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L'Univers du surf et stratégies politiques en aquitaine

De
321 pages
Le surf est systématiquement présent dans les dynamiques d'identification régionale en Aquitaine. En fait, comme le montre cet ouvrage, la malléabilité des représentations liées à ce sport et à ses pratiquants en permet une utilisation multiple, en fonction des intérêts politiques locaux, qui veillent à en exploiter les retombées économiques, médiatiques, touristiques et sociales. A rebours d'une image idyllique, le surf se révèle une ressource politique décisive pour les institutions locales.
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SOMMAIRE

SOMMAIRE INTRODUCTION CHAPITRE 1- UNE REGION DE SURF, DES COMMUNES LITTORALES : LES PROPRIETES COMMUNALES COMME PRINCIPE DE DIFFERENCIATION DES POLITIQUES MUNICIPALES Les politiques municipales du surf : une homogénéité apparente Un dynamisme politique peu discuté Une activité sportive « intégrée » dans les politiques municipales en Aquitaine L’hégémonie du surf aquitain en France La domination fédérale de l’Aquitaine Une Fédération sportive « régionale » Une concentration d’activités dans le sud du littoral aquitain qui renforce la position de la région Démographie, typologie des logements, architecture et tourisme des villes de surf : le poids des propriétés communales dans la définition des politiques municipales Le rapport des maires à la pratique : des socialisations différenciées Des communes aux ressources socio-démographiques variées Des recrutements touristiques liés à l’offre de logements Une histoire sociale objectivée dans l’architecture Des processus de développement touristique dispersés dans le temps Les représentations des élus locaux et les enjeux de l’univers du surf : des possibilités d’appropriation multiples Des représentations générales et peu territorialisées Des représentations définies à partir des caractéristiques locales CHAPITRE 2- DES MYTHES HISTORIQUES QUI LAISSENT UNE VASTE MARGE DE JEU La Polynésie et Hawaii : une filiation historique qui semble aller de soi Une image à connotation traditionnelle et religieuse

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Une uniformisation qui répond à une logique marchande Le stéréotype de « déviance sportive » et l’affirmation d’un « mode de vie » issus des années 1970 L’illusion d’un surf sans frontières « Le » surf des années 1970 en France : une construction journalistique Une rétrospective durable Une double opposition structurelle : la « culture surf » versus l’économie marchande et la pratique compétitive Gibus de Soultrait : entre intellectualisation, nostalgie et « désintérêt bourgeois » L’imposition de la « contre-culture », garante d’un mode de vie symboliquement et économiquement profitable Une sélection mnémonique des événements Des productions universitaires et journalistiques analogues La valorisation de « l’esprit surf » par le secteur de l’économie marchande Le refoulement de la concurrence commerciale Une stratégie marketing : le « free surfer » CHAPITRE 3- UNE STIGMATISATION SURFEURS JETES À LA MER INTERESSEE : LES

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Les représentations des maires : des surfeurs « jeunes », « indépendants » et « désorganisés » L’inorganisation de l’espace de la pratique à Seignosse comme mode de justification politique L’espace des clubs et des écoles de surf de Seignosse : une structuration « ancienne » et concurrentielle qui modère l’action municipale « On ne peut pas aller plus loin… » : fatalisme ou désintérêt intéressé de l’équipe municipale ? « Les vrais surfeurs et les autres » : une dissociation politiquement utile Un usage politique particulier des tensions sociales : Hossegor, la ville de surf sans surfeurs ? Hossegor, une « double personnalité » « Diabolisation » des surfeurs et groupe d’intérêts : la Société des Propriétaires de Soorts-Hossegor Les luttes pour l’appropriation de l’espace physique : proximité spatiale et distance sociale La stratégie du maire : rester dans le « jeu politique » La validité légitime de la tradition au fondement de la démission des surfeurs

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CHAPITRE 4- LES COMPETITIONS PROFESSIONNELLES ET LES FESTIVALS : DES MODALITES DE PRATIQUE DISTINCTIVES POUR L’IDENTIFICATION DES TERRITOIRES La « sportivisation », la « professionnalisation » et la médiatisation du surf : des processus préalables à l’engagement des municipalités La reconnaissance du surf par les instances sportives internationales La « professionnalisation » de la pratique compétitive L’affirmation du territoire communal grâce aux retombées médiatiques du « surf professionnel » : « c’est jackpot ! » Les usages politiques du « surf spectacle » Des actes de reconnaissances « pour les autres » aux dépens du local Une « rente territoriale » profitable Le subventionnement de l’événementiel comme plus-value du marquage territorial Faire durer l’éphémère : « il fallait que ça se voit » A Seignosse, « l’avenir de la ville se situe sur ce plan-là » : le surf comme outil de dissociation territoriale « L’authenticité » comme stratégie d’identification : l’exploitation inédite à Biarritz d’une ressource unique À Biarritz, « le surf est inscrit dans les gènes » Codage symbolique et prime institutionnalisation : une activité socialement sélective et géographiquement limitée Le « Biarritz Surf Festival » : un ajustement politique aux propriétés locales du surf et aux propriétés de la commune Un recrutement social adapté à la commune Des possibilités stylistiques et des rapports au corps territorialisés CHAPITRE 5- L’UTILISATION DU SECTEUR MARCHAND ET DES ASSOCIATIONS À CARACTERE « SOCIAL » : ENTRE ENTHOUSIASME ET MEPRIS L’espace économique de l’univers du surf : des dynamismes politiques variés La « rationalisation économique » de l’univers du surf L’investissement d’une collectivité de grande échelle : le Conseil régional d’Aquitaine Un espace économique hétérogène Le pouvoir d’attraction des entreprises du surfwear : les performances économiques et les emplois Les entreprises du surfwear : un lieu privilégié de ressource politique Des relations « amicales » profitables Des espaces de résistance à l’économie du surf : « le surf social » et l’écologie

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La politique « sociale » de la Fédération française de surf « Surf Insertion », surf ou insertion ? Des récupérations politiques aux dépens d’un soutien efficace « Le surf social » : un lieu de résistance à l’emprise de l’économie et de l’esprit compétitif du surf Un surf compétitif « euphémisé » pour accroître la visibilité de la Fédération Le pouvoir de Surfrider Foundation Europe Des actions variées et médiatiques Les Pavillons Noirs, une sanction contraignante pour les municipalités Une dynamique associative peu soutenue par les municipalités De la contrainte au mépris : les conséquences du dragage du port de Capbreton CHAPITRE 6- LE SURF, UN SIMPLE ENJEU POLITIQUE ? Des surfeurs estimés ou des choix politiques intéressés ? Les listes électorales aux municipales de 2001 : des surfeurs notables attrayants Des politiques municipales « pour » les pratiquants ? « La » vague et « le » spot : des enjeux de l’identification territoriale aux conflits politiques Des querelles de clocher : détenir la vague, posséder la compétition La privatisation de l’espace public : la vague de Parlementia Usage exclusif de l’événementiel et fragmentation territoriale au sein du « B.A.B. » Un événementiel sur un espace de jeu dédoublé : la domination médiatique d’Hossegor Les dispositions innovantes du maire de Seignosse Le refus du maire de Capbreton de « jouer » le jeu La personnalisation des conflits politiques Un enjeu identificatoire effectif pour les départements aquitains Les réalités de l’évolution des orientations sportives des départements Détenir « le » spot La dissociation de l’univers du surf par les Conseils généraux CONCLUSION SIGLES UTILISES BIBLIOGRAPHIE

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« L’homme politique peut chercher à servir des fins nationales ou humanitaires, des fins sociales, éthiques ou culturelles, profanes ou religieuses. Il peut également être soutenu par une solide croyance au ‘’progrès’’ – dans les différents sens de ce terme – comme il peut récuser absolument cette croyance ; il peut prétendre vouloir servir une ‘’idée’’ ou refuser par principe la valeur des idées pour ne servir que des fins matérielles de la vie quotidienne. Dans tous les cas cependant, une croyance ou une foi est nécessaire, sinon – et personne ne peut le nier – le succès politique apparemment le plus solide rejoindra dans la malédiction l’inanité de la créature. »

Max Weber, Le savant et le politique, Paris, Plon, 2001 (rééd.), p.199.

INTRODUCTION1
Mardi 23 août 2005, journal télévisé de 13h de France 2. Un reportage expose « l’explosion du surf sur la côte aquitaine ». Rapidement, agrémenté de belles images de plages ensoleillées et de vacances, le propos se focalise sur des données socioéconomiques : « 3500 emplois2 dans les entreprises du surfwear, un milliard d’euros de chiffre d’affaires. On ne compte plus les compétitions sponsorisées. […] Ce sport sur la Côte Basque surfe sur la vague sonnante et trébuchante ». L’interview de Pierre Agnès, le nouveau PDG de Quiksilver Europe pour qui « 90% des ventes, c’est les fringues et 10% c’est le technique », insiste également plus sur le « surf business » que sur la pratique elle-même. Ces quelques minutes dédiées au surf représentent le surf à l’aide des performances économiques « à deux chiffres »3 des entreprises du secteur puis à travers les compétitions des circuits professionnels de l’Association of Surfing Professionnals (l’ASP) où, en cumulé durant une semaine de compétition au mois d’août, plusieurs centaines de milliers de spectateurs selon les organisateurs encouragent les compétiteurs professionnels au bord de la plage4. Mais pas le moindre mot sur les pratiquants, qu’ils soient des « locaux » ou des touristes. Pourtant, des pratiquants, en France, il y en a. Par dizaines de milliers, voire par centaines de milliers. C’est en 1956 que les premières vagues sont surfées en France. Concernant les plages d’une seule station balnéaire, Biarritz, sur lesquelles une vingtaine de surfeurs s’initie à la fin des années 1950, le nombre de pratiquants s’est nettement accru et les lieux de pratique se sont diversifiés sur tous les littoraux français. Récente sur le plan historique en comparaison avec les dates de création de la plupart des autres fédérations sportives, la Fédération française de surf, la FFS5, a été créée en 1964 à Biarritz. L’approximation des données relatives au nombre de surfeurs témoigne
1 Cet ouvrage résulte des travaux effectués au sein d’un doctorat de sociologie intitulé Identifications territoriales et usages politiques du surf sur la côte aquitaine. Des villes de surf sans surfeurs, sous la direction de Charles Suaud, décembre 2005, université de Nantes, 454p. 2 Ces emplois sont issus des entreprises de production et de vente de vêtements de surf et de combinaisons isothermes, des moniteurs de surf titulaires d’un brevet d’Etat, des shapers (les artisans qui fabriquent les planches), etc. 3 N’ayant en réalité que peu de rapports directs à proprement parler avec la pratique du surf, les entreprises du surfwear (vêtements de surf), telles « Quiksilver », « Billabong » ou « Rip Curl », sont des multinationales australiennes et américaines cotées en bourse dont les sièges européens se situent tous, sans exception, en Aquitaine. Le marché du surf est en Europe et en France notamment en pleine expansion : « On vend pas loin de 40 000 planches chaque année, le matériel et la mode pèsent aujourd’hui plus de 5 milliards de francs [760 millions d’euros] et progressent de 20% par an. Sept cents marques contre cent cinquante il y a dix ans, se partagent le secteur ». « Nouvelle vague », Quo, juillet 1998, p.73-76. 4 C’est par exemple le cas lors du « Lacanau Pro » en Gironde, début août, ou du « Rip Curl Pro », situé à Hossegor et Seignosse sur la côte sud du département des Landes à la fin du même mois. 5 Les sigles utilisés sont répertoriés en fin d’ouvrage.

cependant de la difficulté à objectiver avec précision la pratique hors du cadre fédéral. Pour les médias spécialisés, ce sont 100 000 pratiquants qui sont recensés sur l’ensemble des littoraux français. Dans les publications de la FFS, 60 000, parfois 100 000 surfeurs sont dénombrés. Enfin, Jean-Luc Arassus, le président de la FFS élu en 2005, estime que le nombre de surfeurs non licenciés en France est proche de 200 0006 tout comme ce dirigeant d’association d’aide à l’insertion par le surf, « Surf Insertion ». Au-delà de ces estimations pour le moins hasardeuses, une des particularités de la pratique du surf est que le ratio pratique licenciée / pratique « libre » est très faible. Selon la FFS pour le compte de l’année 2004, 30 673 licences seulement ont été délivrées, tous types confondus7 – dont 5 000 environ de « pratiquants total », c’est-àdire inscrits en club à l’année – ce qui positionne le surf comme un sport peu fédéralisé. Une des conséquences directes liées à ce constat est que la pratique de haut niveau est en France confidentielle, tant sur le plan quantitatif que qualitatif8. Aucun surfeur professionnel français ne possède dans l’hexagone l’aura d’un Kelly Slater, le floridien sextuple champion du Monde de surf9. Mikael Picon, le meilleur représentant français sur le tour professionnel indique en août 2005, dans une page du Monde qui lui est consacrée : « ‘’Mes objectifs étaient atteints en Europe, et il fallait que je passe dans le circuit mondial, qu'aucun Français n'avait jamais intégré. Pour progresser, il fallait que je sois avec les meilleurs, que je m'entraîne avec eux, même si c'était pour perdre.’’ Le jeune homme, qui a entre-temps choisi d'arrêter ses études pour se consacrer à sa passion, tombe de haut. Et apprend à encaisser les défaites : ‘’le niveau n'était pas le même, mais, surtout, ce qui était nouveau pour moi, c'était de rencontrer, sur toutes les compétitions et toutes les séries, des surfeurs différents, analyse-t-il. Sur le circuit européen, je connaissais à peu près tout le monde. Là, je croisais des gens dont je ne connaissais ni le nom ni la manière de surfer. J'étais habitué à gagner et j'ai souvent perdu. Tu prends des coups au mental. Il faut de l'expérience, pour ce circuit.’’ »10 Ces singularités où la Fédération fédère peu et où les champions français n’arrivent pas à tirer leur épingle du jeu à l’échelle internationale contribuent à définir des représentations à l’égard de la population des surfeurs. Les stéréotypes liés à une activité majoritairement pratiquée de manière « libre » ne manquent pas et uniformisent les surfeurs. Ainsi, pour cet auteur qui consacre un ouvrage à une petite station balnéaire landaise, « La population locale n’a pas vu arriver sans appréhension ces garçons dégingandés, stationnant près de la mer dans des minis-cars moins que sommairement aménagés, affranchis de toute discipline, peu respectueux de leur voisinage et tout
Surf Session n°216, juillet 2005, p.128. Les « licences école », contractées lors de cours ou de stages en été pour une ou plusieurs journées, grossissent les effectifs. 8 Le surf n’est pas un enjeu national qui permet de réactiver en France des tensions propres aux manifestations sportives comme les Jeux Olympiques et les championnats internationaux de sports collectifs avec leurs symboles (le drapeau, l’hymne par exemple) et les discours journalistiques et politiques qui leur sont liés. Le surf ne peut susciter des émotions collectives au sens évoqué par Norbert Elias. Voir N. Elias, Sport et civilisation. La violence maîtrisée, Paris, Fayard, 1994. Tout au plus peut-il engendrer des réalités territoriales liées à la qualité des spots et aux lieux de manifestations suffisamment visibles. 9 Sponsorisé par Quiksilver, à hauteur d’un million de dollars par an, Bernard Mariette, le PDG de la marque, compare Slater à Schumacher en formule 1 et Jordan en basket-ball. Kelly Slater a d’ailleurs fait l’objet d’un reportage télévisé au journal de 13h de France 2, le 29 septembre 2005, à l’occasion de la compétition professionnelle le « Quik Pro France », ce qui témoigne de sa légitimité médiatique. 10 « Mikael Picon, de vague en vague, glisse vers l’élite », Le Monde, 27 août 2005.
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entiers préoccupés de leur seule passion du surf. Leur présence a coïncidé avec l’apparition de la drogue dont toutes les stations balnéaires semblaient jusqu’ici préservées et celle de dealers venus chercher sur les plages une nouvelle clientèle. »11 Aussi, ce sport qui fait référence aussi bien à l’économie, à la compétition, à la « liberté », à l’écologie, à la déviance, etc. fait dire à Hugo Verlomme12, un « éditeurécrivain de surf » : « Soyons honnêtes : personne n’aurait cru, dans la France des années 1950, que deux générations plus tard, le surf serait devenu un sport passion, une mode déclinée à l’infini, un style de vie, de vêtements, un Eldorado financier qui bouleverserait des régions entières, bénies par les vagues. Toujours à l’avant-garde, le surf est même devenu le mot de passe de la révolution Internet, le voici qui explose dans la publicité, envahit la mode, devient une manne financière, une pompe à sponsors, mais aussi un sport de haut niveau, une philosophie, un art de vivre, un sujet d’inspiration pour les cinéastes, des photographes, les peintres et dessinateurs, les musiciens et les écrivains, une passion montante pour les nouvelles générations. »13 Telle qu’elle est utilisée ici, l’expression « le surf » uniformise en fait une réalité hétérogène et complexe. D'ailleurs, des journalistes voient dans cette activité « une pratique sportive amateur » ou « professionnelle », « un moyen de s’évader par le voyage », « un art plus qu’un sport » ; des élus locaux y voient « un simple jeu de plage », « un outil touristique », « des pratiquants socialement déviants » et/ou « un secteur vecteur de création d’emplois » ; des surfeurs y voient « une activité écologique », « un style de vie », « un rapport à l’océan », etc. Au-delà du caractère polysémique du « surf » qui renvoie à de multiples significations parfois contradictoires, des sens et des représentations sont différentiellement appropriés et mobilisés par les équipes municipales du littoral aquitain. Prendre le surf comme objet de la production du territoire, c’est-à-dire comme effet de symbolisation14, engage un éclairage original au sujet des politiques municipales en ce sens qu’il s’agit, pour une municipalité du littoral, de construire
G. Maignan, Hossegor, l’élégance océane, Anglet, Atlantica, 2002, p.99 Hugo Verlomme est un auteur français très prolifique au sujet du surf. Il a écrit Cowabunga ! Surf Saga en 1976 (Le Chêne), Fous de Glisse en 1990 (Albin Michel), L’homme des vagues en 1997 (Gallimard), Raconte moi le surf en 2004 (Cairn), Le surf, c’est la vie en 2005 (L’archipel), etc. Il a créé sa propre maison d’édition en juin 2005 à Capbreton, station balnéaire du sud des Landes réputée pour la qualité des vagues. 13 Préface de l’ouvrage d’Alain Gardinier, Les Tontons Surfeurs, aux sources du surf français, Biarritz, Atlantica, 2004, p.7. Le terme de « tonton surfeur » est donné par les journalistes des revues spécialisées aux Français détenant la paternité de la pratique en France dans les années 1950. 14 De nombreux travaux présentent le sport comme un enjeu de développement local, source de retombées économiques, touristiques ou sociales. On peut retenir par exemple, W. Andreff, « Les retombées économiques des politiques municipales des sports », Les politiques municipales des sports, Actes des quatrième rencontres d’Angers, les Cahiers du CNFPT, n° 24, p.248-255, 1988 ; C. Pigeassou, C. Garrabos, Management des organisations de services sportifs, Paris, PUF, 1997, 314p. ; J.-F. Bourg., J.-J. Gouguet, Analyse économique du sport, Paris, PUF, 1998 ; S. Fauché, J.-P. Callède, J.-L. Gay-Lescot, J.-P. Laplagne, Sport et identités, Paris, L’Harmattan, 2000, 452p. Il est aussi présenté comme une véritable « vitrine » du dynamisme local dans la politique de communication d'une commune ou d’un département. Ainsi, le sport serait, selon Pierre Chazaud, « un moyen de dynamiser un territoire en augmentant par exemple son attractivité et sa notoriété grâce à l’accueil de pratiquants, l’organisation d’événements, l’offre de services et d’animation ». P. Chazaud, « La place du sport dans les stratégies marketing locales », Pouvoirs Locaux, n°49, juin 2001, p.58. Les effets de symbolisation du territoire par le sport sont significatifs, comme en témoignent les exemples du football à Marseille ou à Saint-Étienne, de l’automobile avec les « 24 Heures du Mans », du basket-ball féminin à Valenciennes, de la voile aux Sables d’Olonne avec le Vendée Globe, etc.
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symboliquement du territoire, c’est-à-dire du « terrien », avec une activité « aquatique ». La pratique du surf ne suppose aucune infrastructure puisque « la vague », en tant qu’élément naturel, en est le support. Le lieu de pratique peut également changer en fonction des conditions climatiques. Les bancs de sable, qui contribuent à définir ce que doit être une vague de qualité, changent d’emplacement au gré des tempêtes et des grandes marées. Des vagues de qualité peuvent ainsi se situer sur les plages d’une commune puis se déplacer comme c’est souvent le cas dans les Landes sur les plages de la commune voisine. Autrement dit, le surf est une activité qui se pratique dans des conditions éphémères difficilement « maîtrisables »15. Quoi qu’il en soit, la pratique estivale du surf s’impose, selon le législateur, à la compétence du maire en termes de police municipale16. Délimitée dans certains lieux prévus à cet effet, la pratique du surf est interdite dans les zones de baignade, ce qui de fait en amoindrit le caractère « sauvage » et « libre ». La question qui inspire l’analyse peut en conséquence se poser en ces termes : en quoi les usages politiques de la malléabilité de l’univers multidimensionnel du surf et des « images » – ou des sens – qu’il génère contribuent-ils à définir des identifications17 territoriales différenciées ? Les usages politiques possibles de cet univers sont multiples pour un élu local en Aquitaine, a fortiori lorsque, sous l’étendard uniformisant du « surf » se dissimulent des réalités opposées : le surfeur « marginal », le surfeur « compétiteur », le « voyage » et la « liberté », l’économie et la rationalisation marchande, les références historiques variées, les compétitions professionnelles, etc. L’enjeu pour les maires et leurs équipes municipales, plus que le soutien à la pratique du surf elle-même, réside dans le développement de la commune à des fins de développement médiatique, économique, touristique, social et parfois sportif qui correspond le plus souvent à une logique de « marketing territorial »18 tel un produit d’appel. En effet, les analyses des stratégies d’identification menées par les maires et leurs équipes municipales questionnent, de fait, la place de la pratique et des surfeurs locaux dans les représentations des élus et dans les politiques municipales étudiées. Le substrat de l’instrumentalisation dans le travail de production du territoire est le surf et plus généralement l’univers du surf, c’est-à-dire la pratique mais aussi et surtout les grands événements médiatiques (festivals, compétitions professionnelles), les emplois
A l’inverse, un stade ou un circuit d’une part et une équipe locale de haut niveau d’autre part sont à même de fonder symboliquement du territoire : les espaces de pratique et les calendriers sportifs sont standardisés. 16 L'article L 131-2-1 du Code des communes dispose que « le maire exerce la police des baignades et des activités nautiques pratiquées à partir du rivage avec des engins de plage et des engins non immatriculés. Cette police s'exerce en mer jusqu'à une limite fixée à 300 mètres à compter de la limite des eaux ». La « loi littoral » du 3 janvier 1986 précise (article 32) dans l'article L 131-2-1 du Code des communes, le contenu des obligations du maire qui réglemente l'utilisation des aménagements réalisés pour la pratique de ces activités ; pourvoit d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours ; délimite une ou plusieurs zones surveillées dans les parties du littoral présentant une garantie suffisante. Le maire détermine les périodes de surveillance. Hors zone et des périodes ainsi définies, les baignades et activités nautiques sont pratiquées aux risques et périls des intéressés. 17 Le concept d’identification territoriale s’envisage comme un terme « analytique alternatif » à la notion « d’identité ». La production de l’identification est continûment réinventée, tandis que l’identité revêt les caractéristiques d’un état amorphe. Voir sur ce point R. Brubaker, « Au-delà de l’« identité », in L’exception américaine (2), Actes de la recherche en sciences sociales, n°139, 2001, p.66-85. 18 N. Haschar-Noé, « Sport et ‘’identité locale’’ : l’exemple de deux projets d’aménagements sportifs et touristiques intercommunaux », in P. Bouchet et C. Sobry (Eds.), Management et marketing du sport : du local au global, Lille, Septentrion, 2004, p.199-215.
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directs ainsi que l’ensemble des représentations liées à cette activité. La production du territoire à l’aide de cet univers devient légitime aux yeux des élus, des médias et in fine des touristes et investisseurs lorsque l’identification communale qui en résulte est stable, originale et profitable politiquement. Cette différenciation des lieux est possible d’une part si l’identification territoriale, légitimée par les élus en direction de la population locale et des vacanciers est soutenue durablement et d’autre part s’ils sont réceptifs et croient aux retombées et profits éventuels. Il s’agit donc de saisir comment ces croyances différenciées sont produites et dans quelle mesure elles répondent à des mécanismes sociaux irréductibles à des choix individuels. Plus particulièrement, l’appartenance à un parti politique19 ou une « idéologie » politique n’est pas un critère opérant en soi. Les résultats du questionnaire20 passé par nos soins en 2002 à l’ensemble des maires des communes du littoral aquitain n’expliquent pas, à travers le prisme du clivage traditionnel « gauche-droite », les choix des municipalités en faveur ou en défaveur de l’univers du surf. Cet univers ne répond pas à un travail politique qui s’inscrit dans une logique partisane. Qu’il soit de gauche ou de droite, un élu peut tout aussi bien définir ses choix dans une logique de développement de l’emploi, de marquage territorial ou de politique « sociale ». Aussi, l’univers du surf s’apparente à un panel de ressources malléables et disponibles, parfois à l’envie, par les élus en fonction du contexte local en invoquant par exemple une période historique plutôt qu’une autre ou une modalité de pratique plutôt qu’une autre. C’est-à-dire qu’au regard des intérêts perçus, le surf est caractérisé de façon à faciliter la réalisation des profits escomptés. Il peut ainsi paraître étonnant de voir que certaines communes françaises sont qualifiées de « ville de surf » dans la presse spécialisée, alors que la qualité des vagues y est, pour ainsi dire, « moyenne » sur une « échelle de qualité » nationale. Plus que la pratique elle-même et le soutien aux surfeurs locaux, l’économie marchande et les manifestations médiatiques sont le moteur des actions municipales. Mis à part le questionnaire adressé aux maires du littoral, la majeure partie du travail empirique, « sur le terrain », se compose d’entretiens auprès d’élus locaux (maires, adjoints chargés des affaires sportives, culturelles ou de la communication), mais aussi de dirigeants de fédérations et d’associations, d’individus exerçant leur activité professionnelle dans l’industrie du surf ou dans l’enseignement de la pratique, de responsables et moniteurs d’écoles de surf, de journalistes de la presse spécialisée, d’employés et directeurs d’office de tourisme, etc. L'usage des matériaux qualitatifs a permis d'avancer des explications en accordant une place importante aux dispositions et aux éléments discursifs sur les pratiques des agents sociaux. Au total, quarante-et-un entretiens ont été nécessaires à la mise à l’épreuve des hypothèses. Les ressources documentaires se révèlent également être d’une grande richesse. Les événements locaux, par exemple, sont largement retranscrits sur Internet et dans les « pages locales » de la presse régionale comme le quotidien Sud-Ouest ; ailleurs, les contenus et couvertures (photographies, titres) des magazines municipaux servent de vitrines aux
Les étiquettes politiques des maires des communes du littoral aquitain sous lesquelles ces derniers se sont présentés aux municipales de 2001 sont très variées et représentent une bonne partie de l’offre de formations politiques existantes en France (RPR, PS, PC, UDF, divers droite, divers gauche). 20 Le questionnaire a été proposé en 2002 à l’ensemble des maires des communes du littoral aquitain (n=23 sur 34 communes).
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collectivités locales dont ils sont issus ; enfin, les livres de surf et la presse spécialisée (Surf Session, Surf-Time, Trip Surf) représentent une mine d’informations difficilement « occultables », ne serait-ce que pour mieux les déconstruire et en saisir les effets sur les politiques municipales. Les diffusions successives qu’a connues le surf en France permettent de définir des identifications locales spécifiques aux caractéristiques spatiales et sociales. L’ambition d’analyser les singularités des politiques municipales des communes du littoral aquitain en direction du surf implique de choisir un terrain d’étude relativement étendu afin qu’il présente des caractéristiques historiques et socioéconomiques variées. Concernant trois départements de la façade atlantique (Gironde, Landes et Pyrénées-Atlantiques), le terrain privilégié de l’enquête se situe entre l’embouchure de la Gironde et la frontière espagnole, soit de Lacanau à Hendaye. Il englobe des espaces balnéaires « touristifiés » de façon plus ou moins tardive. Le recours à l’étude de cas s’est révélé une solution adaptée pour décrypter les mécanismes politiques et les enjeux liés au développement du surf. Les résultats obtenus, non exhaustifs mais néanmoins significatifs des possibilités d’actions politiques, s’observent pour des communes à des moments précis, ceux de l’investigation. Ainsi ont été retenues des communes réputées pour la pratique du surf (Biarritz, Anglet, Hossegor, Lacanau, etc.) puis des communes limitrophes, moins connues dans le monde du surf (Labenne, Seignosse, Bidart, etc.), afin de déterminer les logiques des politiques municipales en termes d’identification. Aussi, cet ouvrage a pour ambition d’expliquer pourquoi le surf n’est pas inscrit de manière similaire sur les « agendas politiques »21 et envisagé selon les mêmes modalités par les équipes municipales. L’hégémonie régionale sur le plan institutionnel, des écrits universitaires puis des résultats issus de l’enquête quantitative portent pourtant à croire que le surf en Aquitaine est systématiquement présent dans les dynamiques d’identification territoriale des communes du littoral. Les caractéristiques historiques, sociodémographiques et également architecturales des villes prises pour objet contribuent au fait que le surf, eu égard à ses singularités spatio-temporelles et historiques, marquent différentiellement un territoire. L’univers du surf ne peut en effet être envisagé de la même manière par la municipalité d’une commune de 30 000 habitants de la Côte Basque, aux allures bourgeoises où le surf est pratiqué depuis une cinquantaine d’années, et par la municipalité d’une station de 3 000 habitants du sud des Landes, au tourisme familial plus récent et moins « réputée » pour la pratique du surf. Ainsi, l’articulation entre les propriétés des communes et l’espace du surf, bien que la pratique soit perçue comme une quasi exclusivité régionale, illustre le fait que des arguments de type symbolique soient parfois évoqués pour définir la politique municipale. Autrement dit, les propriétés communales, les caractéristiques locales du surf et le travail politique des élus municipaux s’emboîtent entre eux. La malléabilité du surf est utilisée en fonction des intérêts politiques au regard de chaque contexte local. Cet extrait du numéro 200 de la principale revue spécialisée française de surf, Surf Session, contribue à alimenter une vision composite du surf : « Outre d’être un sport, un mode de vie, le surf se vante d’être aussi une culture. Cela
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Issu des sciences politiques, le concept d’agenda politique correspond, selon la définition qu’en donne Jean Padioleau, à l’ensemble des « problèmes perçus comme appelant un débat public, voire l’intervention des autorités publiques légitimes. » J.-G. Padioleau, L’Etat au concret, Paris, PUF, 1982.

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tient en premier lieu à ses origines ancestrales, mais aussi au fait que longtemps marginal, il resta original et indirectement influent sur l’état d’esprit de certaines époques. Ses accointances avec la musique, le voyage, la drogue, le retour à la nature, la liberté du plaisir à la fin des années 1960 en ont fait un élément dynamique de la contre-culture hippie et pop qui s’exprima alors. »22 La production de ce type de représentation est la conséquence d’un refoulement de références historiques où sont convoquées, notamment par les journalistes de surf, des constructions qui laissent une place importante aux mythes puis des représentations de l’activité qui sont très malléables. L’apparition tardive du surf en France puis sa relative confidentialité en termes de pratique renforcent cette malléabilité. Cette dernière confère du sens à l’analyse des politiques municipales quand elle est articulée avec les propriétés des communes prises pour objet. C’est ainsi par exemple que sont évoquées la « marginalité », la « désorganisation » et la « déviance sociale » des surfeurs pour légitimer des choix politiques dans des communes huppées des Landes pourtant aux allures de villes de surf reconnues dans la presse spécialisée. En conséquence de quoi une dissociation entre pratique et pratiquants est opérée par les municipalités concernées. Les choix politiques des maires et des équipes municipales se structurent en quelque sorte à partir de cette vision des choses qui constitue un prétexte à la politique menée. Ce dernier est mobilisé par certaines équipes municipales pour qui la pratique du surf et les surfeurs ne constituent pas une « ressource politique » probante – entendue ici comme un moyen instrumentalisé dont la mobilisation facilite la réalisation d’une stratégie politique. Ces catégories à disposition sont issues de représentations parfois contradictoires qui convergent pourtant vers une uniformisation des surfeurs qui est peu discutée. Si certaines municipalités du littoral aquitain désirent acquérir ou maintenir un rang élevé dans l’espace des villes de surf, c’est que les élus croient en la possibilité d’obtenir des profits économiques et touristiques pour leur commune. Mais puisque la pratique en elle-même ainsi que les surfeurs « ordinaires » ne sont pas prioritairement visés, eu égard aux représentations collectives jugées plutôt négativement par l’ensemble des maires, le jeu et les enjeux se situent ailleurs. Les constructions des journalistes et des discours marketing des entreprises du surfwear ne sont pas les seules à avoir des effets sur les catégories mentales des agents du champ politique23. C’est en effet du côté des retombées économiques, médiatiques, touristiques et sociales qu’il faut chercher afin de saisir les actions des élus locaux pour qui être le maire d’une ville de surf est néanmoins profitable. Ces bénéfices peuvent être de l’ordre de l’intérêt général afin d’accroître le nombre de touristes et d’alimenter l’économie locale par exemple ou de l’intérêt personnel pour maintenir ou élever une surface sociale et politique, montrer que la municipalité et le maire agissent, etc. Les croyances différenciées des élus locaux qui se construisent en fonction des représentations collectives et personnelles puis du contexte local, sont constitutives des propriétés de leur commune et contribuent à définir des processus variés d’identification territoriale. Les manifestations et compétitions internationales qui s’apparentent plus à des politiques de communication que des politiques explicitement sportives, les emplacements géographiques des
Surf Session n° 200, mars 2004, p.25. Voir sur ce point l’ouvrage de Pierre Bourdieu, Propos sur le champ politique, Lyon : Presses universitaires de Lyon, 2000.
23 22

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entreprises internationales du surfwear dont les demandes sont très largement prises en compte par les élus, ou encore la politique sociale des associations structurent pour partie l’espace des villes de surf du littoral aquitain. L’étude analytique des profits généraux escomptés et visibles ou personnels et cachés, ou en tous cas refoulés par les élus des communes du littoral aquitain, permet de prendre la pleine mesure de l’intérêt de l’identification communale au surf. Autrement dit, une commune peut devenir réputée pour la pratique du surf sans que l’équipe municipale en place, à quelques rares exceptions près, aide directement au développement de l’activité pour elle-même, ou, à l’extrême, sans que la qualité des vagues soit véritablement marquante. Plus l’enjeu s’éloigne de la pratique et des pratiquants « lambda », plus le dynamisme politique semble prépondérant. Ce sont les ressources territoriales locales (une compétition « ancienne » sur le circuit professionnel, une histoire singulière ou un regroupement d’entreprises multinationales) qui sont valorisées par les maires afin de marquer symboliquement leur commune. En effet, en aucun cas le dynamisme politique à l’égard des surfeurs « libres », c’est-à-dire des dizaines de milliers de surfeurs en période estivale sur les plages girondines, landaises et basques, se fait très prégnant. Bien que la production d’événements ou de manifestations transcende les frontières nationales et sociales (des étapes du Championnat du Monde professionnel ont lieu en France), elle se construit néanmoins par une réactivation forte des cultures régionales et locales comme en témoignent par exemple le « Lacanau Pro » ou le « Biarritz Surf Festival ». Malgré des volontés affirmées et affichées par certains élus de développer le surf de manière cohérente en termes de territorialité – entendue ici comme sens attribué par les élus à espace délimité de pouvoir politique légal –, au sein de structures intercommunales par exemple, il existe bel et bien de réels enjeux concurrentiels entre communes, et ce dans un souci de reconnaissance en tant que ville réputée pour le surf et municipalité active. « La vague » par exemple est perçue par certains élus comme une ressource naturelle rare, digne d’être conservée « entre ses mains » au risque d’engendrer des conséquences conflictuelles. Finalement, l’univers du surf se réduit pour les municipalités à un enjeu politique qui, malgré des aspects médiatiques très probants, n’encourage pas spontanément la croissance et la rationalisation de la pratique.

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CHAPITRE 1

UNE REGION DE SURF, DES COMMUNES LITTORALES : LES PROPRIETES COMMUNALES COMME PRINCIPE DE DIFFERENCIATION DES POLITIQUES MUNICIPALES

La plupart des études universitaires sur les politiques publiques montre que l’ensemble des collectivités en Aquitaine – de l’échelle de la commune à celle de la région – affiche un dynamisme appuyé en direction du surf en général. Les retombées économiques et médiatiques sont telles qu’il semble, dans ces écrits, qu’une commune ne peut apparemment pas se passer de jouer la carte du surf. Le questionnaire passé aux maires des communes du littoral aquitain en 2002 confirme ce constat puisque le surf est une activité sportive qui fait largement partie des politiques municipales. L’hégémonie de la pratique fédérale sur les côtes des communes du littoral aquitain contribue sans nul doute à alimenter une telle vision des choses. Le poids du comité d’Aquitaine de surf sur le plan national d’une part et les réponses sensiblement analogues des maires quant à la définition de politique « surfique » sur leur commune d’autre part constituent cependant des représentations qui masquent les variations des politiques municipales menées. L’identification homogénéisante attachée à une région comme l’Aquitaine ne doit pas occulter des fluctuations à l’échelle communale. Les caractéristiques historiques, sociales et démographiques des villes du littoral participent au fait que le surf ne peut être envisagé de manière homogène par l’ensemble des équipes municipales. Alors que le rugby de Bayonne, celui de Dax ou celui de Bègles (organisés dans leurs modalités par la Fédération et les clubs au sein de championnats standardisés) n’induisent pas de différences notables, le surf valorisé par la municipalité de Biarritz n’est pas, par exemple, celui qui est soutenu à Lacanau ou à Bidart, à tout le moins dans les axes des politiques municipales respectives. « Le » surf, qui ne correspond en rien à une unité nominale objective, est, on l’a dit, malléable. Ce caractère rend possible des justifications et des choix divers de la part des élus locaux, pour peu que l’analyse se porte à l’échelle locale. Les maires et les équipes municipales contribuent à produire de la différence au sujet des identifications communales. L’univers du surf est en partie ce que les élus locaux qui tentent de le contrôler sur leur commune en font. La taille de la commune, les caractéristiques sociales des habitants et des touristes ou encore les références historiques de la pratique du surf sur le plan local sont autant de données avec lesquelles un élu doit combiner pour définir ses choix et ses orientations politiques. Une commune littorale maintient ou acquiert, par l’intermédiaire du dynamisme politique de l’équipe municipale et de son maire, un statut de ville de surf à partir du moment où les élus locaux discernent un intérêt qui favorise une relation d’interdépendance entre un territoire, avec ses propres singularités, et le surf. C’est cet intérêt qui est le moteur du dynamisme d’un élu et de toute action politique, ce qui revient finalement à dire, avec Max Weber, que « l’entreprise politique est nécessairement une entreprise d’intérêt »24. Pour saisir les intérêts perçus par une
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M. Weber, Le savant et le politique, Paris, Plon, 2001, p.164.

municipalité, on ne peut faire l’économie d’une analyse des propriétés sociodémographiques et touristiques des communes concernées. Ce travail d’articulation entre les propriétés des communes et les représentations des élus à l’égard du surf suppose que l’on refuse l’homogénéité apparente ou de façade des politiques municipales, pourtant renforcée par l’hégémonie de la région aquitaine en termes de volume de pratique de cette activité sportive.

Les politiques municipales du surf : une homogénéité apparente Un dynamisme politique peu discuté
Le surf « contribue à alimenter une certaine image : on vient à Lacanau parce que la mer est belle, parce que les surfeurs, parce que la festivité... ça devient attractif »25 précise Gibus de Soultrait, le rédacteur de Surf Session. Si le surf est « attractif », c’est que les représentations collectives se construisent à travers des éléments discursifs et des identifications marquantes. L’article du quotidien Le Monde daté du 13 décembre 2000, qui donne la parole à Jean-Pierre Augustin, insiste par exemple sur le rapport étroit entretenu par l’Aquitaine et l’ensemble des collectivités locales du littoral avec le surf qui, selon l’auteur, renforce « les dynamiques territoriales ». Selon le géographe, les collectivités locales dans leur ensemble « ont bien compris » l’intérêt du surf, activité qu’elles semblent soutenir : « Forme première des sports de glisse, le surf valorise le rapport à la nature, le contact avec les éléments et la prise de risque. Or l´Aquitaine est un vaste réservoir d´espaces naturels, avec notamment plus de deux cents kilomètres de littoral, et les vagues de l´océan offrent l’exutoire exceptionnel correspondant aux attentes des pratiquants. Les collectivités locales et les médias ont bien compris le parti qu´ils pouvaient tirer d´une telle situation, en mettant en valeur le surf en tant que pratique, mais aussi comme une image positive pour promouvoir les entreprises. […] À l´évidence, émergent en ce moment de nouvelles territorialités qui modifient la perception et l´usage du littoral. Le surf bénéficie d´une popularité croissante. Soutenu par les collectivités locales, il est garant de marges prometteuses pour les entreprises et il renforce plusieurs dynamiques territoriales déjà à l´œuvre en Aquitaine. L´image des stations océanes s´en trouve transformée : des stations surf s´affirment, mais aussi des « surfurbia », ou villes du surf, sur la côte basque mais également à Biscarosse, dans les Landes, ou à Lacanau, en Gironde. » 26 Le surf apparaît dans ce type de discours comme une pratique jugée universellement positive. Soleil, mer, vacances, « loisir », nature, écologie, etc. sont autant de représentations et de réalités qui tendent à dynamiser les territoires et asseoir une identification territoriale originale et séduisante pour les collectivités locales. Pour
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Cet extrait, issu d’un entretien effectué en 2001 dans les locaux du magazine Surf Session, corrobore nombre d’articles parus dans la revue. 26 « Trois questions à … », Le Monde, 13 décembre 2000.

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Michel Favory, la « géographie du surf » s’inscrit en effet « dans les espaces des annexes touristiques et hédonistes des régions métropolitaines, telles que la Côte Aquitaine »27. Contribuant à définir des « surfurbia » selon le mot de Jean-Pierre Augustin, le surf s’envisage, pour Olivier Bessy, de la même manière dans les communes du littoral aquitain pour qui « les collectivités territoriales, les organismes touristiques et les médias ont joint leur effort pour donner à l’Aquitaine une image surf »28. S’il est vrai que les politiques publiques les plus dynamiques à l’égard du développement de l’univers du surf se rencontrent sur le littoral du sud-ouest, la communication touristique du Conseil Régional d’Aquitaine masque des stratégies de marketing territorial plus fines et différentes à l’échelle des communes. Ainsi, ce slogan normatif, « L’Aquitaine, c’est le cœur qui parle » donne l’impression que les communes du littoral aquitain ne peuvent qu’accompagner la communication régionale, à savoir une vague avec un surfeur :
Affiche de la région Aquitaine (1m 2m). Le surf se positionne ici comme un élément incontournable de la communication régionale à l’approche de la période estivale. (Photographie de l’auteur, centre-ville de Bordeaux, avril 2004)

Tout semble fonctionner comme si le surf, sur le littoral aquitain, était un élément légitimement et systématiquement pris en compte par les élus locaux des différentes échelles de collectivités locales. Les stratégies de communication des Conseils généraux de la Gironde, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques tendent en effet à masquer des singularités locales. Ce sont les trois seuls en France où le surf, son histoire, les spots, les compétitions, etc. sont mis en exergue sur leurs sites internet respectifs. Le surf est une « spécificité landaise » pour le Conseil général du
27 M. Favory, « Surf et néo-territorialité », in Surf Atlantique, les territoires de l’éphémère, sous la dir. de J.-P. Augustin, Bordeaux, MSHA, 1994, p.213-216. 28 O. Bessy, « Les enjeux économiques du surf en Aquitaine », in Surf Atlantique, les territoires de l’éphémère, sous la dir. de J.-P. Augustin, Bordeaux, MSHA, 1994, p.121-142.

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département des Landes où « les sportifs les plus passionnés et les plus assidus restent les surfeurs et les amateurs de body-board qui trouvent sur les plages landaises les meilleures conditions pour exercer leur passion. »29 Le site Internet du Conseil général des Landes propose en outre une recherche des plages en fonction des spots de surf. Pour le Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, « la côte basque possède une véritable culture du surf »30 et, comme pour la Gironde, possède « des spots exceptionnels »31. Pour sa part, le contenu du site Internet du Conseil régional de l’Aquitaine, dont le surf constitue un « Grand dossier », témoigne de l’intérêt des élus de la région pour ce sport, tout en uniformisant le littoral puisque les communes ne sont pas citées : « L’Aquitaine est une région pionnière dans la pratique du surf en Europe par la qualité de ses vagues et de ses plages et a vu se développer toute une filière économique liée aux activités de glisse. »32 Ce constat, où le surf, pratiqué sur l’ensemble du littoral aquitain, est inéluctablement accompagné par les collectivités territoriales, se vérifie d’ailleurs à travers les résultats issus du questionnaire passé à l’ensemble des maires des communes littorales en 2002.

Une activité sportive « intégrée » dans les politiques municipales en Aquitaine
Avec une histoire du surf singulière, une « vie fédérale » dynamique, une localisation des entreprises du surfwear et une « qualité » de vagues reconnue dans les médias spécialisés, l’Aquitaine est sans conteste la région du surf en France métropolitaine. À ce titre, Jean-Jacques et Danièle Bavoux pensent que « l’engouement est très fort […] pour tous les sports de glisse. Grâce au développement de ces activités, des côtes jusqu’alors défavorisées à cause de leurs rochers, de leurs vents vigoureux ou de leurs vagues puissantes peuvent connaître un succès inespéré. »33 Le cas révélateur de la ville d’Hendaye près de Bayonne montre qu’il n’en a pas toujours été ainsi. En 1960, un dépliant touristique de la station balnéaire proposait, outre un nombre important d’activités physiques ou culturelles, une « immense plage de sable fin en pente douce sans aucun danger ». Les temps ont bien changé puisque le mot d’ordre est maintenant de mettre en avant la qualité des vagues ou les différents spots de surf. En tout état de cause, le « risque » (perçu ou réel) n’est pas dévalorisé mais est simplement remplacé dans la rhétorique des slogans et publicités des communes et offices de tourisme par le « plaisir » et les « sensations » que peuvent potentiellement apporter les vagues et le surf. Ce processus d’attraction par les vagues, et de manière générale par les sports apparentés (surf, bodyboard, longboard) utilisant ce support, est assuré par les ressources intrinsèques du littoral aquitain. Les retombées touristiques sont directement mesurables comme l’atteste l’étude menée par le Comité Départemental du Tourisme des Landes lors de l’été 2003, de juin à septembre. La « glisse » se situe en quatrième
Source : www.landes.org; 2005. Les concepteurs du site ne manquent pas d’indiquer que Les Landes sont le « premier département français en nombre de licenciés par habitants ». 30 Source : www.cg64.fr, 2005 31 Sources : www.tourisme-gironde.cg33.fr, www.cg64.fr, 2005 32 Source : site internet du Conseil régional d’Aquitaine, « Grand dossier » : le surf. http://aquitaine.fr, 2005 33 J.-J. Bavoux et D. Bavoux, Géographie humaine des littoraux maritimes, Paris, Armand Colin, 1998, p.62.
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position des « activités préférées » à partir de choix multiples proposés à un échantillon de 3000 touristes des stations balnéaires du département en question. Plus de 11% de l’ensemble des individus questionnés disent venir sur ce littoral pour la « glisse », loin devant d’autres activités comme le tennis (4,3%), les randonnées pédestres (4,1%), le golf (2,6%) ou la voile (1,8%)34. Plusieurs communes jouent la carte du surf à l’aide de slogans évocateurs comme Biarritz, « la capitale européenne du surf » ou encore Lacanau, « la ville du surf ». La communication de certaines équipes municipales et offices de tourisme illustre cette volonté de développer un tourisme porté sur le surf à l’image de Seignosse dans les Landes dont la couverture du premier numéro du magazine municipal en 2001 titrée « La vague est là » est on ne peut plus explicite. Lacanau en Gironde fait également du surf un produit d’appel comme en témoignent les documents de l’office de tourisme de 2004 où des vagues et des surfeurs figurent sur chaque couverture. Le surf est une activité sportive intégrée dans la majeure partie des politiques sportives des communes du littoral aquitain. Elle est intégrée en ce sens que quatorze maires sur vingt-trois, selon les réponses du questionnaire passé en 2002, considèrent la place du surf égale aux autres sports. Pour quatre d’entre eux, le surf est le sport le plus important dans la définition des orientations proposées à l’échelle de la municipalité. Alors que le Sud-Ouest se caractérise par des sports et activités « traditionnelles » comme le rugby ou la pelote basque, quatre communes du littoral aquitain sur cinq positionnent le surf, selon les enseignements du questionnaire, comme une activité sportive à part entière de la politique municipale. Pour les maires de Biarritz, « la capitale historique du surf » en Europe, ou encore de Seignosse où a lieu une compétition professionnelle chaque année et Hourtin où sont régulièrement organisés les Championnats de France, le surf occupe une place plus importante que les autres sports. Ces communes acquièrent un rang élevé dans le champ des villes de surf puisque la presse spécialisée se fait le relais des manifestations qui y sont organisées. Elles sont en effet réputées pour la qualité des vagues (ce sont les plus photographiées dans les magazines et celles qui sont citées dans les guides géographiques des spots), pour l’histoire associative locale ou encore pour les compétitions qui y ont été ou qui y sont organisées.

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Source : Service Observatoire du Comité Départemental du Tourisme des Landes (CDT 40), « Enquête clientèle été 2003 », p.24.

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GRAPHIQUE 1 - La position du surf dans l’espace des sports des communes du littoral aquitain selon les maires (source : questionnaire, mars 2002)
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4 2 3

Non ré p o n s e

é g a le a u x a u t re s

p lu s im p o r t a n t e

m o in s im p o r t a n t e

Anglet Biscarosse Capbreton Contis Guéthary Lacanau Le Porge Messanges Mimizan Montalivet Soorts-Hossegor Tarnos Vielle-Saint-Girons Vieux-Boucau

Biarritz Hourtin Labenne Seignosse

Andernos-les-Bains Ciboure Saint-Julien-en-Born

Pour trois maires seulement, le surf occupe une place moins importante par rapport aux « sports classiques collectifs, de raquettes, d’expression, etc. » ou encore aux « rugby, basket » et « rugby, pelote basque, football, tennis » : les réponses de ces maires s’expliquent par le fait que les communes ne sont pas reconnues pour avoir le statut de villes de surf. Le maire de Ciboure justifie cet état de fait en précisant : « Nous n’avons pas assez de vagues favorables » alors même qu’une activité marchande existe sur sa commune avec la présence d’une école de surf privée. Ces communes sont par exemple totalement absentes des magazines de surf français. Sans y voir une relation mécaniste, la photographie de la page de garde du dépliant de l’office de tourisme de 2003 de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure est significativement différente de celles présentées plus haut à propos de Seignosse et de Lacanau. En lieu et place d’un surfeur sur une vague, c’est la plage calme et sans vague tel un lac, avec la montagne en arrière plan, qui sont mis en exergue. C’est un autre type d’occupation du temps libre que la pratique du surf qui est implicitement et explicitement potentiellement disponible dans l’offre touristique. Aussi, bien que le surf apparaisse dans les résultats du questionnaire comme une activité globalement « intégrée » dans les politiques à l’échelle de la commune, on ne peut conclure à une homogénéisation des représentations des élus au sujet du surf. Le

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constat du surf comme élément « intégré » dans les communes concernées est insuffisant à la compréhension des actions politiques et ne doit pas occulter des singularités locales. La vision où le surf marque un territoire est justifiée par des réalités objectives qui tendent à penser que, effectivement, le surf est pour les municipalités du littoral aquitain un élément primordial et inévitable dans la définition d’une politique publique. Ces éléments objectivables sont la prédominance indiscutable de l’Aquitaine en termes de licences affiliées à la Fédération française de surf, située à Hossegor dans le sud du département des Landes, puis l’historicité de la pratique dans cette région. Le littoral aquitain est « naturellement » identifié, à en lire des articles de presse locale ou à en écouter les discours de certains élus politiques, à son rugby, à son terroir, mais aussi au surf, pratique sportive devenue emblématique de tout un littoral. Le surf fédéral et le poids de son histoire, les compétitions professionnelles, les associations diverses contribuent à identifier symboliquement, presque mécaniquement, le littoral aquitain au « monde du surf ». L’écrasante domination fédérale de l’Aquitaine – la seule modalité de pratique objectivement quantifiable – témoigne d’une pratique régionalisée.

L’hégémonie du surf aquitain en France La domination fédérale de l’Aquitaine
La région Aquitaine propose dans son offre de pratiques sportives des « sports spécifiques » selon le terme de l’INSEE. La pelote basque, le surf puis la course landaise sont pratiqués pour la France aux trois quarts, voire aux quatre cinquièmes en Aquitaine.
TABLEAU 1 - Sports spécifiques à l'Aquitaine : pelote basque, surf et course landaise Effectifs licenciés en 1999 Pelote basque Surf Course landaise 11888 7007 2371 % Région/France métropolitaine en 2000 83,4% 73,3% 79,5%

Source : ministère des Sports, Mission Statistique, 2001.

Sans s’attarder sur la diffusion démographique du surf, des données statistiques récentes du surf en France selon la Fédération mettent en évidence les nettes disparités selon les régions. Les comités représentant l’Aquitaine comptaient en effet pour les années 1999 et 2000 près de 73% des effectifs globaux de France métropolitaine et d’Outre-mer, soit 7007 licenciés sur 956135. Sur 17212 licenciés recensés en France en 2002, l’Aquitaine en comptait 13935, soit 81% des licences nationales. En 2004, les licenciés à la ligue d’Aquitaine, au nombre de 18566, représentent près de 60,5% des licences nationales. Le reste des licenciés se partage principalement entre les ligues de
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La FFS comptait 2126 licences en 1985 et 4130 en 1992.

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la Réunion, de la Bretagne, du Poitou-Charentes et des Pays de la Loire, les autres ne représentant pas de données significatives. Si l’on exclut les effectifs des DOM-TOM, l’Aquitaine compte près de 71% des effectifs licenciés de la France métropolitaine. Ces données s’entendant au sujet du « nombre total de licences », c’est-à-dire les licencesécoles, contractées en stage l’été par exemple – la licence, obligatoire dans ce cas fait office d’assurance –, les licences compétitions, les licences dirigeants, etc. En effet, pour le compte de l’année 2004, sur 30673 licences, les pratiquants inscrits en club à l’année sont 5265 et les licences compétitions sont contractées par 1777 surfeurs seulement, soit, dans ce second cas, moins de 5,8% du nombre total de licences.
TABLEAU 2 - Effectifs de la Fédération française de surf en 2004 : l’hégémonie de l’Aquitaine Ligues régionales Aquitaine Dom-Tom Bretagne Poitou-Charentes Pays De La Loire Normandie Méditerranée + Corse Total Source : FFS, 2005. Effectifs de 1999 18566 4414 2981 2515 1235 829 133 30673 100% 39,5% Pourcentages 60,5%

La simple prise en compte de ces données met en évidence l’importance de l’enjeu associatif qui peut être appréhendé dans la ligue d’Aquitaine par les élus. En 1999, les comités des Landes et de la Gironde avaient respectivement 1899 et 1778 « licenciés-école » comprenant les enfants en stage l’été ou en cours les mercredis et samedis à l’année au sein de clubs, soit plus que l’ensemble des licences de la Fédération, hors Aquitaine. C’est par le dynamisme, dû aux effectifs des comités départementaux et du comité régional, que le surf fédéral en Aquitaine trouve une visibilité nettement supérieure aux structures institutionnelles des autres régions françaises. Dans la même perspective, la Fédération a effectué un classement national des vingt clubs les plus importants en termes d’effectifs. À l’exception d’un club réunionnais, un club breton et un club charentais, tous trois situés près de bassins de population importants, les dix-sept clubs restant sont exclusivement situés entre Lacanau et Bidart sur la Côte Basque, à savoir quatre clubs girondins, huit landais et cinq basques. Plus particulièrement, dans le total de licences aquitaines, les Landes connaissent une progression constante depuis 1975, représentant en 2000 presque 40% du total des licences aquitaines. La région Aquitaine et, en son sein, le département des Landes, sont les collectivités françaises les plus représentées dans la pratique du surf associatif sous l’égide de la FFS.

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TABLEAU 3 - Nombre de licences entre 1975 et 2002 en Aquitaine et dans le département des Landes LICENCES Landes Aquitaine Part Landes/Aquitaine 1975 130 424 30,7% 1982 1364 3845 35,5% 1989 n.c. 4261 2000 3886 9845 39,5% 2002 4325 13935 31% 2004 6155 18566 33,2%

Source : FFS, 2002, 2005.

La pratique licenciée du surf de haut niveau, la modalité de pratique la plus structurante institutionnellement, se retrouve concentrée sur la côte aquitaine, comme l’atteste la localisation des différents pôles : le « Pôle France » à Bayonne36 créé en 2002 ou encore quatre « Sections Sportives » sur cinq dans l’enseignement secondaire à Hourtin, Mimizan, Capbreton et Biarritz, ainsi que les trois qui sont actuellement en projet (soit dans le futur, sept sections sur huit). Ces structures sont des lieux d’entraînement et d’encadrement des élites nationales : le « Pôle France » dont la plupart des sportifs sélectionnés sont aquitains37 ; puis régionales : les « Sections Sportives ». C’est aussi sur ce littoral que sont localisés les clubs possédant une grande majorité de l’élite française (amateurs et professionnels), hormis un surfeur vendéen et un surfeur réunionnais. L’hégémonie du littoral aquitain en matière de licenciés à la Fédération française de surf est donc un fait indéniable. Cette domination numérique dans le champ du surf fédéral est légitimée symboliquement par la réussite en compétition des surfeurs aquitains dont les exploits sont relayés par la presse quotidienne régionale et la presse spécialisée. De même, les lauréats des Championnats régionaux d’Aquitaine sont souvent ceux qui sont sacrés champions de France. C’est-àdire que la modalité de surf, orientée vers le modèle fédéral et compétitif ne s’envisage quasi uniquement qu’à travers les clubs de la côte aquitaine. C’est d’ailleurs précisément sur ce littoral que s’est institutionnalisé primitivement le surf en France et où se déroule la majorité des manifestations d’envergure nationale et internationale. La pratique du surf fédéralisé est ainsi concentrée sur une zone géographique précise et la localisation des locaux de la Fédération, à Biarritz à partir de 1964 puis actuellement à Hossegor, renforce cette représentation. Un détour vers des données historiques du milieu fédéral – « la sociologie se doit d’être historique »38 indique Patrick Champagne – permet de comprendre la suprématie indiscutable de la région.

Le « Pôle France Surf » est intégré au lycée René Cassin de Bayonne. Les surfeurs « espoirs » désignés par la FFS peuvent suivre une option surf dans le cadre de leur scolarité. D’autres « pôles » sportifs y sont proposés tels : le Pôle Espoirs Rugby, le Pôle France Pelote Basque, le Pôle Espoir Hockey sur Glace. 37 Par le passé, un Vendéen a fait partie de ces structures de formations. Actuellement, outre les surfeurs aquitains, majoritaires, des surfeurs antillais et réunionnais complètent les effectifs. 38 « La sociologie se doit d’être historique, et l’histoire doit être sociologique. En effet, ce que l’historien recherche à partir des événements, ce sont des structures. Le sociologue ne peut pas analyser les structures qu’il observe à un moment donné du temps sans s’interroger sur leur genèse », P. Champagne, La sociologie, Milan, 1998, p.28-29.

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Une Fédération sportive « régionale »
L’histoire du surf fédéral en France témoigne de la place actuelle de l’Aquitaine. La Fédération française de Surfing est créée en mars 1964 à Biarritz, sous l’impulsion de Joël de Rosnay, un des premiers surfeurs français originaire de la région parisienne39, puis d’André Dedieu, responsable du « Waikiki Surf Club » de Biarritz et de l’Union Sportive de Biarritz, l’USB. C’est après un rendez-vous à Paris entre Joël de Rosnay et Maurice Herzog, alors Ministre délégué aux Sports, que la Fédération reçoit sa délégation de pouvoirs. La FFS est une des rares fédérations sportives françaises à ne pas avoir son siège à Paris, mais à l’Hôtel de Ville de la station balnéaire basque. Conçue suite à la création la même année de l’« International Surfing Federation », elle obtient l’agrément ministériel français en 1966. Sous la direction du sénateur-maire de Biarritz de 1964 à 1968, Guy Petit, elle parvient progressivement à organiser, encadrer et diriger la pratique du surf. La Fédération nouvellement créée compte six clubs situés dans les Pyrénées-Atlantiques (trois à Biarritz et un à Bidart) et dans les Landes (deux à Hossegor). Sur ce point, il n’est pas anodin de voir se créer une Fédération en France lors d’une décennie où le champ politique prône les valeurs du sport et la pratique « pour tous », conséquence de son statut de service public40. L’espace de la pratique du surf gagne ainsi quelque peu en autonomie. Les conditions objectives de l’unité du surf français (la création de la Fédération, les championnats nationaux et internationaux) tendent en effet à être réunies à partir du milieu des années 1960. Pour la première fois, suite à une multiplication lente mais anarchique des clubs au début des années 1960, le surf est représenté en France par une unique instance officielle.
Extrait du Journal Officiel, le 8 avril 1964 PYRENEES (BASSE-) 8 avril 1964. Déclaration à la sous-préfecture de Bayonne. Fédération française de surfing. But : organiser, contrôler et développer la pratique du surfing, du surfboard et planche hawaïenne ; diriger et coordonner les activités des associations pratiquant les activités précitées. Siège social : hôtel de ville, Biarritz. ----------------

Les clubs sont créés du Pays Basque à la Gironde dans un premier temps pendant les années 1960 puis de Royan à la Bretagne dans un deuxième temps dans les années 1970 et 1980. Biarritz perd sa suprématie historique au fur et à mesure que les clubs et la pratique se développent vers le nord. Mis à part Joël de Rosnay, la plupart des premiers pratiquants ne s’investit pas dans cette logique d’institutionnalisation au
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La biographie de Joël de Rosnay est proposée dans le chapitre quatre. Le dynamisme du Secrétaire d’Etat Maurice Herzog en faveur du sport à travers l’éducation de la « jeunesse », l’impact médiatique des Jeux Olympiques d’Hiver de Chamonix et d’Eté ou encore les instructions officielles en éducation physique dans les programmes scolaires attestent le processus de « sportivisation » de la société française. Voir sur ce point G. Loirand, Une difficile affaire publique. Une sociologie du contrôle de l’Etat sur les activités physiques et sportives et leur encadrement professionnel, thèse de doctorat, Nantes, 1996.

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sein d’une fédération sportive. Si la diminution du volume et l’évolution des matériaux des planches puis la création de la Fédération sont deux atouts du développement du surf, l'arrivée du leash41 transforme la pratique et contribue à son expansion. Mais ce sont aussi et surtout des retransmissions télévisées sur l’unique chaîne de l’époque, dès le début des années 1960, qui font découvrir une activité « nouvelle » et inédite qui, déjà, se définit selon ses promoteurs comme ayant des origines californiennes et hawaïennes, de quoi identifier symboliquement ce sport. La Fédération devient par la suite Fédération française de Surf Riding puis, en décembre 1977, Fédération française de Surf et Skate, avant que le skate ne soit séparé du surf en 1994 pour être affilié à la Fédération française de Roller-Skating. La récupération du skate-board et son assimilation à la Fédération de surf en 1977 sont issues de la volonté du président de l’époque, Jean-Baptiste Caulonque, et répond à une logique marchande, à savoir obtenir plus de subventions grâce aux « licenciés skate » qui viennent approvisionner ceux de la FFS. Initialement créés à Biarritz, les bureaux de la FFS sont à Hossegor depuis 1981, dans des locaux mis à disposition par la municipalité pour un franc symbolique. Ce changement de situation géographique renseigne sur les relations étroites entre le champ politique local et les pouvoirs du sport incarnés par la FFS. L’analyse des pouvoirs du surf peut s’opposer ici trait pour trait aux pouvoirs de la Fédération française de football définis par Jean-Michel Faure et Charles Suaud dans Le football professionnel à la française. En effet, à un « appareil bureaucratique efficace et performant »42 qui gère le football et à un maillage associatif local comme national conséquent s’opposent, au sujet du surf, une Fédération peu représentative et quelques comités régionaux méconnus aux possibilités d’actions relativement restreintes. L’extrait d’entretien qui suit, effectué en novembre 2004 auprès de Francis Distinguin, l’actuel Directeur Technique National de la FFS, rend compte des relations entre les surfeurs d’origines géographiques différentes et des conflits de générations. La pratique n’est plus limitée dans les années 1970 à une élite sociale aux systèmes de pensée proches de l’équipe municipale de Biarritz. Désavouée par la municipalité de Biarritz, la Fédération s’est dès lors progressivement établie dans la commune du sud des Landes. Une partie du local des maîtres-nageurs de la plage centrale d’Hossegor est libérée au profit de la FFS à la fin des années 1970. Sa situation est renforcée lorsque l’ensemble des locaux est proposé par la mairie d’Hossegor au milieu des années 1980. Cet épisode montre bien que l’imbrication du politique est fonction des intérêts perçus par l’équipe municipale et le maire.
« Dans les années 1970, les surfeurs qui occupaient la scène du surf biarrot étaient relativement ‘’hardcore’’ avec notamment les frères Sansoube. Cette génération s'est vraiment trouvée en rupture avec le parisianisme et le ‘’surf cultureux’’ des années 1960 incarné par la classe de Joël de Rosnay. Donc conflits de générations à Biarritz doublés de conflits de territoires entre les angloyes, les biarrots, les landais et les canaulais. L'image du surf à Biarritz auprès des élus s'est trouvée considérablement
Invention française qui consiste en un fil élastique attaché à la cheville du surfeur et relié à l'extrémité arrière de la planche permettant à celui-ci de ne pas perdre sa planche en mer. Bien que souvent attribuée aux américains, l’invention du leash doit son existence au français Georges Hennebutte, ingénieur et innovateur du système vers les années 1968-1969. 42 J.-M. Faure et C. Suaud, Le football professionnel à la française, Paris, PUF, 1999, p.26.
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dégradée notamment pendant l'ère de Bernard Marie, maire de Biarritz. Au même moment, la gestion administrative de la Fédération française de surf était assurée par le père de Jean-Louis Bianco, aujourd'hui décédé. Dans la mesure où il habitait Seignosse le Penon, il avait récupéré toutes les archives dans sa cave pour de simples raisons de facilité de fonctionnement. Puis par la suite, le rez-de-chaussée de l’actuelle Fédération avait été mis à disposition de la FFS. A l'étage logeaient les MNS43, mais le bâtiment était vraiment insalubre. Une démarche auprès de l'actuel maire d'Hossegor a été engagée dès son élection, car la FFS ne pouvait pas rester dans ces locaux pour assurer son développement. Dans la mesure où la FFS avait envisagé de se déplacer dans d'autres communes notamment Biarritz ou Lacanau en fonction des opportunités, la mairie d'Hossegor s'est de suite positionnée pour le maintien de la FFS à Hossegor (en 1985 ou 1986) suite à l'élection d'Alain Farthouat. »44

Les locaux de la Fédération à Hossegor. Modestes, ces locaux sont constitués d’un accueil puis d’un couloir desservant quelques petites salles de bureaux. Photographie de l’auteur, avril 2005.

Ce n’est qu’à partir de 1977, à Lacanau, que les Championnats de France sont organisés hors des départements des Landes ou des Pyrénées-Atlantiques. Il faut attendre le sixième président, Jean-Louis Bianco de 1985 à 1989, pour que la Fédération entame une politique d’expansion hors de la région Aquitaine. Les Championnats de France en 1986, puis d’Europe en 1987, sont ainsi organisés aux Sables d’Olonne en Vendée45. La récurrence des championnats nationaux et internationaux du début des années 1960 au milieu des années 1980, organisés uniquement en Aquitaine, contribue à marquer géographiquement la modalité compétitive du surf. L’espace du surf fédéral français n’est en réalité, pendant deux décennies et demie, qu’une affaire régionale. L’origine géographique (départements des Pyrénées-Atlantiques, des Landes ou dernièrement de Gironde) des présidents successifs de la FFS (de Guy Petit en 1964, à Jean-Luc Arassus depuis 2005) permet de maintenir cette prédominance régionale. Seul Jean-Paul Villaverde, issu de Paris et président de 1980 à 1984, n’est pas un « local ».
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Maîtres-Nageurs-Sauveteurs. Entretien effectué en avril 2004. Le manque de vagues lors de ces manifestations organisées en Vendée n’a cependant pas favorisé, à l’époque, l’identification au surf des communes et départements hors de l’Aquitaine.

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