LA BIOETHIQUE CORPS ET AME

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Ce livre vise à fonder fermement la compréhension et la réflexion portant sur le phénomène de la vie, appréhendée sous tous ses aspects. Le mot-clé de cette recherche est " l'intégralité ". Il est commun, de nos jours, de reléguer l'énigme des relations entre " l'Esprit " et le " Corps " dans le domaine de la santé, de la pathologie et de la bioéthique. Toutefois, la plupart du temps, ces relations sont alors abordées de façon fragmentaire, au gré du spécialiste auquel on s'adresse.
Publié le : jeudi 1 avril 1999
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EAN13 : 9782296386211
Nombre de pages : 192
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LA BIOÉTHIQUE " CORPS ET AME

Collection Conversciences dirigée par Philippe Brenot
A l'aube du troisième millénaire, le champ scientifique éclate, les disciplines en mutation s'interpénètrent, convergence d'attitude pour le décloisonnement des connaissances. « conversciences » se veut le carrefour de réflexion dans, sur et au-delà de la science, lieu d'élaboration pluri- et transdisciplinaire. « conversciences » accueille ainsi des ouvrages de synthèse multi-auteurs (la Mémoire, tomes I et 11),des actes de réunions à thème (les Origines, Langage, Sociétés), ainsi que des essais transdisciplinaires. Au-delà du clivage des disciplines et de la dichotomie sciences exactes-sciences humaines, « conversciences crée un es))

pace d'interaction

pour que conversent les sciences en conversion.

Dernières parutions
Marc de CECCAITY, L'aube des savoirs et des dieux, 1997. Christian POlREL, Le cerveau et lapensée. Critique des fondements de la neurologie, 1997. Serge FAUCHÉ, Techniques du corps et traitements de l'esprit aux XVIIIè et XIXè siècle, 1997. Jean-Claude BENOIT, Homo schizophrenicus. Mais où sont passés les gens normaux ?, 1997. Jacques COSTAGLIOLA, Epistémologie du phénomène Ovnien, 1997. Claude NACHIN, Le deuil d'amour, 1998. Jacques COSTAGLIOLA, Théories et modèles biologiques, 1999.

Cc) 'Harmattan, L

1999

ISBN: 2-7384-7764-X

Jacques J. Rozenberg

LA BIOÉTHIQUE CORPS ET ÂME

Pré.face de Francisco Varela

L'Harmatbm 5-7, rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris -FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Du même auteur
Bio-cognition de l'individualité. Philosophèmes de la vie et du concept. Paris. Presses Universitaires de France, 1992. Philosophie et Folie. Les fondements psychopathologiques métaphysique. Paris. L'Harmattan, 1994. de la

Sense and Nonsense. Philosophical, Clinical and Ethical Perspectives. Edition of the Proceedings of the Bar-flan International Symposium. Jérusalem. Magnes, 1996. From the Unconscious to Ethics. New York. Peter Lang, 1999.

Certains thèmes du présent ouvrage ont été préalablement développés dans les articles suivants: La question d'une science unifiée. in Revue Internationale de Psychopathologie. 1 (1990) pp. 231-234. Towards Metapsycho-pragmatics. in Revue Internationale de Psychopathologie. 4 (1991) pp. 451-469. Entre Philosophie et Psychopathologie: l'opposition Sens / Non-Sens. in Critique. 559 (1993) pp. 860-870. Embryologie et Cognition. Vers une philosophie sémiobiologique. in Philosophie. 45 (1995) pp. 47-57. Ethique du vivant et sciences de la vie. Le philosophe face à la bioéthique. in L'Ethique, la vie en question. 22 (1996) pp. 97-107. Physiologie, Physiologie, embryologie et psychopathologie: une mise à l'épreuve de l'épistémologie hégélienne. in Les Archives de Philosophie. 60,2 (1997) pp. 243-253.

Nous remercions les responsables éditoriaux de ces revues pour leur aimable autorisation de reproduction.

Préface de Francisco Varela

Ce nouveau livre de Jacques J. Rozenberg s'inscrit dans sa remarquable recherche de longue haleine, qui vise à fonder fermement la compréhension et la réflexion portant sur le phénomène de la vie, appréhendée sous tous ses aspects. Le mot-clef de cette recherche est l' "intégralité". Il est commun, de nos jours, de reléguer l'énigme des relations entre 1"'Esprit" (Mind) et le "Corps" (Body) dans le domaine de la santé, de la pathologie et de la bioéthique. Toutefois, la plupart du temps, ces relations sont alors abordées de façon fragmentaire, au gré du spécialiste auquel on s'adresse. Les débats portant sur les problèmes de clonage ou d'avortement sont typiques de cette tendance à faire s'exprimer exclusivement le généticien ou l'expert des questions de reproduction, sans rapporter leurs opinions à une vision globale de l'être psychophysique. Cependant, face à cette tendance au découpage analytique, on se heurte, comme le rappelle Hans Jonas', à l'impossibilité épistémologique de produire une théorie de l'esprit sans avoir élaboré au préalable une théorie de l'organisme. L'unification de ces deux théories représente en fait la condition préalable permettant d'aborder la bioéthique. Or, cette approche suppose que soient d'abord résolues sans ambiguïté les questions concernant la nature de l'individualité, depuis l'état cellulaire jusqu'à la vie psychique; d'où la nécessité de constituer une "bio-psychologie", selon l'expression de l'auteur. La prise en compte de ces formes d'individuation somatiques et psychiques constitue un réquisit nécessaire, tant pour la science biopsychologique que pour la bioéthique. En ce sens, la thèse que défend Jacques J. Rozenberg exprime une idée forte. C'est seulement dans le cadre d'une "vaste conception unificatrice", un espace qu'il nomme "bio-psycho-éthique", que peuvent se résoudre les difficultés théoriques rencontrées par la bioéthique moderne, sans recourir à des dualismes, qui ne véhiculent jamais de véritables contenus théoriques. Il est vrai que les scientifiques, aussi bien que le grand public, répugnent généralement à accepter cette perspective, et ce, pour deux raisons principales. D'abord parce que, d'un point
IH.Jonas, The Phenomenon

of Life, Chicago University Press, 1986.

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de vue méthodologique, elle contraint le chercheur, toujours spécialisé dans un domaine déterminé, à élargir sa réflexion à une question théorique unifiée, face à laquelle il est mal préparé. D'une façon générale, concernant les questions d'ordre idéologique, il préfère, tout comme le grand public et les politiciens, des réponses toutes faites et simples, qui ne dérivent certainement pas d'une analyse autrement plus subtile et unificatrice. En deuxième lieu, une telle analyse globale obligerait le spécialiste à sortir des conditions aseptisées de son laboratoire. Travailler in vitro est un terrain connu et sécurisant; plonger l'organisme dans son contexte in vivo serait plus pertinent mais paraît dommageable pour la recherche pure. Cependant, comme le remarque l'auteur: "le vivant échappe dans sa spécificité à la connaissance biologique, alors qu'il est l'objet du pouvoir du biologiste". Un tel paradoxe, qui constitue le paradoxe même du pouvoir scientifique, et exprime peut-être même celui du pouvoir en général, hante toute l'époque moderne en raison du fait qu'il reste voilé. Ce paradoxe est apparu sous différentes formes au cours de l'histoire de la biologie. L'une de ses expressions les 'plus fortes concerne la confrontation entre les deux visions du monde, la conception globalisante et la conception partielle, qui s'est déroulée, semble-t-il, en Allemagne, de Wilhelm II à Hitler. Cette période désigne l'époque de la difficile naissance d'une science "holistique", qui tentait précisément la promotion, à travers des dérapages quasimystiques, de l'organisme au rang de totalité. Cette approche .a guidé les travaux de J. von Uexküll, de M. Wertheimer et de Hans Driesch, ainsi que l'histoire de la "Gestalt psychology"l. Cette perspective réactualisait en fait une idée existant déjà chez Aristote, par laquelle il spécifiait la vie intentionnelle de l'organisme dans sa totalité comme zoé, non réductible à son substrat comme bios, appréhendé, lui, objectivement, mais aussi partiellement. J. J. Rozenberg montre justement l'importance de cette distinction aristotélicieone (fondant également celle de l'âme et du corps) pour la

lAHarrington, Re-enchanted Science, Princeton University. Press, 1977.

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bioéthique, qui se trouve confrontée à l'opposition du partiel et du global. Après la Secohde Guerre MOhdiale,la biologie a éclaté en diverses spécialités, en même temps que s'est développé un engouement pour la biologie moléculaire et cellulaire, les neurosciences et l'approche computationhelle de l'Esprit. De ce fait, l'ihtérêt pour les différents niveaux de l'individualité bio~psychologique et leurs interconnections est alors tombé dans l'oubli, à quelques rares exceptions près. Si l'on prend n'importe quel ouvrage d'introductioh aux sciences de la vie, qui soit d'un hiveau universitaire, son index montre que des mots-clefs comme "organisme" ou "individualité" h'y figurent plus directement. Toutefois, les ihterrogations subsistent. Qu'est~ce qu'un organisme? Qu'est ce qu'une individualité biologique? De quoi dérive la notioh de signification pour les . systèmes individualisés? Telles sont les questions que hOUS devrions susciter chez nos jeunes étudiants. Cependant, de nos jours, l'hégémonie des conceptions partielles de la vie et de l'esprit montre quelques signes d'affaiblissement. En particulier des disciplines comme l'embryologie évolutionnistel et l'intérêt actuel pour l'étude du cerveau en termes de processus cognitifs "corporalisés", constituent des indices positifs d'une telle orientation. Le livre de Jacques J. Rozenberg va très certainemeht introduire dans ce débat très actuel uhe nouvelle oriehtation de pensée. Nul n'est obligé d'adhérer entièrement à toutes ses thèses. Mais nous devons reconnaître que les questiohs cruciales s'y trouvent clairement formulées, et ses arguments mobilisent et véhiculeht une quantité impressionnante de conhaissances. Je suis certain que ce livre trouvera une place de choix dans la bibliothèque de nombreux lecteurs en quête de réponses à leurs interrogations.
Francisco Varela, mars 1998

lM.Raff. The shape oflife. Oxford University Press 1996

Introduction

Le but de cetouvrageestdouble :il vise, d'une Part àihiérarchiser et à unifierles formesd'individualisati()ns sOInatiques et psyqhiques, puis à conceptualiserleurs mécanismes de dysfonctionnement; d'autrepart, il tente d'évalued'iIIlPortance de cette recherche pourla bioéthique.Pi!rtant d'un point de vue philosophique et épistémologique, nous chercherons à proIIlouvoir un certain nombre de modèles théoriques susceptibles de s'app\iquer tant aux sqiences de la vie qu'à une conception unitaire des formati()nsmentales, afin d'en dégager les iIIlPlications éthiques. Ce travail reprend et actualise, d'une.certaine ffiaJ}ière,la tentative de Maurice Merleau-Ponty de définir l'expérience .humaine comIIle être "psycho-physique" ouvert sur autrui Il intègre également les acquis théoriques.de nos précédents ouvrages, portant d'une part sur la "bio-cognition de l'individualité"', et d'autre part sur la critique des dualismes métaphysiques. Ces approches complémentaires invitaient alors à dépasser le criticisme kantien qui se trouve notamment à l'origine de l'opposition entre science et éthique2. Concernant plus précisément la question bioéthique, H. Jonas remarque que le clivage kantien entre l'être et le devoir, qui fonde l'impératif catégorique du sujet moral, ne conçoit aucune contradiction rationnelle à vouloir le "bien actuel en sacrifiant le bien futur,,3. Si ce décalage entre l'être et le devoir-être résonne à notre époque d'une façon particulièrement concrète, sa f()rmulation théorique classique renvoie à l'opposition entre le "corps" et l'âme, qui, jusqu'au Xlxe siècle, désigne les "rapports du moral et.du physique',4, .posantcomme indissociables les domaines psychologique et éthique.

IJ.J.Rozenberg, Biocognition de l'individualité (1992). 2J.J.Rozenberg,Brom theUnconscious to Ethics. chap. VII. 3H.Jonas, .Le principe responsabilité. Une éthiqHepour lÇlcivilisati()n technologique.p.31. 4B.Baertschi, Les rapports de l'âme et du corps. Descartes, Diderot et Maine de Biran. p\12.

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Introduction

Le dualisme de l'âme et du corps
La problématique psycho-physique est apparue au XVlF siècle dans le cadre de la philosophie cartésienne. Alors que l'âme constituait pour Aristote le principe même de la vie du corps, "l'entéléchie première d'un corps naturel ayant la vie en puissance, c'est-à-dire d'un corps organisé"\ elle s'identifie, avec Descartes, à la seule pensée, devenue désormais étrangère aux mécanismes physiologiques2. L'imagination résulte du fait que l'esprit se tourne vers le COrpS3. Cette proximité produit l'illusion d'une véritable unité psychophysique. Or le fait indubitable, mais restant inintelligible, de l'union substantielle de l'âme et du corps que nous expérimentons constamment, n'est que postérieur à leur distinction réelle et irréductible4. Un tel dualisme n'a été rendu possible que par le rejet de la conception aristotélicienne de l'âme comme principe de vie et sa réduction à l'âme raisonnable et consciente, qui selon Hegel prend la forme de l'entendement séparateur. Celui -ci distingue de façon préjudicielle une unité ontologiquement indissociable, et rencontre ensuite des difficultés insurmontables pour tenter de réunir ce qui a été artificiellement séparé. En fait, d'un point de vue spéculatif, la séparation du corps et de l'âme est illégitime car elle met sur le même plan les ordres matériel et immatériel qui sont incommensurables. En effet, selon Hegel, "l'immatériel ne se rapporte pas au matériel comme du particulier à du particulier, mais comme l'universel véritable se rapportant à la particularité"s. C'est pourquoi, la distinction psycho-physique doit être expliquée sur la base de

IAristote, De anima, Il, 1,412 a 27. 2Descartes, Lettre à Mersenne du 31 décembre 1640. ln Œuvres Philosophiques. T.II. p.305 3Descartes, Méditation Sixième. AT.IX.58. ln Œuvres Philosophiques. T.II. p.482. 4cf.M.Gueroult, Descartes selon l'ordre des raisons. T.II. L'âme et le corps. chap.XIII. 5Hegel, Enzyklopadie der philosophischen Wissenschaften im Grundisse. 1830.111.Zusatz ~ 389.

Introduction

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l' "unité originaire" de l'âme et du COrpSl.

Les déterminations hio-psychologiques de l'individualité
Une telle perspective unitaire pose de nos jours des problèmes épistémologiques redoutables, concernant tout d'abord la délimitation des domaines. D'une part, la biologie moderne ne saurait prétendre appréhender l'intégralité du corps qui, dans une large mesure, participe à l'univers social et symbolique2. D'autre part, le fait que le psychisme ne soit pas réductible aux processus neurobiologiques, s'oppose à ce que la psychanalyse, par exemple, se trouve annexée par la biologie3. C'est pourquoi, l'hétérogénéité des disciplines laisse penser que les analogies, qui permettraient d'articuler les sciences du vivant et celles des fonctions mentales, reposent en fait sur des "transferts terminologiques,,4. Toutefois, il convient de remarquer que d'un point de vue philosophique, l'ensemble des réticences, exprimées à l'encontre du projet d'unifier les déterminations du corps et de l'esprit humains, proviennent toutes d'un clivage que C. Dejours réfère à la théorie kantienne de l'homme, appartenant simultanément aux domaines séparés de la nature et de la liberté. Ainsi, les recherches sur le vivant procéderaient uniquement du "déterminisme naturel", alors que la psychanalyse, par exemple, opérerait principalement sur la "liberté" humaine5. Or, comme nous l'avons montré dans nos ouvrages précédents, une telle opposition est historiquement datée, et repose sur la réduction du connaissable à l'objet macroscopique. Après Kant, la pertinence d'une telle limitation se trouvait remise en question. Par là-même, émergeait la double possibilité de fonder
'Hegel, Enzyklopadie der philosophischen Wissenschaften im Grundisse. 1830.lII. Zusatz ~ 389. 2C.Dejours, La corporéité entre psychosomatique et sciences du vivant. in Somatisation, psychanalyse et sciences du vivant. p.109. 3A.Green, Psychique, somatique, psychosomatique. in Somatisation, psychanalyse et sciences du vivant. p.168. 4P.Fédida, Pour une métapsychologie analogique: fécondité de l'hétérogénéité. in Somatisation, psychanalyse et sciences du vivant. p.128. 5C.Dejours, La corporéité entre psychosomatique et sciences du vivant. in Somatisation, psychanalyse et sciences du vivant. p.lll.

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Introduction

une psychologie rationnelle et une science du vivant non simplement régulatrice. De ce fait, le dualisme duc()rps et de l'esprit, fondé sur celui du sensible et de l'intelligible, pouvait être remis en question. Nous pensons qu'un auteur comme M. Merleau-Ponty a mis au jour la signification profonde de l'unité du corps et de l'esprit, à travers une analyse bio-psychologique. Pour cefaire, il a privilégié la notion de comportement, dont il convient de noter les connotations éthiques. Dans cette perspective, M. Merleau-Ponty souligne le rôle épistémologique de la pathologie, dans la mesure où elle permet d'observer séparément des types de déterminations qui se trouvent unifiées chez l'individu dit "normal"l. D'une façon générale, c'est par la pathologie que l'esprit découvre les résistances du corps et prend conscience de cette dimension biologique. Ces phénomènes d'opacité pathologiques peuvent être abordés d'un point de vue à la fois sémantique et pragmatique. En effet, selon M. Merleau-Ponty, la "seule manière pour une chose d'agir sur un esprit, est de lui offrir un sens, de se constituer devant lui selon ses articulations intelligibles',2. Cette approche permet précisément de définir les vies biologique et spirituelle non comme des ordres de réalité distincts mais comme des "plans de signification" entièrement unifiés. Le concept de continuum biopsychologique que nous proposons de fonder semble permettre d'éclaircir, concernant la question psycho-physique, les notions de "sens" et d'''acte'', ainsi que leurs relations mutuelles. C'est pourquoi, les processus biologiques et psychiques ne doivent pas être appréhendés comme des forces autonomes. Ils procèdent de formes différenciées et originales, qui se trouvent intégrées au sein d'un organisme bio-psychologique global, comportant des niveaux différenciés ~t étagés de complexité. C'est en ce sens que la réalité éthique spécifiquement humaine peut apparaître comme une forme maximale d'iQtégration au sein d'une dialectique extrêll1ementfine dans laquelle l'âme et le corps ne se distinguent plus ontologique-

IM,Merleau.Ponty, 2.Ibid.p.215.

La structure du comportemenLp.195.

IntrodUction

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ment parla.ne. Afin de pouvoir justifier la pertinence théorique d'un tei continu~ um, nous procéderons à une analyse sémantique et pragmatique de l'organisme, reposant sut une a.pproche linguistique de la bioiogie moléculaire. Comme nous le verrons, le message héréditaire répond aux réquisits minimaux qui permettent de définir un langage de façon formelle2. Ces réquisits, qu'Ii s'agira de déterminer rigoureuse~ ment, se trouvent vétifiés au niveau de l'information nucléique intervenant dans les mécanismes de duplication de l'ADN et de sa transcription en ARN messager. Ils se trouvent également vérifiés au niveau de l'information peptidique, qui constitue la traduction protéique du message nucléique. C'est pourquoi, il semble légitime de parler, dans les deux cas, de langage génétique, même si l'analogie entre la linguistique et la biologie moléculaire est d'ordre purement formel. Remarquons que ces deux formes du langage génétique entretiennent entre elles une relation toute particulière. En effet, les mécanismes nucléiques, qui sont à l'origine de la biosynthèse des protéines, ne peuvent s'effectuer sans l'action des enzymes, qui sont elles-mêmes de nature protéique, Ainsi, conformément à un schéma de causalité circulaire, tel qu'il a été théorisé par Hegel dans la Logique de l'essence, ces deux niveaux génétiques interagissent en fonction de ce que Hofstadter a appelé une "hiérarchie enchevêtrée". Celle-ci concerne le fait que les brins d'ADN, d'une part commandent la biosynthèse des enz.ymes, et d'autre part programment les opérations qui doivent être effectuées sur l' ADN3. Ainsi, le système génétique ne peut assurer sa propre reproduction qu'en mettant en œuvre des fonctions "suiréférentielles", qui se réfèrent à une réalité qu'elles ont elles-mêmes produite. Le langage génétique constitUe un langage de commandes fonctionnelles, formulées sur un mode impératif, dont J. L Austin a identifié la forme d'énonciation à un énoncé "performatif priIM.Merleau-Ponty, La structure du comportement pp.216~219. 2cf.A.Ratner, The genetic language. in Progress in Theoretical Biology. 3 (1974) p.144. 3D.R.l-lofstadter; Godel, Escher, Bach: an eternal golden braid. p..s13.

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