La 1ère de Nivelle

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De la même manière, que le nom de Nivelle est indissociablement associé à l’histoire du Chemin des Dames, son nom et celui de Quennevières doivent être intimement liés, même si la bataille qui s’y est déroulé s’inscrit étroitement dans le cadre des offensives décidées par Joffre en 1915. Cette année là, celui qui deviendra Général en Chef des Armées françaises deux ans plus tard, n’est général que depuis moins d’un an… La bataille de Quennevières, même si elle se termine par une victoire à la Pyrrhus, jouera un rôle dans son irrésistible ascension. On appelle bataille de Quennevières, la série de combats acharnés et effroyablement meurtriers qui se sont déroulés du 6 au 16 juin 1915 pour la possession de quelques arpents de terre à une vingtaine de kilomètres de Compiègne. En beaucoup de p
Publié le : jeudi 16 juin 2011
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EAN13 : 9782748161687
Nombre de pages : 171
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èreLa 1 de NivelleRémi Hébert
èreLa 1 de Nivelle
La bataille de Quennevière, juin 1915
ESSAIS ET DOCUMENTS
Le Manuscrit
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ISBN : 2-7481-6169-6 : 2-7481-6168-8« … du sang pour les galons,
… du sang pour les étoiles ! » AVANT-PROPOS
Pourquoi s’attacher après 90 ans à l’histoire d’une
bataille qui fut très locale, dura moins de deux
semaines et dont l’issue n’a en rien, modifié le cours de la
guerre ?
Plusieurs raisons sont venues s’ajouter les unes aux
autres. Tout d’abord aussi étonnant que cela paraisse,
la bataille de Quennevières n’a jamais fait l’objet
jusqu’à présent, d’une relation complète et accessible. Il
existe certes, le récit qu’en fit en 1922 le général
Dubois dans son livre de souvenirs intitulé : Deux ans
de commandement sur le front de France. Mais si ce récit
a le mérite d’exister, il a — à nos yeux — le double
inconvénient d’être avant tout un plaidoyer pro domo
dont les conclusions sont pour le moins contestables et
d’occulter le rôle capital du général Nivelle, principal
initiateur et acteur de cette bataille.
D’autre part, le récit du général Dubois, comme
tous les nombreux articles qui s’en sont inspiré, a le
défaut hélas si commun, d’ignorer totalement des
sources aussi essentielles que les sources allemandes
— pourtant si riches —. Cela revient à se priver d’une
double perspective allemande et française,
indispensable à la bonne compréhension des faits de guerre.
Aussi, nous a t-il semblé utile de combler ces
lacunes et de faire connaître les événements terribles qui se
sont déroulés sur le plateau de Quennevières en ce
beau mois de juin 1915 ainsi que leur contexte. Nous
9èreLa 1 de Nivelle
l’avons fait en nous appuyant non seulement sur les
abondantes archives et documents existants mais en
faisant appel aussi aux témoignages épars ou inédits
qui donnent une dimension saisissante à cet épisode
aussi glorieux que sanglant de la Grande Guerre.
Dans cet ouvrage, nous avons essayé de retracer une
bataille dont « le management stratégique » préfigure
la tragédie qui aura lieu moins de deux ans plus tard
au Chemin des Dames tout en illustrant le fait que
l’histoire militaire n’a pas, contrairement à l’opinion
communément admise, tout livré.
Nous tenons à remercier chaleureusement tous ceux
qui nous ont apporté leur concours et tout
particulièrement Didier Guénaff, président de l’association
Patrimoine de la Grande Guerre qui a rédigé les
légendes qui accompagnent les photos et sans lequel cet
ouvrage n’aurait jamais vu le jour ; Hervé Vatel, qui a
notamment réalisé la cartographie avec autant de
rigueur que de talent ; Françoise Guichard pour son
aide constante et ses judicieuses suggestions ; Gérard
Lachaux, René Verquin et Mathias Hébert pour leur
relecture attentive et enfin François Delaleau pour sa
connaissance parfaite du terrain et ses conseils avisés.La genèse de la bataille
9 mai 1915 : la seconde bataille d'Artois est lancée
avec toute la puissance alors disponible.
L'objectif pour Joffre, général en chef, est double. Il
s'agit d'une part de percer le front et d'autre part de
venir en aide aux Russes en retenant sur le front
occidental le maximum de forces allemandes.
Accessoirement, l'offensive doit assurer à l'Armée
italienne la sécurité nécessaire pendant la délicate
période de sa mobilisation.
D'emblée, l'offensive française en Artois ne connaît
pas le succès escompté ; ni Souchez ni
Neuville-SaintVaast n’ont pu être enlevés, l'ennemi s'est renforcé et
ses positions se sont révélées plus solides que ne l'avait
cru l'état-major.
À partir du 13 mai, un demi-échec se dessine.
C'est dans ce contexte que Joffre décide d'allumer
un contre-feu en lançant une attaque sur un autre
front afin de tenter de retenir loin de l'Artois les
réserves en hommes et en artillerie de l'ennemi.
Il se tourne alors vers le général Dubois qu'il vient
ede nommer deux mois auparavant à la tête de la VI
1Armée . Le 17 mai, Joffre lui adresse un télégramme
e1.La VI Armée disposant d’un effectif de 155 000 hommes,
occupe un front de plus de 100 km de long allant de Vénizel (Aisne) aux
13èreLa 1 de Nivelle
Le Maréchal Joseph Joffre (1852-1931).
chiffré demandant des propositions d'attaques d'une
ecertaine envergure sur le front tenu par la VI Armée
tout en stipulant que celle-ci ne disposerait que de ses
moyens propres pour mener à bien son offensive.
La réponse de Dubois ne se fait pas attendre, mais
alors que Joffre lui demandait plusieurs propositions, il
n’en fait qu’une seule. Pour lui l’opération qui
s'impose consiste à enlever le front allemand au sud de la
Ferme de Quennevières, située à
Moulin-sousTouvent dans l'Oise. Il considère en effet qu'il y a à cet
endroit une menace constante pour les lignes
françaises. Dubois joint fièrement à sa réponse une étude
établie par le général Nivelle en la présentant
élogieusement comme « réunissant les meilleures conditions
d'exécution de cette attaque. »
bords de l’Oise face à Ribécourt. Elle est composée
essentiellee e ement des 35 et 7 Corps d’Armée et du 5 Groupement de
Divisions.
14La genèse de la bataille
eFront occupé par la VI Armée.
La rapidité de la réponse de Dubois et la
transmission d'un dossier préétabli attestent du fait que
l'offensive a été préalablement envisagée au niveau local.
De fait, bien avant la demande formulée par Joffre
le projet était dans l'air. Dès le début du mois de mai,
des correspondances sont échangées entre Nivelle, qui
ecommandait alors la 61 division d'infanterie et son
supérieur hiérarchique le général Ebener,
commanedant le 35 Corps d'Armée. Bien plus, des préparatifs
et des mouvements de troupes ont été amorcés avant
même cette date.
eLe Général Dubois (1852-1924), commandant la VI Armée.
15èreLa 1 de Nivelle
eCarte au 1/80 000 du secteur de la Ferme de Quennevières située au
centre du triangle Tracy-le Mont, Nampcel, Moulin-sous-Touvent.
Joffre accepte immédiatement la suggestion
transmise par Dubois et demande de réaliser les
concentrae tions nécessaires au-delà de la 61 division pour
assu1rer le succès d’une action à élargir et à renforcer .
2Bien qu'il ne partage pas les craintes de Dubois
appréhendant une forte réaction allemande et qu'il ait
eindiqué que la VI Armée ne devait compter sur aucun
renfort, il fait cependant venir, par précaution, une
1. Annexe 317, les AFGG T. III, chap. 3
e2. Le 2 Bureau n’avait-il pas prétendu que les forces allemandes
faisant face à la VIe Armée, avaient une valeur combative
inférieure à celle-ci et qu’au surcroît elles étaient composées de troupes de
16La genèse de la bataille
Chaîne de commandement en mai 1915. (Ill. 3)
division coloniale pour faire face à toute éventualité
edans la mesure où la VI Armée doit engager ses
propres réserves dans l'opération.
Les généraux Joffre, Dubois, Ebener et Félineau
sont ainsi décrits par un poilu au printemps 1915 à
1l’issue d’une revue :
e« Le général Dubois, commandant la VI Armée,
vieillard nerveux et parlant sec, aux traits amaigris et
pâles barrés par une moustache impérieuse, tenue
d’avant-guerre, plaque de la Légion d’honneur et souliers
de troupier dont l’un était décousu et que son
ordonnance avait oublié de cirer pendant une semaine au
emoins. À ses cotés le commandant du 35 Corps, le
général Ebener, jeune, robuste, élégant dans un
uniforme bleu horizon tout flambant neuf, avec éperons d’or
et trois étoiles comme seuls insignes de son grade.
réserve éprouvées dont le nombre de bataillons avait été allégé
tandis que les renforts étaient constituées d’unité d’ersatz manquant
de cohésion…
1. Carnets d’André Bouton. Bulletin n°710 de « Sciences et Arts
de la Sarthe »
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