L'intime et la hauteur

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En terme de métaphysique, « dualité » signifie « qui est double en soi », d’où l’idée de perfection accordée au nombre trois qui serait une composante de la dualité et de l’unité. Ainsi l’homme, la femme, et le Créateur, puisque la Genèse dit que l’Homme, mâle et femelle, a été créé à l’image de Dieu.

« Toutes les cultures sont porteuses d’une dualité humaine colorée de créations où exhalent, alternativement à moins qu’ils ne fusionnent, des caractères altiers ou tendres, au sein d’une même oeuvre. Cette dualité, héritée d’une bisexualité physiologique et psychologique, se dégage de toutes nos manifestations ; elle se manifeste dans les arts, l’architecture monumentale, elle abonde dans les anciennes légendes où une évidente turbulence du masculin-féminin hante les esprits. »

C’est ce que nous montre et nous démontre Jean Pazzottu au cours de cette étude sur la « dualité » à travers les âges.


Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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EAN13 : 2952211906
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AVANT-PROPOSLe corps, par une singularité qui le caractérise, entraîne l’êtreun espace psychologique, et, en deçà de toute dans considération de constitution individuelle, naître homme ou femme place l’esprit qui s’en émane dans l’une de ces deux voies royales qu’il lui est donné de parcourir. L’être ne vient pas du néant, tant, du moins, qu’il s’épanouit au sein d’une déesse porteuse avec laquelle il fait amoureusement corps. Est-ce alors le malaise suscité par la découverte confuse d’une séparation physique d’avec l’univers maternel qui condamne l’âme masculine à l’errance où, par nécessité compensatoire, une déesse de remplacement occupera, en esprit, la place charnellement vacante ? Ainsi résulterait tant d’intérêt objectal envers la femme, qui incite l’homme à ces extrêmes de la passion amoureuse, à une relation qui l’obsède. De son enfance, la femme aurait à résoudre un autre problème, se retrouvant en son corps identique au modèle maternel, après une, si possible, heureuse identification, il lui resterait à investir spirituellement le modèle masculin. De la sorte, chevillé au corps de l’homme, l’esprit s’aventure à une perpétuelle quête de l’univers sensuel féminin, tandis que, ancré dans un corps de femme, il aspire àbrillerpour la présence d’un être masculin. L’esprit n’a peut-être pas de sexe, cependant, lors de son voyage terrestre, il est invité à une réalisation érotique stimulante en vue d’une émouvante évolution. Et cela lui procure bien des tourments. Car le voici préoccupé par ce corps tant rudoyé depuis les origines humaines, par ce
corps dressé à satisfaire l’exigence de tous les efforts, suspecté de mésalliance pour ses attaches animales, accusé de complaisance avec le plaisir ou mésestimé pour n’être qu’un parent pauvre de l’âme, ce corps, encore, maintenu au service de l’être qui s’érige à partir de lui, face aux contingences du monde, lui toujours, humble serviteur d’un esprit qui rayonne jusqu’à l’oublier, éternellement lui se voulant sujet brûlant de l’âme avec laquelle il se hasarde à un partage heureux ou malheureux, pour le meilleur ou pour le pire, selon que Son Altesse impérieuse sera ou bien sereine, ou bien aigrie. La vie dans ses premiers temps baigne de sensualité en un univers momentanément clos, mais la relation ombi-licale, par le sacre qui résulte de l’ouverture à l’existence, menace le toujours renaissant couple humain d’une gêne intime à la libre expression du désir : d’où la persistance d’un critère de valeur parfois insurmontable, la Mère. Et comme la Femme est nécessairement celle qui « naît avec soi » (pour l’homme),Èveainsi la femme intervient, révélée, femme destinée à celui qui se dégagera de la Mère. Avant toute chose, Ève est compagne, partenaire égale, partie stimulante du couple individuel. Le concept d’une Ève complice naît en même temps que celui d’Homme. Une éclosion intime s’impose dès lors à l’esprit masculin, la création d’Ève.Les images d’Ève participent du désir de l’homme, et, selon la pression exercée par le groupe, elles seront fastes ou néfastes, acceptées ou refoulées. Un fantasme de femme évolue, ainsi tributaire d’uneinfluence extérieure. Il s’ensuit, constatation faite, que la femme individuelle est plutôt libre ici, et là, muette : où l’on découvre une pro-duction inépuisable d’images d’Ève.
« Les arts », où fleurissent nos élans, témoignent des degrés de liberté, par nos désirs dont ils sont porteurs. En eux exhale la sensualité, ou hurle son absence. Les œuvres d’art, de même que l’aspect anecdotique des mythes, apportent une panoplie remarquable de « portraits intimes » qui sont l’expression de nos humeurs. Ces œuvres innombrables entreprises, ces créations intuitives de l’être, jalonnent le vertigineux parcours de notre histoire ; quelques-unes témoignent de ces polarités qui émergent, tandis que les formes oscillent par effet sensible entre liberté et retranchement abrupt, entre grâce et rigueur. Elles révèlent un monde fait de troublantes et préoccupantes subjectivités qui, en nos esprits, aiguisent les appétits du corps. Des motivations profondes, et pas seulement esthé-tiques, mêlées aux sentiments religieux, élèvent le temple grec dans une somptueuse élégance, érigent de même l’église gothique en une ascension vertigineuse qui aspire la paisible voûte romane et s’y appuie ; une spiritualité pluscharnellequ’intellectuelle pousse les adeptes de cultes les plus divers à rechercher l’antre profond et sombre où l’âmes’incorpore au sanctuaire. Les figurations expressives humaines, également, sont comme des temples. Allant du Bouddha dodu au sanctuaire organique hindou, ou du Christ émacié à l’église raisonnée de la chrétienté, l’on perçoit les différentes nuances que l’esprit projette de lui-même dans la pierre. Un regard posé sur le sanctuaire, naturel ou érigé, sur la chose construite et ornée, est un regard vers des images à reflets d’Homme. Ces images démontrent combien ce dernier oscille dans ses désirs, depuis toujours, entre une ascèse à la nudité abrupte et une sensualité au parement subtil. Nous évoquerons des époques d’architecture « à reflets d’art » tout empreinte encore d’effort physique charnel, ne
pouvant éviter la comparaison avec le monde contem-porain, fonctionnel et industriel, qui n’offre sur le sujet plus aucun effet d’épiderme tandis que les fantasmes sexuels s’immiscent partout dans des images synthétiques qui l’entourent et sont l’objet de notre culture. Nous tenterons de lever un voile sur ce que nos vestiges culturels recèlent comme état de nos âmes. Si l’essentiel de l’être n’avait pas évolué avec des possibilités de libre expression de désir, l’humanité en serait restée probablement à l’âge de pierre. Car c’est au désir que l’on doit l’astuce, l’ingéniosité, l’habileté, l’art. Et le monde doit beaucoup à cette faim intime, mais c’est sur elle que le groupe social exerce son autorité, voulant assujettir laflamme insolite qui ne s’aliénerait pas dans le brasier commun. L’aspect de relations complexes entre l’individu et le groupe auquel il appartient transparaîtra dans ce propos. Le groupe étant inévitablement ressenti comme une résis-tance ou un obstacle à la libre éclosion de l’âme indi-viduelle. De la sorte, Adam nous intéresse, non une communauté tribale tenant de celui-ci.Ève etAdam sont une partie intime à nous-mêmes, nous leur sommes attachés.
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