La bibliologie scientifique appliquée

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Cet ouvrage atteste de la vigueur d'une discipline qui a subi une évolution épistémologique capitale : la bibliologie n'est plus une science descriptive et encyclopédique, mais une discipline scientifique explicative et appliquée. La bibliologie est ainsi la science de l'écrit et de la communication écrite, l'une des sciences de l'information et de la communication. Cette étude rassemble des écrits concernant l'Afrique noire.
Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9782296215528
Nombre de pages : 345
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La bibliologie scientifique appliquée

Sous la direction de Robert EstivaIs

La bibliologie

scientifique

appliquée

Contributions du stage de recherche de Brazzaville (décembre 2007)

Préambule d'Eddie Tambwe Textes introduits par Fernand Texier

L'HARMATTAN RDC

@ L'HARMATTAN, 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com dinusion.harmattan@wanadoo.fi' harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07380-7 EAN: 9782296073807

Sommaire
I. Qualité des auteurs II. Préambule Eddie Tambwe
III. Introduction au stage de Brazzaville Fernand TEXIER
IV. LE CADRE THÉORIQUE

7

9

.11

La bibliologie scientifique appliquée Robert ESTIV ALS

15

V. L'OFFRE

D'ÉCRIT

Le rôle de l'écrit électronique dans les centres de documentation Marie-France BLANQUET Etat des bibliothèques et centres de documentation subsaharienne francophone Marie-France BLANQUET en Afrique

.4

51

L'offre électronique: un complément à la politique de développement des collections Jacques HELLEMANS .5

Le rôle de l'écrit électronique dans la communication Dominique Hado ZIDOUEMBA ...

écrite au Sénégal

..69

L'offre d'information écrite et de lecture au Sénégal Dominique Hado ZIDOUEMBA La production éditoriale de la RDCongo à partir du dépôt légal Georges MULUMBA

..81

97

Pour un état des lieux: défis et enjeux des bibliothèques en RD Congo Jean-Pierre MANU ANA NSEKA ...105
La crise de la fIlière de la recherche publique et problèmes de gestion de en .117

l'information scientifique et technique RDCongo. Obadée KIBANDA MA TUNGILA

(1ST) dans les bibliothèques

La République du Congo au seuil des bibliothèques nationales numériques Ruthin BAYELE-GOMA Les jardins de lecture -Atelier attractif pour les utilisateurs par François FILANKEMBO..

.139

153

VI. LA DEMANDE D'ÉCRIT Les besoins d'information écrite et la lecture en milieux étudiants en République Démocratique du Congo Bobo- Bercky KITUMU

.159

Archivage du savoir et partage des connaissances. Bibliothèque de l'Ifasic. Jean-Chrétien EKAMBO DVASENGE La lecture à Brazzaville. Expériences scolaire et universitaire Orner MASSOVMOV La lecture, expérience extra-scolaire
Fidèle BITSINDO

Cas de la 167

...185

V. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . ..195

VII. LA MÉTHODOLOGIE SYSTÉMIQUEBIBLIOMETRIQUE
ET DU TRAITEMENT DE PROBLÈME

Réflexions sur les méthodologies de recherche appliquées à la sélection des publications en série. Etude de cas: les publications en série de psychologie et sciences connexes à la Bibliothèque universitaire d'Alger Farida DJEFEL. ...201
La bibliothèque virtuelle agronomique en Algérie. V n espace de valorisation et d'évaluation de la production scientifique nationale. Rosa Issolah et Lucile Grasset.. ..217

Essai de mesure de la rétroaction d'une étude d'évaluation de l'offre et de la demande d'ouvrages imprimés dans une université scientifique algérienne: l'VSTHB Mouloud HOVALI. ...231

VIII. LES SOLUTIONS

Réduire la fracture numérique Nord/Sud. Les enjeux d'un observatoire africain des sciences et technologies. Rosa Issolah. ., ...247 Pré-projet de création d'un observatoire de la réception de

l'information écrite et électronique en Afrique subsaharienne Jean-Pierre MANUANA NSEKA

(aRIA) 263

Le projet Eb@le pour le désenclavement numérique des bibliothèques de l'enseignement supérieur et universitaire en RD Congo Jean-Pierre MANUANA NSEKA .29

IX. LES MOYENS: LARECHERCHEBIBLIOLOGIQUE

La sociologie de la bibliographie: Afrique Jean-Pierre MANUANA-NSEKA

état actuel de la recherche

en 277

Thesaurus de la Bibliologie : état des lieux et perspectives Mouloud HOU AL!...

287

La cartographie de l'information abstraites Marie-France Blanquet

ou cartographie

de données ..309

X. CONCLUSION

Rapport sur le stage de recherche de Brazzaville Robert ESTIVALS... .

..

317

XI. ANNEXES

Statistiques de la fréquentation. de la Bibliothèque nationale du Congo Étudiants de la République du Congo ayant participé au colloque Etudiants de la RDCongo au stage

... ... ...

333 .34 ... .335

I. QUALITÉ DES AUTEURS (par ordre alphabétique)
-Ruthin Bayele-Goma

Professeur, directeur général de la Bibliothèque nationale de la République du Congo Inspecteur principal de la Jeunesse et des Sports (République du Congo) Maître de conférence à l'Université Michel de Montaigne ,Bordeaux 3 (France) Chargée de cours à l'Institut de Bibliothéconomie et Sciences Documentaires d'Alger Professeur, recteur de l'Institut Facultaire des Sciences de l'Information et de la Communication, président honoraire de l'AIE.
Professeur émérite à l'Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3 (France) ; professeur Honoris Causa (Université de Sofia, Bulgarie) Professeur des Lycées, Direction du Livre et de la Lecture publique (République du Congo) Chargée de mission (CIRAD)

-Fidèle Bitsindou

-Marie- France Blanquet

- Farida Djeffel

- Ekambo Duasenge J.e.

-Robert EstivaIs

-François Filankembo

- Lucile Grasset

8

Qualité des auteurs

- Jacques Hellemans

Chargé de cours à l'Université libre de Bruxelles Chargé de cours à l'Institut de bibliothéconomie et des sciences documentaires d'Alger (Algérie) Professeur à l'Institut national agronomique El Harrach (Algérie) Professeur à L'V niversité de Kinshasa, président du comité national de l'AIB/RDCongo
Imprimeur au Cedesurk , président d'ARES (RDC) Professeur à l'IFASIC, directeur du Cedesurk Professeur à l'Université de Brazzaville Marien Ngouabi, chef du département des lettres et de la langue française Professeur, directeur général de la Bibliothèque nationale de la RDC Professeur des universités, directeur de collection chez L'Harmattan Professeur, Recteur de l'Université Senghor (Alexandrie, Egypte) Docteur d'état es-Lettres et sciences humaines, Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal)

-Mouloud Houali

- Rosa Issolah

- Kibanda Matungila

-Bobo- Bercky Kitumu

-Jean-Pierre

Manuana-Nseka

-Orner Massoumou

- Georges Mulumba

- Eddie Tambwe

-Fernand Texier

-Dominique

Hado Zidouemba

II. Préambule Eddie TAMBWE

Le destin d'une discipline scientifique ne tient pas uniquement à la cohérence de son programme intrinsèque: l'histoire des sciences sociales montre qu'il dépend également de la capacité personnelle des chercheurs à l'organiser au plan institutionnel, et à s'organiser en
« réseau ».

L'histoire de la bibliologie est instructive, de ce point de vue. En effet, dès sa formulation, en tant que domaine de recherche spécifique, la bibliologie n'échappe pas à la question de l'organisation institutionnelle et à la nécessité de la mise en place des réseaux. Le Français Etienne Gabriel Peignot (1767-1849) tenta de constituer une collection d'ouvrages produits par l'humanité: le fameux projet de
« Répertoire bibliographique universel ». Le projet, prévoyait Peignot,

devrait mettre à contribution les bibliologues du monde entier.. . En 1895, le Belge Paul Odet renouvelait l'idée sous la forme d'un «Institut international de bibliographie ». Les bibliologues suisse RotWisberger(fondateur, dans le « Droit d'auteur », de la bibliométrie historique, vers la fin du XIxèmesiècle) et russe Roubakine (dans les années 1920 et 1930) furent, eux aussi, de grands organisateurs de la recherche, toujours soucieux d'établir des «contacts », avec les chercheurs des autres pays. En somme, ils étaient soucieux d'établir un «réseau international des bibliologues». En créant l'Association Internationale de Bibliologie (Tunis, 1988)1, Robert EstivaIs s'inscrivait historiquement dans cet effort de mise en place d'un «réseau» international de bibliologues. La «Revue Internationale de Bibliologie », organe d'expression de l'association, et
1 Voir«

Schéma et Schématisation

», n° 29.

10

Eddie T AMBWE

le Bulletin d'Informations Internationales de Bibliologie (BIIB) serviront ainsi d'appui à la recherche pour les bibliologues du monde entier. Outre la revue et le BIIB, le réseau AIE peut compter désormais sur d'autres moyens de communication: une collection universitaire spécialisée aux éditions L'Harmattan; un site Internet; et, dès 2009, la mise en ligne de tous les numéros de la revue qui seront, de fait, disponibles pour de nombreuses bibliothèques universitaires dans le monde.. . Tous ces outils constituent, aujourd'hui, le système de communication de l'AIE: ils couvrent les médias classiques (écrits périodiques, livre) et s'étendent aux nouvelles technologies de la communication. Cet ouvrage rend compte des travaux du stage de recherche tenu à Brazzaville, capitale de la République du Congo, du 17 au 21 décembre 2007. Il ne témoigne pas seulement de la vivacité du « réseau AIE », vingt ans après la création de l'institution. Il atteste également la vigueur d'une discipline qui a subi une évolution épistémologique capitale: la bibliologie n'est plus une science descriptive et encyclopédique, mais une discipline scientifique explicative et appliquée. Une discipline susceptible de dégager des régularités relatives, observées. La bibliologie est devenue la science de l'écrit et de la communication écrite, l'une des sciences de l'information et de la communication. Cet acquis épistémologique a été donc conforté à Brazzaville, dont le stage a permis, en outre, la constitution d'une équipe de chercheurs « Nord-Sud» (Europe, Afrique subsaharienne francophone), capable d'appliquer les méthodes de la systémique bibliologique. Celle-ci permet de déterminer les besoins réels des populations en matière de lecture et de réception de l'information écrite, imprimée et électronique. Enfin, le stage a permis de dégager des propositions quant à la formation d'un personnel universitaire et bibliothéconomique susceptible de pratiquer ces méthodes et de satisfaire les besoins des populations concernées.

III. Introduction au stage de Brazzaville
Fernand TEXIER

L'Université Senghor, l'Institut de la Francophonie Numérique, la Bibliothèque Nationale du Congo et l'Association Internationale de Bibliologie ont organisé à Brazzaville, du 17 au 21 décembre 2007, un stage de Recherche sur «La Gestion Scientifique de l'Information Ecrite par les Bibliothèques Francophones Africaines ». En effet, l'Université Senghor, Université internationale de langue française au service du développement africain, a pour vocation de former des cadres africains pour un développement durable. Le Secrétaire Général de la Francophonie, le Président Abdou Diouf, s'est souvent exprimé à ce sujet, je le cite:« j'ai la conviction que le développement durable suppose en Francophonie une action basée sur le développement des ressources humaines, la diversité culturelle et linguistique, la création de richesse, l'état de droit et la bonne gestion ». Avec Senghor qui plaçait la culture avant toute chose, comment imaginer un développement durable qui ne s'appuierait pas sur les cultures et les langues? Celles-ci doivent pouvoir s'épanouir et s'exprimer dans leur diversité. La convention internationale sur la diversité culturelle, couronnement des initiatives prises par les francophones, a été adoptée à l'UNESCO par une très large majorité. Mais pour être fortes et vivantes, les cultures et les langues ont besoin d'être soutenues par des industries culturelles puissantes, que ce soit dans le domaine de l'image, du son ou de l'écrit. Fidèle à sa mission l'Université Senghor, Opérateur direct de la Francophonie apporte sa contribution notamment par la formation de ressources humaines utiles pour le développement des pays africains, y

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Fernand TEXIER

compris dans le domaine du patrimoine culturel, dont fait partie l'information écrite. Ceci explique notre soutien et notre présence aux cotés de l'Association Internationale de Bibliologie avec laquelle nous avons parcouru un long chemin, depuis les années 1970; la dernière Assemblée Générale de l'AIB ne s'est-elle pas tenu à Alexandrie, dans les locaux de l'Université Senghor, en mars 2006 ? L'Université Senghor et l'AIB mènent le même combat pour la Francophonie, car la bibliologie est une science francophone. Le Secrétaire Général de la Francophonie a réuni pour la première fois, en mars 2007, les responsables des bibliothèques nationales et patrimoniales des pays membres de rOlF, montrant ainsi tout l'intérêt que porte la Francophonie aux bibliothèques et aux sciences de l'écrit. Chacun sait qu'il existe un dysfonctionnement de la communication écrite et électronique en Afrique francophone. L'objectif du stage de recherche était de constituer un réseau de chercheurs «Nord-Sud» capables d'appliquer les méthodes de la systémique bibliologique. Après ce stage je peux affirmer que cet objectif a été atteint car un réseau de chercheurs africains, certes réduit, a été constitué sous l'égide de l'AIB. Ce réseau est appelé à se développer dans tous les pays francophones d'Afrique pour que, à terme, l'offre de lecture soit en adéquation avec les attentes du public et pour que le fossé entre le Nord et le Sud dans le domaine de la communication écrite se réduise. Je voudrais, pour terminer, souhaiter plein succès à ce nouveau réseau et je forme le vœu que les instances de la Francophonie saisissent tout l'intérêt de le soutenir.

IV. Le cadre théorique

La bibliologie scientifique appliquée
Robert ESTIV ALS

1. Introduction Le présent texte vise à fonder définitivement la bibliologie scientifique appliquée à la lumière des travaux antérieurs et des résultats du stage de recherche de Brazzaville (17-21 décembre 2007)

consacré à " La gestion scientifique de l'information écrite en Afrique
francophone subsaharienne ". De ce point de vue, il fait suite à la théorie de "La Bibliologie scientifique" publiée dans le n° 66 de Schéma et Schématisation: de la science, donc, à son application.

2. Le cycle de la science: science descriptive et graphie; science
explicative et logie ; science appliquée et problématique La science n'existe pas dans la nature. La science est un produit de l'activité mentale de l'homme, une théorisation de sa démarche quotidienne. A tout moment, nous éprouvons le besoin de connaître et de savoir, de comprendre et d'expliquer, d'agir et de modifier l'ordre des choses. La nature de ce comportement est cyclique: du phénomène observé au phénomène expliqué, au phénomène transformé. La généralisation des procédures naturelles constitue la science. Celle-ci varie avec le temps. La régularisation n'est pas absolue, mais relative. La science n'est donc pas un en soi indépendant, comme on le rêvait autrefois. La conception de la science change avec révolution mentale de l'homme. Mais son objectif reste toujours le phénomène. Son action repose sur la trilogie: connaître, expliquer, appliquer, quelle que soit la nature du phénomène considéré. C'est l'unité de la science.

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Robert ESTIV ALS

2.1. Connaître: la science descriptive La connaissance, comme résultat de l'acte mental de la pensée humaine, par nature, est duale. Pour dire: ceci est un verre qui a telle caractéristique, il faut observer le phénomène verre, reconnaître son unité et découvrir sa particularité. Connaître, c'est donc à la fois reconnaître et diversifier. Reconnaître, c'est utiliser la catégorisation, le regroupement et la séparation. La procédure est inductive. Le résultat est conceptuel, unitaire des phénomènes divers ayant une propriété commune. Mais l'unité impose le constat de la diversité, de la propriété particulière du phénomène observé. Connaître ce n'est pas concevoir la singularité, c'est découvrir la singularité par rapport à l'unité. Connaître, c'est donc le résultat d'un acte mental inductivo-déductif. L'unité de la démarche fait l'objet du suffIxe graphie; le radical constitue la catégorie du phénomène: biographie, description de la vie; géographie, description des lieux, etc. Cet acte mental est initial. Mais il n'est pas seul. De catégories de phénomènes en catégories de phénomènes, une interrogation nouvelle se fait jour: la relation entre les catégories et leur comparaison. L'organisation des catégories s'impose. Une ordre hiérarchique s'établit, toujours inductivement: passer des catégories les plus complexes aux catégories les plus simples. La classification se construit. Son ordre repose sur l'un des archétypes de la réflexion humaine: le schéma arborescent et linéaire. Connaître ce n'est donc pas seulement reconnaître la diversité dans l'unité, c'est aussi la situer, la positionner dans un système de connaissance. Cependant, au 20e siècle, l'interrogation se complexifie. On observe que deux catégories de phénomènes situées sur deux arbres différents peuvent avoir des relations entre elles. Un premier lien s'établit. La multiplication de ceux-ci transforme la classification déductive en thésaurus. De l'archétype arborescent, on passe à l'archétype réticulaire, en faisant intervenir le schéma du réseau.

La bibliologie scientifique appliquée

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Ainsi, et dans tous les cas, connaître c'est toujours découvrir la singularité dans la catégorisation arborescente et/ou réticulaire. A aucun moment le projet d'expliquer le phénomène n'est intervenu. A ce point, la connaissance précise, assurée, constitue le premier niveau du cycle scientifique: la science descriptive: la graphie. 2.2. Expliquer: la science explicative Connaître, savoir, est un fait mental mémoriel; expliquer c'est autre chose. Les objectifs mentaux ont changé. Dans le premier cas, on cherche à répondre à la question: qu'est -ce que c'est? Dans le second, à la question pourquoi? Pourquoi ce phénomène, cette catégorie de phénomènes? Du suffIxe graphie, on passe au suffIxe logie pour le même radical catégoriel: de la biographie à la biologie; de la géographie à la géologie, etc. On peut très bien n'être intéressé qu'à connaître et vouloir en rester à la science descriptive. C'est le cas, par exemple, de l'historien, particulièrement événementiel. Mais si l'on veut expliquer, il faut procéder à une nouvelle série d'interrogations. La logie vient après la graphie. Le mouvement inverse, déductif, est impossible dans la science. On n'explique que ce que l'on connaît. On n'explique pas, dans la science, ce que l'on ignore. Pour cela, il faut changer d'univers mental et de discipline. Il faut avoir recours à la métaphysique, à la théologie, au mysticisme. Cependant, pour expliquer, des opérations mentales nouvelles sont nécessaires. Le raisonnement s'impose. Il faut établir une relation possible entre deux phénomènes, deux catégories de phénomènes. Il faut découvrir une relation d'antériorité de l'une par rapport à l'autre. A la relation de temps s'ajoute celle de cause. Si ... alors. Il faut découvrir des idées générales, des propositions, des principes, des formules logiques, mathématiques, qui régiraient les phénomènes, les catégories de phénomènes observés, décrits et catégorisés par la science descriptive. L'induction arrive à son terme. Née de
, ,

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l'observation de la catégorie des phénomènes, elle s'en sépare pour faire intervenir, de plus en plus exclusivement, la pensée logique, seule. Mais la théorie dégagée de la loi n'est, en fait, qu'une hypothèse, un projet d'explication. Il faut s'assurer, se confirmer en observant à nouveau et ailleurs, expérimenter, quand on le peut, en provoquant le rapport si.. . alors, en renouvelant l'expérience, en répétant. La formulation logique et mathématique renvoie donc, déductivement, aux phénomènes, aux catégories de phénomènes. L'assurance acquise s'ouvre plus tard sur la prévision: si ceci se produit, alors telle chose se produira, probablement. Reste une question: quelle est la valeur de la causalité découverte? absolue ou relative? L'histoire de l'épistémologie scientifique répond, aujourd'hui et depuis environ un demi-siècle à cette question. Nous l'avons examinée dans «La bibliologie scientifique» (Schéma et Schématisation na 66, 2007, p. 17 et suiv.). Quel que soit le domaine d'application, mathématique, sciences de la nature, sciences de l'homme, il semble bien que le principe d'une loi, d'un principe, d'une formule considérée comme absolue et éternelle, valable en tout temps, en tout lieu, soit en train d'être remplacée par celle de régularité relative observée ou/et expérimentée. D'une loi absolue, à caractère théorique, semi-métaphysique, poétique, la pensée scientifique évolue vers des conceptions plus relatives. La preuve? Dans un même domaine, mathématique ou sciences de la nature, certaines lois changent, les nouvelles éliminent ou modifient les anciennes, les nouvelles ne sont pas toujours opérationnelles. C'est pourquoi nous avons adopté trois concepts explicatifs: la régularité qui assure la répétition causale; la relativité qui remplace l'absolu; l'observation ou/et l'expérimentation selon le domaine d'intervention. Le concept de régularité relative observée ou/et expérimentée ne fait pas disparaître ni l'explication ni la prévision. Il l'assortit seulement d'un pourcentage d'incertitude, variable, de probabilité, selon une échelle de schématisation de la relativité, en fonction des disciplines,

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mathématique, sciences de la nature, sciences de l'homme. Ce concept assure aussi à la science la possibilité de se développer inductivement dans le temps en se remettant continuellement en question et en lui permettant de se perfectionner pour devenir de plus en plus rigoureuse et de moins en moins métaphysique. 2.3. Servir: la science appliquée Connaître, expliquer, sans doute, mais pour quoi faire? Comme on voulait connaître sans vouloir expliquer, de même on peut vouloir expliquer sans avoir besoin d'appliquer. Chaque catégorie d'interrogation se suffit à elle-même et se justifie. C'est d'ailleurs pour cela qu'elle contribue à constituer des catégories spécifiques de chercheurs. Cependant, la question: à quoi sert cette régularité relative? pose le problème de l'abstrait et du concret. La régularité est une formule. L'application pose la question du concret, du phénomène. Cette remarque conduit alors à découvrir le circuit de la science, inductif et déductif. De la science descriptive, on passe à la science explicative, du concret à l'abstrait. De la science explicative à la science appliquée, on revient au concret, on procède à une démarche déductive. Le concret de la science s'achève, quitte à se renouveler sans cesse. Mais ce retour au concret existe déjà dans la science explicative. La loi, la régularité relative ne peuvent être en totalité ou en partie assurées que si l'expérimentation, l'observation ont déjà eu lieu plusieurs fois avec les mêmes résultats. La répétition de la mise en relation abstrait-concret, loi ou régularité-phénomènes a déjà eu lieu. Mais le retour au phénomène est tourné vers l'abstrait à justifier, si cela est possible, l'hypothèse de la régularité. Cependant, au-delà et après la question pourquoi? se pose une nouvelle interrogation: pour quoi faire? Pour prendre un exemple célèbre, la théorie microbienne et la microbiologie de Pasteur renvoient à leurs applications et à la théorie du vaccin contre le charbon, la rage, etc.

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Si l'on a acquis la certitude relative de l'explication par un principe, une formule, il est une fois de plus dans la nature de la pensée humaine de s'interroger sur son utilité, le service qu'elle pourrait rendre. De la science explicative, on passe à la science appliquée. Celleci peut concerner la même catégorie de phénomènes décrits et expliqués. Mais elle vise à les modifier par l'intervention des lois ou régularités afin d'obtenir de nouveaux résultats. Mais la science appliquée joue un rôle fondamental dans la théorie de la science: elle fait la démonstration concrète de la valeur de la science explicative. La théorie microbienne de Pasteur trouve sa certitude dans ses applications et dans la théorie du vaccin. Si de deux animaux ayant la même maladie et les mêmes symptômes, l'un meurt sans vaccin et l'autre survit après injection, ce n'est pas seulement la théorie du vaccin qui se trouve justifiée, mais, prioritairement, la théorie microbienne. Reste alors à savoir pourquoi faut-il l'appliquer ? C'est ici que l'on trouve le principe fondateur de l'application: la problématique; la théorie du problème. La science appliquée a pour but de résoudre des problèmes. Qu'estce donc qu'un problème? Une interrogation sur le dysfonctionnement d'un système. Si le fonctionnement du réel est habituel et normal, s'il est considéré comme relativement satisfaisant, alors il n'y a pas de problème, pas d'interrogation. Par contre, si l'on constate des irrégularités fonctionnelles, alors la prise de conscience d'une interrogation, et par la suite d'un questionnement, la naissance d'un problème se fait jour. Pour reprendre par exemple le cas du vaccin concernant la maladie du charbon, tant que les moutons sont sains, il n'y a pas de problème, d'interrogation. Quand certains d'entre eux manifestent les symptômes de la maladie, le problème apparaît: que faire? C'est donc, le plus souvent, un dysfonctionnement phénoménal observé qui conduit à passer de la loi, de la régularité aux phénomènes et, ductivement, dans le principe, pour modifier le désordre des faits constatés et donner naissance à la science appliquée.

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Ainsi s'achève le circuit de la science: des phénomènes à leur catégorisation, à leur causalité, à leur modification. De la science descriptive à la science explicative, à la science appliquée. 3. La bibliologie, la bibliologie descriptive, la bibliologie scientifique, la bibliologie scientifique appliquée: l'application de la théorie de la science à la bibliologie 3.1. La catégorie de phénomènes La bibliologie est aujourd'hui internationalement définie comme la science de l'écrit et de la communication écrite, l'une des sciences de l'information et de la communication. Cette position fut adoptée par l'Association internationale de Bibliologie, en 1988 (Schéma et Schématisation n° 29). Elle a fait l'objet de très nombreux travaux et de la publication, en 1993, d'un ouvrage collectif (quatre-vingt-quatre auteurs de dix-huit pays) intitulé Les Sciences de l'Ecrit. Encyclopédie internationale de Bibliologie, Retz. L'écrit concerne aussi bien le manuscrit que le livre imprimé, et maintenant l'écrit électronique. Nous essaierons de montrer, dans les pages suivantes, que l'histoire de cette discipline suit le cheminement de la théorie de la science et se trouve composée de trois parties: la bibliologie descriptive; la bibliologie scientifique; la bibliologie appliquée (" Petite anthologie francophone de la Bibliologie ", Schéma et Schématisation n° 39). 3.2. La bibliologie descriptive ou graphie: histoire de récrit et bibliographie L'inventaire des phénomènes de l'écrit, leur description, leur catégorisation commencent avec l'Antiquité, avec la Bibliothèque d'Alexandrie et même avant. Au Moyen Age, les Arabes Al Kalkashandi et Ibn Nadim décrivent le livre manuscrit, créant ainsi l'histoire du Livre manuscrit. La théorie de la classification des livres apparaît avec la création du terme bibliographie par le Français Gabriel Naudé au 17e siècle

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(Bibliographia politica) 1633). A travers les siècles) les régimes politiques différents) les changements de classification des sciences) les classifications bibliographiques changent à leur tour .Au 20e siècle) elles font l'objet d)étude de la sociologie de la Bibliographie (Malclés) EstivaIs) Ranivo) Manuana-Nseka). 3.3. La bibliologie scientifique La logie) la bibliologie) la bibliologie scientifique apparaissent et se développent progressivement à partir de la fin du 18e siècle et des travaux de l'abbé Rive et de Gabriel Peignot (Dictionnaire raisonné de Bibliologie) Paris) 1802) La bibliologie scientifique visant à expliquer les phénomènes du Livre puis) plus généralement) de l'écrit et de la communication écrite) naît vers ,la fin du 1ge siècle avec le Suisse Rothlisberger) le Russe Roubakine et le Belge Odet. Après la Seconde Guerre mondiale) à partir des années 1980 (Le Livre dans le monde) Retz) 1983) en s)appuyant sur la théorie de la bibliologie politique (U La Bibliologie politique en Algérie») Schéma et Schématisation n° 63) 2005) elle fait la démonstration de l'existence) plusieurs fois vérifiée) de régularités relatives observées permettant de procéder à des prévisions générales) elles-mêmes confirmées par l'observation historique récente. Les travaux de bibliologie scientifique ont porté sur le 18e siècle français et la Révolution; sur le 1gesiècle et le 20e siècle libéral; sur le 20e siècle soviétique) l'Europe de l'Est et la Chine; sur les pays colonisés. Ils concernent au total plus d)une vingtaine de pays. Ils ont été réalisés soit individuellement) soit en groupe. Ils ont fait l'objet de colloques de l'AIE et de publications diverses. Ils ont eu pour objet l'organisation sociale de la vie du Livre et de l'écrit (modèles bibliologiques libéraux) socialistes) de colonisation). Les transformations des modèles idéologiques lors des changements de régimes politiques (France 1789-1793) (URSS et pays socialistes) (1917-1924) (1945-1950) et (1985-1997). Les recherches ont également concerné les fluctuations cycliques de la production des

La bibliologie scientifique appliquée

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imprimés (France monarchique puis libérale, URSS). Les études ont enfin porté sur les classifications bibliographiques monarchiques, libérales, soviétiques, coloniales. La régularité relative générale observée et vérifiée est la suivante. L'idéologie d'un pouvoir politique en place détermine l'organisation des modèles bibliologiques (auteurs, imprimeurs, éditeurs, etc.), la nature des cycles de la production imprimée, l'organisation des classifications bibliographiques. Tout changement de régime politique introduit une période de quelques années durant lesquelles le modèle antérieur est détruit et fait place à un nouveau modèle répondant aux principes idéologiques du nouveau pouvoir politique. La formule retenue et contrôlée plusieurs fois dans des pays et des périodes différentes, est la suivante: Tableau 1 : La formule de la bibliologie scientifique « La Bibliologie scientifique et la Bibliologie Nord-Sud »,
Schéma et Schématisation IF ~ MB + CB + ci ou I P ~ n° 66, 2007

I

=

idéologie

= pouvoir politique
détermine

=

MB = modèles bibliologiques B = classifications bibliographiques C = cycles de production des imprimés La bibliologie politique apparaît ainsi comme la théorie explicative de la bibliologie scientifique et comme le résultat de l'application de la méthode systémique à la communication écrite. Elle conduit ainsi à réduire le système de l'écrit à un sous-système du système général de la société globale. C'est le modèle politique de ce dernier qui, en s'appliquant au sous-système de la communication écrite, détermine

24

Robert ESTIV ALS

les régularités relatives observées dans le domaine de la bibliologie. Ces résultats font l'objet du Tableau 2. Cette position, qui ne manquera pas de gêner, mais qui est le résultat de plus d'un demi-siècle de recherches et de publications, justifie dans un cadre particulier, sans l'avoir cherché, la théorie marxiste de l'infrastructure économique et politique et de la superstructure intellectuelle. Tableau 2 : La relation entre la méthode systémique, la bibliologie scientifique et la bibliologie politique (Situation des régularités relatives observées en bibliologie) Méthode systémique Catégories de systèmes Système social général Systèmes
Sous-systèmes Bibliologie Particuliers de la Scientifique communication écrite Régularités relatives observées. Bibliologie politique Science bibliologiques particulières

Sciences explicatives Politologie: idéologie et organisation politique de la société: les modèles politiques

modèles, cycles, classifications

En conclusion, la différenciation entre l'histoire du Livre et la bibliographie d'une part, de la bibliologie et de la bibliologie scientifique d'autre part, a été effectuée, dans l'univers francophone lors de la création de l'Association internationale de Bibliologie (AIE) en 1988 (Schéma et Schématisation n° 29) et confirmée, en 2006, par le

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19" Colloque de l'AIR à la Ribliotheca Alexandrina et à l'Université Senghor (Schéma et Schématisation n° 64). 3.4. La bibliologie scientifique appliquée La bibliologie scientifique appliquée a pour but de résoudre des problèmes nés d'un dysfonctionnement du système de l'écrit et de la communication écrite. Son histoire reste à faire. Mais il semble qu'elle soit liée à l'application de la bibliologie scientifique et, notamment, à ses méthodes, à partir de la fin du 1ge siècle. Nous en donnerons ici deux exemples qui tiennent, l'un à la bibliométrie, l'autre à la systémique, et qui portent, dans un cas sur la première moitié du 20e siècle, et dans l'autre sur la deuxième moitié du dernier siècle. 3.4.1. La bibliométrie appliquée L'une des premières manifestations de la bibliologie scientifique appliquée semble remonter à 1905 et à la création par Paul Odet, à Bruxelles, du Répertoire universel... Le problème était le suivant: si l'un veut créer un catalogue répertoriant tous les ouvrages imprimés dans tous les pays depuis l'invention de l'imprimerie, combien faut-il prévoir de fiches? La réponse avait naturellement des conséquences sur les budgets, le personnel, etc. Paul Odet confia le travail à l'un de ses disciples, Iwinski. Celui-ci devait créer une méthode statistique théorique rétrospective. Il devait, pour cela, se servir des travaux effectués et publiés chaque année par Rothlisberger dans le Droit d'auteur, depuis 1888, sur la statistique courante internationale des imprimés. Cette procédure déplaçait la recherche des cycles sur leur application pratique. Elle devait conduire Paul Odet à créer le terme de bibliométrie (Le Livre et le Document... 1934). Ce terme fut récupéré plus tard par les Anglo-Saxons qui en attribuèrent la paternité à l'Anglais Pritchard (1969). Nous-même devions soutenir notre thèse ès Lettres en 1971 sur la Ribliométrie bibliographique (Lille, 1973).

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Dans le cas d'Odet et d'Iwinski, il y avait bien un problème, une interrogation (combien de fiches ?). Il s'agissait aussi, dans le système de l'imprimerie, du sous-système de la production. Le résultat de la recherche fut accepté et mis en application. Le Répertoire universel ne fut jamais achevé tant la tâche était grande. Après diverses tribulations, il fut restauré et conservé en Belgique. Cette méthode fut reprise par Alain Pritchard en 1969 et fut appliqué principalement aux bibliothèques, notamment dans la restructuration de la Bibliothèque nationale de Grande-Bretagne (Bertram Brookes, Les Sciences de l'Ecrit..., p. 76). Le terme employé était bibliometrics. Dans la même période, dans l'univers soviétique, des positions voisines firent appel au terme scientométrie. Une revue fut publiée par l'Académie des Sciences de Hongrie. On remarquera, avec ce premier exemple, le lien entre la recherche fondamentale (Rothlisberger, 1888) et la recherche appliquée (Odet, Iwinski, 1905) et la naissance de l'une des méthodes de la bibliologie scientifique: la bibliométrie. 3.4.2. La systémique et la bibliométrie appliquée Le passage de la méthode descriptive et historique de la chaîne (de l'auteur au lecteur) à la méthode scientifique de la systémique eut lieu, en France, autour des années 1980-1990 (La Bibliologie, PUF, Que sais-je? 1987). Elle fit l'objet d'une application dès les années 1980-1990, en Algérie, auprès de l'Institut de Bibliothéconomie et des Sciences documentaires d'Alger, sur la demande de son directeur, le Professeur Kaddache, et avec l'appui du Professeur Texier, aujourd'hui Recteur de l'Université Senghor. Nous devions diriger les travaux de recherche en vue de l'obtention d'un magister ou d'un doctorat d'une quinzaine d'étudiants, qui sont tous en poste en Algérie, aujourd'hui. La question posée était la suivante: compte tenu des problèmes financiers de l'Etat algérien; compte tenu de la pauvreté des fonds de bibliothèques et de la petite production imprimée nationale; compte tenu de la croissance présente et prévisible de la population

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d'étudiants et de professeurs, l'état des fonds est-il suffisant? Quels sont les besoins? S'il existe un décalage entre l'offre et la demande, quelles sont les listes d'ouvrages qu'il faut proposer? Le problème concernait non plus la production, l'imprimerie, mais la communication écrite. Il portait sur le sous-système des bibliothèques, dans le système de l'écrit, lui-même en relation avec le système général de l'Etat algérien. Plusieurs méthodes furent employées: la systémique (offre et demande), l'étude bibliométrique des fonds, les travaux de psychosociologie de la lecture (Nicole Robine, Joffre Dumazedier, Hassenforder, etc.), l'étude comparée de l'offre et de la demande, l'établissement de listes d'achats. Plusieurs thèses furent soutenues. Certaines d'entre elles ont été présentées dans Schéma et Schématisation n° 63 en 2005, « La bibliologie politique en Algérie". 3.4.3. Conclusion Ces deux exemples permettent de tirer plusieurs conclusions. 1- La bibliologie scientifique appliquée est une conséquence de la bibliologie scientifique; 2-Un travail historique important devrait faire l'objet d'une recherche visant à faire une synthèse des travaux de bibliologie scientifique appliquée, et d'en tirer un enseignement; 3- La bibliologie scientifique appliquée ne semble pas exister avant la fin du 1gesiècle; 4- Elle est liée à l'évolution des méthodologies de la bibliologie scientifique; 5- Elle répond à la recherche de solutions concernant les problèmes, les dysfonctionnements des systèmes de la communication écrite. 4. Les méthodes de la bibliologie L'histoire de la bibliologie renvoie, à tout moment, aux méthodes dont elle se sert. Cette observation confirme, sur un plan particulier, le

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principe général dégagé de l'histoire des sciences: la méthode crée la science. Nous voudrions ici montrer avec des apports nouveaux, que les trois parties de la bibliologie, la bibliologie historique et la bibliographie, la bibliologie scientifique et la bibliologie scientifique appliquée, utilisent des méthodologies différentes et complémentaires. La nouveauté tiendra dans l'intervention des méthodes de la bibliologie scientifique appliquée. A la méthode de la chaîne concernant la bibliologie descriptive, répondra la systémique pour la bibliologie scientifique. A cette dernière succédera la méthode du traitement de problème et des méthodes de la communication fonctionnelle intervenant dans la bibliologie scientifique appliquée. A chaque objectif, à chaque partie de la bibliologie, correspond donc une méthode spécifique adaptée aux objectifs poursuivis (voir Tableau 3).

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4.1. La méthodologie de la bibliologie descriptive: la chaîne L'objectif poursuivi, d'abord, par l'histoire du livre, de l'écrit et de la communication écrite est de connaître ce qui s'est passé autrefois ou récemment. Il s'agit donc essentiellement, en premier lieu de faits particuliers, comme on dit de phénomènes. L'ordre dans lequel ces faits seront examinés, le plus souvent, est chronologique. Dès lors, une première catégorisation s'impose: regrouper les faits dans leur succession. Si l'on travaille sur l'ensemble du système de l'écrit, le regroupement s'effectuera en fonction de la chronologie suivante: l'auteur, créateur du texte; l'éditeur ou l'imprimeur; le libraire, selon les époques, qui prend l'initiative d'éditer; l'imprimeur qui produit le document imprimé; le libraire distributeur qui le vend; le bibliothécaire qui le conserve et le communique; le lecteur qui le lit. Cette procédure est toujours utilisée en histoire du livre et de l'écrit. Elle repose sur un archétype et un schéma graphique linéaire. Comme chaque phase peut se décomposer, l'archétype et le schéma de la chaîne deviennent arborescents. Cette démarche repose sur l'application de la systématique: principe et application dans des domaines différents et complémentaires. Au terme de la description systématique et chronologique, une étude comparée s'impose qui servira de synthèse. Il s'agit bien de connaître et de comparer l'état des lieux. La démarche peut se compléter par une étude comparée des mêmes questions durant des périodes successives. La synthèse portera sur l'évolution possible. Nous connaissons bien d'expérience cette méthode pour l'avoir pratiquée au début de nos travaux, notamment dans le Dépôt Légal sous l'Ancien Régime de 1537 à 1791, Rivière, 1961. 4.2. La Méthode de la bibliologie scientifique: la systémique L'avantage de la méthode de la chaîne, c'est qu'elle permet de savoir ce qui s'est passé. Son inconvénient, c'est qu'elle n'explique pas. Par exemple: pourquoi le Dépôt Légal monarchique en France s'arrête-t-il en 1791? Pourquoi n'existe-t-il plus durant deux ou trois ans?

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