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L'ombre des préjugés

De
148 pages
L'enfance de Guta est marquée par la barbarie nazie, une jeunesse sous la Pologne communiste et antisémite. Sa vie de femme se déroule dans les pays occidentaux, où d'autres obstacles l'attendent. C'est en Israël qu'elle choisit de vivre ses dernières années, auprès de ses filles et de ses petits- enfants. Elle dévoile ici son destin de juive errante, quatre noms, quatre pays différents, non par choix mais par nécessité.
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Guta Tyrangiel Benezra
L’OMBRE DES PRÉJUGÉS
Récit autobiographique
L’OMBRE DES PRÉJUGÉS Récit autobiographique
Guta Tyrangiel Benezra L’OMBRE DES PRÉJUGÉS Récit autobiographique
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Pariswww. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02044-0 EAN : 9782343020440
« … Une cure analytique ou, plus exceptionnellement, un intense voyage solitaire dans la mémoire et le corps peuvent toutefois produire le miracle du recueillement qui soude l’origine et l’acquis dans une de ces synthèses mobiles novatrices dont sont capables les grands savants ou les grands artistes immigrés… » Julia Kristeva dansÉtrangers à nous-mêmes, Fayard, 1988
Dans le gouffre du silence, leurs cris de douleur, leur révolte contre les injustices subies et l’indifférence de presque tous deviennent mon seul héritage. Je me suis décidée à raconter ma vie aux racines plantées au sein d’un peuple persécuté, proche de tant d’autres destinées brutalisées au cours de l’histoire de notre « inhumaine Humanité ».
Je dispose de peu de sources personnelles pour parler du tragique destin des miens puisque j’ignore leurs histoires individuelles et il ne me reste qu’à spéculer et romancer leurs caractères, apparences et actes, sans une clé pour ouvrir leurs portes, cerner leurs vies et tisser nos liens. Que sais-je d’eux ?Méritent-ils un récit tendre et nostalgique? N’est-il pas suffisant d’apprendre leur tragédie et ma vie de survivante par de nombreux livres écrits sur la Shoah par les particuliers, les historiens et les philosophes? Je ressens un malaise avec cette façon collective, anonyme et globalisante de supposer que mon sort ressemble à ceux décrits dans de nombreux témoignages déjà publiés.
Est-il nécessaire de décrire les joies éventuelles dans ma vie pleine de tragédies et d’obstacles, de raconter comment on survit à la futilité, aux injustices et aux violences diverses, tout en appréciant la beauté du printemps et le rire des enfants ?Est-il possible d’atteindre une relative sagesse par la reconnaissance des cibles accessibles, d’accéder à une lucidité saine sur notre liberté et sur ses limites spirituelles, corporelles et sociales au sein d’une réalité contingente ? Est-il possible de transcender la cruauté et la mesquinerie des
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préjugés, de rejeter les haines, d’oublier les rancunes, de délaisser la vengeance pour léguer un monde meilleur à nos enfants ?
Je suis née dans un monde plein de haine et d’injustice et je mourrai sans comprendre le pourquoi de la prévalence de la mort sur la vie. Je suis le témoin du Mal absolu, génocidaire et résolu… J’étais juive en Pologne, polonaise en France, française au Canada et canadienne en Israël… Étrangère... partout.
Née Guta Tyrangiel j’ai vécu mon enfance comme Genowefa Filipiak et mon adolescence sous le nom de Genia Jaszczuk avec une identité cachée, incertaine, déformée. Lorsque, à vingt ans je suis devenue une personne à part entière en France et que mon nom d’épouse, Geneviève Benezra, m’a rapprochée de mes racines juives, j’entamais mon chemin vers la découverte de ma parcelle de vérité.
Juive errante, je le suis non par choix, mais par le hasard de ma naissance. Étrangère, je vis avec un brin d’espoir que les idéaux de paix, de justice et de fraternité deviennent « Réalité» de soi, et de l’autre. Je suis pleinement consciente que les préjugés résultant des pressions historiques, idéologiques et sociales ont façonné ma vie, rendant ma liberté chimérique. Je sais que mon destin d’exclue est partagé par des milliers d’êtres rejetés par les solidarités ethniques, culturelles et nationales, car les préjugés morbides sont la cause principale des souffrances individuelles et collectives à travers notre monde imparfait.
« Mondésir du souvenir et la conviction que sa transmission m’est vitale préservent mon goût de vivre, clarifient le sens de ma vie de femme, de juive et de citoyenne du monde. Me taire à cette étape de ma vie serait me rendre complice des forces qui continuent à diffamer et à
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haïr mon peuple sous des formes nouvelles, mais tout aussi ténébreuses. Elles atteignent un paroxysme verbal meurtrier sous la forme d’un antisionisme idéologique tout aussi irrationnel qu’est l’antisémitisme millénaire.
Je commence donc… après tout, je suis issue du peuple de l’écriture.
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