l'Ysamne

De
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Marie, jeune veuve de 28 ans, se recueille sur la tombe de son époux disparu un an auparavant dans des conditions étranges. Depuis ce temps-là, elle attend désespérément un signe qui ne vient pas. Alors qu’elle quitte le cimetière, elle entend des gémissements et découvre, à quelques pas de là, un homme d’une beauté parfaite, dans un état critique. Elle lui vient en aide et se persuade qu'il est ce signe qu’elle espérait tant. Mais l’homme cache un secret qui va bouleverser à jamais son existence...


Publié le : mardi 28 janvier 2014
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EAN13 : 9782332647498
Nombre de pages : 394
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ISBN numérique : 978-2-332-64747-4

 

© Edilivre, 2014

Dédicaces

 

 

Pour ceux qui pensaient m’avoir anéantit,
L’écriture de ce livre aura été une véritable thérapie…

A vous tous mes ennemis, un grand Merci !

En mémoire de ma petite Emma… à qui je fais référence dans mon livre ; et pour toi, ma petite mum, tu me manques tellement.

 

Partie 1

Un nouvel ami

Un an

Et c’était reparti pour une nouvelle journée, un jour qui ressemblait à tous les autres depuis un an. Un jour morose sans motivation, sans aucune envie de vivre. Oui, c’était ça ma vie depuis un an, mon corps était devenu le fardeau de mon âme égarée et j’essayais de survivre tant bien que mal, du moins je l’imagine.

J’observai avec indifférence mon reflet dans le miroir de ma salle de bain.

(Je m’appelle Marie Monroe, ce qui suit est mon incroyable histoire.)

Après une courte douche dont je ne me rappelais déjà plus le bienfait, je me dirigeai dans la cuisine, vers ma vieille cafetière qui faisait un bruit atroce. Elle aussi, se laissait vivre depuis la disparition de son maître. Je m’apprêtai à verser du café juste fait dans ma tasse quand soudain la sonnerie du téléphone me fit sursauter… certainement mon frère qui s’inquiétait comme d’habitude. Il faut préciser qu’il s’était donné l’habitude de m’appeler tous les matins depuis un an pour vérifier si je n’avais pas mis fin à mes jours. Je décrochai, sans étonnement et je constatai que c’était bien lui !

– Ça va ma sœurette ? Tu as réussi à dormir un peu cette nuit ? me dit-il d’un ton à me donner des envies de me suicider.

– Oui, Miki, ça va comme tous les matins où tu me poses la même question. Je m’apprêtais à faire ma tournée.

Oui, j’étais infirmière libérale ce qui, tous les matins, m’obligeaient à planifier une tournée de soins aux domiciles de chaque patient jusqu’à tard le soir. Normalement, cette amplitude horaire était plus souple. Seulement il m’était vital aujourd’hui de me plonger plus que tout dans mon travail. Ainsi, j’oubliais… enfin je l’espérai.

– Tu aurais peut être dû poser un congé aujourd’hui, sœurette. C’est vrai, ce n’est pas n’importe quelle journée ! Tu serais mieux chez toi… à…. Ajouta-t-il.

– Quoi ? A cogiter ! Quelle bonne idée ! m’esclaffai-je, déjà déprimée.

– Ouais, t’as raison, c’est nul ! Au moins leurs soucis te feront oublier les tiens ! reconnut-il.

Je gardai le silence, septique à cette remarque plutôt ridicule à mon goût. Mais il avait certainement raison dans le fond, rester seule dans cette maison devenue soudainement vide et triste, non merci, pas pour moi. Je préférais la fuir et voir des gens qui me changeraient les idées avec leurs commérages, leurs problèmes de santé ou simplement de voisinages…

Miki n’insista pas et me souhaita une bonne journée. Il finit sa phrase avant de raccrocher par un « je t’aime » quotidien, toujours aussi bon à entendre même si je ne lui rendis pas. Il était le grand frère que je n’échangerais pour rien au monde, prévenant, attentionné, protecteur peut être trop à mon goût ces derniers mois. Nous avions 6 ans d’écart et il avait su merveilleusement bien combler le manque de nos parents décédés d’un accident de voiture lorsque j’avais 14 ans. Lui était un jeune adulte encore étudiant et vivait à cette époque au Canada où il entreprenait ses études d’architecte. Moi je vivais dans une petite province de France à cet instant, notre pays natal. Alors, j’avais dû le rejoindre et il devint mon tuteur légal. Il m’offrit une vie stable et saine, j’eus beaucoup de chance de l’avoir, sinon que serais-je devenue. Malgré ses études, il enchaînait les petits boulots pour que je ne manque de rien ! Ce fut grâce à lui que j’eus la chance de rencontrer David, l’homme de ma vie. C’était son meilleur ami, ils étaient inséparables. David avait des souches indiennes et était un pur canadien. Il avait grandit dans l’Ottawa. Devenu architecte lui aussi, à la fin de leurs études, ils s’étaient associés et avaient ouvert leur propre cabinet dans la ville de Toronto. Il leur fallut deux ans pour se donner un nom dans le métier.

Oui, un an maintenant que David avait disparu de ma vie, pensai-je dans l’instant. Il eut été mon meilleur ami, mon fidèle confident, mon âme sœur, mon unique amant et surtout l’homme que j’avais épousé il y avait bientôt quatre ans. Il était un tout qui comblait n’importe quel vide en moi. Un an jour pour jour où ma vie bascula d’un monde parfait à une vie sombre noyée par des larmes de haine, de douleur, de colère, d’incompréhension.

Sur le trajet de ma tournée, je repensai à cette journée qui marqua ma vie à jamais. C’était un vendredi soir, j’étais enceinte de 8 mois d’une petite fille, une grossesse plutôt tranquille qui faisait notre bonheur. Je préparais un porc au caramel pour le dîner, David débauchait et n’allait pas tarder. Sur le chemin, il m’appela pour me demander s’il devait prendre le pain. J’avais dû mettre le haut parleur car j’épluchais des pommes de terre pour les faire sauter à la poêle. Quand soudain, j’entendis un crissement de pneus s’échappant du combiné. Il m’expliqua qu’il avait dû freiner d’un coup sec car quelque chose était en plein milieu de la route … Quelques secondes plus tard, il s’empressa de sortir de son véhicule pour voir de plus près. Le téléphone toujours avec lui, il me détaillait ce qu’il voyait. A mon grand étonnement, il me décrivit alors une femme inerte, allongée sur la route. Il me conseilla de le rejoindre à la sortie Nord de la ville, rapportant avec moi, ma trousse d’urgence. En raccrochant, je composai le numéro du chérif de la commune pour lui signaler les faits et qu’il m’y retrouve. Nous nous arrivions 20 minutes plus tard sur les lieux où la voiture de David était en travers de la route, le contact et les warning allumés mais pas de femme « inerte », ni mon mari.

– C’est étrange, où sont-ils passés ? m’inquiétai-je.

– Il y a du sang ici ! constata le chérif Armon en s’approchant d’une zone face à la voiture abandonnée.

– Ça doit être ici où devait être allongée la femme en question ! déduis-je.

– Oui mais alors où sont-ils ?Car là il n’y a ni femme, ni même David !

– A moins qu’il l’ait porté à l’abri ! supposai-je en regardant vers les bois.

– Moueh ! Bon Austin, vous venez avec moi, on va vérifier les bois. Vous Marie, faites un prélèvement de ce sang, on l’enverra au labo. Ordonna-t-il.

Le chérif Armon et son adjoint, le jeune Austin, se dirigeaient donc vers la forêt qui longeait la route pendant que j’analysais les tâches de sang sur le bitume et fis des échantillons. Puis, soudain j’entendis l’adjoint crier :

– David, mon Dieu David, tu m’entends ?… David, réagis si tu m’entends, … David, oh… mon Dieu, … non… !

Je courus vers l’endroit où les cris se multipliaient quand l’adjoint surgit des bois en me sautant dessus. Je compris et les larmes inondèrent mon visage. Je me débattais dans tous les sens, je devais y aller, voir de mes propres yeux… car ce n’était pas possible ! Non pas David, pas lui ! Le chérif vint nous retrouver, le regard dépité. Je criai de toutes mes forces.

– Marie, il est mort, on ne peut plus rien faire ». me souffla-t-il dans l’oreille.

– NON!!!!!!!!!!!!! Pas lui ! Pas ça ! pitié non!!! hurlai-je en me laissant tomber au sol.

Je n’avais plus de force. Mes jambes ne me portaient plus. Ces mots furent si violents que des contractions surgirent dans le bas de mon ventre.

– Le bébé ! Le bébé ! répétai-je, apeurée.

J’avais le sentiment que mon utérus voulait imploser en moi. Je tombai en arrière, le chérif eut le réflexe de me rattraper. Aussitôt, je me sentis humide entre mes cuisses et en vérifiant, je m’aperçus que mes doigts étaient tachés de sang. Cette hémorragie n’était pas bon signe, mais seul David me préoccupait. Austin avertit les urgences. Le chérif Armon tentait de m’apaiser en attendant les secours. Je hurlais de douleurs. Etait-ce pour les contractions affreusement violentes ou à imaginer David allongé là bas derrière ces arbres, sans vie ? Le quel des deux fut le plus douloureux ? Certainement les deux, je n’arrivais pas à me calmer, et le shérif subissait par mes coups et griffures la douleur que j’extériorisais. J’étais accablée par le chagrin et criais le prénom de mon mari sans répit dans le camion d’ambulance.

En repensant à cet instant sur le trajet de ma tournée, mes larmes réapparurent. Je clignai des yeux pour me recentrer sur la route. Heureusement que je venais d’arriver chez mon premier patient, monsieur Lee ! Un vieil homme très gentil qui pleurait tous les jours la disparition de sa femme Betty. Cela faisait 23 ans qu’elle était décédée d’un cancer à l’utérus. Ils n’avaient jamais pu avoir d’enfants ! Il était drôle car tous les matins lorsque j’entrai à peine dans son allée, qu’il sortait sur son palier pour m’accueillir. J’avais l’impression qu’il m’attendait de pieds fermes. Plus je m’avançais et plus je percevais sur son visage une expression que je détestais maintenant… de la pitié ! Avant même qu’il réponde à mon bonjour, je savais ce qu’il allait me dire.

– Bonjour ma petite Marie, comment vas-tu aujourd’hui ? Tu es quand même venue ! Tu sais, j’aurais pu le comprendre. Dit-il en m’offrant l’hospitalité d’entrer dans la maison.

– Pourquoi me dites-vous cela ?

– Eh bien… tu sais… aujourd’hui… Reprit-il, embêté.

Dans ce genre de situation, les mots manquaient. D’un sourire, j’évitai de répondre et me dirigeai avec ma trousse médicale à l’intérieur. Il me suivit jusqu’à la cuisine où l’odeur de café noir se dégageait. Je sentais son regard sur moi, analysant mes faits et gestes. Je pris le temps de sortir mon appareil à dextros qui servait à évaluer la quantité de sucre dans l’organisme. Monsieur Lee était un diabétique pas très responsable. Il ne se contenait pas devant une friandise et jetait 4 sucres dans son café ce qui lui valait toutes ces visites matinales prescrites par son médecin afin de surveiller son taux de diabète dans le sang. Et comme à chaque fois, je rééquilibrais tout cela, en lui injectant une forte quantité d’insuline.

Une fois prête, je me lavai les mains et en me retournant, je découvris une tasse de café sur la table qui m’était destinée. Je le gratifiai d’un sourire pour le remercier et en bus une gorgée.

J’aimais mon métier pour toutes ces petites attentions. J’avais fait mes stages, pour valider mon diplôme, à l’hôpital de Toronto mais on n’y retrouvait pas ces contacts chaleureux. Une fois encore, c’était David qui m’avait dirigée vers cette voie. Petite fille, je prenais plaisir à traîner chez une vieille dame qui vivait dans mon quartier. Elle était veuve et n’avait pas d’enfants. Je la trouvais rigolote. Elle utilisait des expressions en patois dont je ne connaissais pas la définition et m’offrait sans arrêt des bonbons périmés. Je m’étais donnée la mission de lui rendre visite toutes les semaines, cela même en hiver afin de prendre de ses nouvelles, de lui tenir compagnie. Je soignais aussi les petits oiseaux, les lapins, mon chat « Popeil », ils furent mes premiers patients. Ce n’était pas eux qui pouvaient se plaindre, et ça aide dans l’apprentissage !

L’insuline injectée, ma tasse de café bue et appréciée, je rangeai mes affaires, mis à la poubelle mes cadavres de compresses souillées et me dirigeai vers la porte en lui faisant un signe de tête voulant dire « à demain matin ! ». Sans me retourner afin d’éviter son regard de pitié qui ne m’avait pas lâchée pendant son soin, je montai dans ma voiture et me motivai pour la suite. La journée ne faisait que commencer et il me tardait qu’elle se termine au plus vite.

Cette fois, je me dirigeai vers une ferme d’élevage d’oies où le couple, madame et monsieur Lannay, était assez spécial. Lui ne parlait jamais et elle, se plaisait à commérer. A vrai dire, elle parlait pour deux. Elle allait certainement me mitrailler de questions comme à son habitude, surtout aujourd’hui.

Un quart d’heure plus tard, j’arrivai enfin à la ferme. Ah cette odeur ! J’aimais tellement cette odeur de campagne où il faisait si bon vivre. J’avais grandi en ville avec mes parents et ce n’était qu’en arrivant ici à 14 ans que j’avais découvert le plaisir de la campagne. David travaillait en ville, mais avait tenu à ce que nous construisions dans ce village afin que nos enfants grandissent au vert. Ça aurait été tellement merveilleux !

J’aperçus tout en sortant de ma voiture le mari au loin courir après ses oies qui semblaient se rebeller. Elle, c’était Laureen Lannay. Je m’autorisai à rentrer directement chez eux, car madame Lannay ne pouvait m’accueillir debout. Celle-ci était tombée d’un escabeau et s’était fracturé le fémur. Je venais lui refaire son pansement suite à son opération. Allongée sur son canapé, la jambe légèrement surélevée, elle me lança un sourire de sympathie. Ce qui ne me rassurait guère lorsque l’on connaissait la commère qui trônait en elle. Dans le fond, en réfléchissant bien, elle n’était pas méchante, simplement curieuse.

Je posai ma trousse, sortis mes pansements soigneusement emballés sous papiers stériles, je me lavai les mains à nouveau… et je respirai d’un grand coup pour prendre sur moi car le monologue allait commencer !

– Alors Marie, comment allez-vous ? Nous ne pensions pas vous voir ce matin. J’imagine la peine que vous avez, mon Dieu quand on y repense ! C’est affreux. Un an déjà, c’est passé tellement vite… c’est vrai, j’ai l’impression que c’était hier. David était un homme tellement gentil et charmant, … si bien élevé. Et votre bébé ? Oh mon Dieu ! Deux êtres si chers à vos yeux… et cela, dans la même journée ! Comment peut-on se remettre de ce malheur ! C’est impossible. L’autre jour, la fille de madame Nevers a fait une fausse couche !! … Oui, je vous assure, elle ne s’en remet pas. Bon, elle n’était pas au même terme que vous, soit, mais n’empêche, c’est horrible, ils avaient tout acheté pour le bébé. Il paraît que c’était un petit garçon !! … C’était une fille, vous, il me semble. Oh fille ou garçon d’en ce genre de situation, on s’en fiche, ça reste un malheur quoiqu’on dise… Et donc, où en étais-je… (elle réfléchissait)… ah oui, donc je vous disais…

Soudain par miracle, j’arrivai enfin à ne plus l’entendre et soignai sa plaie en toute tranquillité. C’était devenu un art ces derniers mois, à force d’entendre ce genre de propos, qui devenaient insupportables, Je m’étais bâti une sorte de bouclier temporo-spatial où le lieu et le temps se faisaient oublier un court instant. Alors, depuis j’arrivais à me détacher mentalement de mon corps tout en concentrant mes gestes sur le soin à exécuter. Une fois l’acte médical terminé, je constatai qu’elle poursuivait son monologue avec brillance :

– … de toute évidence, il l’a cherché. Une séparation n’est jamais évidente mais à la tromper comme il le fait depuis toutes ces années, c’est normal, elle a raison de le quitter ! Et tant pis, pour la maison, vous dirai-je…

– Euh… Madame Lannay, excusez-moi, je me permets de vous couper mais j’ai fini et il faut que j’enchaîne, un autre patient m’attend ! m’empressai-je de dire. Ouf !

– Oui bien sûr Marie, on ne voit jamais le temps passer. Vous allez toujours chez monsieur VonDicare ? Il paraitrait que sa bonne femme irait voir ailleurs. En même temps, lorsque l’on observe la taille de ses talons…

– Madame Lannay ! la coupai-je à nouveau.

– Mais laisses-la tranquille, bon sang ! intervint son mari qui avait laissé ses oies.

– De quoi te mêles-tu, toi ! On t’a rien demandé ! Nous discutons entre femmes. Retournes courir après tes bêtes et fiche-nous la paix ! Gronda-t-elle.

Il balança son bras en avant pour dessiner sa défaite et reprit le chemin averse en me jetant un regard de désolation. Il fut évident que dans leur couple, c’était elle qui portait la culotte. Je lui répondis gentiment avec un beau sourire en prouvant ainsi la politesse de mon éducation et enclencha le pas vers le chemin de la sortie. Elle me souhaita néanmoins une bonne journée, à cet instant, le calvaire prit fin.

Et s’enchaînaient les patients tout le long de cette journée triste, monotone, comme tous les automnes où même le soleil déprimait. Une fois de plus, je n’avais pas mangé. Mais ça, ce n’était plus devenu une priorité ce qui justifiait ma maigreur. A vrai dire ma seule nourriture depuis un an, était le café noir sans sucre toute la journée accompagnée de la cigarette que j’étais si fière d’avoir arrêté à l’annonce de ma grossesse. Puis à une certaine heure de la journée, la tisane prenait le relais.

Dernière patiente, madame Sage Léonie, une française très discrète, c’était ma préférée. On parlait français toutes les deux et elle ne rentrait pas dans des sujets délicats. C’était appréciable et surtout reposant. Elle souffrait d’un cancer du sein gauche à 74 ans. Veuve, elle aussi, elle gardait le goût de vivre. A son âge, le cancer était moins dangereux. Ses cellules étaient vieilles et du coup se multipliaient moins vite, c’était l’avantage de l’âge mur. Je n’y restais qu’une petite heure.

Je m’apprêtais à rentrer chez moi, lorsque je passai devant le cimetière où reposaient David et Emma, notre petite puce que j’avais fait enterrer à ses côtés. Il était 21h17 donc personne sur le parking, ça m’arrangeait. Il faisait nuit vers 18h, on était en automne. J’avançais courageusement vers leurs tombes. Il y avait des fleurs : mon frère et son amie Ellen certainement. Quelle idiote, j’aurais pu m’arrêter chez le fleuriste ! Le sol était mouillé, alors je m’accroupis devant eux. Je lisais pour la énième fois l’inscription sur leur pierre tombale :

David Monroe, 7 juin 1979-6 novembre 2010

Emma Monroe, 6 novembre 2010.

Toujours la même émotion aussi foudroyante que douloureuse. Je me revoyais dans cette ambulance torturée par ces contractions violentes, la mort de David que je réalisais kilomètre après kilomètre. J’avais perdu les eaux, mon col s’était ouvert de plusieurs centimètres. Ils m’avaient dirigée d’urgence dans la salle d’accouchement où j’avais poussé de tout mon corps en évacuant toute la colère qui me tuait à petit feu. Au bout de quelques heures, ce petit être tant désiré pointait son nez mais… le silence ! Pas un cri ! L’équipe s’agitait autour de moi et personne ne me répondait. Evidemment j’avais compris, mais pas deux êtres chers en même temps, le même jour, le même soir ! Non pas deux, ça aurait été inhumain de me faire subir cela ! Et pourtant on ne m’épargna pas. Je regardai ces femmes envelopper dans un drap blanc ma petite puce et s’éloigner sans même se retourner. J’étais incapable de parler, je sentais mon corps exprimer ma douleur. Je pleurais à chaudes larmes en réalisant que ma vie s’était achevée ce soir là. Ce vendredi soir.

Alors, chaque fois que je lisais ces écritures gravées, la même émotion apparaissait avec ces souvenirs méprisables. J’essuyais mes larmes et leur demandais pardon. Pardon de venir peu. Pardon de me laisser vivre. Pardon de ne pas maintenir l’équilibre auquel David tenait tant. Il était ma vie, elle aurait était mon espoir. Aujourd’hui, que me restait-il ? Je priai pour que la vie m’envoie un signe. Celui qui me permettrait d’exister, de vivre et d’avancer ou de mourir pour les rejoindre.

J’essuyai à nouveau mes larmes en frottant ma main sur tout mon visage. Puis je me dirigeai vers ma voiture, la tête baissée, lasse de cette vie maussade. La nuit était tombée lors de ces quelques minutes de recueil. Les journées se raccourcissaient déjà. Mon Dieu que l’automne était triste ! Soudain, un gémissement retentit d’un caveau entre-ouvert. On aurait dit une personne qui souffrait. Je m’avançai vers ce bruit suspect et étrange qui se répétait. Je finis par découvrir derrière cette vieille porte en ferraille rouillée, un homme. Je me précipitai vers lui en l’interpellant. Il était gravement brûlé aux membres et son visage, difficile de savoir ce qui lui était arrivé. Il devait avoir entre 35 et 40 ans. Je ne pouvais le laisser là, il lui fallait à tout prix des soins d’urgence.

– J’appelle une ambulance, ne bougez pas ! proposai-je en attrapant mon mobile de me sac.

– Non, je vous en supplie… n’en faites rien !

– Comment, mais vous êtes gravement blessé ! Il vous faut à tout prix des soins.

– Personne ne doit savoir que je suis là. Me souffla-t-il avec faiblesse.

Il refusait l’hôpital, pourquoi ? Peut être était-il poursuivit par l’auteur de ses blessures ? Je décidai donc de le ramener chez moi, il y serait en sécurité. J’essayai de le bouger pour le porter jusqu’à ma voiture mais cela s’annonçait mission impossible. Il cherchait à m’aider difficilement par manque de force.

– S’il vous plait, il ne faut pas que l’on me voit ». Murmura-t-il.

– Oui, j’ai bien compris, je vous amène chez moi. Je pourrais vous soigner. Vous y serez en sécurité.

– Merci.

Sa voix était un souffle, elle était douce et son haleine incroyablement fraîche. Sa peau était d’une blancheur effrayante, identique à de la porcelaine et aussi fragile et dure. Il était frigorifié. Je le laissai un moment en lui expliquant que je revenais de suite. J’eus le réflexe d’aller chercher ma voiture pour l’avancer au plus proche de l’endroit où il se trouvait. Avec beaucoup de difficulté, j’essayai de le tirer de l’intérieur sur la banquette arrière mais avec la hauteur du siège de mon pick-up, ce n’était pas la voiture idéale. Il était extrêmement lourd et devait être là depuis longtemps, il était aussi froid qu’un cadavre. Enfin, j’y arrivai et m’empressai de le conduire chez moi tout en l’observant dans mon rétroviseur.

Je garai ma voiture devant ma porte d’entrée alors que d’habitude, je la rentrai dans le garage. Il était beaucoup trop lourd, je pris le fauteuil roulant plié dans mon coffre de voiture. Je l’avais commandé pour une patiente qui malheureusement n’en eut jamais l’usage, elle était décédée d’une gangrène des deux jambes. Sur le chemin pour accéder à l’arrière de mon véhicule, je repensai à cet homme, il était mystérieusement brûlé ! Je positionnais le fauteuil perpendiculairement à la voiture tout en lui jetant un coup d’œil. Il n’avait pas bougé mais semblait avoir perdu connaissance. Je galérai à l’installer dans ce fauteuil et me dépêchai de l’emmener à l’intérieur jusqu’à la chambre d’amis. Encore avec beaucoup de difficultés, j’arrivai enfin à le glisser sur le lit. Vite, j’allai chercher ma trousse, me laver les mains et inspecter les plaies une à une. Il était inconscient et je ne trouvais pas de pouls. Quant à mon tensiomètre, il avait décidé de me jouer des tours car il m’affichait un zéro. Les piles devaient être à plat ! Les brûlures du visage étaient vilaines et profondes, je les désinfectai et y mis un pansement imbibé d’un corps bien gras qui nourrirait la peau et accélèrerait la cicatrisation. Je refis le même soin pour les autres. Mais comment s’était-il fait ça ? Et d’ailleurs qui était-il ? Au moment où je fouillai dans la poche de son manteau, le téléphone sonna. Miki, j’imaginais ! Comment s’était passée ma journée ? Etais-je allée au cimetière ? Avais-je mangé ? Allez, je me lançai, j’attrapai le combiné qui se trouvait dans ma chambre à côté de celle-ci.

– Oui Miki !

– Coucou sœurette ! Alors cette journée ? ça n’a pas été trop dur ? Tu as mangé au moins ? enchaîna-t-il avec brio.

– Oui j’ai mangé, oui contente qu’elle se finisse cette journée, oui j’ai été au cimetière et te remercie pour vos fleurs, et oui je vais bien ! Ai-je répondu à toutes tes questions ? Lançai-je d’un air amusé.

– Oh excuse, sœurette.C’est vrai que ça doit être lourd à force ! Est-ce que tu veux que je passe ?

Mon Dieu, non surtout pas ! S’il découvrait que j’hébergeais un inconnu dans une de mes chambres, je n’imaginais même pas… alors pour lui faire abandonner cette idée, je m’empressai de lui vendre une soirée idyllique, pizza géante aux quatre fromages que je me serais soi-disant commandée, suivie de quelques pages d’un bouquin virtuel puis d’un dodo avec bouillotte dans mon grand lit devant un vieux film vu et revu ! En effet, ça marcha, il semblait content que je prenne les choses comme ça, surpris que je me commande une pizza, moi qui n’en mangeais plus depuis la disparition de David alors que j’adorais ça. Oui je l’avais bluffé, il m’avait cru, c’était sûr. Il finit par son « je t’aime » et raccrocha rassuré par mes projets de soirée.

Je m’empressai de retrouver mon bel inconnu mystérieux qui n’avait pas bougé d’un poil. Je réalise que j’étais en parfaite admiration devant sa beauté. Il dégageait une froideur paisible qui m’effrayait mais m’attirait. Rien dans ses poches, j’étais là, debout devant lui, à le contempler telle une œuvre d’art. La question était pourquoi n’avait-il pas voulu que je l’emmène à l’hôpital ? C’était étrange et irresponsable de sa part vu la gravité de ses brûlures. Vraiment étrange. Il avait dû s’assoupir dans la voiture, j’en déduisis par les traits de son visage reposé qu’il ne souffrait pas. Je décidai alors de le laisser se reposer et fermai la porte derrière moi.

Il était 22h34, mon ventre gargouillait. J’oubliais toujours de manger, lui seul me rappelait à l’ordre. Je me dirigeai vers la cuisine et mis une casserole d’eau sur le feu. Il devait me rester une soupe à diluer, égarée dans un de mes placards vides. Si je ne prenais pas le temps de manger, ce n’était pas pour aller faire deux ou trois courses au supermarché du coin. Avant, je les faisais tous les mardi matin. Le seul jour où je m’autorisais une grâce matinée après un long week-end de travail, j’entreprenais aussitôt mon ménage en pyjama, je lançais une machine, je me glissais sous la douche, prenais le temps de me pomponner et je sortais pour faire mes courses. Lorsque David rentrait le midi pour manger, tout était propre et moi reposée. C’était tellement agréable.

Tout à coup, je repensai à mon bel inconnu. Peut-être aurait-il faim à son réveil ? Je rajoutai de l’eau dans la casserole déjà à ébullition. Super, il me restait un sachet de soupe : « asperge-pommes de terre ». C’était toujours bon à prendre ! Je préparai un plateau avec un verre d’eau, le bol de soupe que je ferais réchauffer à son réveil et une compote. Avec ma tasse de bouillon, je me calai entre les coussins du canapé puis, j’allumai la télévision. A cette heure, il n’y avait pas grand-chose mais entendre des voix me rassurait, je me sentais moins seule. De temps en temps, je jetais un regard dans la direction de la chambre où se reposait mon bel inconnu et toutes les questions à son sujet m’émoustillaient. Comment s’appelait-il ? Etait-il marié ? D’où venait-il ? Exerçait-il une profession ? Avait-il des enfants ? Que faisait-il dans ce cimetière ? Et surtout que lui était-il arrivé pour être dans un état aussi critique ? Sans m’en rendre compte comme tous les soirs, je finis par m’assoupir à mon tour devant un vieux film en noir et blanc dont je n’avais même pas retenu le titre.

Le flash météo me fit bondir du canapé. Le soleil était en train de se lever, ses rayons se reflétaient sur ma baie vitrée. Il était 6h58. Une nuit de plus où je m’étais endormie sur ce grand canapé en U ! On y était tellement bien, David en rêvait depuis si longtemps qu’il l’avait acheté avec sa première prime pour la construction de la maison de retraite de St Lawrence dont il était l’architecte. J’observai ma tasse de soupe à peine bue, en me levant j’étirai tous mes membres. Mon Dieu, j’étais exténuée ! Je rêvais d’une bonne nuit de sommeil réparateur. Je pris ma tasse et l’emmenai dans l’évier de la cuisine où j’en profitai pour me faire couler un café. Soudain, je me bloquai devant le plateau repas situé sur l’îlot qui contenait toujours son bol de soupe froide, sa compote et son verre d’eau. Oui, j’avais complètement oublié mon bel inconnu. Je me dirigeai vite vers la chambre d’amis où devant la poignée de porte, j’eus un petit frisson d’hésitation. Et s’il était réveillé ? Que lui dirai-je dire ? Se souviendrait-il de la nuit dernière ? Etais-je présentable ? Oh, et puis on s’en moquait, j’aviserais. Je tournai la poignée de porte avec le cœur qui s’emballait et rentrai en douceur pour ne pas lui faire peur. Il faisait noir mais la lumière du salon éclairait légèrement la chambre. Le lit semblait vide. Il était même refait. Personne ! Mais où était-il ? J’allumai la lumière. Rien. C’était impossible, je ne l’avais pas rêvé. Je vérifiai dans la salle d’eau attenante à la chambre. Toujours rien. Du coup, je le cherchai pièce par pièce : ma chambre, ma salle de bain, les WC, le cellier, la buanderie, le garage, le jardin. Plus j’avançai dans mon enquête et plus la tristesse m’envahissait. Rien. Il s’était évaporé. Malgré ses blessures graves, il était parti. J’aurais tellement voulu savoir qui il était ? Tant pis, il fallait que je me prépare pour ma tournée. Je me glissai sous la douche, m’habillai tout en repensant à ce bel inconnu. Arrivée dans ma cuisine, je réalisai que j’avais oublié de me faire couler du café, quelle gourde ! Le téléphone sonna, devinez qui ?

– Bonjour ma sœurette ! Bien dormi ? Alors cette pizza, 3 fromages, c’est ça ?

Quel malin celui-là, il vérifiait mes dires de la veille. Futé le frangin !

– Oui délicieuse sauf que c’était une « 4 fromages » ! Je suis pressée, il faut que j’y aille. Lançai-je.

– Ok, je comprends. Monsieur Lee ne peut attendre. Je t’embrasse ma sœurette, je t’aime.

Et oui Miki connaît mieux que moi mon planning, il m’étonnait toujours. Je raccrochai et attrapai les clefs du pick-up, ma trousse, et c’était reparti pour une journée non stop. Mais cette fois, quelque chose de différent. Cet inconnu me bouleversait complètement. Il ne quittait pas mes pensées. Pourquoi ? Je me rappelai avoir demandé un signe hier soir au cimetière. Et si c’était lui ? Mais alors pourquoi n’était-il plus là ? Je ne compris rien à tout cela. Il aurait pu me dire merci ou au revoir. Ou alors il n’avait pas voulu me réveiller, et s’était éclipsé en douceur. J’étais quand même déçue.

Voilà, j’étais arrivée, monsieur Lee était comme à son habitude sur le palier à m’attendre. J’étais la seule visite de sa journée donc importante à ses yeux. Et comme à son habitude, il s’était fait le plaisir de manger un éclair au chocolat au souper de la veille, avec deux chocolatines en plus de son café largement sucré ce matin au petit déjeuner.

– 4 grammes 12 ! Vous êtes totalement irresponsable ! grondai-je.

– Je sais ! Je sais ! Mais il ne me reste plus que ça comme plaisir dans ma triste vie, ma petite Marie.

– C’est pour cela que je ferme les yeux mais si le médecin s’en mêle, je ne pourrai rien faire !

– Merci.

Oui il était irresponsable ce vieil homme ! Mais ses arguments étaient recevables, que lui restait-il d’autre si ce n’était que de bonnes viennoiseries. Je lui injectai son insuline pour rééquilibrer le tout et repris mes affaires tout en entendant « à demain ma petite Marie ».

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