant sur des sujets
aussi divers que les sociabilités dans les associations
sportives (C. Talleu), les pratiques sportives et corporelles
en France (J. Beauchez, J. Defrance, S. Stumpp), en Suisse
(C. Jaccoud et D. Malatesta) et en Afrique (N. Bancel), le
sport en entreprise (J. Pierre), les pratiques musicales de
loisir (V. Dubois), notre objectif initial était de susciter des
débats, des comparaisons et des questionnements à propos
des fonctions, des effets et des rites d'institution mais aussi
de la « mise en institution » des pratiques de loisir, du
contrôle social et des rapports sociaux. L’institution-
nalisation des pratiques physiques, sportives et de loisir
renvoie aussi à la manière dont elles passent de l’informe et
11 L’institutionnalisation des pratiques sportives et de loisir
de l’informel, au nommé et au normé. L’institution-
nalisation désigne alors deux phénomènes : d’une part la
mise en place progressive d’une institution, son
développement, la manière dont elle se réalise dans un
appareil et, d’autre part, le mode d’emprise et de façonnage
qu’elle exerce sur ses membres.
Dans l’ouvrage, l’institution est étudiée non seulement
comme le lieu où se déroulent les pratiques de loisir, mais
aussi comme un groupement d’organisations légitimes
engendrant un système de valeurs et des normes
standardisées, une forme particulière de socialisation ainsi
que des cadres cognitifs et moraux dans lesquels se
1développent les pensées individuelles . Par leurs pratiques,
les institutions du corps et des loisirs modèlent le lien social
en canalisant nos perceptions vers des formes compatibles
avec le type de relations qu’elles autorisent. En produisant
des catégories de pensée sur le sport, les loisirs et leur
organisation, l’institution sportive expose ainsi le sociologue
au risque « d'être pensé par une institution qu’il croit
2penser » .
Cependant, non réduites aux seules structures fédérales,
les institutions sportives comprennent aussi bien des
formes de sociabilité animant les clubs, stades et vestiaires
que des groupements organisés, stabilisés et reconnus (tels
que les clubs et les fédérations), des entreprises du sport,
des dispositifs contraignant tant les actions que les normes
de qualification ou les règlements de compétitions ou
encore les événements sportifs, à l’image de la Coupe du
3Monde de football ou du Tour de France cycliste .

1. DOUGLAS (Mary), Comment pensent les institutions, Paris, La Découverte,
coll. « Recherches », 1999.
2. Pour reprendre l’analyse de Pierre Bourdieu à propos de l’Etat dans
« Esprits d'État. Genèse et structure du champ bureaucratique », Actes de
la recherche en sciences sociales, 96-97, mars 1993, p. 49-62.
3. DEFRANCE (Jacques), « Les institutions sportives », dans Sport et société,
Cahiers français, n° 320, La documentation Française, mai-juin 2004,
p. 11-15.
12 Avant-propos
L’analyse de l’institution et du processus
d’institutionnalisation permet alors de comprendre les
rapports sociaux en général, ce qui est l’une des tâches de la
1sociologie. En reprenant Max Weber, le processus
d’institutionnalisation des sports et des loisirs peut être
appréhendé comme un balancement entre l’instituant et
l’institué ou bien comme ce rapport étroit et contradictoire
avec la loi qu’entretiennent fréquemment les formes
2sociales dans leur ensemble . C’est pourquoi, la description
et l’analyse de l’accès d’un nouveau mouvement sportif au
titre d’institution au travers d’une reconnaissance officielle
contribuent à la connaissance du processus d’institution-
nalisation des sports. En ce sens, l’institutionnalisation des
pratiques sportives et de loisir est une illustration de ce
passage de la règle au règlement mais aussi, pour les
individus qui s’engagent dans l’institution, le passage de la
conviction à la responsabilité. Produit de la rencontre et de
la confrontation de groupes sociaux dont les intérêts sont
souvent contradictoires, l’institutionnalisation est enfin la
préface d’une entrée dans l’histoire, dans la mémoire
collective et dans celle des individus avec son cortège de
sélectivité et d’oublis. L’oubli du projet originel au profit de
la préservation et de la seule mise en valeur de
l’organisation sportive, qui permet ou permettrait de réaliser
le projet, est l’une des conséquences de
l’institutionnalisation. Dans le même temps, toutes les
institutions sportives portent en elles une sorte
« d’inconscient institutionnel ». Selon Pierre Bourdieu, « le
système des schèmes cognitifs qui sont au principe de la
construction de la réalité et qui sont communs à l’ensemble
d’une société, à un moment donnée, constitue l’inconscient
culturel ou, mieux, le « transcendantal historique » qui

1. WEBER (Max), Economie et société. Les catégories de la sociologie, Paris, Plon,
1971 (trad. 1956) (1922).
2. BELLEGARDE (Patrick), « Institutionnalisation, implication, restitution.
Théorisation d’une pratique associative », L’Homme et la Société, n° 147-
148, janvier-juin 2003, p. 95.
13 L’institutionnalisation des pratiques sportives et de loisir
1fonde le sens commun ». Arbitraire historique, cet
inconscient a été incorporé et, par là, naturalisé, au point
d’échapper aux prises de conscience. Il ne peut être saisi
que dans ses manifestations ou ses effets objectifs (par
exemple, les règles et règlements de l’institution sportive
fédérale ou le fonctionnement concret des organisations
sportives), c’est-à-dire par l’enquête empirique, historique
ou sociologique. Tel est bien l’objectif des différentes
contributions proposées dans cet ouvrage.


William GASPARINI

1. BOURDIEU (Pierre), « L’inconscient d’école », Actes de la recherche en
sciences sociales, 135, décembre 2000, p. 3.
14 Institutions et organisations. De quoi parle-t-on en sociologie du sport ?
INSTITUTIONS ET ORGANISATIONS.
DE QUOI PARLE-T-ON EN SOCIOLOGIE DU SPORT ?

Privées ou publiques, les institutions sportives connaissent
depuis quelques décennies un développement d'une
ampleur considérable. Même si les institutions sportives
« officielles » ne représentent pas la totalité du sport, les
pratiques sportives (de loisir, de compétition ou de
spectacle) sont de plus en plus encadrées par des structures
qui prennent des dénominations singulières : association,
club, ligue, comité, fédération, dispositif, mouvement,
organisation. Cette constellation de structures dont
l’objectif est l’encadrement des activités sportives et de
loisir organise le « monde » des sports. La configuration
actuelle de cette institution contient les « traces » de son
histoire inscrites non seulement dans les structures
sportives matérialisées (institutions spécifiques et
organisations) mais aussi dans les mémoires de ceux qui ont
participé à la constitution de l'institution (dirigeants,
pratiquants, organisateurs, éducateurs). L'autonomisation
progressive du « monde du sport » s'accompagne d'un
processus de rationalisation destiné, selon les termes de
Max Weber, à assurer la prévisibilité et la calculabilité par-
delà les différences et les particularismes. La nécessité de
règles organisationnelles et de règlements sportifs
universels s'impose dès que les échanges sportifs
s'établissent entre différentes institutions. En secrétant des
fonctions aptes à assurer leur fonctionnement (entraîneurs,
dirigeants, professionnels, etc.), les institutions sportives
s’autonomisent et imposent peu à peu leur pouvoir sur la
pratique sportive (Gasparini, 2000). L’institutionnalisation
des sports se traduit ainsi par l’établissement de définitions
des épreuves qui prennent la forme de concours dotés de
15 L’institutionnalisation des pratiques sportives et de loisir
règles qui uniformisent les conditions de pratique du sport
de compétition. Les institutions sportives produisent aussi
des fonctions aptes à en garantir le fonctionnement.
Répondant aux intérêts des agents occupant ces fonctions,
un processus de différenciation contribue à imposer des
prérogatives fédérales dans la définition des pratiques
sportives. En analysant la construction sociale des courses à
pied sportives, Gérard Bruand (1986) a décrit les
circonstances de l'apparition de la fonction d'entraîneur en
athlétisme, au début du siècle, comme une réponse au fossé
creusé entre les dirigeants responsables des équipes
nationales et leurs athlètes. L'apparition de l'arbitre de
football, remplaçant les dirigeants associatifs dans les
fonctions de juge, peut aussi apparaître comme une réponse
spécifique à la question de l'équité de l'organisation dans
une compétition qui déchaîne les passions. Contrôle encore
avec l'apparition du statut de cadre technique en ski ou en
tennis. Amplement diffusées en France depuis les années
soixante, les méthodes françaises d'enseignement du ski et
du tennis imposent une certification par les cadres
techniques des fédérations.
L’histoire de l’institutionnalisation des sports est aussi
l’histoire des compromis et des conflits entre les différents
protagonistes engagés dans le jeu institutionnel pour la
définition des règles, du système de consécration et des
modes de reproduction
On le voit, le phénomène d’institutionnalisation du
sport soulève de nombreuses interrogations et aiguise
l’intérêt des sciences sociales. En particulier parce que les
logiques de développement proprement sportives ont été
mises en demeure de composer avec d’autres logiques
(politiques, économiques et médiatiques), toutes attachées à
instrumenter le sport au nom d’intérêts plus ou moins
contraignants et de souverainetés rarement désintéressées
(Jaccoud, Busset, 2001).



16 Institutions et organisations. De quoi parle-t-on en sociologie du sport ?
L’institutionnalisation des sports de compétition
eÀ partir de la fin du XIX siècle, le mouvement sportif
naissant se structure et instaure en chaque discipline une
universalité des règles. La compétition impose des règles
identiques pour tous. Elles établissent une continuité entre
les différents niveaux géographiques de pratique (local,
régional, national et international). Les dirigeants des sports
représentés aux premiers Jeux Olympiques s'organisent
selon une logique d'agrégation fédérative. On repère alors
plusieurs phases en France.
Entre 1873 et 1910, se créent treize organismes
1 2fédéraux dont deux « affinitaires » . La nécessité de s'unir
et de s'organiser entre fédérations conduit à la création en
1908 du Comité National des Sports, sorte de « syndicat des
fédérations ». Il se propose de coordonner activités et
calendriers, et de superviser leur entraide. Émerge en 1911
de cette institution le Comité olympique français, regroupant les
fédérations olympiques.
Vingt nouvelles fédérations sportives apparaissent dans
une deuxième phase, de 1910 à 1930. À cette période, le
nombre moyen des créations d'associations sportives et
gymniques s'élève en même temps que les effectifs de
licenciés augmentent. À partir de 1919, l'autonomie
progressive de chaque discipline sportive débouche sur
l'éclatement de l'USFSA en fédérations spécialisées. Le
processus de spécialisation croissante des pratiquants
accompagne le processus de spécialisation des
organisations. La pratique individuelle éclectique et
bourgeoise, défendue par une organisation multisports
comme l'USFSA, est progressivement remplacée par la
spécialisation dans un seul sport dans un souci naissant de
performance.

1. Par exemple, l'Union Vélocipédique de France, l'Union des Sociétés de
Gymnastique de France ou l'Union des Sociétés Françaises des Sports Athlétiques.
2. L'Union des Sociétés de Gymnastique et d'Instruction Militaire des Patronages et
Oeuvres de Jeunesse de France et L'Union des Sociétés Sportives et Gymniques du
Travail .
17 L’institutionnalisation des pratiques sportives et de loisir
Au cours d'une troisième phase (de 1930 à 1970), une
vingtaine de nouvelles fédérations se constituent, intégrant
des sports nouveaux et leur exigence de rationalité. Volley-
Ball (1936), Handball (1941), Judo (1947) revendiquent une
organisation rationnelle des compétitions.
La dernière phase (1970 à nos jours) correspond à une
diversification des modalités de pratique au sein même des
fédérations existantes sans réelle augmentation du nombre
d'organisations fédérales. Alors que les effectifs des
licenciés stagnent ou régressent dans certaines fédérations,
on remarque une progression de la pratique sportive
féminine (si l'on s'en tient uniquement au nombre des
licenciées dans les fédérations olympiques, celui-ci a
progressé de 215 % de 1963 à 1977).

Institution sportive versus auto-organisation sportive ?
Liées à l'émergence de nouveaux comportements sportifs
urbains, des pratiques et des formes d'organisation
autonomes se développent progressivement à partir des
années quatre-vingt hors des structures fédérales et des
équipements traditionnels (escalade, surf, planche à voile,
course à pied, VTT, skateboard, gymnastique
d’appartement, basket de rue, roller, etc…). Qu'elles soient
domestiques, urbaines ou de pleine nature, ces activités se
pratiquent selon des règles d'organisation très souples
déterminées a priori par les acteurs eux-mêmes : choix du
lieu, de la modalité de pratique et de ses finalités, des
partenaires et des systèmes d'échange. Ces pratiques
qualifiées « d’auto-organisées » découlent de la
démocratisation du sport mais reflètent aussi une
inadéquation entre l’institution sportive fédérale et la
demande d'une partie des sportifs. Les pratiquants semblent
en effet remettre en cause la capacité d'une institution à
exprimer les attentes spécifiques de chacun de ses
adhérents. Pour cette catégorie de sportifs, l'adhésion
fédérale ponctuelle (quand elle a lieu) vise uniquement à
18