Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La candidature turque à l'Union européenne à travers la presse française

De
136 pages
Un cheminement vers l'adhésion en dents de scie, où illusions et désillusions se côtoient, tel est celui de la Turquie vers l'Union européenne. La candidature turque a toujours été sujette à critiques : droits de l'Homme non respectés, question de la population kurde, interférence de l'armée dans la politique du pays, instabilité économique et, jusqu'à une époque récente, des relations diplomatiques assez tendues avec la Grèce, en raison du dossier chypriote et de la Mer Egée.
Voir plus Voir moins

La candidature turque à l'Union européenne à travers la presse française

@L'Hannatlan,2004 ISBN: 2-7475-6714-1

EAN : 9782747567145

Mouna MEJRI

La candidature turque à l'Union européenne à travers la presse française
La « différence » culturelle parmi les obstacles à son intégration

L'Harmattan 5~7, rue de l'École~Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

A ma mère H Ben Ismaîl

Introduction

et remerciements

Ce travail n'aurait jamais vu le jour si je ne m'étais pas rendue, il y a quatre ans, en Turquie. Devant y rester le temps d'un stage de deux mois, je m'étais heurtée au départ au handicap de la langue. La communication était difficile, mais pas mon insertion dans la société turque. Avec un physique oriental, on ne m'a jamais considérée ''yabanci'', le mot que les Turcs emploient pour désigner un "étranger". Quand ils se rendaient compte que je n'étais pas turque, ils m'appelaient "misafir" qui voulait dire "hôte". Déjà, je trouvais l'emploi des mots révélateur d'une certaine sensibilité.
De n10n côté, aussi, je ne m'étais jamais sentie "étrangère" dans ce pays "géographiquement" lointain du mien (la Tunisie), mais "culturellement" très proche. La langue me faisait défaut, certes, mais tout était comme si j'étais chez moi, et ceci m'intriguait et me plaisait à lafois.

Ensuite, con1mençant àfaire des connaissances dans le milieu universitaire turc, je me suis retrouvée souvent dans des discussions portant sur la candidature turque à l'Union européenne et les diverses opinions autour de cette question; il était clair pour les jeunes étudiants que je fréquentais, et qui se sentaient très "européens ", qu'ils étaient injustement exclus du "club européen". Le sujet me paraissait plutôt intéressant, surtout du point de vue "culturel", compte tenu de mon expérience. La question était pour moi, non pas comment on se percevait soin1ême, mais comment on était perçu par l'extérieur, d'où l'idée de traiter la candidature turque à travers l'opinion publique occidentale et plus particulièrement l'opinion publique française.

Ce travail a été rédigé dans le cadre d'un mémoire de DEA à l'EHESS, je remercier Mme Nilüfer Gôle pour avoir accepté de diriger ce travail. Je voudrais aussi remercier M Deniz Akagül qui a été le premier à m'orienter dans mes recherches, Mme Karine Dejok Renon qui a été la première à lire le manuscrit dans sa version initiale et dont les remarques et conseils m'ont permis de l'améliorer, ainsi que Mme Christine de Montclos pour ses encouragements et tout le temps qu'elle m'a consacré pour les relectures et les dernières corrections. J'aimerais notamment remercier Mme Sevgi Mülayim, M Kadir Isikçi et M Halil Ibrahim Demirel, du Consulat de Turquie à Paris, pour leur accueil et leur aide. Mes remerciements vont également à Christine Garcia, Verda Irtis-Dabbagh et Padre Luca Marin pour leur soutien et leur amitié. Enfin, je tiens à exprimer, tout particulièrement, ma reconnaissance et ma gratitude à M Semih Vaner sans qui cet ouvrage n'aurait pas vu lejour.

Ce livre est pour toi maman, pour ta patience, ton amour et ta compréhension qui, malgré la distance, n'ont jamais fait défaut.

8

L'évolution de la candidature turque et les obstacles traditionnels à son intégration

Chapitre Premier

La Turquie, candidate à l'Union européenne

La candidature turque a toujours suscité des oppositions, qu'elles soient claires ou dissimulées, mais elle n'a jamais fait couler autant d'encre que depuis la déclaration de l'ancien Président de la République française, qui est aussi Président de la Convention sur l'avenir de l'Europe, qui s'était exprimé ainsi, le 8 novembre 2002, juste un mois avant les retrouvailles du Conseil européen de Copenhague: <<LaTurquie est un pays proche de l'Europe, un pays important qui a une véritable élite, mais ce n'est pas un pays européen..., si la Turquie adhère..., je donne mon opinion, c'est lafin de l'Union européenne!»! Mais reprenons le fil des événements; après avoir été écartée2 de l'ensemble des pays retenus candidats, en décembre 1997, lors du Conseil de Luxembourg, la Turquie est reconnue "éligible" à l'adhésion à l'Union européenne, deux ans plus tard avec le Conseil européen d'Helsinki, à condition de satisfaire aux critères de Copenhague3. La Turquie entame alors les réformes pour se conformer aux exigences de l'Union. L'adaptation à tous les critères de Copenhague serait la condition sine qua non de toute adhésion à l'Union européenne.

1 Arnaud Leparmentier et Laurent Zecchini dans un entretien avec Valéry Giscard d'Estaing, «Pour ou contre l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne», Le Monde du 9 novembre 2002. 2 En décembre 1997, à Luxembourg, les 15 chefs d'Etat et de gouvernements de l'Union européenne confirment leur décision d'ouvrir l'Union à plusieurs pays de l'est et à Chypre. La Turquie, officiellement écartée, est invitée à participer, sous certaines conditions, à une conférence européenne.
3

En juin 1993, le Conseil européen de Copenhaguea reconnu le droit pour les

Pays d'Europe Centrale et Orientale (PECO) d'adhérer à l'Union européenne lorsqu'ils auraient rempli trois critères: 1- Le critère politique; 2- Le critère économique; et 3- Le critère de l'acquisition communautaire, que nous essaierons de voir plus explicitement plus loin.

Seulement, lors du Conseil européen tenu à Copenhague le 12 et le 13 décembre 2002, au terme du cinquième élargissement de l'Union, les avis quant à la candidature turque furent fort mitigés. Alors que les conclusions du Conseil faisaient état des domaines dans lesquels la Turquie devrait encore fournir des progrès, les quotidiens de certains pays membres traitaient la question sous un autre angle; la candidature turque, tout d'un coup, était remise en question. «La Turquie européenne?», comme le titre cet article paru dans Le Monde du 12 octobre 2002 qui posait la question de l'''européanité'' de la Turquie, ou encore, comme un autre article intitulé «Le danger de l'admission turque», paru dans Le Figaro du 27 novembre 2002, qui fait l'inventaire des raisons pour lesquelles on ne devrait pas accepter la Turquie au sein de l'Union. Pour la première fois depuis la reconnaissance de l'éligibilité de la Turquie à l'Union européenne, la question posée n'était plus de savoir si cet Etat remplissait les critères de Copenhague ou pas pour adhérer, encore moins le problème chypriote ou kurde, mais si elle pouvait se prévaloir du statut de membre un jour, et bien avant cela du statut de candidate4, puisqu'elle fut retenue "non européenne" par certains opposants à sa candidature. De l'autre côté, se trouvent les partisans de la candidature turque, ceux qui sont pour une Turquie dans l'Union européenne et qui la soutiennent en ayant recours aux mêmes arguments que les "turcosceptiques"S, mais en les utilisant en sa faveur.

1- La polémique autour de sa candidature Les propos de Valéry Giscard d'Estaing que nous avons mentionnés sont pourtant clairs, la Turquie est un pays "proche de
4 Nous tenons ici à faire remarquer la différence entre le statut de membre et le statut de candidat, puisque le premier qui vient après le second, suivant l'ordre normal des négociations, nécessite la conformité aux critères de Copenhague. Le statut de candidat, par contre, requiert "l' européanité", à savoir que le pays soit "européen" et cela conformément à l'article 0 du Traité à l'Union Européenne (TUE) 5 Ce mot désigne ceux qui sont hostiles à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. 12

l'Europe", proche "géographiquement", dit-il, mais elle n'est pas "européenne", elle ne ferait pas partie des pays qui doivent être retenus européens de fait, et ce en dépit des élites qu'elle peut avoir. Ses élites6 ne la font pas "nécessairement" entrer dans le cercle "réservé" des Européens. D'autres propos lui appartenant, repris par Libération du même jour, expliquent mieux encore ses idées: «La Turquie n'est pas un pays européen..., sa capitale n'est pas en Europe, et 95% de sa population est hors d'Europe. Son adhésion sonnerait la fin de l'Europe» 7. La Turquie ne serait pas européenne car sa capitale [Ankara] ne se trouve pas sur la rive européenne et que, par ailleurs, une bonne partie du pays et de sa population se trouve "hors d'Europe", c'est-à-dire en Asie. Ceci est un problème géographique, certes, mais un problème de fond qui se pose à la candidature turque, car la géographie n'est pas sujet à changement. Mais les déclarations du Président de la Convention sur l'avenir de l'Europe vont au-delà: il prévient que si un jour elle intègre l'Union cela marquera «lafin de l'Europe», pour signifier à quel point il y a antagonisme entre la Turquie et l'Europe8. Rappelons quand même que la Turquie se trouve à la porte de l'Union européenne depuis le 12 septembre 1963, date à laquelle fut signé l'Accord d'Association appelé aussi l'Accord d'Ankara, lequel était considéré comme la phase préliminaire menant la Turquie au sein de l'Union, comme l'atteste l'article paru dans Libération du 27 novembre 2002 avec son titre «39 ans d'attente». Cet acte fut suivi d'accords et de protocoles aboutissant à l'Union Douanière de 1995. Notons que suivant l'ordre normal des étapes d'intégration à l'Union européenne, l'Union Douanière devait succéder à une adhésion et non le contraire. Le cheminement de la Turquie vers l'Union européenne s'avère donc long et incertain. La candidature turque commence à être débattue encore plus sérieusement depuis la fin de l'année 2002. La question de son appartenance à l'Europe devient centrale. La question qu'on se
6 Le mot élites est utilisé ici pour exprimer l'intelligentsia turque. 7 Jean Quatremer, «Giscard met les pieds dans le plat turc», Libération, 09/11/2002. 8 Le terme "Union" ainsi que celui d'l'Europe" désignent l'Union européenne, les deux ayant souvent le même sens. 13

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin