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L'interface en géographie

De
234 pages
Les jeux et les enjeux de l'interface en géographie sont exposés par l'intermédiaire de diverses interfaces : proximale, communicationnelle, socioculturelle, transdisciplinaire, de gestion et de préservation tout en mettant en perspective les limites et les perspectives de cette conceptualisation fondée sur des représentations sémiotiques. Cet ouvrage apporte un éclairage contextualisé de la mise en pratique de l'interface humanité/espaces terrestres, objet d'une géographie humaniste, dans une perspective de la production de réponses efficientes aux maux de nos univers sociétaux.
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Yannick BRUN-PICARD
Jeux et enjeux
L’INTERFACE EN GÉOGRAPHIE
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02506-3 EAN : 9782343025063
Yannick BRUN-PICARDL’INTERFACE EN GÉOGRAPHIE Jeux et enjeux
Du même auteur : Géographie d’interfaces, Formes de l’interface humanité/espaces terrestres, L’Harmattan, 2013.
«Il vient un temps où l’esprit aime mieux ce qui confirme son savoir que ce qui le contredit, où il aime mieux les réponses que les questions. Alors l’instinct conservatif domine, la croissance spirituelle s’arrête. »Gaston BACHELARD, 1938, p.15 Brigitte, Géraldine et Yoan, accompagnés de Firmin, Lyne et Lilly, vous avez parfaitement assimilé cette réalité pour me permettre d’aller un peu plus loin. Merci.
Introduction L’interface en géographie sous-tend que l’objet de la science des espaces terrestres des hommesl’interface humanité/espaces terrestresest pour le moins conscientisé. C’est-à-dire que la géographie, cette science, par l’intermédiaire de ses producteurs, de ses pratiquants et de ses critiques, s’est extraite de l’espace, du paysage ou du territoire pour construire des savoirs et des connaissances par l’intermédiaire du concept d’interface humanité/espaces terrestres. Il associe, agrège et dynamise l’espace, le paysage et le territoire au sein d’un objet à même de rendre plus lisibles, accessibles et explicites les réalités sociétales qui façonnent les zones proximales de relations, les parcelles anthropisées ou encore les espaces appropriés physiquement ou cognitivement. La géographie conçue, pratiquée et réalisée de cette manière se retourne sur elle-même (Granger, 1960), elle se densifie et se renforce des travaux antérieurs pour parvenir à produire une évolution. Pour cela, faut-il que ses acteurs franchissent le pas et aillent plus loin que ce qui a été fait, sans faire la négation des jalons du passé qui font ce qu’est un domaine scientifique. Ce mécanisme de réentrée (Le Moigne, 1995; Brun-Picard,2005) est indissociable de toute évolution des sciences humaines et plus particulièrement de la géographie pour laquelle, sous de nombreux aspects, le passé est sous nos pieds (Ferrier, 1984). La géographie, en entrant énergiquement dans une pratique évolutive des sciences, est en mesure, acquiert la capacité de mettre en exergue les structures sociétales fondamentales qui articulent les territoires, les territorialités et les territorialisations, tout en permettant des comparaisons en toute objectivité avec un détachement suffisant de la réalité (Granger, 1960) pour percevoir les spécificités des phénomènes vecteurs de l’interface humanité/espaces terrestres. En filigrane se lit déjà la transdisciplinarité (Nicolescu, 1990; Brun-Picard, 2005) et la praxéologie (Brun-Picard, 2012a) indissociable de toute production géographique. Trop souvent les pratiques contemporaines des sciences souples (Brun-Picard, 2013) vérifient les propos de Bachelard: «il vient un temps où l’esprit aime mieux ce qui confirme son savoir que ce qui le contredit, où il aime mieux les réponses que les questions.Alors l’instinct conservatif
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domine, la croissance spirituelle s’arrête. » (1993, 15). Les mouvances, les intérêts, les écoles et autres cursus s’attachent à ce qui satisfait leur existence, dans l’ignorance des réalités qui deviennent de plus en plus éclatantes. Parfois, le constat de Ritter : «La géographie est une science en devenir qui n’a pas touché à son terme et doit, avant d’y parvenir, accomplir encore de grands progrès» (1974, 37) est conservé en mémoire et pris pour jalon afin d’accepter de construire une science en mouvement (Mukakayumba, Lamarre, 2012). Des facettes de cet état d’esprit furent formulées par Vidal de la Blache: «La géographie a donc devant elle un beau et difficile problème, celui de saisir dans l’ensemble des caractères qui composent la physionomie d’une contrée, l’enchaînement qui les relie, et dans cet enchaînement une expression des lois générales de l’organisme terrestre. Problème dont chaque jour, il faut en convenir, accroit la complexité ;et parce que nous apportons des exigences d’analyse plus exacte, et parce que nous apercevons de plus en plus l’intervention de causes à un lointain passé dans l’état présent de la Terre. » (1908, 1). Ces propos toujours d’actualité donnent à percevoir une science en perpétuelle évolution qui tend à s’adapter et à répondre aux réalités scientifiques par phases, en fonction des dynamiques qui parviennent à émerger lorsque les institutionnels ne font pas tout pour les garder sous silence ou plus pernicieux à se les approprier.
A nouveau Ritter (1974)atteste de cette construction faite par les hommes, pour les hommes en fonction de leur humanité et de ce vers quoi ils tendent : «La géographie est la nature prenant conscience d’elle-même. La géographie n’est pas une chose immuable elle se fait, se refait tous les jours, à chaque instant elle se modifie par l’action de l’homme.». Ceci nous rapproche de la géographicité de Dardel (1990) qui, à notre sens, n’est que trop rarement prise en considération et intégrée dans nos lectures du monde, alors que nous avons besoin de cette sensibilité pour ouvrir notre conscience à la diversité et à la complexité du monde (Popper, 1996; Freitag, 2011). Ainsi, Jasper (1998)tient une place conséquente dans cet esprit de production des savoirs et des connaissances scientifiques : «Dans l’univers et dans l’histoire, nous faisons reculer sans cesse les limites de notre savoir. C’est comme si nous nous perdions dans l’infini des réalités cosmiques et historiques. En face des unes et des autres, nous prenons conscience du caractère dérisoire et passager de notre existenceIl est vrai qu’il nous. ». projette bien plus loin que la seule sphère géographique pour nous faire
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entrer dans des dimensions connexes que sont la psychologie et la philosophie. Néanmoins, cela renforce la notion d’étape participative à la construction des savoirs, à une trajection transdisciplinaire (Brun-Picard, 2012) pour laquelle chaque domaine tient une place dans une moindre contrainte fonctionnelle (Brun-Picard, 2005).
Nos facultés, notre être et notre conscience sont agrégés comme le dit Lamarck (1988, 337): «Le jugement est à l’esprit ce que les yeux sont au corps ; de part et d’autre, l’on ne voit, soit les objets, soit les choses, que par ces moyens; tout apparait donc réellement tel qu’on l’aperçoitqui, par. » ces quelques mots replace la perception de ce qui est accessible en fonction de ce que nous sommes, de ce que nous construisons pierre à pierre pour notre savoir, nos références et nos vérités (Bachelard, 1993; 14). Ces jeux de dimensions, d’acteurs, de perceptions, de mises en perspective, d’évolution de production des savoirs dans un domaine scientifique nous ramènent à Brunhes (1912, 35-36): «La géographie moderne vise à la comparaison et à la classification des phénomènes, et elle prétend en être une explication dans le sens le plus large du mot. L’ancienne géographie se définissait comme la « description de la Terre », la nouvelle géographie est vraiment la «Science de la Terre». Elle ne se contente pas de décrire les phénomènes elle les expliqueIl y a plus de cent ans il nous indiquait le. » chemin à suivre afin d’éviter les écueils de la compilation, de l’exégèse et de la discussion intellectualiste, non pas qu’il n’en faille pas, mais la géographie doit contribuer à expliquer le monde, les phénomènes qui se déroulent à sa surface ainsi que les dynamiques sociétales qui l’animent. Cette œuvre n’est pas simple à entreprendre. Exposer, démontrer et justifier des jeux et des enjeux de l’interface humanité/espaces terrestres en géographie appartient, est un reflet de ces directives qui sont l’image d’un certain humanisme (Brun-Picard, 2005).
Les enjeux de nature humanistes sont très proches de Ferrier (1990, 32): «Une société plus habitable oblige certainement à repenser la consistance et la place de la personne: c’est bien l’enjeu central de la géographie (humaniste), géographie ontologique qui «part »de la personne et y « retourne »,comme le montre la place centrale du référent-habitant. »Il met en exergue l’interdépendance des structures sociétales, de l’humanité, de la surface terrestre et de ce qui est produit en annonçant la notion d’interface, le mouvement de réentrée, la notion de moindre contrainte ainsi que celle de rupture/continuité y sont présentes et s’exposent dans toutes les
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