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L'OAREIL,

De
204 pages
En quarante ans, l'OAREIL (Office Aquitain de Recherches, d'Études, d'Information et de Liaison sur les problèmes des personnes âgées) a traversé les profondes métamorphoses de l'action gérontologique. Sa force tient dans sa position originale entre le public et le privé, entre médico-social et socio culturel, entre le terrain et l'université, entre "séniors" et "grande vieillesse", entre actions locales et présence nationale. Cette capacité à étirer son activité sur la question de la vieillesse a été cruciale pour sa survie et sa créativité.
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L’OAREIL, Jean-Jacques Amyot
40 ans d’action gérontologique
En quarante ans, l’OAREIL (Office Aquitain de Recherches, d’Etudes,
d’Information et de Liaison sur les problèmes des personnes âgées)
a traversé les profondes métamorphoses de l’action gérontologique.
L’Office naît dans le contexte d’une politique de la vieillesse étatique,
au cœur du développement de multiples actions et services, alors que
la conscience du vieillissement démographique s’impose et que les
organismes de protection sociale accompagnent la structuration du
secteur. Le voilà aujourd’hui dans un pays décentralisé, avec une action
médico-sociale aux règles contraignantes, au sein d’un vaste domaine
où un très grand nombre d’acteurs assure les mêmes actions sur des
dispositifs similaires…
Pionnier au passé et acteur au présent, l’OAREIL a su rester attentif
aux évolutions qu’il a intégrées à son projet. Sa force, que l’on aurait
pu percevoir comme une faiblesse congénitale, tient dans sa position L’OAREIL,
originale et parfois quelque peu inconfortable, à mi-chemin entre le
public et le privé, entre le médico-social et le socio-culturel, entre le 40 ANS D’ACTION GÉRONTOLOGIQUE
terrain et l’université, entre les « seniors » et la « grande vieillesse »,
entre actions locales, régionales et présence nationale, entre des
actions issues de législations et celles initiées par sa sensibilité à des
problématiques naissantes. Cette capacité à étirer son action tout en
restant pleinement sur la question de la vieillesse et du vieillissement a
été cruciale pour sa survie et sa créativité.
Université du temps libre, enseignements universitaires, formation
continue, service de consultants, études et recherches, service de lutte contre la
maltraitance, préparation à la retraite, actions de terrain entre mémoire
collective et éducation socio-sanitaire, l’Oareil poursuit depuis 40 ans sa
lutte contre les stéréotypes et les préjugés qui altèrent la représentation de
la vieillesse et la qualité de vie de celles et ceux qui l’incarnent.
ISBN : 978-2-343-10720-2
20,50 €
Jean-Jacques Amyot
L’OAREIL, 40 ans d’action gérontologique







L’OAREIL,
40 ans d’action gérontologique La Gérontologie en Actes
Collection dirigée par Jean-Jacques Amyot
L’évolution des connaissances sur le vieillissement et les constantes
mutations de l’action gérontologique requièrent une large diffusion des
études, des recherches et des actes de colloques, véritables brassages d’idées,
de concepts, de pratiques professionnelles et de politiques publiques qui
participent à l’innovation.
La collection La gérontologie en actes a vocation d’éditer ces contributions
qui accompagnent le développement de l’action auprès des personnes âgées.
Parutions récentes
Jean-Jacques Amyot, La naissance de la gérontologie. Jean Bassaler, témoin
et acteur, 2006
UNIORPA, Le traitement social de la vieillesse, 2006
Blandine Orellana-Gélain, Communiquer avec les personnes âgées. Guide
Pratique, 2007
Gaëtan Macaluso, Le stress chez les personnes âgées, 2008
Sophia Belhadjin-Gongon, Regards d’un médecin sur la fin de vie en
gériatrie. Et si c’était moi ? 2009
UNIORPA, Choisit-on d’entrer en établissement pour personnes âgées ?
Enjeux éthiques et pratiques, 2010
Christophe Trivalle, Vieux et malade : la double peine !, 2010
Pierre Pfizenmeyer, Prendre soin du grand âge vulnérable : un défi pour une
société juste, 2010
Sandra Queille, Mémoire du quartier Grand Parc : hier, aujourd’hui et
demain, à Bordeaux, 2011
Catherine Gucher (Dir), Gérontologie sociale. Héritages et réflexions
contemporaines, 2012
Henri Mialocq, Maltraitance en EHPAD. Chroniques de ces petits riens qui
nuisent au quotidien, 2012
Gérald Quitaud, La mort dans l’âme. Le travail du Tré-Pas en soins
palliatifs, 2014
Micheline Tassart-Lainey, Partir à la retraite, 2015
UNIORPA, Société, individu, vieillissement. S’adapter ou changer de
modèle, 2015
OAREIL, Fragments pour une histoire de la gérontologie, volumes 1 et 2,
2015
Jean-Jacques Amyot, Dr Hugues Destrem, Témoin et acteur de la naissance de la
gérontologie, 2016
Colette Eynard, Le parcours résidentiel au grand âge. De l’utopie à l’expérience,
2016 Jean-Jacques Amyot
L’OAREIL,
40 ans d’action gérontologique














































© L'HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

www.harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-10720-2
EAN : 9782343107202

SOMMAIRE


Introduction ...................................................................... 7


I - Les raisons qui ont présidé à la création de l’Oareil


1. Les changements sociaux et les politiques
vieillesse : les ferments nationaux ................................ 16

2. La dynamique locale : Bordeaux et l’Aquitaine ........... 21

3. L’acte de naissance :
l’assemblée générale du 14 juin 1976 .......................... 27

4. L’avant et l’après de l’assemblée
générale constitutive ..................................................... 36


II - L’évolution de l’activité : stratégies de
développement et politiques publiques


1. La période constitutive : les années 70 ......................... 41

2. Une période charnière : le début des années 80 ........... 46

3. La période de développement :
la suite des années 80 ................................................... 49

4. La période de maturité : les années 1990-1995 ............ 51

5. La période de recherche d’équilibre :
la fin des années 90 ...................................................... 56







6. Les années 2000 : période de stabilité
et de reconnaissance ..................................................... 59
6.1 Stabilité… ........................ 59
6.2 Capacité d’intervention et d’innovation… ...... 62
6.3 Une reconnaissance nationale ........................... 63
7. L’avenir de l’Oareil ...................................................... 66
III – L’Oareil vu au travers de ses assemblées générales
ANNEXES :
- Annexe 1 : 40 ans de conférences inaugurales
à l’Université du Temps Libre ................................... 189
- Annexe 2
Les Présidents de l’Oareil 1976-2016 ........................ 195
- Annexe 3 : Les autres membres du Bureau
de l’Oareil 1976-2016 ................................................ 197
- Annexe 4
Les directeurs de l’Oareil 1976-2016 ......................... 199
Introduction

Le 14 juin 1976 à Bordeaux, dans le flux ininterrompu de
créations d’associations, une assemblée générale constitutive en
consacre une nouvelle au sigle à moitié imprononçable, à moitié
imprononcé… La présence de personnalités, mais surtout de
nombreux corps constitués de la région laisse entendre qu’il
s’agit là sans doute d’une nouvelle institution souhaitée, ou à
tout le moins, approuvée par les administrations et les
collectivités publiques. La lecture des statuts votés ce jour-là donne à
voir une mission d’intérêt général autour de la question de la
vieillesse, définie d’ailleurs dans son sigle comme un
problème… Bien évidemment, il faut intégrer l’esprit de l’époque
pour comprendre cette création. La politique vieillesse étatique
– puisque la décentralisation n’a pas eu lieu - bat son plein, les
actions de terrain se démultiplient, la conscience du
vieillissement démographique s’impose, le secteur de la protection
sociale développe une action sociale considérable qui dépasse
très largement ce que l’on peut en voir aujourd’hui… Bref,
l’intérêt pour cette question est partout que l’on ait l’esprit
curieux, bâtisseur, mercantile, que l’on considère qu’il faut faire
quelque chose au présent ou pour l’avenir, que l’on soit
convaincu qu’il est nécessaire de se préoccuper du sort de ces
pauvres vieux, qu’il est d’intérêt public de les empêcher de
(mal) vieillir, qu’il est utile de les prendre en compte comme
une nouvelle cible économique.

Le surgissement de l’Oareil dans le dédale en construction
d’un dispositif qui tente de prendre en compte cette question de
la vieillesse fait naître, pour tous ceux qui sont impliqués à
divers titres dans ce domaine, des convictions inégales.
L’Oareil est pour certains le nouveau mirage d’un organisme
qui chapeauterait sur la région tout ce qui est « géronto » ; pour
d’autres, il s’agit de la volonté du monde universitaire d’avoir
la haute main sur un secteur qu’il avait jusque-là délaissé ;
quelques-uns ressentent cette nouvelle association comme une
concurrence déloyale et inutile pour des organismes qui lui
préexistaient… Pourtant, le développement rapide de l’Oareil
7
prouve que le plus grand nombre y voit une opportunité de
mettre en œuvre, en lien avec les pouvoirs publics mais sans y
être assujetti, en raison notamment de sa relation avec
l’université, des actions et des dispositifs qu’il eut été difficile
de développer dans un autre cadre.

Cette position très originale d’une association de droit
commun, essentiellement tournée vers les professionnels de terrain,
fortement liée à l’université, reconnue par les autorités
compétentes dans le domaine médico-social, l’Oareil la partagera au
plan national avec très peu d’autres organismes dans le domaine
de la gérontologie. Le modèle est bien évidemment le Centre
pluridisciplinaire de gérontologie sociale de Grenoble qui vit le
jour au début des années 70 sous la houlette des Professeurs
Michel Philibert et Robert Hugonot. Cette particularité est très
vite reconnue : quelques mois seulement après sa création,
l’Oareil fait partie des cinq centres choisis par le ministère pour
assurer les stages de formation dans le cadre du PAP 15 du VIIe
plan. Quatre d’entre eux sont liés à des universités…

Dès l’origine, l’Oareil se trouve confronté à deux difficultés
structurelles majeures. La première est due à ses missions
plurielles qui, finalement, tiennent plus au périmètre indéfini de
sa population cible – qu’est-ce qui échappe à la problématique
du vieillissement et de la vieillesse ? – qu’à des actions et
interventions précises dont le contour aurait été arrêté par des
législations ou un dispositif préalable. La seconde difficulté a
bien été résumée par un interlocuteur que nous avons rencontré
au début des années 80 : « On avait tout prévu pour l’Oareil,
sauf son financement… ». Ni organisme public, ni laboratoire
universitaire, ni établissement médico-social, ni service d’une
collectivité locale, ni société lucrative, l’Oareil est dès le départ
à la recherche de moyens de vivre. Bien sûr, les premières
années sont étayées par des financements des organismes qui
ont participé à sa création : subventions de la Sécurité sociale,
études diligentées par l’université ou d’autres partenaires,
prestations de formation pour le ministère ou dans le cadre de la
formation continue, mais rien d’acquis durablement au titre du
fonctionnement.
8
Ces deux difficultés auraient pu être des faiblesses fatales,
entre éparpillement et indigence institutionnelle. Pourtant,
40 ans après, force est de constater que ces risques ont constitué
des chances pour l’Oareil. Sa très large vocation a permis
d’intégrer dans son action, au fur et à mesure que se dessinait le
champ gérontologique, des activités qui n’existaient pas
nécessairement au moment de sa création ou commençaient
seulement à émerger. Ses liens avec de nombreuses institutions
publiques et privées, sans en être une à proprement parler, lui
ont permis de diversifier son réseau. Son financement
dépendant étroitement de son action lui a permis de surmonter plus
facilement la crise économique – l’Oareil naît précisément entre
les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 – qui va rapidement
raréfier les subventions aux associations, et lui donne les
moyens de faire face à la concurrence à une époque où se
multiplient les organismes et les services de collectivités dédiés aux
personnes âgées.

Cette position originale et parfois quelque peu inconfortable
de l’Oareil, à mi-chemin entre le public et le privé, entre
médico-social et socio-culturel, entre le terrain et l’université,
entre les « seniors » et la « grande vieillesse », entre actions
locales, régionales et présence nationale, entre des actions
issues de législations et celles initiées par sa sensibilité à des
problématiques naissantes, a été cruciale pour sa survie et sa
créativité. Paradoxalement, c’est le maintien de cet équilibre
précaire qui a permis une suffisante longévité. On peut en
quelque sorte le vérifier a contrario. L’Oareil a fait partie, nous
le verrons plus loin en détail, des 11 centres d’information sur
les politiques vieillesse conventionnés par le ministère des
affaires sociales. Il est désormais le seul survivant. Pourquoi ?
Outre les raisons habituelles qui peuvent engendrer la
disparition d’un organisme, on a vu poindre au sein de ces organismes
des stratégies qui, à court terme, semblaient à même de
permettre la survie ou le développement, mais qui ont précipité
leur perte. Ainsi en est-il de ceux qui ont lâché des secteurs
d’activité pour n’en garder qu’un, le plus proche des intérêts
des dirigeants, ou celui qui était sous les feux de la rampe, ou
bien encore le plus rentable, souvent la formation
9
professionnelle. Or, assez rapidement, cette formation en
gérontologie qui n’était que l’apanage de quelques-uns, est
devenue un vecteur de développement pour de nombreux
organismes de formation non spécialisés qui ajoutaient ainsi
une corde à leur arc dans un domaine qui était présenté comme
une voie royale d’expansion. Certains ont choisi par souci de
pérennité une intégration à l’université, mais absorbés dans un
ensemble plus vaste, avec ses propres objectifs et missions, la
spécificité de ces centres s’est diluée perdant toute visibilité
pour le secteur.

En regardant le chemin parcouru, on peut prétendre que la
diversité des actions de l’Oareil a été un atout non négligeable.
Elle a limité les revers de fortune. Dans les années 80, la
formation se développe de manière fulgurante assurant ainsi une
assise pour que l’université du temps libre puisse prendre son
essor. À la fin des années 90, c’est l’université du temps qui
donne du temps pour que la formation retrouve un second
souffle. Par ailleurs, le service de consultants en gérontologie
est venu étayer, compléter l’action formative. Qui plus est, une
dynamique inter-service est à l’œuvre. Une commune qui a fait
appel à l’Oareil pour une opération de mémoire collective, le
sollicite pour la formation de ses personnels ou l’implantation
d’un site de l’université du temps libre. La préparation à la
retraite est restée un domaine d’intervention actif parce que l’on
reconnaît à l’Oareil des compétences pédagogiques liées à son
activité de formation professionnelle, mais aussi son ancrage
sur le terrain des activités socio-culturelles et du bénévolat. Le
service de lutte contre la maltraitance rappelle par sa présence
même, en deçà de ses missions, les raisons pour lesquelles
l’Oareil a vu le jour. Il est évident que toutes ces compétences
acquises à différents niveaux de l’action gérontologique ont
amené des reconnaissances plurielles qui interfèrent
positivement sur la notoriété et le partenariat de l’association.

L’autre point auquel nous avons déjà fait allusion et sur
lequel il faut insister, c’est sa sensibilité aux problématiques de
terrain. Bien que rattaché à l’université et ayant notamment
pour objet de développer des actions de recherches et des
10
études, l’Oareil a toujours eu pour principe de développer sa
réflexion théorique en lien avec l’action. La préparation à la
retraite en est l’exemple le plus ancien. Les processus
psychosociaux ont bien été analysés, mais le but ultime était
d’accompagner les personnes pour que les risques de rupture
soient minimisés. Les opérations de mémoire collective
développées pendant plus de 20 ans ont été initiées dans le cadre de
recherches sociologiques, mais il s’est agi de recueillir
concrètement des données sur les modes de vie des plus anciens afin
de participer à la constitution d’un fond patrimonial et surtout
d’initier des dynamiques locales susceptibles de survivre à
l’action de l’Oareil. Troisième exemple issu de la première
période d’existence, le diplôme interuniversitaire de
gérontologie sociale (DIGS) créé en 1978. Dès le départ, la formation
est conçue non pas seulement comme un ensemble de
connaissances théoriques issues de différentes disciplines, mais
comme un dispositif hybride mariant des apports universitaires
et des expertises professionnelles. Son succès ne s’est pas
démenti bien qu’aujourd’hui près d’une dizaine de diplômes
existent en Aquitaine et que le niveau d’études ne cessant de
croître, nombre de professionnels se tournent plus facilement
vers des masters. Et pourtant, plus de 40 promotions se sont
succédées avec dans sa dernière version des entrées tous les
semestres, ce qui semble indiquer que le diplôme, grâce
notamment à différentes réformes, est resté suffisamment proche des
besoins des professionnels qui constituent la majorité des
inscrits.

Cette sensibilité au terrain, nous la retrouvons tout au long
de ces 40 ans d’existence avec la formation professionnelle qui
reste un secteur majeur de l’Oareil en raison de son adaptation
continue à la réalité des services et des établissements.
Arrêtons-nous un instant à mi-parcours de ces quatre décennies
de fonctionnement. Que voit-on ? Le besoin de « coller » aux
réalités du terrain conduit l’Oareil à créer AGORA, service
pratique qui tente de répondre directement aux attentes des
personnes âgées. Tout part des premiers chiffres du suicide de
cette population diffusés par le CNRS à la toute fin des années
80. La question de la solitude et de l’isolement est mise en
11
avant. L’Oareil décide alors de créer un service d’écoute pour
les personnes âgées en difficulté psychologique qui
fonctionnera pendant 7 ans 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 grâce en
particulier à une équipe de bénévoles qui comptera jusqu’à 50
personnes. Devant l’investissement considérable que
représentait un dispositif permanent, il sera décidé de développer autour
de cette écoute d’autres services pratiques. Seront ainsi mis en
place un comité pour les familles de malades d’Alzheimer, de la
téléassistance, des petits dépannages à domicile. On perçoit
bien ici le grand écart que constituent une théorisation des
problématiques de la vieillesse et un ensemble de services
pleinement ancrés dans la vie quotidienne comme ceux proposés par
Agora. Nous pouvons également nous féliciter que 25 ans avant
Monalisa, l’Oareil avait déjà concrètement pris en compte la
solitude et l’isolement des plus âgés d’entre nous.

Toujours à la même époque, au milieu des années 90,
l’association met en place un centre de prévention afin de
réaliser des bilans médico-psycho-sociaux autour du passage à
la retraite, mais également pour les personnes de plus de 70 ans.
Le centre Lafayette vivotera, faute de financements suffisants,
mais 20 ans plus tard l’AGIRC-ARRCO ouvrira sur Bordeaux
un centre de prévention tel que nous l’avions imaginé. Là
encore, notre sensibilité au terrain avait bien orienté notre
action, mais n’ayant pas la force économique nécessaire pour
faire vivre malgré tout un tel centre, nous avons dû renoncer à
poursuivre cette expérience.

Notre inscription, là encore à la même époque, dans ALMA
France, le dispositif de lutte contre la maltraitance mis en place
conjointement par le professeur Hugonot et le ministère des
affaires sociales, peut donner lieu aux mêmes constats. Alma
Gironde a fait partie des 6 centres expérimentaux qui ont permis
de mettre en place le réseau national. C’est grâce à notre
reconnaissance nationale et à la création d’Agora que Robert
Hugonot nous a proposé dès le départ de participer à cette
aventure dont la logique est avant tout pragmatique.


12
L’université du temps libre (UTL) est aussi un service de
l’Oareil qui a continuellement cherché à s’adapter aux attentes
des publics. Il suffit de s’intéresser à son développement pour
se rendre compte de l’attention portée aux changements
générationnels – les sexagénaires de 1976 ne sont pas vraiment les
mêmes que ceux de 2016… - et à des aspects pratiques tels que,
par exemple, les stratégies de déplacement au sein de la
Métropole bordelaise. Ne faut-il pas d’ailleurs, en matière
d’adaptation, commencer par mettre en exergue les
changements d’appellations ? L’université du troisième âge, est
devenue inter-âges au milieu des années 80 puis université du temps
libre, s’ouvrant ainsi à l’ensemble de la population et sortant
d’un risque de discrimination ou, pour le dire de manière plus
abrupte, de ghettoïsation. Par ailleurs, si toutes les activités de
l’UTL sont déclinées sur Bordeaux, il fallait aussi prendre en
compte les personnes qui ne veulent ou ne peuvent se déplacer
au sein du vaste territoire constitué par les 28 communes de la
Métropole. Ce que d’aucuns appellent les publics empêchés. Il
n’était pas envisageable, ni opportun de disséminer les activités
sur les 28 communes, mais de passer des accords avec certaines
d’entre elles pour proposer des pôles territoriaux offrant les
activités les plus courues.

Quant aux activités elles-mêmes, leur variété n’a cessé de
s’étendre pour répondre à des demandes, des attentes, des
besoins, de plus en plus divers et de plus en plus fins. Chaque
activité ayant d’ailleurs produit des cours et des ateliers ouvrant
continument la gamme des propositions. Il est facile d’insister
sur l’élargissement de l’offre qui est passé de quelques ateliers à
plus de 170 activités. L’inventaire est d’abord quantitatif et si
l’on se précipite sur le sommaire du programme de l’UTL qui
scelle ses quarante ans, on sera surpris et amusé par un
sommaire de sept pages qui liste par ordre alphabétique les
ingrédients du menu 2016-2017. Et pourtant, il vaudrait mieux
s’appesantir sur l’hétérogénéité qui cherche à répondre aux
multiples envies d’un public que l’on ne se représente plus
comme homogène dans ses attentes. Du scrabble au saut en
parachute, de la connaissance approfondie des civilisations à la
pâtisserie, des sciences politiques à la marche nordique,
13
l’université du temps libre s’est peu à peu adaptée, par
expérience, à l’évolution de la population, en prenant ses distances
avec les stéréotypes qui malheureusement continuent de miner
la question de l’âge.

Et puis, si l’Oareil a innové en Aquitaine en créant à
Bordeaux la première université du troisième âge, sa vocation
régionale l’a incité à essaimer cette expérience dans toute la
région, mettant sur pied plus d’une quinzaine d’UTL dans
pratiquement toutes les villes de préfecture et de sous-préfecture.
Là encore, ses dirigeants ont su transformer, il y a 20 ans, ces
établissements décentralisés de l’Oareil en des structures
associatives autonomes dont certaines collaborent toujours avec « la
maison mère » au sein d’une Fédération des universités du
temps libre en Aquitaine, lieu d’échange d’expériences au profit
de tous.

Et demain ? En effet, un anniversaire sert à considérer le
chemin parcouru, à en tirer des analyses pour mieux
comprendre le présent ; il est aussi une occasion d’arrêter sa marche
quelques instants, le temps de profiter du bilan et de choisir
ainsi la voie qui paraît la plus adéquate, à défaut d’être toujours
la plus désirable.

Que sera l’Oareil sur le chemin de ses cinquante ans ? Bien
sûr, ce qu’il est déjà avec ses équipes de salariés et de
bénévoles, ses administrateurs et ses partenaires, ses activités
principales dont certaines, la formation et l’université du temps libre,
ne l’ont pas quitté depuis l’origine. Pour ces activités-là,
l’association aura à poursuivre leur métamorphose entre projet
associatif, changement du terrain et des publics, et bien
évidemment modifications législatives, administratives et
règlementaires qui viendront modifier les conditions de
fonctionnement de ces services. La formation pour les années à venir est
déjà sur les rails. Nouveau dispositif de formation continue,
évolution des programmes en fonction des attentes perçues lors
des sessions et des appels d’offres, retour à des formations en

14
inscriptions individuelles sur Bordeaux, programme spécifique
pour les directions et l’encadrement, les projets ne manquent
pas et sont déjà en cours de réalisation.

Pour l’université du temps libre, l’enrichissement de
l’éventail des activités et des lieux est depuis des années une
dynamique continue qui dépasse largement la volonté des
dirigeants, parce que portée par les demandes du public et les
sollicitations extérieures. Une réflexion sur des cours du soir doit
s’ouvrir, sachant qu’une expérience avait déjà fonctionné il y a
une quinzaine d’année. Ce serait l’occasion d’attirer de
nouveaux publics et d’utiliser à plein nos capacités d’accueil. Quant
à la Fédération des UTL, elle est déjà ouverte sur le projet
d’étendre ses missions sur la nouvelle Aquitaine et de
bénéficier ainsi d’un enrichissement dû à l’expérience d’universités
du temps libre et d’universités populaires sur les anciennes
régions Poitou-Charentes et Limousin. Bien évidemment, ces
quelques projets à court terme en cachent certains plus
secondaires ou d’autres qui surgiront dans la vie de l’Oareil et ne
seront que la version opportuniste de son développement, sans
pour cela être négligeables.

Il est possible, vraisemblable, que l’Oareil ait dans les
prochaines années à mettre en place de nouveaux services, soit
sous l’impulsion d’administrations publiques ou de collectivités
territoriales, soit par nécessité fonctionnelle. Qui aurait imaginé
dans le premier tiers de son existence que l’association serait
conduite à créer un service d’écoute, un centre de prévention,
un service de lutte contre la maltraitance ou un département de
consultants qui n’est pourtant que la suite logique de la
décentralisation ? D’autres services viendront donc compléter la
gamme de ceux qui constituent aujourd’hui la matière vivante
de l’association.

Le présent ouvrage est conçu en trois parties. La première
est consacrée aux conditions qui ont présidé à la création de
l’Oareil. On peut prendre connaissance des conditions sociales
et des politiques publiques de l’époque ainsi que de l’assemblée
générale constitutive. La seconde partie est organisée par
15
périodes qui nous ont paru a posteriori pouvoir agencer de
manière logique ces quarante ans d’activité. Enfin, pour ceux qui
auront à souhait de se pencher sur une année en particulier,
nous avons tenté de synthétiser brièvement par année l’activité
de l’Oareil. Cette dernière partie est en quelque sorte
indépendante des deux premières.


I - Les raisons qui ont présidé à la création
de l’Oareil

1 - Les changements sociaux et les politiques vieillesse : les
ferments nationaux

Une révolution va survenir sous la pression de la
démographie, de la demande sociale et de l’économie. Au début du
siècle, l’espérance de vie à la naissance était de 45 ans pour un
homme et de 48 ans pour une femme. En 1970, elle est passée
respectivement à 68 et 76 ans. Plus nombreux sont ceux qui
1arrivent alors à un âge avancé et l’on vit plus longtemps. De
1950 à 1990, le nombre des 85 ans et plus a quintuplé, passant
de 200 000 à plus d’un million.

En 1939, la France est le pays de plus vieilli au monde et
6 années belliqueuses ne l’ont certes pas rajeunie. La révolution
démographique continue son travail. Non seulement les
personnes âgées n’ont jamais été aussi nombreuses mais de plus la
nation a besoin de forces vives pour reconstruire le pays,
jugeant les vieux peu utiles à cet effort. Ils vont néanmoins
bénéficier progressivement d’une bonne protection sociale, de
revenus satisfaisants, et vont apparaître conséquemment comme
d’excellents consommateurs susceptibles de participer à la
re.2lance de l’économie Ajoutons à cela la généralisation d’une

1 Les 65 ans et plus représentent 8,5 % de la population française en 1901 et
14,7 % en 1990. Source : PAILLAT (P.) Vieillissement et vieillesse, Paris,
PUF, coll. Que sais-je, 1993.
2 Cf. GUILLEMARD (A.-M.), La vieillesse et l'État. PUF, coll. Politiques,
Paris, 1980.
16
phase de non-travail sous la forme d’une pension appelée
retraite. Pour toutes ces raisons, le groupe des "inactifs" prend
des proportions considérables, glissant subrepticement du
phénomène au problème.

Jusqu’aux années 1960, la vieillesse continue de bénéficier
d’une image fortement liée à l’assistanat. L’effort de
reconstruction du pays durant la période de l’après-guerre en
atteste dans la mesure où l’assistance aux vieillards contraste
singulièrement avec une politique de la famille rénovée pour les
besoins de la cause. Les nouvelles classes moyennes issues de
cette période, vont être en partie à l’origine d’un changement
profond à l’égard de la vieillesse, changement qui affectera les
mentalités, les politiques et les comportements. "La montée de
nouvelles couches moyennes de retraités, associée à la
découverte du rôle clef de la consommation pour le
développement du système, a effrité la légitimité du mode de
gestion traditionnel de la vieillesse, parce qu’il l’a fait percevoir
3comme gaspillage de force de consommation" .

Les politiques en faveur de la vieillesse n’ont pas de tout
temps fait partie de l’arsenal des interventions développées par
les pouvoirs politiques quelle qu’en soit leur forme. Durant une
longue préhistoire, les vieillards qui ne pouvaient plus se suffire
à eux-mêmes et dont la famille n’était pas en mesure de leur
apporter une aide, s’inscrivaient dans le champ de la
bienfaisance et de l’assistance assurées en partie grâce à la richesse de
généreux donateurs qui s’acquittaient ainsi d’un devoir aux
racines complexes, en partie par les deniers publics sous la
pression d’un ordre public menacé, en partie encore par les
institutions religieuses qui tissaient un véritable réseau organisé
d’aides. Parrainage des indigents à domicile, asiles, hôpitaux et
hospices, table du pauvre et éducation populaire, autant de
dispositifs et d’interventions qui s’adressent aux plus démunis
sans critères d’âge. Le XVIIe siècle, apogée dans toute l’Europe
de l’enfermement, de la centralisation et de la répression est une

3 Guillemard A.M., La vieillesse et l'État, PUF, coll. Politiques, Paris, 1980,
p.63.
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période particulièrement difficile pour les vieillards et les
enfants qui ne bénéficient pas du statut d’adulte. Le vieillard est
perçu dans sa spécificité et distingué du reste de la misère au
XVIIIe siècle. À compter de cette période, la caractéristique de
l’âge va conduire à la mise en œuvre d’actions et d’institutions
particulières destinées à cette population.

4Anne-Marie Guillemard lorsqu’elle détermine, pour le XXe
siècle, trois moments dans l’évolution de la prise en charge des
personnes âgées, se réfère à des options économiques latentes
ou patentes. La vieillesse identifiée "caractérise la situation
commune d’inactivité pensionnée qui lui donne son identité et
la rend identifiable" ; la vieillesse assistée (1945 - 1959) n’est
pas jugée utile au développement économique du pays et doit se
contenter de mesures ponctuelles et caritatives ; enfin, la
vieillesse intégrée se fonde sur le rapport Laroque et a pour
mots d’ordre, prévention, intégration, maintien à domicile, afin
d’améliorer le bien-être des populations âgées et d’atténuer les
charges de l’État en matière d’hébergement et d’hospitalisation.

En 1960, le gouvernement charge Pierre Laroque de
constituer et de présider une commission nationale d’étude des
problèmes de la vieillesse. Le rapport issu de ses travaux paraîtra
en 1962. Il y sera proposé de mettre en œuvre une politique de
la vieillesse, définie par ailleurs comme l’ensemble des
interventions publiques structurant de manière implicite ou explicite
5les rapports entre vieillesse et société . Cette politique a des
maîtres mots - prévention, intégration - et un domaine de
prédilection, le maintien à domicile. Il s’avère en effet que le
nombre croissant de retraités donne lieu à des inquiétudes et
suscite de l’intérêt sur le plan économique. Inquiétude devant le
risque d’institutionnalisation d’un important groupe d’âge.
L’espérance de vie poursuit une courbe ascendante. La
cessation d’activité professionnelle est brutale et l’énergie des
retraités ne trouve pas d’investissements suffisants afin que la

4 GUILLEMARD, A.M. La vieillesse et l'État. Paris : PUF, 1980, Coll.
Politiques.
5 GUILLEMARD (A.-M.), op. cit. supra.
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rupture ne soit pas néfaste pour la santé au sens le plus général
du terme. Et certains s’inquiètent pour les comptes de la
Sécurité sociale…

Près de 10 ans après la parution du rapport Laroque, la mise
en œuvre de cette politique de la vieillesse aura lieu dans le
cadre du VIe plan quinquennal de la nation (1971-1975) qui
détermina une grille d’action construite autour de la notion de
maintien à domicile. C’est une politique d’État qui prend forme
grâce à des dispositifs sous la responsabilité d’administrations
déconcentrées et qui vise essentiellement à produire de
nouveaux services et équipements en direction des personnes âgées.
L’objectif annoncé était d’en faire bénéficier 100 000 personnes
afin d’éviter des entrées en maison de retraite. Des programmes
dits finalisés sont alors mis en œuvre par secteurs
géographiques au sein desquels les différentes actions engagées
doivent l’être sous le sceau de la coordination. L’État a prévu
une enveloppe budgétaire distribuée sous forme de crédits
d’incitation. Le dispositif fonctionnait dans le respect des règles
de la déconcentration administrative.

Le VIe plan était structuré autour de vingt-cinq programmes
d’action prioritaire ; le quinzième, nommé PAP 15, concernait
la population âgée. On observe, du VIe au VIIe plan, une
certaine continuité : l’objectif prioritaire reste le maintien à
domicile des personnes âgées. Mais, avec le PAP 15, c’est une visée
plus large qui est poursuivie. Il s’agit de préserver et développer
l’autonomie des personnes âgées et leur participation à la vie
sociale.

Issue de la convergence d’un faisceau de facteurs, la loi
fondamentale du 30 juin 1975 relative aux institutions sociales et
médico-sociales a modifié le paysage gérontologique. Tout
d’abord avec l’humanisation des hospices prévue par l’article
23. Les conditions de vie hospiciales sont désormais jugées
inacceptables. En l’espace de 10 ans, les hospices doivent être
transformés soit en établissements sociaux, médicalisés ou non,
soit en unités de long séjour mais en aucun cas en lits de soins
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