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La citoyenneté et la construction du vivre-ensemble

De
294 pages
L'auteur avance l'idée d'un vivre-ensemble comme impératif anthropologique concret dans lequel la citoyenneté n'est plus idéologique mais est une vertu qui oblige les hommes au civisme, c'est-à-dire à être raisonnables et convenables entre eux. Ces constats sur la citoyenneté peuvent-ils être la base d'un progrès de civilisation et d'une maturité politique des hommes ? Et le vivre-ensemble peut-il être un art du politique pour une utopie sociale nécessaire ?
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Questions contemporaines
La citoyenneté et la construction du vivre-ensemble
Questions contemporaines Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland et Jean-Paul Chagnollaud Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Georges KORNHEISER,Le capitalisme, cancer de l’humanité, 2015. Florent VILLARD,Critique de la vie quotidienne en Chine à e l’aube du XXI siècle, 2015. Julien PEQUIGNOT, François-Gabriel ROUSSEL (Dir.), Les métavers, Dispositifs, usages et représentations, 2015 Michelle BERGADAA,Le plagiat académique.Comprendre pour agir,2015.Walter GERBIN,Civilisation. De la fabrique d’un concept à la fabrique d’une guerre,2015. Julien DEMADE, Les embarras de Paris, ou l’illusion techniciste de la politique parisienne des déplacements, 2015 Arnaud RICHARD, Fred HAILON, Nahida GUELIL,Le discours politique identitaire dans les médias, 2015 Jean Joseph PALMIER,?,Que faire des minorités visibles L’exemple de Gaston Monnerville, Président du Sénat, 2015 Abdelkrim BOUHOUT,Essai sur la visibilité des migrants relégués, 2015. Philippe NADIN,Un néo-fascisme à la française, 2015. Morgane COUAPEL,L’éthique, une si belle utopie, 2015.Pascal MOUNIER,Plaidoyer pour une démocratie populaire, 2015. Philippe JOURDAIN,Pour un humanisme durable, 2015.
LUONGCân Liêm
La citoyenneté et la construction du vivre-ensemble
Psychologie politique du raisonnable et du convenable
Du même auteur : Bouddhisme et Psychiatrie, 1992. Paris, L’Harmattan. Psychothérapie bouddhique. Méditation, éthique, liberté, 2002. Paris, L’Harmattan. Psychologie politique de la citoyenneté, du patriotisme, de la mondialisation. Sept études cliniques. 2002. Paris, L’Harmattan. De la psychologie asiatique. L’humain, le politique, l’éthique, 2004. Paris, L’Harmattan. Psychologie transculturelle et psychopathologie. Occident et Asie orientale,2006. Paris, You Feng. Conscience éthique et Esprit démocrate. Étude sur l’harmonie et le politique, 2009. Paris, L’Harmattan. Éléments de psychologie de la vie du Bouddha, 2014. Paris, L’Harmattan. Le Réfugié climatique. Un défi politique et sanitaire, 2014. Paris, L’Harmattan. Ouvrages collectifs : Enfance : état des lieux. Le Vietnam au cœur de la francophonie. 1998. Paris, L'Harmattan. Dictionnaire des thérapeutiques médicopsychologiques et psychiatriques, 2001. Edt H.N. Barte. Paris, Ellipses. So tay tam ly hoc (Manuel de psychologie médicale), 2005. Ho Chi Minh Ville, NXB y hoc. Manuel de psychiatrie transculturelle. 2e édition. Sous la direction de M.R. Moro, 2006-2007. Paris, La Pensée sauvage. Précis d’expériences transculturelles. Clinique de l’enfance et de l’adolescence en France et au Vietnam, 2012. Paris, Edt Journal des Psychologues. Tam ly hoc lâm sang (Psychologie clinique), 2015. Ho Chi Minh Ville, NXB Tri Thuc. © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07297-5 EAN : 9782343072975
Avant propos
La citoyenneté répond au monde contemporain. L’esprit de la Déclaration universelle des Droits de l’homme des Nations unies de 1948 s’en réfère pour énoncer les perspectives d’un vivre-ensemble. Aujourd’hui, ce vivre-ensemble devient urgent face aux effets du changement climatique sur toutes les populations du monde. Désormais, les hommes devront être raisonnables et convenables entre eux, et la planète découvre plus que jamais, un monde multilatéral, pluriculturel avec des sociétés inégalitaires et inégales. Cet impératif politique impose de considérer la citoyenneté comme une conception générale du statut de l’homme dans une société policée.
Comment les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité répondent-ils à une anthropologie politique et à une éthique de territoire et de paix sociale ? Comment les traditions politiques de lutte et les cultures sociales de cohabitation abordent-elles cette nouvelle situation ? Y a-t-il une référence de citoyenneté pour la construction du vivre-ensemble ?
Le vivre-ensemble est un impératif anthropologique ancien en Asie étayé par la doctrine des Cinq Vertus, puis ainsi réactualisé selon une éthique du Raisonnable et du Convenable. Les échanges interculturels imposent de mieux connaître la philosophie politique des peuples. La citoyenneté est-elle un consensus fragile à défendre pour une harmonie sociale ? Risque-t-elle d’être instrumentalisée par des idéologies pour fabriquer des minorités en démocratie puis les étouffer pour des raisons d’efficacité ? Peuple, nation, citoyenneté, pays sont parfois des notions confondues.
Une anthropologie politique supporte la thèse qu’au final, le triptyque liberté, égalité, fraternité soit à l’origine des vertus publiques et que les progrès individuels et sociaux soient homothétiques à partir d’un dénominateur commun : le désir privé et public de prospérité et de sécurité.
Je propose deux situations. Un regard sur la classe moyenne montre que la citoyenneté est une valeur ajoutée à partir des
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surenchères par le financier sur la santé et sur le travail. Puis, l’histoire du Vietnam montre le difficile chemin de bâtir le vivre-ensemble à partir de la citoyenneté sans qu’elle soit idéologique. Le vivre-ensemble devient une condition de santé définie comme du bien-être général. Bâtir la paix sociale devient son impératif, et l’éthique publique d’une citoyenneté formule une humanité raisonnable et convenable entre pairs.
On parle de la maturité politique des peuples comme d’un progrès de civilisation.
Le politique, à partir du démocratique qu’il produit, est un art du vivre ensemble.
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I La pensée et la parole politiques. Transcendance et conviction politiques de la citoyenneté. Une psychologie politique de la Parole. Le langage est un des modes essentiels de la relation des hommes au monde, entre eux et en eux-mêmes. Il est à la fois un organisateur de pensée, un véhicule de communication et un contenu qui expriment un sentiment, un sens et une direction. C’est aussi un dispositif d’action sur l’environnement et les gens, une modalité de réaction et de réciprocité, et de compréhension de soi. C’est dire que le langage fonctionne avec différents codes sources « naturels innés » et « construits artificiellement » dont le plus évident est la parole. En amont, le langage est mathématisable et en aval, il permet des algorithmes de calcul, structure les discours et organise le temps et l’espace : il est l’instrument de la symbolisation en modélisant les faits. (In : ATLAN H., 1972 : L’Organisation biologique et la Théorie de l’information, Paris, Hermann, rééd. 1992). Le langage est universellement nécessaire pour donner du sens en se connectant à d’autres codes dans ses contextes historiques, culturels et économiques ; il provient du champ cognitif des hommes et mobilise d’autres champs psycho-organiques touchant au sensitif, au sensoriel et au sentimental. Son usage et ses utilisations dépendent également du niveau d’instruction et d’éducation des personnes et des groupes. Le langage est vivant, il a une histoire, et provoque une repré-sentation mentale : cette structuration surimpose un métalangage avec d’autres syntaxes et d’autres grammaires, et crée des normes et des logiques internes. D’une certaine façon, la grammaire du langage d’une personne reflète la grammaire qu’elle a de la vie et de son intériorité. C’est une des activités les plus complexes des hommes. Le langage est un corps vivant, le reflet de la complexité de la personne et du social : c’est un corps organisateur, donc politique porteur de symboles, d’intentions, de promesses. Le langage engage la personne à travers la parole. Il donne confiance.
Le langage est un « organisateur » politique de la vitalité et l'on peut comparer la parole humaine à une flèche à travers laquelle
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l’homme se met en mouvement, dans le temps et l’espace, pour atteindre la cible visée. Lancer une parole, c’est dire aux autres, et pour dire quelque chose de soi. Il y a toujours une intention politique dans la parole. Les effets, une fois la cible touchée, resteront imprévisibles. L’arc de cette flèche est tendu à l’origine par la famille pour son enfant puis plus tard par l’adulte pour lui-même et qui décidera du moment propice pour atteindre ces cibles, qui sont des projets de vie. La parole est une mise sous tension de l’homme par lui-même ; elle deviendra un événement autonome par la signification qu’elle porte, bien au-delà de l’intention de son émetteur. Comme la flèche, la parole une fois lancée ne peut qu’atteindre sa cible, parfois loin du projet ou de l’intention du tireur, du locuteur, voire de l’attente de l’auditeur. La parole est vivante comme un acte, qui agit et faire réagir : c’est donc un acte politique qui organise la relation, occupe un espace et un temps. On parled’énoncé performatifaussi de et prophétie autorévélatrice. Ainsi, le langage et les différents gestes dans le contexte sont aussi faits pour plaire, avec l’esthétisme des images mentales et des tonalités que le langage suggère ; ils portent sur la sensibilité culturelle et poétique des hommes en traitant du beau comme d’une voie d’accès à la Vérité des choses, à l’essentiel ou la quintessence du vécu. Parler, c’est dire et cet acte politique porte une force de persuasion ; il ouvre l’écoute et demande une réponse.Parler, c’est dire vraiet promettre le vrai.
L’éloquence de l’orateurpeut subjuguer le sens critique d’une foule et de la personne. Pour Gustave LE BON (1841-1931) (In : la Psychologie de la Foule), ce phénomène relève d’une dominance du chef charismatique – l’homme fort – sur la masse selon des modalités proches des processus de la foi. À partir des analyses de Le Bon, S. FREUD (1856-1939) mettra en place la topique du Surmoi dans l’architecture de l’appareil psychique. À partir de la théorie psychanalytique freudienne, Wilhelm REICH (1897-1957) (In : Psychologie de masse du fascisme), considérera plus tard que l’homme en situation de foule peut subir un mouvement inconscient de régression avec une résurgence ou un retour à des stades plus primaires ou archaïques de son développement. Dit autrement, il y avait la conception d’un être supérieur capable de donner un sens supérieur par une Parole transcendante qui fait Loi : loi sociale et loi psychique.
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La paroleoccupe un espace humain et politique éphémère. lancée Ses dires provoquent un événement, la naissance d’une information, de sorte que dans un contexte d’échange,le silence – un creux – vaut pour une « information non-information » dont le sens relève de l’interprétation, c’est-à-dire à une personnalité, un consensus et à une culture. Le sens de la parole vient comme un décodage de l’actualité, et cette interprétation de l’actuel correspond à une projection humaine d’anticipation. C’est le cas dela promesse politiquequi peut aussi « énoncer un non-dit » comme une parole paradoxale, qui passe sous silence ce qui est suggéré. Le cas d’école de cette psychologie politique de la parole est le « Je vous ai compris » prononcé en 1958 par de Gaulle à Alger à destination des Pieds-Noirs. Il y a eu un « malentendu » entre le présupposé de la parole, l’intention du chef et le contexte. En général, la parole politique crée du débat et des délibérations. À côté du silence, une parole sur quelque chose qui n’existe pas reste un vrai message même si ce vide est rempli par unerumeur. Cela fait le lit des théories du complot. La parole porte unefonctionautonome, le reflet d’unepenséestratégiqueet transporte unsentimentconcernant uneopiniond’ensemble pour une action au futur.
La parole structure la culture et les sous-cultures. En portant les symboles, elle rend l’homme humain et civilise les relations sociales. Par elle, il y a une continuité de sens entre la personne et son environnement social pour traiter de l’harmonie, du conflit, et des paradoxes entre le rationnel et l’irrationnel, le raisonnable et l’incongru.La parole de politesse est universelle, témoin du désir d’être ensemble et du plaisir de vivre ensemble.
La parole organise un schéma politique entre un imaginaire intime et un imaginaire de situation et dont le contenu fixe l’histoire de l’événement et anticipe le temps d’après. Le récit peut avoir une signification traitant l’actualité comme une leçon de vie et de morale :le récit est stratégique et le livrer est tactique. Il peut ainsi produire un nouvel imaginaire chez la personne voire chez tout un groupe en psychologie de masse. En se nourrissant d’informations, le récit donne un format à l’espace humain, réinterprète le réel par rapport à un monde idéal en faisant fructifier la créativité. Le récit politique – le discours – en tant que promesse, porte un noyau de certitude et de conviction qui peut virer enun noyau paranoïaquesi le récit ne trouve pas là les moyens
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