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L'Unique et sa Propriété

De
416 pages

Texte intégral révisé. Traduction, préface et biographie de Max Stirner par Robert L. Reclaire. La jeune Allemagne des années 1840, nourrie des doctrines de Hegel mais que ne satisfaisait plus de la scolastique pétrifiée du maître, s'est jetée dans la mêlée philosophique et sociale qui aboutira aux orages de 1848-1849. Elle se presse sous les drapeaux du radicalisme et du socialisme, ou combat autour de Bruno Bauer et de Ludwig Feuerbach avec, pour centres de ralliement, les "Annales" de Hall de Ruge et la "Gazette du Rhin" du jeune Karl Marx. C'est sur ce fond tumultueux et lourd de menaces que nous voyons passer la silhouette effacée, l'ombre fugitive d'un grand penseur oublié, Max Stirner. En 1844, il publie "L'Unique et sa Propriété". Stupeur de ceux qui, voyant sans cesse l'auteur au milieu d'eux, le croyaient des leurs, et scandale violent dans le public lettré dont il renverse les idoles avec une verve d'iconoclaste. C'est vers cette œuvre capitale que nous devons nous tourner, et lui demander comment il se fait que, si vite oubliée lorsqu'elle parut, elle se révèle aujourd'hui encore si vivante et si actuelle.


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MAX STIRNER
L’Unique et sa Propriété
Traduit de l’allemand par Robert L. Reclaire
La République des Lettres
PRÉFACE DU TRADUCTEUR
Wer ein ganzer Mensch ist, braucht keine Autorität zu sein
M. STIRNER.
« Moi, Johann Caspar Schmidt, de la confession évan gélique, je suis né à
Bayreuth, ville appartenant alors à la Prusse et ra ttachée aujourd’hui à la Bavière, le
e 25 jour du mois d’octobre de l’an 1806, d’un père fab ricant de flûtes qui mourut peu
de jours après ma naissance. Ma mère épousa trois a ns plus tard l’apothicaire
Ballerstedt et, s’étant, après des chances diverses , transportée à Kulm, ville située
sur la Vistule dans la Prusse occidentale, elle m’a ppela bientôt auprès d’elle en l’an
1810.
« C’est là que je fus instruit dans les premiers ru diments des lettres ; j’en revins
à l’âge de douze ans à Bayreuth pour y fréquenter l e très florissant gymnase de
cette ville. J’y fus pendant près de sept ans sous la discipline de maîtres très
doctes, parmi lesquels je cite avec un souvenir pie ux et reconnaissant Pausch,
Kieffer, Neubig, Kloeter, Held et Gabler, qui méritent toute ma gratitude par leur
science des humanités et par la bienveillance qu’il s me témoignèrent.
« Préparé par leurs préceptes, j’étudiai pendant le s années 1826-1828 la
philologie et la théologie à l’académie de Berlin, où je suivis les leçons de Boeckh,
Hegel, Marheinecke, C. Ritter, H. Ritter et Schleie rmacher. Je fréquentai ensuite
pendant un semestre les cours de Rapp et de Winer à Erlangen, puis j’abandonnai
l’université pour faire en Allemagne un voyage auqu el je consacrai près d’une
année. Des affaires domestiques m’obligèrent alors à passer une année à Kulm,
une autre à Kœnigsberg ; mais, s’il me fut impossib le pendant ce temps de
poursuivre mes études dans une académie, je ne négl igeai cependant pas l’étude
des lettres et je m’adonnai d’un esprit studieux au x sciences philosophiques et
philologiques.
« L’an 1833, au mois d’octobre, j’étais retourné à Berlin pour y reprendre le
cours de mes études, lorsque je fus atteint d’une m aladie qui me tint pendant un
semestre éloigné des leçons. Après ma guérison, je suivis les cours de Boeckh, de
Lachmann et de Michelet. Mon triennium étant ainsi achevé, je me propose de
subir, Dieu aidant, l’examen pro facultate docendi. »
Quelques noms, quelques dates, une maladie, un voya ge, nous ne connaissons
rien de plus des premières années de celui qui deva it un jour s’appeler Max Stirner.
Ce curriculum vitæ, qu’il rédigea en 1834 lorsqu’il s’apprêtait à terminer ses longues
et pénibles études universitaires, résume à peu prè s tout ce que nous savons de sa
jeunesse, de ses études et de la formation de son e sprit. Le reste de sa vie est
plongé dans la même obscurité. Il publie en 1844L’Unique et sa Propriété, puis il
disparaît. Le court et violent scandale qu’avaient soulevé son intraitable franchise et
l’audace de sa critique est étouffé par la rumeur g randissante des événements de
48 qui approchent ; et lorsqu’il meurt, en 1856, le s rares contemporains qui se
rappellent encore le titre de son œuvre apprennent avec quelque surprise que
l’auteur vient seulement de s’éteindre dans la misè re et dans l’oubli.
Pendant cinquante ans, l’ombre s’amasse sur son nom et sur son œuvre ; seuls,
quelques curieux que leurs études forcent à fouille r les coins poudreux des
bibliothèques ont feuilleté d’un doigt soupçonneux ce livre réprouvé ; s’ils en parlent
parfois, en passant, c’est comme d’un paradoxe impu dent ou d’une gageure
douteuse. Les idées marchent, et un jour vient où l ’on s’avise que ce solitaire
inconnu a été un des penseurs les plus vigoureux de son époque ; on s’aperçoit
qu’il a prononcé les paroles décisives dont nous ch erchions hier encore la formule,
et cet isolé retrouve chez nous une famille. Il sort de l’oubli, et des mains pieuses
cherchent à retrouver sous la poussière d’un demi-s iècle les traces de ce passant
hautain en, qui palpitaient déjà nos haines et nos amours d’aujourd’hui.
Le poète J. H. Mackay, l’auteur du romanAnarchistes, a pendant dix ans
recueilli avec un soin jaloux tous les documents, tous les renseignements, tous les
indices capables de jeter quelque clarté sur la vie de Max Stirner ; mais la
consciencieuse enquête à laquelle il s’est livré, l es fouilles laborieuses qu’il a
pratiquées dans les registres des facultés, les pub lications de l’époque et les
souvenirs de ceux qui avaient croisé son héros dans la vie nous osons à peine dire
de ceux qui l’avaient connu n’ont malheureusement p oint réussi à faire sortir Stirner
de « l’ombre de son esprit ». L’ouvrage, fruit de s es patientes recherches(1), nous
donne une description exacte jusqu’à la minutie du milieu dans lequel dut évoluer
l’auteur deL’Uniquere les, ses tableaux abondants et sympathiques font reviv
hommes qu’il dut fréquenter, les êtres et les chose s parmi lesquels il vécut ; mais
cette esquisse, encore pleine de lacunes, de la vie extérieure de J. Caspar Schmidt,
Max Stirner ne la traverse que comme un étranger. C ’est un cadre, mais le portrait
manque et manquera vraisemblablement toujours.
Ce cadre, c’est l’Allemagne des « années quarante » , grosse de rêves et
d’espoirs démesurés, pleine du juvénile sentiment q u’il suffisait de volonté et
d’enthousiasme pour faire éclore le monde nouveau q u’elle sentait tressaillir dans
ses flancs. La jeune Allemagne, nourrie des doctrin es de Hegel mais que ne
satisfaisait plus de la scolastique pétrifiée du ma ître, s’était jetée dans la mêlée
philosophique et sociale qui devait aboutir aux ora ges de 1848-1849 et se pressait
sous les drapeaux du radicalisme et du socialisme, ou combattait autour de Bruno
Bauer, de Feuerbach et des Nachhegelianer, avec, po ur centres de ralliement, les
Annalesde Hall de Ruge et laGazette du Rhindu jeune docteur Karl Marx.
C’est sur ce fond tumultueux et lourd de menaces, o ù chaque livre est une arme,
où toute parole est un acte, où l’un sort de prison quand l’autre part pour l’exil, que
nous voyons passer la silhouette effacée, l’ombre fugitive du grand penseur oublié.
Cet homme silencieux et discret, sans passions vive s ni attaches profondes
dans la vie, qui contemple d’un œil serein les évén ements politiques se dérouler
devant lui, avec parfois un mince sourire derrière ses lunettes d’acier, c’est J. C.
Schmidt.
Ceux qui le coudoient au milieu des promptes et cha udes camaraderies du
champ de bataille le connaissent peu. Ils savent qu e la vie lui est dure, que dès sa
jeunesse la chance lui fut hostile, que des « affai res de famille » pénibles
troublèrent ses études, et qu’un mariage conclu en 1837 le laissa après six mois
veuf et seul, sans autres relations que sa mère « d ont l’esprit est dérangé ». Ils
savent que, son examenpro facultate docendipassé, il a fait un an de stage
pédagogique à Berlin, puis que, renonçant à acquéri r le grade de docteur et à entrer
dans l’enseignement officiel, il a accepté, en 1839 , une place de professeur dans un
établissement privé d’instruction pour jeunes fille s. Mais nul n’a pénétré dans
l’intimité de sa vie et de sa pensée, et il n’est p as de ceux à qui l’on peut dire :
pourquoi ?
De 1840 à 1844, « les meilleures années de sa vie » , on le voit fréquenter
assidûment, plutôt en spectateur qu’en acteur, les cercles radicaux où trône Bruno
Bauer ; il publie, en 1842 et 1843, quelques articl es de philosophie sociale sous le
pseudonyme de Max Stirner, mais n’occupe qu’une pla ce effacée dans les réunions
turbulentes de la jeunesse de Berlin. En 1843, il s e remarie et la vie semble un
instant vouloir sourire au pauvre « professeur priv é ».
En 1844 paraît chez l’éditeur Otto Wigand, de Leipz ig,L’Unique et sa Propriété.
Stupeur de ceux qui, voyant sans cesse l’auteur au milieu d’eux, le croyaient des
leurs, et scandale violent dans le public lettré do nt il renverse les idoles avec une
verve d’iconoclaste. Le livre, répandu en cachette chez les libraires, est interdit par
la censure qui, quelques jours après, revient sur s a condamnation, jugeant
l’ouvrage « trop absurde pour pouvoir être dangereu x ». Les anciens compagnons
s’écartent, le livre est oublié et la solitude se fait.
Dès ce moment commence la longue agonie du penseur. L’année même de la
publication de son œuvre, « cette œuvre laborieuse des plus belles années de sa
jeunesse », l’établissement où il professait lui fe rme ses portes, et la gêne s’installe
à son foyer ; l’éditeur Wigand, qui resta un ami fi dèle du proscrit moral, lui confie,
pour l’aider, quelques traductions, et il publie en allemand, de 1846 à 1847, le
Dictionnaire d’économie politiquede J.-B. Say et lesRecherches sur la richesse des
nationsde Smith. Mais les embarras d’argent vont croissan t ; une tentative
commerciale malheureuse achève de fondre en peu de mois les quelques milliers
de francs qui avaient formé la dot de sa femme, et celle-ci se sépare de lui en 1846.
Dès lors, c’est la misère de plus en plus profonde. Ceux qui l’avaient connu le
perdent complètement de vue, Wigand lui-même ignore où il cache son orgueilleuse
détresse ; les événements de 48 se déroulent sans q u’on voie Stirner y prendre
aucune part.
En 1852 paraît encore uneHistoire de la réactionen deux volumes, entreprise
de librairie sans intérêt où la part de collaborati on de Stirner est d’ailleurs mal
définie. Et puis, plus rien, à peine quelques lueurs : en 1852, il est commissionnaire,
et son biographe a retrouvé les traces de deux séjo urs de J. C. Schmidt dans la
prison pour dettes en 1852 et 1853.
Il achève de mourir le 25 juin 1856, âgé de quarante-neuf ans et huit mois.
On peut voir aujourd’hui sur sa tombe, grâce aux so ins pieux de J. H. Mackay,
une dalle de granit portant ces seuls mots : MAX ST IRNER. Et sur la façade de la
maison où il mourut, Philippstrasse, 19, à Berlin, on lit cette inscription :
C’EST DANS CETTE MAISON
QUE VÉCUT SES DERNIERS JOURS
MAX STIRNER
r (D Caspar Schmidt, 1806-1856)
L’AUTEUR DU LIVRE IMMORTEL
L’Unique et sa Propriété
1845
***
« De ceux que nous jugeons grands comme de ceux que nous aimons, avait dit
Stirner, tout nous intéresse, même ce qui n’a aucun e importance ; celui qui vient
nous parler d’eux est toujours le bienvenu. » Cela suffirait, son mérite mis à part,
pour expliquer l’intérêt du livre de Mackay et pour en faire regretter vivement les
lacunes. Mais il a probablement tout dit, et person ne n’achèvera de soulever le voile
que cinquante ans d’oubli ont épaissi sur la vie et la personnalité de l’auteur de
L’Unique.
C’est vers son œuvre que nous devons nous tourner, et lui demander comment
il se fait que, si vite oubliée lorsqu’elle parut, elle se relève aujourd’hui si vivante et
siactuelle.
Les œuvres originales de Stirner (nous laissons de côté les traductions de Say
et de Smith et sonHistoire de la réaction) sont peu nombreuses. OutreL’Unique et
sa Propriété, son œuvre capitale, et deux articles polémiquesRecensenten Stirners,
1845 etDie philosophischen Reactionäre, 1847), en réponse aux critiques que
l’apparition de son livre avait provoquées de la pa rt d’écrivains de différents partis, il
n’existe de lui que quelques essais publiés de 1842 à 1844 dans laReinische
Zeitungde Marx et dans laBerliner Monatschrifftde Bahl.
o Ces articles(2), esquisses de son grand ouvrage, sont :1Le faux principe de
notre éducation, ou Humanisme et Réalisme(Das unwahre Prinzip unserer
o Erziehung oder der Humanismus und Realismus, avril 1842) ;2L’Art et la Religion
o (Kunst und Religion, juin 1842 ;3De l’Amour dans l’État(Einiges Vorläufige von
Liebesstaatlus considérable que la, l844), ce dernier, simple esquisse d’un travail p
censure supprima. Ajoutons-y deux études philosophi ques sur des œuvres
littéraires alors célèbres : lesEsquisses koenigsbergiennesde Rosenkranz (1842),
etLes Mystères de Parisd’E. Sue (1844).
Il serait à désirer que ces études préliminaires fu ssent mises à la porte du
lecteur français ; elles sont une introduction natu relle à la lecture du chef-d’œuvre
de Stirner, comme ses réponses aux objections, qui achèvent de préciser sa
pensée, en sont le complément précieux.
Nous leur demanderons de nous aider à comprendre ce que Stirner a voulu, ce
qu’il a fait et ce qu’il est aujourd’hui pour nous. Que signifiaitL’Unique et sa
Propriététuelle ?lorsqu’il parut, et quelle est sa signification ac
Et d’abord car appeler ce livre unique n’est qu’un jeu de mots très vain quelles
sont ses racines dans la pensée allemande contemporaine ? Tout l’effort de la
philosophie pratique du XIXe siècle a eu, pour but de séculariser les bases de la vie
sociale et d’arracher à la théologie les notions de droit, de morale et de justice. En
Allemagne, c’est cette lutte contre la transcendanc e qui fait le caractère
fondamental des travaux philosophiques des penseurs qui suivirent Hegel. La
critique historique des sources religieuses y aboutit bientôt à la critique
philosophique du sentiment religieux, et les travau x d’exégèse chrétienne
préludèrent à l’étude de la morale du Christianisme .
Strauss avait ouvert la voie par saVie de Jésusen s’attaquant au caractère
révélé des Évangiles ; Bruno Bauer, dans saCritique des Évangiles, se donna pour
tâche de détruire le fond de religiosité et de mysticisme que la mythique de Strauss
laissait subsister dans la légende chrétienne, et s ’attaqua à l’esprit théologique en
général.
C’est à Bruno Bauer que succède logiquement Feuerba ch, dontl’Essence du
Christianismeh te dit lui-eut un retentissement considérable. Comme Feuerbac
même, « il étudie le Christianisme en général et, c omme conséquence, la
philosophie chrétienne ou la théologie ». Sans plus s’attaquer en historien au mythe
chrétien comme Strauss ou à l’esprit évangélique co mme Bauer, il étudie le
Christianisme tel qu’il s’est transmis jusqu’à nous et se borne à en rechercher
l’essence en le débarrassant « des innombrables mai lles du réseau de mensonges,
de contradictions et de mauvaise foi dont la théolo gie l’avait enveloppé ». Il en vint
à conclure que « l’être infini ou divin est l’être spirituel de l’homme, projeté par
l’homme en dehors de lui-même et contemplé comme un être indépendant …
L’Homme est le Dieu du Christianisme, l’anthropolog ie est le secret de la religion
chrétienne. L’histoire du Christianisme n’a pas eu d’autre tendance ni d’autre tâche
que de dévoiler ce mystère, d’humaniser Dieu et de résoudre la théologie en
anthropologie. » C’est en ramenant Dieu à n’être pl us que la partie la plus haute de
l’être humain, séparée de lui et élevée au rang d’ê tre particulier, que la philosophie
spéculative parvient à rendre à l’homme tous les prédicats divins dont il avait été
arbitrairement dépouillé au profit d’un être imagin aire. Homohomini deusest la
conclusion de la philosophie de Feuerbach(3).
On sait l’enthousiasme que souleva chez la jeunesse allemande en rébellion
contre la théologie hégélienne le pieux athéisme de l’auteur del’Essence du
Christianisme. «Tu es qui restitues mihi haereditatem meam !» lui disaient
volontiers les jeunes hégéliens chez lesquels cette religion de l’Humanité trouvait
de fervents adeptes.
Quoique formellement opposé à Feuerbach et à Bruno Bauer, contre lesquels
est dirigée presque toute la partie polémique de L’ Unique, Stirner est en réalité leur
continuateur immédiat.
Stirner est essentiellement antichrétien. Son indiv idualisme même est une
conséquence de ce premier caractère. Tout son livre est une critique des bases
religieuses, de la vie humaine. Esprit infiniment p lus rigoureux que ses
prédécesseurs, la conception, au fond très religieu se, de l’Homme, ne peut le
satisfaire, et sa critique impitoyable ne s’arrête que lorsqu’il a dressé sur les ruines
du monde religieux et « hiérarchique » l’individu a utonome, sans autre règle que
son égoïsme.
D’après Feuerbach, les attributs de l’homme jugés à à tort ou à raison les plus
élevés lui avaient été arrachés pour en doter un être imaginaire « supérieur » ou
« suprême ». nommé Dieu. Mais qu’est-ce que l’Homme de Feuerbach, reprend
Stirner, sinon un nouvel être imaginaire formé en s éparant de l’individu certains de
ses attributs, et qu’est-ce que l’Homme, sinon un n ouvel « être suprême » ?
L’Homme n’a aucune réalité, tout ce qu’on lui attri bue est un vol fait à l’individu. Peu
importe que vous fondiez ma moralité et mon droit e t que vous régliez mes relations
avec le monde des choses et des hommes sur une volo nté divine révélée ou sur
l’essence de l’homme ; toujours vous me courbez sou s le joug étranger d’une
puissance supérieure, vous humiliez ma volonté aux pieds d’une sainteté
quelconque, vous me proposez comme un devoir, une v ocation, un idéal sacrés cet
esprit, cette raison et cette vérité qui ne sont en réalité que mes instruments. « L’au-
delà extérieur est balayé, mais l’au-delà intérieur reste et nous appelle à de
nouveaux combats. » La prétendue « immanence » n’es t qu’une forme déguisée de
l’ancienne « transcendance ». Le libéralisme politi que qui me soumet à l’État, le
socialisme qui me subordonne à la Société, et l’hum anisme de Bruno Bauer, de
Feuerbach et de Ruge qui me réduit à n’être plus qu ’un rouage de l’humanité ne
sont que les dernières incarnations du vieux sentim ent chrétien qui toujours soumet
l’individu à une généralité abstraite ; ce sont les dernières formes de la domination
de l’esprit, de la Hiérarchie. « Les plus récentes révoltes contre Dieu ne sont que
des insurrections théologiques. »