L'unité politique et la diversité

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Comment concilier l'inévitable diversité sociale avec la non moins indispensable cohésion politique ? Il s'agit ici d'éclairer les notions qui tournent autour des valeurs permettant à un groupe humain de se constituer, de se maintenir ou de disparaître. Ainsi, en allant des questions les plus générales touchant le lien interhumain à la critique radicale de l'idée même de société, seront analysés les notions d'assimilation, d'exclusion, de ghettoïsation et d'intégration. Pour ce qui est des sentiments qui sous-tendent ce lien, seront alors étudiés la fraternité, la solidarité, la xénophobie, le racisme ou encore le colonialisme.
Publié le : dimanche 1 mai 2016
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EAN13 : 9782140008672
Nombre de pages : 264
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Bernard Jolibert
L’unité politique et la diversité Autour du « vivreensemble »
É d u c a t i o n e t P h i l o s o p h i e
L’unité politique et la diversité
Éducation et philosophie Collection dirigée par Bernard Jolibert et Jean Lombard La collection « Éducation et philosophie » publie des études et des textes philosophiques qui traitent des problèmes généraux de la formation des hommes et qui visent à élucider les conditions et les démarches de l’action éducative. Dernières parutions Bernard JOLIBERT,De l’usage des mots en « isme » en philosophie, 2014. Jean LOMBARD,La démarche et le territoire de la philosophie, 2014. Jean-Louis VIVÈS,Les devoirs du mari, 2011. Jean-Louis VIVÈS,L’éducation de la femme chrétienne, 2010. Bernard JOLIBERT,Questions d’éducation. Finalités politiques des institutions éducatives, 2009. Bernard JOLIBERT,Montaigne, l’éducation humaniste, 2009. Sylvain MARÉCHAL,Projet de loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes, 2007. Jean LOMBARD (études présentées par),L’école et la philosophie, 2007. Jean LOMBARDL’école et les sciences, 2005. Bernard JOLIBERT,Auguste Comte, l’éducation positive, 2004. Jean LOMBARD (études réunies et présentées par)L’école et l’autorité,2003. Jean LOMBARDHannah Arendt, éducation et modernité, 2003. Yves LORVELLECÉducation et culture, 2002. Jean LOMBARD (études réunies et présentées par)L’École et les savoirs, 2001. Bernard VANDEWALLEKant, éducation et critique, 2001. Yves LORVELLECAlain philosophe de l’instruction publique, éléments pour une critique de la pédagogie, 2001. Gérard GUILLOTQuelles valeurs pour l’école du XXIème siècle ?, 2000.
Bernard Jolibert L’unité politique et la diversité
Autour du « vivre-ensemble »
Du même auteur e L’Enfance auXVIIsiècle, Paris,Vrin, 1981. Trac, timidité, intimidation,Toulouse, Privat, 1985. Raison et éducation,Paris, Klincksieck, 1987. L’Éducation contemporaine,Paris,Klinsksieck, 1989. Platon : l’ascèse éducative de l’âme,Paris, L’Harmattan, 1994. L’Éducation d’une émotion : le trac, Paris, L’Harmattan, 1997. La Commedia dell’arte,Paris,L’Harmattan, 1999. Auguste Comte : l’éducation positive,Paris, L’Harmattan, 2004. La Laïcité, actualité et histoire d’une idée, Belgique, EME, 2005. Lexique critique du professeur des écoles (les mots-clés pour réussir l’entretien du concours), Paris, Seli Arslan, 2006. Réussir le mémoire professionnel en IUFM. Conception, rédaction, direction et soutenance, Paris, Seli Arslan, 2006. La Dissertation aux examens et concours, Paris, Seli Arslan, 2007. Réussir son inspection(avec Jean Lombard), Paris, Seli Arslan, 2008. Montaigne, l’éducation humaniste, Paris, L’Harmattan, 2009. Questions d’éducation : les finalités politiques des institutions scolaires, Paris, L’Harmattan, 2009. La Pensée occidentale, Paris, Ellipses, 2012. De l’usage des mots en « - isme » en philosophie,Paris, L’Harmattan, 2014. Traductions et adaptations Le Maître (De Magistro)de saint Augustin, Klincksieck, 1988. La Grande Didactiquede Comenius, Klincksieck, 1992. Conférences sur l’éducationde William James, L’Harmattan, 1996. De l’enseignement(De Magistro) : saint Thomas, Klincksieck, 1999. Livre de l’éducation des enfants(Doctrina Pueril) : Raymond Lulle, Klincksieck, 2005. L’Éducation de la femme chrétienne: J.- L. Vivès, L’Harmattan, 2010.
Les Devoirs du mari: J.-L. Vivès, L’Harmattan, 2011.
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08519-7 EAN : 9782343085197
SommaireI - Introduction: Comment assurer la cohésion collective. Le même et l’autre. Diversité et unité(p. 7). II - Le souci du lien interhumain :De la fracture socialeà laghettoïsation des exclus(p. 25). III - Quelques formes de groupement humain : État, communauté, société, tribu, clan, famille, nation, patrie(p. 59).IV - La forme du pouvoir politique :Le souverain, le gouver-nement, la démocratie, la république(p. 81). V - La gestion de la diversité :Multiculturalisme, inter-culturalisme, communautarisme, ethnicité, relativisme culturel(p. 103). VI - L’idée de laïcité :Théocratie, cléricalisme, anticléricalisme, neutralité, césaro-papisme(p. 127). VII - Les sectes :Totalitarisme et mépris de la personne(p. 151).VIII - L’esclavage, un crime contre l’humanité :Génocide, engagisme, colonisation, racisme, métissage(p. 171). IX - Qui sont les barbares ?Identité, altérité, animalité, monstruosité, réciprocité(p. 193). X - Fraternité et solidarité :Le singulier, le particulier, le géné-ral et l’universel(p. 215). XI - Repenser le lien social :société » a-t-elleLa notion de « encore un sens ?(p. 239).
IIntroduction. Comment assurer la cohésion collective.  Le même et l’autre. Diversité et unité. Suivant nos traditions, la réflexion philosophique concernant la délicate question de l’unité sociale ou politique commence véritablement avec Platon.La République, La Politique etLes Loisposent explicitement la question de la cohésion de la Cité. On objectera que les dialogues platoniciens, héritiers directs de Socrate, ne nous enseignent rien de positif. Leur« ironie »consiste à déstabiliser l’interlocuteur, et, avec lui, indirectement le lecteur, en mettant le doigt sur les fausses évidences qui occupent sa réflexion ordinaire et que cachent les mots devenus courants. On a si souvent insisté sur cette négativité critique qu’on a fini par l’admettre comme une vérité indiscutable. Peut-être à tort. Certes, les célèbres dialogues ne contiennent rien de doctrinal dans la mesure où ils cherchent prioritairement à nous mettre mal à l’aise vis-à-vis des opinions irréfléchies et des fausses évidences qui nous habitent et qui finissent par nous gouverner. La valeur politique des dialogues socratiques repose d’abord sur l’invitation à la réflexion critique qu’ils proposent. Socrate est comparé – et ressemble en effet – à cette« torpille »qui paralyse celui qu’elle touche et ne l’immobilise que pour mieux l’inviter à se retourner sur les fausses certitudes qui le conduisent. I. Puissance des mots et exigence critique de clarté Loin de n’être que négatifs, ces dialogues si déstabilisants nous enseignent quelque chose de fondamental, à savoir que la philosophie, y compris la philosophie politique, commence tou-jours par une réflexion sur le langage, autrement dit sur le sens et la portée des mots. Les mots sont certes des outils qui permettent d’orienter nos réflexions. Mais ce sont aussi des
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voiles qui servent à dissimuler adroitement la vérité aux efforts de la pensée. Par suite, c’est suivant cette ambiguïté signifiante qu’il convient de les aborder lorsqu’on prétend réfléchir, singulièrement dans le champ de la politique où le langage sert à manipuler autant qu’à expliquer. La rhétorique politicienne ne vise-t-elle pas d’abord à endormir la vigilance de l’auditeur ? Les mots dévoilent et dissimulent à la fois l’objet qu’ils semblent désigner dans une sorte d’évidence trop immédiate. C’est précisément cette dernière qu’il faut tenter de remettre en question si on veut passer de la dissimulation au « dé-voilement », du rêve à l’état éveillé, de l’illusion à la réalité, significations primitives du mot vérité (ά-λήșεȚα). On peut en prendre pour exemples les écrits platoniciens eux-mêmes. L’approche de la question qui est traitée au cours du dialogue débute systématiquement par l’examen de la signification des termes qui seront déployés au cours de la discussion. Comment en effet cerner un problème sans procéder à« une révision critique des notions traditionnelles, des conceptions courantes, reçues et incorporées dans le langage »(Koyré, 1962, p. 15)? Il convient, comme nous le rappelle Socrate, de partir de l’usage courant et de la langue commune si on ne veut pas se laisser bercer d’illusions par le« non pensé »radical qu’est l’opinion du mieux parlant ou l’avis du dernier disant, cette« doxa » qui nous enferme dans la certitude aveugle et infondée.Le Politique, La RépubliqueouLes Loissemblent des illustrations parfaites de cette démarche initiale dans le domaine sociopolitique. La réflexion philosophique qui suivra, quelque méthode d’exposé qu’elle choisisse (dialogue, cours, traité, correspondance, dissertation, discours, exposé magistral, discussion informelle, etc.) n’aura donc d’autre com-mencement que d’étudier l’imprécision d’une langue qui à la fois décrit et influence le lien social. Le fait de devoir s’attaquer prioritairement aux mots pour tenter d’aborder les concepts vaut dans tous les domaines, celui de la pensée politique comme les autres. Ici comme ailleurs, le philosophe commence par se montrer philologue. N’abordons-
Autour du « vivre-ensemble »9nous pas le monde au travers de mots qui sont déjà forgés dans la langue et qui permettent d’en découper les formes, d’en cerner les contours, d’en organiser les éléments en des ensem-bles plus ou moins cohérents ? Comment user à moindre risque de ces instruments langagiers qui restent ambigus, plurivoques, connotés de manières si diverses qu’ils peuvent « dire » de multiples choses, parfois contradictoires, et induire des actes qui ne sont pas toujours conscients aux yeux des acteurs sociaux eux-mêmes ? Une réflexion critique s’impose. II. Parole politique et langue de bois Démarche verbeuse et relevant seulement de la rhétorique formelle ? Rien n’est moins certain. La réflexion sur le langage est l’occasion pour les ambiguïtés de surgir à l’avant-scène, précisément là où le professionnel de la politique, le manipu-lateur de l’opinion, le démagogue souhaiterait ne les voir jamais apparaître. C’est en effet principalement dans le champ politi-que que les mêmes mots sont utilisés pour cacher la réalité, noyer l’auditeur, tromper à l’occasion l’électeur en éveillant en lui certains sentiments visant à le faire agir dans telle ou telle direction, non pour l’éclairer conceptuellement sur une situation délicate et tenter d’apporter une solution à un problème complexe. Prenons un cas au hasard. Celui du célèbreContrat socialpar exemple, emprunté au champ des échanges écono-miques par des jurisconsultes tels Grotius et Burlamaqui durant la Renaissance afin d’asseoir une nouvelle politique libérale. Cette idée se voit utilisée par Rousseau pour tenter d’apporter une solution à la question de la légitimité des régimes démocra-tiques (Mesnard, 1956). Selon l’auteur duContrat socialcontrat où s’enracine la, le légitimité politique ne correspond pas à un moment historique mais à un principe fondateur. Il est le présupposé qui permet de rendre pensable et de garantir l’accord entre des libertés devant cohabiter. L’abus qui en est fait aujourd’hui, dans le champ
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