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L'ORDRE SYMBOLIQUE DE LA MÈRE

Édition originale: L' ordine simbolico della madre @ Editori Riuniti, Rama, 1991 ISBN 88-359-3456-7

Première édition française: 2003

2003 ISBN: 2-7475-5264-0

@ L'Harmattan,

Luisa MURARO

L'ORDRE SYMBOLIQUE DE LA MÈRE

Traduit de l'italien par Francesca SOLARI et Laurent CORNAZ Relu par l'auteure

L'Harmattan 5-7, rue de l' École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE DE L'AUTEURE L'ÉDITION PRÉFACE

À 7

FRANÇAISE À

DE L'AUTEURE

L'ÉDITION I.

ITALIENNE

13 17

LA DIFFICULTÉ DE COMMENCER

II. LE SAVOIR-AIMER LA MÈRE COMME SENS DE L'ÊTRE III. LA PAROLE, DON DE LA MÈRE IV. ELLE... OU QUI VIENT À SA PLACE V. LE CERCLE DE CHAIR VI. LA DISTANCE ABYSSALE CONTRE-CHANT AU CHAPITRE I AU CHAPITRE II AU CHAPITRE III AU CHAPITRE IV AU CHAPITRE V AU CHAPITRE VI 126 134 143 150 156 161 163 31 53 71 91 107

Luisa Muraro a publié...

PRÉFACES DE L'AUTEURE

PRÉFACE DE L'AUTEURE À L'ÉDITION FRANÇAISE

Un livre est toujours content d'être traduit. Il est content parce que, bien que non exempte de risques, une traduction est une interprétation, et des plus fines. Il s'ouvre ainsi à de nouvelles rencontres, de nouveaux déploiements: tant qu'il a un lecteur, un livre n'est pas abouti.
Cette traduction, espagnole qui fait suite aux traductions allemande (1993) et

(1994), marque pour moi un nouvel épisode dans l'histoire

de mes relations avec la France grand pays que sa capitale.

- si je

puis dire, ne connaissant

de ce

À Paris, je mis les pieds en 1960, j'étais baby-sitter, et fréquentais mouvement la paroisse Saint-Séverin.

je lisais Camus

En 1968, très engagée dans le je me pro-

à Milan, je voulus respirer l'air du mai parisien;

curai Lacan, Foucault, Derrida... Au milieu des années 1970, j' y rencontrai l'auteure de Speculum, que je traduisais. Dès lors, Paris devient pour moi comme la Cité des Dames de Christine de Pisan: après Luce Irigaray, j'ai croisé, écouté, fréquenté Hélène Cixous, Françoise Collin, Françoise Duroux, Geneviève Fraisse, Julia Kristeva, Françoise Héritier, Françoise Pasquier, Michelle Perrot, Christiane Veauvy et d'autres encore. De Paris enfin, m'est revenu le coup de fil de Francesca Solari, qui voulait que L' ordine simbolico della madre soit traduit en français, et voilà qui est fait! J'aime à penser que je restitue en partie ce que Paris, ces femmes de Paris, la culture française, m'ont donné.

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Du livre, je dirai, brièvement, que j'en pense aujourd'hui.

L'ordre symbolique de la mère les circonstances de sa naissance et ce

Il est né au point de rencontre et de choc de l'histoire de la phi-

deux grands parcours de la civilisation occidentale:

losophie et l'histoire des femmes
mais le mot s'est imposé.

- qui

n'est pas tout à fait une histoire,

Ainsi dit, cela fait plutôt prétentieux, mais comment dire autrement? Après tout, les grandes choses arrivent, et n'importe qui peut se trouver là où ça se passe, et même en être le théâtre. Que m'est-il arrivé, au juste? J'ai vu la puissance symbolique de la relation d'une femme avec la mère, avec sa propre mère, et avec le fait de pouvoir devenir mère à son tour.

En d'autres termes, plus dépouillés, j'ai découvert le bonheur extraordinaire qu'il y a à être née du même sexe que ma mère. Je dis bonheur parce que c'est exactement ce que j'entends par là, mais, dans ma langue, j'emploierais le même mot qu'en latin,fortuna, qui n'exclut pas ce qu'entendait Simone Weil quand elle parlait du malheur de naître femme. Quant au mot extraordinaire, il m'est venu

- bien

que cela concerne

un être humain sur deux-parce que dans le langage de la philosophie, il n'y avait pas de mots pour dire cela. Ou alors il aurait fallu - et il a fallu - creuser et les arracher dans un travail semblable au « corps à corps avec la mère» dont parle Luce Irigaray. L'intuition sur la chance d'être née de sexe féminin, je l'ai eue grâce
à l'expérience

- que

bien d'autres ont faite depuis les années 1970

- d'un

tissu de relations et d'échanges entre femmes où se transmettent conscience de soi, idées nouvelles, goût de la liberté, énergie vitale. Cette heureuse circulation, toujours vivante et bénéfique, m'a rendu quelque chose de l'ancienne relation maternelle et m'a donné en plus le langage pour la signifier. La mère en effet, dont parlent le livre et son titre, n'est pas le nom d'une entité, mais d'une relation. Relation première et matrice de toute relation, dont la puissance n'est manifeste qu'à une pensée dégagée des monuments de la civilisation patriarcale

Préface de l'auteure à l'édition française

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et de leurs ruines imposantes qui encombrent encore la pensée postmoderne. Seule cette relation fait qu'une femme est ma mère, que nous pouvons à notre tour le devenir et qu'un autre, un homme, peut venir en place de mère. Comme je le dis dans la préface au texte italien, j'ai passé quatre mois à chercher le début, qui est sur la difficulté de commencer

- à écrire,

à

parler, à exister. Le début, une fois trouvé, m'a donné l'élan nécessaire pour avancer. Je n'ai pas dit pour arriver à la fin, parce que le livre n'y arrive pas. Il lui manque le dernier chapitre, le septième, qui devait être sur l'amour. Où en suis-je aujourd'hui avec ce livre? Pourrais-je écrire le chapitre qui manque? Je répondrai indirectement en signalant deux points où je me suis éloignée de celle qui alors écrivait. Le premier concerne l'adjectif « authentique ». Je l'avais introduit dans le deuxième chapitre à propos du sens de l'être et je peine aujourd'hui à en saisir la signification. Il me semble à la fois redondant et chargé d'une force suggestive dont je commence seulement à entrevoir les raisons. Il y a sans doute un lien entre le recours à cet adjectif et les thèmes de la fiction et de la médiation, qui reviennent à plusieurs reprises dans le livre. Je crois qu'à l'époque, il me manquait l'idée d'une expérience de l'être perméable au vécu de la toute petite enfance, dès avant la naissance, où le sujet est lié à la matrice de vie sans que pour autant il soit noyé dans la totalité ou perdu dans l' indistinction. Cette idée d'une expérience de l'être, qui est en même temps expérience de soi, m'est venue de deux côtés: d'une connaissance accrue de D. W. Winnicott, et de la lecture de Marguerite Porete, auteure mystique du XIIIe siècle, qui parle de l'âme nageant dans la mer de joie. Je ne dis pas que, si j'avais eu cette idée, j'aurais pu y reconnaître une expérience vécue. Mais j'aurais pu savoir qu'elle me manquait. Et

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L'ordre symbolique de la mère

encore... je commence à penser qu'elle est le noyau même du privilège de naître du même sexe que la mère. L'adjectif « authentique» était peut-être là, à la place d'une connaissance qui fait défaut à la tradition philosophique et qui, douloureusement, me faisait défaut. Je ne renie rien de ma recherche. Les gens de bon sens sourient de ceux qui, comme moi, cherchent le sens de l'être; ils pensent que c'est du temps perdu. Et en effet, il en est ainsi pour eux. Mais il n'en va pas de même pour nous qui sommes à la recherche de quelque chose qui nous manque, afin que d'autres, qui l'ont déjà, ne le perdent pas. C'est
sur le compte de cette recherche

- et

de mon inadéquation

à la pour-

suivre, mais les deux choses sont inséparables

- qu'il

faut mettre ma

relative indifférence au maniérisme de la pensée postmoderne

- au

maniérisme, pas au reste auquel j'ai été et suis très attentive. Comme renseigne Emily Dickinson, « unfil de soie ne te sauve pas de l'abîme, une corde, si » (Poésie 1322). Une corde, pourtant, n'a rien de raffiné.
Le deuxième point concerne un passage du chapitre V, « Le cercle de chair », où il est question d'un pont reliant nécessité logique et réalité factuelle. De ce passage émane un intense désir du repos que l'esprit trouve dans la contemplation de la nécessité. Cet écho de la philosophie

de Spinoza me surprend. Il ne s'accorde pas avec la primauté, reconnue partout dans le livre, à la langue maternelle et à son ordre symbolique sur la loi, l'éthique, la logique. L'ordre de la loi, celui de l'éthique ou celui de la logique comportent une certaine nécessité, c'est vrai, mais cette chose peut

une nécessité qui exclut toujours quelque chose

- et

s'avérer être la plus importante. Il arrive ainsi que le droit soit à l'origine des pires injustices, que la logique emprisonne l'esprit dans des paradoxes sans solutions, que la morale fasse peser la culpabilité sur des innocents. Ce n'est pas le cas de la langue maternelle

- celle

qu'on

apprend en apprenant à parler, pas celle qu'on apprend à l'école. Ce qui

Préface de ['auteure à ['édition française

Il

en elle se dit n'exclut jamais rien. Les poètes le savent. Mais la culture philosophique et scientifique nous fait le tort de penser qu'il s'agirait d'une singularité propre à la poésie. Ces deux points témoignent d'une réflexion encore à ses débuts. C'était difficile - ça l'est toujours - de penser la puissance maternelle: tout ce qu'elle a de fragile, d'accidentel, d'exposé au hasard, et tout son potentiel de ressources, ses réserves d'être. Il y a dans le texte du volontarisme. Il témoigne d'une difficulté à surmonter la notion reçue et rigide de frontière entre possible et réel. Frontière fixée dans l'ignorance du pouvoir devenir mère qui n'est pas l'essence de toute femme, mais une possibilité d'être. Prisonnière de ces limites, il m'était difficile de reconnaître que quelque chose qui apparaît impossible peut pourtant être réel. Comme l'amour qui n'en finit pas. Parle-t-il de cela, le chapitre qui n'a pas été écrit?
Luisa Muraro Milan, le 10 septembre 2001

PRÉFACE DE L'AUTEURE À L'ÉDITION ITALIENNE

Ce livre présente une recherche personnelle inspirée par un concept, l'ordre symbolique de la mère, issu d'une réflexion politique et philosophique menée depuis plusieurs années avec d'autres femmes: celles de la Libreria delle donne de Milan et celles de la communauté philosophique Diotima de l'université de Vérone. Il m'a fallu douze mois pour l'écrire, dont quatre pour trouver le point de départ. L'ayant trouvé, j'ai écrit en suivant pas à pas les pensées qui me venaient, d'abord avec peine, puis avec élan, interrompue de temps en temps par de nouvelles difficultés. Au cours de ce travail, j'ai été assistée, parfois guidée, par Piera Bosotti : sans son intelligente lecture, je n'aurais pas toujours su où j'allais. Je la remercie de tout cœur. Des gloses, qui ne suivent pas la progression de la recherche, ont été écrites après coup, comme un contre-chant fait de commentaires, d'ajouts et de corrections. J'espère n'avoir pas écrit un livre inutile; son écriture ne l'a pas été pour moi.
Luisa Muraro

10 mars 1991