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La communication politique française après le tournant de 2002

230 pages
Maintes explications furent données de la défaite au premier tour des élections présidentielles de 2002 de Lionel Jospin. Ce livre en donne quelques clefs sous l'angle de la communication politique. Les auteurs exposent l'impéritie des sondages en France qui en fait de nouveaux artéfacts dangereux, produisant un effet opacifiant et manipulateur. L'ouvrage amène ainsi à se poser la question des limites de la professionnalisation de la communication politique moderne, devenue presque un danger pour la démocratie si elle est mal maîtrisée.
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LA COMMUNICATION

POLITIQUE

FRANÇAISE

après le tournant

de 2002

Communication et Civilisation Collection dirigée par Nicolas Pelissier
La collection COlnmunication et Civilisation, créée en septembre 1996, s'est donné un double objectif. D'une part, promouvoir des recherches originales menées sur l'information et la communication en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs dont les découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large. D'autre part, valoriser les études portant sur l'internationalisation de la communication et ses interactions avec les cultures locales. Information et communication sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive le statut d'interdiscipline des sciences qui les étudient. Que l'on se réfère à l'anthropologie, aux technosciences, à la philosophie ou à I'histoire, il s'agit de révéler la très grande diversité de l'approche communicationnelle des phénomènes humains. Cependant, ni l'information, ni la communication ne doivent être envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants.

Déjà parus
Mélusine HARLÉ, École et télévision: le choc des cultures. Réalité, mythe, imaginaire, 2004. Stéphane OLIVESI, Questions de méthode: Une critique de la connaissance pour les sciences de la communication, 2004. Jean-Paul METZGER (dir.), Partage des savoirs. Logiques, contraintes et crises, 2004. Jean-Paul METZGER (dir.), Médiation et représentation des savoirs, 2004. Serge AGOSTINELLI, Les nouveaux outils de communication des savoirs, 2003. Michael PALMER, Quels mots pour le dire ?, 2003. Anne LAFFANOUR (dir.), Territoires de musiques et cultures urbaines, 2003. Pascal LARDELLIER, Théorie du lien rituel, 2003 Sylvie DEBRAS, Lectrices au quotidien. Femmes et presse quotidienne: la dissension, 2003 Arnaud MERCIER (coord.), Vers un espace public européen ?, 2003. D. CARRE et R. DELBARRE, Sondages d'opinion: la fin d'une époque, 2003.

LA COMMUNICATION après

POLITIQUE

FRANÇAISE

le tournant

de 2002

Édité par Philippe
Professeur

J. Maarek

en Sciences de l'information et communication à l'Université Paris 12, CECCOPOP

Ouvrage publié sous l'égide du Centre d'Études Comparées en Communication Politique et Publique (Ceccopop)

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

cg L'Harmattan, 2004

ISBN: 2-7475-6865-2 EAN : 9782747568654

Introduction Philippe
Professeur

J. Maarek

en Sciences de l'information et de la communication Université Paris 12 Val-de-Marne, Président du Centre d'études comparées en communication politique et publique (Ceccopop)' Président de la Section de recherches en communication politique de l'AIERI/IAMCR

«Comme un coup de tonnerre»: c'est ainsi que Lionel Jospin luimême avait qualifié les résultats du premier tour des élections présidentielles françaises, qui, le 21 avril 2002, le virent dépassé par le candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen, lequel se retrouva donc face à Jacques Chirac pour Ie second tour. Contrairement aux apparences, ce ne fut pas tant une victoire de JeanMarie Le Pen, qu'une véritable chute pour le Premier ministre sortant. Certes, en valeur relative, le candidat du Front national passait de 15 à 16,86% des suffrages exprimés. Mais en nombre d'électeurs, l'augmentation était relativement faible, puisque 233 575 bulletins de votes supplémentaires "seulement" s'étaient portés sur son nom par rapport à 1995. C'est la baisse de la participation qui explique la fausse impression de progrès considérable de Jean-Marie Le Pen, qui n'avait gagné "que" 5 % de voix environ d'une élection à l'autre, certes, dans un contexte où deux des autres candidats également présents lors des deux élections avaient, eux, vu le nombre de voix qui s'étaient portées sur eux baisser considérablement: Jacques Chirac, le président sortant, avait perdu 682 841 électeurs (soit une baisse de 10,75%), et, surtout, Lionel Jospin perdait 2488078 électeurs, soit un véritable effondrement: 35,05% d'électeurs en moins.

1 - Le Ceccopop fait partie du Centre d'études internationales: société, communication (CEISCEI), Jeune Équipe de l'Université Paris 12 Val-de-Marne en cours de reconnaissance, dont il forme l'une des branches.

5

Tables: (source:

Les résultats des présidentielles http://francepolitique.free.fr/) tour des présidentielles

de 1995

et 2002

1 - Premier

de 1995,
nombre de voix

23 avril
% inscrits

1995
% exprimés

Lionel Jospin Jacques Chirac Édouard Balladur Jean-Marie Le Pen Robert Hue Arlette Laguiller Philippe de Villiers Dominique Voynet Jacques Cheminade 2 - Second tour Jacques Chirac Lionel Jospin des présidentielles

7098

191

6 348 696 5 658 996 4 571 138 2 632 936 1 61 5 653 1 443 235 1 01 0 738 84 969 de 1995, 15 763 027

17,75 15,87 14, 15 11,43 6,58 4,04 3,61 2,53 0,21

23,30 20,84 18,58 15,00 8,64 5,30 4,74 3,32 0,28

7 mai 1995 39,43 52,64

14 180 644

35,47

47,36

3 - Premier tour des présidentielles de 2002, 21 avril 2002 Jacques Chirac 5 665 855 13,75 19,88 Jean-Marie Le Pen Lionel Jospin François Bayrou Arlette Laguiller Jean-Pierre Chevènement Noël Mamère Olivier Besancenot Jean Saint-Josse Alain Madelin Robert Hue Bruno Mégret Christiane Taubira Corinne Lepage Christine Boutin Daniel Gluckstein 4 - Second Jean-Marie 4 804 713 4 610 113 1 949 170 1 630 045 1 518 528 1 495 724 1 210562 1 204 689 1 113 484 960480 667 026 660 447 535 837 339 112 132 686 11,66 11,19 4,73 3,96 3,69 3,63 2,94 2,92 2,70 2,33 1,62 1,60 1,30 0,82 0,32 16,86 16,18 6,84 5,72 5,33 5,25 4,25 4,23 3,91 3,37 2,34 2,32 1,88 1,19 0,47

tour des présidentielles de 2002, 5 mai 2002 Jacques Chirac 25 540 873 62,01 82,21
Le Pen 5 525 906 13,42 17,79

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La véritable surprise tient donc bien plus de cette défaite incontestable du Premier ministre sortant que de la fermeté, voire de la légère hausse des suffrages obtenus par Jean-Marie Le Pen, dont la grande stabilité des résultats depuis deux décennies ne semble surprendre que les sondeurs, comme nous le montre Stéphane Wahnich dans l'un des chapitres qui suivent... Maintes explications furent données de cette défaite. La trop grande concurrence à gauche et les attaques trop fortes de Jean-Pierre Chevènement sur une prétendue "similarité" de Lionel Jospin et Jacques Chirac alors que lui aurait apporté une véritable possibilité d'alternative, furent le plus souvent dénoncées comme les principales raisons de ce résultat. En 2002-2003, le Centre d'études comparées en communication politique et publique (Ceccopop) de l'université Paris 12 Val-de-Marne décida de pousser la réflexion un peu plus loin en consacrant son séminaire de recherche à la communication politique durant cette période, ce qui fut le point de départ de cet ouvrage. Trois mouvements scandent ces pages. Le premier est consacré à quelques-unes des règles qui accompagnent les élections en France, et parfois même les orientent, volens nolens. Le second analyse plus précisément sous ses angles principaux les différentes évolutions de la communication politique en France mises en évidence par ces élections. Puis, après une participation importante d'une des principales éminences grises de la communication politique durant ces élections, Gérard Le Gall, qui travaillait auprès de Lionel Jospin, et qui a confié à Samira Guardi, une de nos chercheuses, un certain nombre d'éclairages passionnants sur la campagne, un dernier temps nous montre comment le résultat des élections de 2002 ne laissa pas les médias étrangers indifférents: le "coup de tonnerre" stupéfia les uns, avides d'explication, et inquiéta les autres, qui se sont demandé dans quelle mesure la situation française de 2002 était reproductible chez eux. Ainsi l'internationalisation tacite de la communication politique, du fait de la globalisation du réseau d'information mondial a-telle d'emblée donné une valeur d'exemple (à suivre ou non) aux élections de 2002. Les temps forts de cet ouvrage sont nombreux, et il est passionnant de constater que les approches méthodologiques, culturelles et intellectuelles différentes de ces seize auteurs ou coauteurs se recoupent dans l'analyse de la communication politique lors des élections présidentielles de 2002 en France, pour donner un état souvent neuf de la communication politique moderne dans ce pays. Quant aux évolutions, on citera en particulier la notion de "dessillement" de l'électorat, qui n'est plus dupe des méthodes de communication 7

politique moderne. Cela interdit aux candidats de faire, en somme, campagne librement, avec les méthodes et les arguments qu'ils souhaiteraient peut-être, et montre une "professionnalisation" inéluctable et un tant soit peu castratrice. Les contributions de Jean-Pierre Esquenazi quant à la télévision, Samira Ouardi quant aux "nouveaux médias", qu'elle préfère intituler "médias informatisés", et Philippe Maarek quant à la professionnalisation d'une manière générale, et à son internationalisation, évoquent toutes ce phénomène nouveau. Un second phénomène, sur lequel l'aveuglement de la sphère politicomédiatique française semble étonnant, est le problème posé par l'impéritie des sondages en France dans la prédiction des résultats électoraux. Gérard Le Gall et Stéphane Wahnich s'accordent pour dire que la correction qui permettrait de les faire correspondre aux résultats est devenue bien trop complexe pour être fiable. On assiste de ce fait à une transformation de leur utilisation qui en fait de nouveaux artéfacts dangereux produisant un effet opacifiant et manipulateur, même (Stéphane Wahnich, Gérard Le Gall, Philippe Maarek). Guillaume Sainteny et Anne Granger, enfin, s'accordent sur les difficultés suscitées par le cadre légal de la communication politique sur l'expression politique, notamment des petits candidats, mais pas seulement. Quant à l'analyse du déroulement de la campagne de 2002 en soi, Élodie Raulet et Jean-Pierre Esquénazi mettent bien en évidence que Lionel Jospin avait une posture incohérente qui ne pouvait qu'être perçue comme telle par l'électorat, et ce dès sa déclaration de candidature, jusqu'aux plateaux télévisés. Gérard Le Gall avoue avoir été parfois étonné par le relatif "autisme" du candidat sur certains points, pourrait-on écrire à sa place, autisme dont Philippe Maarek avance qu'il s'est peut-être mis en place du fait d'une excessive confiance en la professionnalisation de sa communication politique (et en sa compétence professionnelle elle-même, sans aucun doute, par rapport à son adversaire désigné). Enfin, pour prendre le cas de la percée la plus notable dans cette campagne, au fond, celle d'Olivier Besancenot, le professionnalisme très étudié de son positionnement faussement décalé, qui lui a permis de reprendre si facilement du terrain sur la candidate "habituelle" de l'extrême gauche, Arlette Laguiller, est mis en évidence par Jean-Pierre Esquenazi et Philippe Maarek. Les résultats du 21 avril 2002 au soir n'ont pas stupéfait que les Français. Le retentissement en a été énorme à l'étranger. Les trois regards que portent sur eux les médias espagnols, italiens et québécois ont été respectivement analysés par Teresa Sàdaba, Marina Villa et Gilles Gauthier 8

et montrent tous que la couverture de ce qui apparaissait de prime abord comme une campagne de routine s'est étendue exponentiellement à partir du soir du premier tour, avec force envoyés spéciaux supplémentaires et décuplement ou plus d'espace consacré à la situation politique en France. Le regard plus distancié géographiquement, et sans "passé politique" des journalistes du Québec leur a permis de s'adonner à des commentaires explicatifs ou argumentés plus qu'à l'ordinaire, alors que la concurrence du style anglo-saxon de journalisme à laquelle ils sont confrontés les amène d'ordinaire vers un "reporting" à la ligne directrice uniquement informative, ce qui a été un changement notable. Les analyses de Marina Villa et Teresa Sàdaba se rejoignent pour montrer la grande inquiétude sous-jacente des médias transalpins ou transpyrénéens devant la percée de l'extrême droite. La comparaison avec leur pays est immédiatement faite, avec souvent une dramatisation explicite, mais aussi avec une même évolution vers le soulagement dans des commentaires, qui dans un cas comme dans l'autre soulignent que le retour de l'extrême droite dans ces pays "comme en France" ne peut plus se produire: soit parce que les citoyens ont trop longtemps souffert du franquisme pour qu'il y ait un vrai risque (Espagne); soit parce que le populisme de droite d'un Silvia Berlusconi, pourtant tant décrié par les médias français, justement, "protège", en quelque sorte, d'un vrai retour du fascisme en Italie. Les élections présidentielles françaises de 2002 méritent donc assurément qu'on retourne ainsi vers elles, aussi bien parce qu'elles ont marqué une évolution sensible de la communication politique en France que parce qu'elles ont eu un retentissement considérable, et peut-être même une influence, à l'étranger et bien sûr également en France: le résultat des élections régionales de 2004 l'a bien montré, non pas tant quant au renversement de majorité auquel on a assisté que quant à la hausse inattendue de la participation que les commentaires initiaux (et les sondages...) n'avaient pas prévue. Cela indique que l'électorat français s'est sans aucun doute avéré plus professionnel que certains de nos hommes politiques en sachant tirer la leçon de l'expérience de 2002!

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Règles

Quand les règles

médiatico-électorales défavorisent les petits candidats: l'exemple français Guillaume Sainteny

Maître de conférences

à l'Institut d'études Ceccopop

politiques

de Paris,

Dans l'étude de l'influence des médias sur le comportement politique et électoral, la théorie des effets directs limités est dominante depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs travaux ont tenté de montrer, par différents moyens, cette influence limitée ou incertaine2. Tout d'abord, de nombreuses études empiriques ne sont pas parvenues à établir de corrélations significatives entre la fréquentation de certains médias et l'adhésion aux idées qu'ils véhiculent préférentiellement. Dès 1955, H. Simon et F. Stern ne trouvent pas de différence significative entre les électeurs de l'Iowa possédant un téléviseur et les autres, lors du vote pour les élections présidentielles aux États-Unis3. En France, différentes études conduites à l'occasion du référendum de 1962 ou des élections présidentielles de 1965 par R. Rémond4, G. Michelat5 ou 1. Stoetzel6 aboutirent aux mêmes conclusions 7.

2 - Pour une synthèse, voir Balle (Francis), Médias et Sociétés, Paris, Montchrestien, 1988, pp. 565-585 (1 ère éd. ; 1973) ; Cazeneuve (Jean), Sociologie de la radiotélévision, Paris, PUF, 1986 (1 ère éd. : 1962), pp. 106-108. Voir aussi Katz (Elihu) , "La recherche en communication depuis Lazarsfeld", Hermès, 4, 1989, pp.77-92 (trad. de "Communication Research Since Lazarsfeld", Public Opinion Quarterly, vol. 1, hiver 1987), et Dayan (Daniel) , "À propos de la théorie des effets limités", Hermès, 4, 1989, pp. 93-95. 3 - A. Simon (Herbert), Stern (Frederick), "The effect of Television upon, Voting Behaviour in Iowa in the 1952 Presidential Election", American Political Science Review, vol. 49, n° 2, June 1955, pp. 470-477. 4 - Rémond (René), Neuschwander (Claude), "Télévision et comportement politique", Revue française de science politique, vol. XIII, n° 2, juin 1963, pp. 325-342.

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1.:explication avancée pour rendre compte de ces constatations était double et avait été formulée dès 1944 par Paul Lazarsfeld et ses collègues8. D'une part, le rôle des contacts personnels dans la formation des opinions individuelles apparaît considérable et limite d'autant la possibilité d'influence des médias. Cela est d'autant plus le cas que certaines personnes -les "guides d'opinion" - jouent le rôle de relais entre les individus et les organes d'information. Ce n'est donc qu'indirectement, par leur intercession, que les messages émis par les médias peuvent toucher la population. Ce processus fut couramment appelé "flux à deux temps" (two steps flow of communication)9. D'autre part, les individus ont tendance à rechercher l'information qui les conforte dans leurs propres normes et celles de leur groupe. Les personnes préfèrent s'exposer aux informations en accord avec leur opinion. Elles ont tendance à rechercher les éléments qui renforcent leurs croyances et à éviter ceux qui les défient. Ainsi, l'électeur proche d'un parti ou d'un candidat présente une probabilité élevée de suivre la campagne électorale de ce candidat ou de ce parti. La "perception ou l'exposition sélective" fait que les gens ont tendance à ne s'exposer qu'aux informations en accord avec leur opinion préalable et à ne retenir que celles-là. Ces thèses furent illustrées, pour la France, à l'occasion de la campagne électorale de 197410. La constatation de l'exposition sélective est voisine de la théorie psychologique de la dissonance cognitive: les personnes ayant pris un engagement peuvent, pour préserver leur tranquillité d'esprit et leur cohéet comportement électoral", Revue 5 - Michelat (Guy), "Télévision, moyen d'information française de science politique, vol. XI~ n° 5, octobre 1964, pp. 877-905. de so6 - Stoetzel (Jean), "Les sondages et l'élection présidentielle de 1965", Revuefrançaise ciologie, vol. VII, n° 2, avril-juin 1966, pp. 147-157. 7 - Invalidant ainsi ce que prétendait L'Express: "La leçon de 1962", L'Express, 27 décembre 1962, p. 12. Le pourcentage du non est identique que les électeurs possèdent ou non un poste de télévision. Mais le pourcentage de oui et le pourcentage des abstentions sont plus élevés chez ceux qui n'ont pas de récepteur. En 1965, l'intention de voter pour le général de Gaulle et l'indécision diminuaient davantage chez les téléspectateurs que dans le reste de l'électorat tandis qu'inversement l'intention de voter pour Jean Lecanuet augmentait. 8 - Berelson (Bernard), Lazarsfeld (Paul), Gaudet (Hazel), The People s Choice, New York, Columbia University Press, 1948 (lère éd. : 1944). 9 - Katz (Elihu), "The Two Steps Flow of Communication; An Up-To-Date Report on an Hypothesis", The Public Opinion Quarterly, vol. XXI, n° l, Spring 1957, pp. 61-78; Elihu Katz, Paul Lazarsfeld, Personal Influence: The Part Played by People on the Flow of Mass Communications, Glencoe, The Free Press, 1964, (1 ère éd.: 1955). 10 - Blumler (Jay G.), Cayrol (Roland), Thoveron (Gabriel), La Télévisionfait-elle l'élection ? Une analyse comparative, France, Grande-Bretagne, Belgique, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1978, notamment chap. 2.

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rence cognitive, pousser très loin le refoulement d'indices et d'informations signifiant qu'elles ont peut-être commis une erreur11.C'est, par exemple, le cas des personnes ayant choisi d'acheter une automobile de marque A et ne lisant plus, à partir de ce moment-là, que les informations et publicités sur les automobiles de cette marque. Plus récemment, outre les limites et critiques adressées à ce modèle, dit "de Columbia", de nouvelles théories ont tenté de mettre en évidence un rôle plus important des médias, même indirect, sur le comportement politique. La théorie psychologique de la dissonance cognitive a été critiquée, notamment par A. Hirschsman qui fait remarquer, pour reprendre l'exemple précédent, que le propriétaire d'une automobile de marque A dont le bloc de cylindre se fissure ne va peut-être pas lire de plus en plus de publicité sur cette marque12.De même, différents auteurs ont tenté de montrer les limites de la théorie de l'exposition sélective. Ainsi les moyens d'information ou de propagande ont-ils de plus en plus la capacité de choisir leurs destinataires autant que ceux-ci ont la facilité de sélectionner les premiers13. Étudiant la campagne électorale pour les présidentielles de 1981 en France, R. Cayrol observe qu'une proportion non négligeable des sympathisants de chaque parti a regardé les prestations télévisées de dirigeants qu'elle n'approuve pas. La télévision serait ainsi un moyen d'échapper partiellement à l'exposition sélective14. Enfin, la théorie des deux étapes de la communication a également été nuancée. D'une part, il semble exister non pas deux niveaux et une seule hiérarchie de guides d'opinions, mais plusieurs, certains guides d'opinions déclarant avoir été eux-mêmes influencés par d'autres personnes. Il existe donc une multiplicité des niveaux, des hiérarchies et des réseaux de l'influence selon les centres d'intérêt et les structures socialesl5. D'autre part, l'action directe des médias sur les individus, sans relais par les guides
Il Festinger (Léon), A Theory of Cognitive Dissonance, Stanford, Stanford University Press, 1962 (1 ère éd. : 1957). 12 - Hirschman (Albert), Bonheur privé, action publique, Paris, Fayard, 1985, p. 34 (trad. de Shifting Involvements. Private Interest and Public Action, Princeton, Princeton University Press, 1982). 13 - Balle (E), op. cil., p. 575. 14 - Cayrol (Roland), "Le rôle des campagnes électorales", in Daniel Gaxie, Explication du vote, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1989, pp. 385-417 (1 ère éd. : 1985). 15 - Katz (E.), Lazarsfeld (~), PersonalInfluence, op. cil.

-

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d'opinion, fut admise, dès 1964, par E. Katzl6. Ainsi les rôles tenus par les médias et les médiateurs semblent-ils plus distincts et complémentaires que concurrents. La mise en lumière de ces différentes limites a conduit à ce que la théorie des effets limités, dominante depuis les années soixante, soit aujourd 'hui relativisée, voire délaisséel7. Cela, d'autant plus que se sont produites, depuis une vingtaine d'années, deux évolutions importantes: la médiatisation sans précédent des campagnes électorales et de la vie politique, d'une part, et le déclin des identifications partisanes et de la stabilité électorale, d'autre part, qui ont conduit à reconsidérer les facteurs à court terme - et

donc l'influence éventuelle des campagnes - dans le vote. Aujourd'hui,
quel que soit le modèle théorique d'explication du comportement électoral

- rationnel ou sociologique - les variables communicationnelles sont
réévaluées à la haussel8. Cette évolution se fait, notamment, en déplaçant la problématique et la recherche des effets directs de la communication aux effets indirects, passant par des modifications de type symbolique ou cognitif. D'une manière générale, les médias ne sont plus considérés comme un simple intermédiaire entre l'offre et la demande politique, mais comme doués d'une capacité contributive partiellement autonomel9.

Les influences indirectes des médias
Dans cette nouvelle perspective, les médias sont susceptibles d' exercer, notamment, cinq types d'influence sur le comportement électoral et la naissance ou l'évolution d'une nouvelle force politique. Tout d'abord, la "fonction d' agenda20" qu'assurent les médias (et les sondages rendus publics) peut entraver ou faciliter l'émergence d'une nouvelle force politique de manière indirecte. Ainsi, en sélectionnant les
16- Ibid.
17 - Pour une critique rigoureuse de la théorie des effets limités, voir Tod Giltin, "Media Sociology: The Dominant Paradigm", Theory and Society, vol. 6, n° 2, septembre 1978, pp. 205-253. des études sur les campagnes 18 - Comme le constate Jacques Gerstlé, "Le renouvellement électorales", Politix, n° 5, hiver 1989, pp. 7-10 (9). 19 - Celle-ci est, toutefois, d'autant plus limitée que l'espace public est plus dense, comme en France. Voir Kaid (Lynda L.), Gerstlé (Jacques), Sanders (Keith R.), Mediated Politics in Two Cultures. Presidential Campaigning in the United States and France, New York, Preager, 1991. 20 - Maxwell (E). McCombs, Shaw (Donald L.), "The Agenda-Setting Function of Mass Media", Public Opinion Quarterly, vol. XXXVI, n° 2, summer 1972, pp. 176-187.

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thèmes qu'ils abordent au cours d'une campagne électorale, les médias peuvent favoriser davantage telle ou telle force politique 21. Ensuite, les médias et les sondages rendus publics génèrent des effets d'amorçage (priming effect22) qui, en attirant l'attention sur un problème plutôt qu'un autre, contribuent à faire de ce problème, de cet enjeu ou de la manière dont il est traité, un critère d'évaluation des gouvernements, des candidats et des politiques publiques23. C'est, notamment, l'un des reproches classiques adressés aux sondages qui, outre l'amalgame d' opinions individuelles, tendent à l'imposition de problématiques24, à la mise en lumière des opinions majoritaires et à la valorisation des attitudes conformistes25. De ce point de vue, l'interaction entre les différents médias ou entre médias et sondages peut produire d'importants effets d'amorçage ou, au contraire, de fermeture. Le plus souvent, les sondages d'opinion ne se posent que les questions que les médias se posent. Ils peuvent donc rendre compte, principalement, de l'action exercée antérieurement par les médias sur leur public. Ainsi, les sondages, au lieu d'ouvrir les médias aux problèmes effectifs, contribueraient à exercer un effet de fermeture: la réalité tendant à être ce qui est constitué comme tel par le champ politicojournalistique26. De même, de nombreux médias se calquent sur des médias de référence et traitent les sujets que ceux-ci traitent et qu'il est légitime de traiter parce que ceux-ci en traitent. Cela tend à renforcer la dépendance ou l'interdépendance des médias entre eux. D'où résultent un effet de fermeture des médias, l'actualité tendant à se circonscrire à ce dont traitent les médias, et, par la même, un effet de frein potentiel à la diffusion d'informations sur une nouvelle force politique - et donc à son apparition.
21 - Toutefois, les acteurs politiques semblent conserver, au moins partiellement, le contrôle de l'agenda. C'est le cas, par exemple, pour G. Bush et F. Mitterrand durant les campagnes américaine et française de 1988. Voir L. Kaki, R. Sanders, op. cil. 22 - Yengar (Shanto I.), Kinder (Donald R.), News that Matters, Chicago, The University Press of Chicago, 1987, notamment chap. 7 et suivants. 23 - Ou à définir et/ou renforcer les catégories de perception de tel ou tel événement. 24 Voir Bourdieu (Pierre), "V opinion publique n'existe pas", in Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1984, pp. 222-235 (lère éd. : 1980). 25 - Dumazedier (Joffre), Vers une civilisation des loisirs ?, Paris, Seuil, 1962. 26 - Voir Champagne (Patrick), Faire l'opinion, le nouveau jeu politique, Paris, Minuit, 1990, notamment pp. 194-195. Voir aussi les exemples cités in ibid, p. 137, de sondages commandés et publiés par certains organes de presse après une campagne de presse ayant contribué à fabriquer une certaine représentation d'une réalité. Pour une critique de cet ouvrage, voir Cayrol (Roland), "Paire l'opinion ou l'étudier ?", Commentaire, n° 37, printemps 1992, pp. 231-236.

-

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Par ailleurs, et cela peut être essentiel dans le cas d'une force politique naissante, les médias contribuent à la visibilité et à la légitimation des acteurs. Par le seul fait de se produire dans une émission télévisée ou radiophonique notoire, l'homme politique bénéficie déjà, en dehors du contenu même de son discours, d'un effet de légitimation, conforté par la redondance de la diffusion à travers d'autres médias. Et cette légitimation, cette institutionnalisation de l'homme politique se produisant dans une émission échappe au filtre de l'exposition sélective puisque même ceux qui ne regardent pas l'émission en question, ayant été informés par d'autres moyens du fait qu'elle a eu lieu, intègrent aussi, dans leur référent le nouveau statut d'homme politique légitimé, produit par simple tenue du discours27. Dès lors, en déterminant le rythme d'apparition à la télévision ou à la radio ou l'éventuel boycott de tel ou tel courant politique, les médias contribuent fortement à la notoriété, à la visibilité et à la légitimité dudit courant et de ses représentants. Dans le cas d'une force politique naissante qui ne bénéficie pas de représentation parlementaire, ni de droit institutionnel à l'antenne, à l'inverse des organisations politiques et syndicales établies, le rôle des médias peut être déterminant dans le processus qui conduit à la légitimation ou au rejet de l'intrus par l'opinion et par les acteurs politiques préexistants. On ne prétend pas examiner ci-après dans le détail l' influence pratique des médias sur les élections en France. On voudrait plutôt montrer, tout en gardant en mémoire les types d'influence des médias sur le comportement électoral reconnus par la science politique et succinctement rappelés ci-dessus, que les "règles médiatico-électorales" en France semblent plus défavorables aux petits et nouveaux partis28 que dans les autres pays de l'Union européenne. Cette situation semble découler d'une inégalité institutionnelle directe et indirecte dans l'accès aux médias, d'une inapplication de certaines règles électorales et d'une invention illégitime de pseudorègles médiatico-électoraIes. Encore faut-il définir ce qu'on entend par "règle médiatico-électorale".

27 - Maarek (Philippe 1.), "Le message télévisé a-t-il besoin du discours politique ?", Mots, n° 20, septembre 1989, pp. 23-41. 28 - Pour simplifier et même si ces termes recouvrent des réalités distinctes on assimilera ciaprès les vocables de "petits partis", "nouveaux partis", "intrus", "nouveaux entrants", "nouvelle force politique".

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Selon que l'on retient une acception étroite ou large, on y inclura les seules dispositions relatives aux émissions audiovisuelles officielles dans le cadre des campagnes électorales, au matériel de campagne; ou bien on y ajoutera les dispositions relatives aux dates de scrutin et au droit de dissolution qui influent sur le choix du "moment médiatique" et de l'agenda public, aux conditions d'éligibilité, aux incompatibilités et cumul des mandats, à la parité, qui facilitent ou entravent la visibilité médi~tique de tel ou tel candidat ou parti, au dépouillement, aux aspects financiers (cautions, avances, financements publics et privés), qui facilitent ou entravent les campagnes médiatiques de certains courants politiques. .. Il est ainsi parfois peu justifié et malaisé de distinguer entre les règles médiatico-électorales et d'autres règles régissant l'activité politique. En outre, du point de vue de la science politique, la règle ne se limite pas à des dispositions juridiques. Elle inclut aussi des aspects politiques. Par exemple, la façon dont le ministère de l'Intérieur rend compte du résultat des élections dans les médias au soir et au lendemain d'un premier tour et dont il classe et regroupe les résultats de certains "divers" ou "sans étiquettes" ne constitue pas une règle au sens juridique mais revêt le pouvoir d'une "règle légitime" (au sens de légitimité officielle) susceptible d'influer sur le vote au second tour. Il en est de même pour certaines émissions audiovisuelles consacrées à l'élection (qu'il s'agisse de commentaires ou de débats) dont le statut n'est pas celui d'émissions officielles mais dont la légitimité peut être bien supérieure Les règles médiatiques électorales peuvent aussi se nourrir de l'absence de règles. En l'absence de règles institutionnelles proprement dites, des pseudo-règles coutumières, improvisées, sont parfois instaurées par certains des acteurs importants de la scène électorale, (médias, instituts de sondages...) qui peuvent influer sur le déroulement de l'élection, voire sur son résultat et sur le sort d'un ou de plusieurs candidats. À l'absence de règles explicites répond donc, parfois, la création de règles implicites. Et, entre l'absence et la présence de règle médiatico-électorale, c'est parfois son absence qui pénalise les partis petits et nouveaux et la règle qui leur permet de concourir avec les partis établis et de s'établir, pour paraphraser Lacordaire.

I. Des règles d'accès aux médias audiovisuels pour les petits candidats

pénalisantes

En France, institutionnellement, l'accès aux médias audiovisuels est 19

Tableau 1 Émissions audiovisuelles pendant les campagnes en France (émissions officielles)
Partis non représentés au Parlement Présidentielle Législatives Européennes 2 h TV 2 h radio 7 min 30 min TV 30 min radio 5 min listes maxi 5 min TV
si ;:::5 % à l'élection

électorales

Partis représentés au Parlement 2 hTV 2 h radio 3 h (à répa rti r) 2 h TV (à répartir) 2 h radio 2 h TV (à répartir)

Référendum

nationale précédente 5 min radio rien si < à 5 0/0

2 h radio

très inégalitaire. Les règles pénalisent fortement les nouveaux entrants, que ce soit pendant les campagnes électorales, les précampagnes ou même hors de celles-ci (voir tableau 1). Pour les élections législatives, le Code électoral accorde, aux partis et groupements représentés par un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale, trois heures dont une heure et trente minutes pour la majorité et autant pour l'opposition. En revanche, les partis non représentés par un groupe parlementaire n'ont droit qu'à sept minutes de temps de parole, et encore, sous réserve de se présenter dans au moins vingt circonscriptions (1986) ou de présenter au moins soixante-quinze candidats (avant 1986 et après 1988)29. Pour l'élection européenne, les listes des candidats représentés par un groupe parlementaire, soit à l'Assemblée nationale, soit au Sénat, ont droit à deux heures, réparties également entre les listes. Mais les autres listes n'ont droit qu'à trente minutes, réparties également, avec un seuil maximum de cinq minutes par liste3o.Ainsi, dans les faits, en 1989 par exemple, Les Verts n'obtiennent que deux minutes quarante-cinq secondes contre trente minutes pour le PCF, qui atteignit pourtant un score inférieur. En

29 - Loi n° 66-1022 du 29 décembre 1966 modifiée par la loi n° 77 -1446 du 28 décembre 1977 et la loi n° 85-690 du 10 juillet 1985 : voir Code électoral, Paris, Journal officiel de la République française, 1999, pp. 43-44. 30 - Loi n° 77-729 du 7 juillet 1977 : voir Code électoral, op. cil., pp. 493-498 (494).

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1994, chacune des listes non présentées par un parti représenté dans l'une des chambres françaises ne dispose que d'une minute et quarante-cinq secondes contre quarante minutes pour les listes représentées. En 1999, elles ne disposent que d'une minute et cinquante-deux secondes. Lors des campagnes référendaires, les partis et groupements reconnus représentatifs disposent, soit d'un temps d'antenne fixé à cinq31 ou dix32 minutes par parti, soit d'un temps d'antenne déterminé par accord des présidents de groupes parlementaires, à l'intérieur d'un temps d'antenne global mis à la disposition des partis et groupements constituant un groupe parlementaire et divisé en deux parties égales entre la majorité et l' opposition. En octobre-novembre 1988 (décret n° 88-495 du 5 octobre 1988) pour le référendum sur la Nouvelle-Calédonie et en septembre 1992 (décret n° 99-772 du 6 août 1992), pour le référendum sur la ratification du traité de Maastricht, les partis représentés au sein d'un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ou au Sénat ont droit à un total de deux heures d'émission à la télévision et de deux heures d'émission à la radio. Les formations non représentées au Parlement, mais ayant recueilli plus de 5 % des suffrages exprimés aux élections régionales (1992) ou aux élections législatives (1988), ne disposent, chacune, que de cinq minutes à la télévision et de cinq minutes à la radio. En matière référendaire, cette distinction entre formations représentées ou non au Parlement paraît singulière. En effet, dans l'esprit de la ve République, le recours au référendum vise à soumettre une question directement au peuple, plutôt qu'à la représentation nationale. Cette logique ne justifie guère que les formations représentées au Parlement soient avantagées par rapport aux autres durant les campagnes officielles pour le référendum - cela conduit à réintroduire une part de démocratie représentative médiatisée dans cette procédure de démocratie

semi-directe- ni même que les temps de parole soient attribuéssur la base
des résultats électoraux précédents. La comparaison avec les règles d'accès aux émissions politiques dans les autres pays de l'UE montre que les petits partis sont relativement défavorisés en France. Par exemple, pour la première élection européenne (identité d'enjeu et de date), les partis français non représentés par un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ou au Sénat n'ont droit qu'à cinq minutes d'antenne. En Belgique, en Wallonie, chaque parti a droit à une émission de trois minutes à la radio et à la télévision. Au Danemark, chaque parti a droit à dix
31 - Pour le référendum de 1958 relatif au projet de Constitution. 32 - Pour chacun des deux référendums de 1962.

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minutes de télévision, plus à une part de quinze minutes de débat télévisé, plus à la participation à une émission de radio d'une heure et quarante-cinq minutes. En RFA, chaque petit parti non représenté au Bundestag obtient deux émissions de deux minutes et demie En Grèce33, chaque parti a droit à douze minutes d'antenne. En Italie, tous les partis présentant des candidats dans quatre au moins des cinq circonscriptions électorales ont droit à un temps d'antenne égal à la télévision (trente minutes plus une heure de conférence de presse télévisée, plus vingt-quatre minutes de radio). Au Luxembourg chaque parti a droit à une émission de six minutes à la radio (plus trois minutes pour les alliances) et à la télévision les deux plus petits partis ont droit à dix minutes (contre deux de plus, seulement, pour les trois partis principaux). Aux Pays-Bas, dix partis se voient allouer, chacun, deux émissions de dix minutes à la radio et à la télévision34. .. Si l'on excepte l'Irlande, la France apparaît nettement comme le pays où la différence de temps d'antenne entre les "petits" partis non représentés au Parlement et les partis représentés au Parlement est la plus importante (voir tableau 2). Ces dispositions pénalisent les partis non représentés par un groupe au Parlement, parmi lesquels se trouvent, généralement, les partis naissants. e inégalité entre partis représentés ou non représentés au Parlement persiste hors des campagnes électorales. Ainsi, l'exercice du droit de réplique, prévu par l'article 54 de la loi du 30 septembre 1986, n'est ouvert qu'aux formations politiques n'appartenant pas à la majorité parlementaire mais représentées par un groupe à l'Assemblée nationale. De même, l' article 55, alinéa 2 de la même loi prévoit qu' «un temps d'émission est accordé aux formations politiques représentées par un groupe dans l'une ou l'autre des assemblées au Parlement ainsi qu'aux organisations syndicales et professionnelles représentatives à l'échelle nationale [..J ». Cette disposition conduit le CSA à accorder par exemple, pour l'année 1990, ces possibilités d'émissions "d'expression directe" à des formations représentées au Parlement telles que le MRG, le Parti républicain, le Parti radical ou le CDS35, mais de poids électoral alors inférieur à d'autres formations politiques telles que Les Verts.

33 - Élections législatives de 1981. La Grèce ne faisait pas partie de la CEE en 1979. 34 - Voir Roberts (G.K.),Accès aux émissions politiques dans la CEE, Manchester, Institut européen de la communication, Manchester University Press, 1984. 35 - Conseil supérieur de l'audiovisuel, Communiqué de presse, n° 60,26 janvier 1990.

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Tableau

2

Règles d'accès aux émissions politiques dans les pays de la CEE(élection européenne de 1979)
Télévision Radio "Grands partis" "Petits partis" "Grands partis" "Petits partis" ou représentés ou non représenté ou non représentés ou représentés au Parlement au Parlement au Parlement au Parlement Wallonie Flandre Danemark 3 min 24 min 3 min 0
à

3 min 20 min

3 min 10 min

10 min + participation

un débat télévisé (15 min chacun)

1 h 45 min Participationà une émission de 1 h 45 min 20 min (10 min pour
CSU et FDP)

RFA

(10 min pour
CSU et FDP)

20 min

5 min

5 min

Fra n ce Irlande Italie

2h (à répartir) 30 min
(TV + radio)

5 min

2h (à répartir) 24 min

5 min 24 min

o ou 2 min
(TV + radio)

30 min (+ 1 h cant. de presse TV) 12 min

30 min (+ 1 h cant. de presse TV) 10 min

Luxembourg

6 min (+ 3 min pour les alliances)

6 min (+ 3 min pour les alliances) -

Pays-Bas Royaume-Uni

20 min
(TV + radio)

20 min
(TV + radio)

10 min
(TV + radio)

10 min
si national (temps sur chaînes locales si candidatures locales (TV + radio)

II. Des règles

indirectes

inégalitaires

Sans s'appesantir sur les règles relatives au financement de la vie politique, on peut mentionner un exemple où elles influent indirectement sur l'expression médiatique des différents candidats et/ou partis. Jusqu'en 1988, la France ne possédait pas de législation sur le financement des partis politiques, ce qui favorisait les partis établis et défavorisait les petits et nouveaux partis. À l'inverse, d'autres pays de l'UE, comme 23