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La caissière et la putain

De
150 pages
Alain Piot réfléchit depuis plusieurs années à la stigmatisation des femmes. Il a cherché dans les persécutions des sorcières du XVème au XVIIème siècles les racines culturelles et religieuses de la "diabolisation" des femmes. Puis, dans un livre plus récent, il a analysé les expressions actuelles de la misogynie, spirale qui entraîne du mépris à la violence. Il analyse ici une forme de violence particulièrement déshumanisante, la prositution.
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Alain Piot
La caissière et la putain La prostitution comme on la parle
Préface de Jeanne Cordelier
La caissière et la putain La prostitution comme on la parle
Alain PIOT
La caissière et la putain La prostitution comme on la parle
Préface de Jeanne Cordelier
Du même auteur aux éditions de L’Harmattan La diabolisation de la femme – On brûle une sorcière (préface d’Yvonne Knibiehler) 2009 La spirale de la misogynie – Du mépris à la violence (préface de Djemila Benhabib) 2012 © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com ISBN : 978-2-343-11145-2 EAN :9782343111452
Préface 1 Jeanne Cordelier Un homme, ça s’empêche Albert Camus On ne va pas aux putes comme on va aux douches municipales le dimanche quand on n’a rien de mieux. Dans le premier cas, on va salir, dans le second on se lave ; sous l’eau de la douche, avec la mousse, coule la crasse de la conscience ou ce qu’il en reste. Le tout forme une flaque aux pieds de l’homme qui patauge dedans. La silhouette d’une femme se dessine dans l’eau trouble, l’homme l’écarte du pied, la balaie. Il n’aime pas cette image qui vient lui rappeler qu’une fois encore, ce malgré qu’il se soit promis de ne pas y retourner, il l’a fait, n’a pas pu s’empêcher. Se sent-il fautif pour autant ? Pas le moins du monde. Ces filles sont là pour ça. Et d’ailleurs, elles aiment ce qu’elles font, comme le montre l’entrain qu’elles mettent à cogner aux vitres des hôtels de passe. Certes le visage de la prostitution s’est transformé. Ce n’est plus le même que dans les années soixante, mais même si on l’a rafistolé, qu’on entend plus fréquemment le mot d’Escort-girl ou de travailleuse du sexe, pour celui de putain, le problème reste le même. L’homme debout au
1  Auteure deLa Dérobade, Hachette littérature 1976 et de Reconstruction, Phébus 2010.
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garde-à-vous de partout, la femme à genoux. N’en 2 déplaise à Xaviera Hollander qui publiait dans les années soixante-dixHappy hooker, il n’y a pas de putain heureuse.Et personne, quels que soient les arguments avancés, ne me convaincra du contraire. Une femme ne se vend pas par choix, elle le fait contrainte. Et ce n’est d’ailleurs pas seulement son corps qu’elle vend, c’est aussi le droit de revendiquer qu’elle existe. Elle brade tout. Baisse les bras face à celui qui la domine, lui tient la tête sous l’eau jusqu’à ce que des bulles remontent à la surface. Alors dans un dernier sursaut de vie, elle va dire oui, comme elle l’aurait fait devant le prêtre ou le maire : « Oui pour le meilleur et pour le pire ». Le livre d’Alain Piot est un livre comme on aimerait en lire plus souvent. Il va à l’encontre de ce que disait Sade : «Jeme sersd'unefemmeparnécessitécomme d'unpot de chambre ».
2  Call girl néerlandaise, auteure de romans pornographiques.Happy Hookerest son autobiographie.
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Le présent essai veut permettre d’écouter ce que l’on dit de la prostitution, comment on le dit, et non pas de discourir sur la prostitution. Bien entendu, tout en prenant de la distance, je ne suis pas neutre ici. Mes réflexions et mon action associative me conduisent à choisir le camp de l’abolitionnisme. Mais ma formation en sciences sociales me pousse à d’abord écouter les discours des autres. Et Dieu (ou le Diable) sait qu’on en parle ! (A.P.)
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L’Ifop et la première Croisade (1096) Comment parlent les statistiques Le roi de France Louis IX (saint Louis) dans une louable intention moralisatrice avait décidé l’éradication de la prostitution dans son royaume et la fermeture des innombrables maisons closes, bordels (le nom daterait de 3 cette époque) . Mais il se heurta à la grogne et aux revendications des hommes, plus précisément des hommes mariés, desmarisdonc. Il dut reculer et retirer son projet. Les bordels entrebâillèrent à nouveau leurs portes, ils se remplirent derechef. A partir de 1256 les pouvoirs publics cherchent à la fois à écarter les filles de joie du centre des villes et à les regrouper en bordure des cités de manière à pouvoir les contrôler. On distingue alors plusieurs niveaux : le bordel public, les étuves et petits bordels privés, enfin les prostituées indépendantes. L’argumentaire des maris dans leur adresse au roi est relativement simple : « Sire, si vous fermez les bordels, nous ne pourrons plus protéger nos légitimes épouses des assauts violents des hommes en rut ne pouvant plus contenir leurs irrépressibles besoins sexuels ». C’est ainsi que la théorie du « mal nécessaire, inévitable » sert d’armature (en béton !) à la permanence de la prostitution, ème depuis le IV siècle au moins en ce qui concerne le contrôle catholique, jusqu’à nos jours. 3 Il interdit la prostitution .Un édit de 1254, prône l'extradition pour les personnes exerçant officiellement ce métier, il fut révoqué par un autre édit en 1256 précisant que les femmes prostituées devaient simplement exercer hors de la ville (l’enceinte de Philippe Auguste à Paris à l’époque).
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