La Communication Professionnelle Internationale

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A l'heure de la mondialisation des marchés et de la globalisation des échanges, quelle est la place du sujet professionnel dans l'espace de communication international ? Quelle langue utilise-t-il ? Quelles contraintes langagières le milieu professionnel lui impose-t-il ? Autant de questions auxquelles l'auteur, tente de répondre en montrant que si l'espace de communication construit autour d'une langue première est le résultat de l'appropriation des rapports sociaux par chaque individu, l'espace de communication fondé sur "une langue fédératrice" est imposé par des structures hégémoniques génératrices d'identités collectives.
Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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EAN13 : 9782296374607
Nombre de pages : 190
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LA COMMUNICATION PROFESSIONNELLE INTERNATIONALE
Contrainte et liberté

<DL'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-7175-7

Claire Bourguignon

LA COMMUNICATION

PROFESSIONNELLE

INTERNATIONALE
Contrainte et liberté

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

SOMMAIRE

Liste des abréviations INTRODUCTION PREMIEREPARTIE : La langue / La communication / Le monde Chapitre I : La langue: le garant de la naissance et de la pérennité de l'Etre 1.1.1. L'être humain, héritier d'un patrimoine linguistique 1.1.2. L' homme, la langue et la culture 1.1.3. De l'infans à la naissance du sujet «JE» Chapitre 2 : Du sujet parlant au sujet communicant 1.2.1. Langage et subjectivité 1.2.2. Langue et communication 1.2.3. Acte de langage/discours et intersubjectivité Chapitre 3 : Du sujet dialogal au sujet social 1.3.1. Le sujet: « être» social 1.3.2. La société: cadre de la communication langagière Chapitre 4 : La communication interactive: tenants et aboutissants 104.1.La compétence de communication 1.4.2. Le sujet, le discours, l'énoncé et la langue
Conclusion

9 Il

17

19 19 20 26 39 39 46 64 69 69 72 81 81 87 93

7

DEUXIEME PARTIE : La langue I Instrument de communication I Monde professionnel

95

Chapitre I : La Langue commune: la langue première 97 II.1.1. Le monde professionnel 98 II.1.2. La langue professionnelle: instrument de communication, véhicule d'une culture professionnelle 109 11.1.3.La LBP: carrefour entre spécialitéS et point de rencontre de spécialisteS 135 Chapitre 2 : 143 La langue commune: une langue fédératrice 11.2.1.Le monde professionnel international: 143 une communauté discursive autour d'une langue fédératrice II.2.2. Utilisation d'une langue fédératrice dans le monde 163 professionnel
Conclusion

173 175 178 183

CONCLUSION GENERALE Bibliographie Table des matières

8

LISTE DES ABREVIATIONS

DCL: GERAS: L: LBP: LCU: LCUP: LF: LFBP: LSP:

diplôme de compétence en langue Groupe d'Etude et de Recherche en Anglais de Spécialité langue première langue à but professionnel langue de communication usuelle langue de communication à usage professionnel langue fédératrice langue fédératrice à but professionnel language for specific purposes

9

INTRODUCTION
«Il semble de plus en plus clair, en ce dernier quart du
~me

siècle, que s'intéresser au langage, c'est s'intéresser à l'homme défini par l'usage qu'il en fait. » Hagège C., 1985, p. 316. Dès qu'on aborde le problème de la langue et du langage, tout est histoire de «lE », ou serait-ce de «jeux », et pourquoi pas de «jeux de JE ». Nous avons choisi d'aborder la question par le biais de la citation de C. Hagège placée en exergue de cette introduction en situant l'Homme, le «lE » au coeur de notre étude. Nous sommes, de ce fait, amenée à dépasser le cadre d'un champ d'étude purement linguistique et à nous placer au carrefour d'autres sciences humaines comme la psychanalyse, l'anthropologie et la sociologie. De la sorte, l'activité de langage et la langue se trouvent intimement liées comme l'explique A. Culioli : « l'activité de langage renvoie à une activité de production et de reconnaissance de formes, or, ces formes ne peuvent pas être étudiées indépendamment des textes (oraux ou écrits), et les textes ne peuvent être indépendants des langues. »1 Ainsi, menant notre réflexion dans la mouvance des théories de l'énonciation, nous allons chercher à définir la relation sujetllangue dans la communication professionnelle internationale. Cependant, l'analyse de la communication <<professionnelle» et «internationale» implique deux étapes préalables. Il s'agit de définir d'abord la communication langagière en langue première dans la société au sens large, avant d'arriver, dans un deuxième temps, à la communication en langue première dans le monde professionnel, puis enfin, en ce que nous avons appelé la langue fédératrice, dans un monde professionnel international. En effet, de même que la langue professionnelle, qu'elle soit première ou
I Culioli A., Pour une linguistique de l'énonciation Tome J, Ophrys, 1990, p. 14. (italiques de "auteur) Il

- Opérations

et représentations

fédératrice, est ancrée sur une langue première à usage général, la communication professionnelle internationale est régie par des lois qui n'échappent pas aux rituels langagiers propres à tout échange communicatif. Pour ce faire, nous allons articuler notre travail autour de deux axes. Le premier, regroupé autour du trinôme «langue », «communication» et «monde» nous permettra de voir comment, en faisant sienne la langue, héritage culturel d'un peuple, chaque individu pourra s'affirmer en tant que sujet dans un processus de différenciation d'abord, puis de mise en commun. Pour reprendre les termes de J.L. Austin2, nous montrerons que si, dire, c'est faire, c'est avant tout être. C'est en s'appropriant la langue que le nouveau-né, sujet 0, encore nonexistant en tant qu'être autonome (n'oublions pas que l'anglais utilise le pronom personnel «it» pour le désigner) va devenir une personne à part entière, un «he» ou un «she ». Dans le même temps, il va devenir sujet social, rattaché à une société et à une culture donnée, selon un schéma d'échange dialogal qu'il établira avec l'autre. Le «sujet» sera donc une «figure à deux têtes », un «IE » lié au processus de différenciation et un «JE' », son visage social, relevant d'un phénomène de «mise en commun ». De ce fait, le « JE » se verra pris dans un jeu où, tout en respectant les règles, il ne devra pas se dissoudre. Cette langue, à l'origine de la naissance du sujet, nous l'appellerons «langue première» (L)3 et nous verrons se dessiner un espace de communication lié à la relation que le sujet entretiendra avec elle. Cette relation sera définie par la distance qu'il mettra entre lui et son énoncé, lieu symbolique de l'avènement du sujet dans la réalité, par le biais de cette langue, représentation symbolique de cette réalité. Dans un deuxième temps, notre deuxième partie, nous étudierons comment une situation donnée tend à figer le sujet dans un rôle où la langue n'est plus pour lui qu'un attribut, un instrument de communication. Cette deuxième partie s'articulera autour d'un autre trinôme: langue I instmment de communication I monde professionnel. Nous verrons que l'adjonction des deux mots, «instrument» et «professionnel» impose une contrainte au sujet dans sa relation avec la langue et, de ce fait, influe sur la distance qu'il met entre lui et son énoncé. Nous appellerons «langue à but

2 Austin J.L., Quand dire, c'estfaire, Editions du Seuil, 1970. 3 Nous avons choisi le sigle «1» pour représenter langue première plutôt que «lp » qui aurait peut-être été plus satisfaisant, afin d'éviter toute ambiguïté avec le « I » et le « p » de « langue professionnelle ».
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professionnel» ou LBP,4 cette langue imposée par le monde professionnel à des fins presque exclusivement fonctionnelles pour permettre la communication entre ses pairs. Cette contrainte sera de plus en plus grande lorsque le sujet deviendra membre d'une communauté internationale où la langue utilisée ne sera plus sa langue première mais une «langue fédératrice» (LF) visant à faciliter la communication internationale, que nous avons choisi d'appeler, dans le cadre professionnel à l'échelon international, une «langue fédératrice à but professionnel» ou LFBP. Nous démontrerons que cette LFBP sera nécessairement ancrée sur la société mère de la LF. De ce fait, elle véhiculera une culture au sens large, mais aussi une culture professionnelle qui seront totalement étrangères aux sujets professionnels (non anglophones). Nous al10ns ainsi montrer qu'à la différence de l'appropriation de la langue première par le sujet, où dire, c'est faire, mais c'est surtout être, l'appropriation d'une LBP et d'une LFBP, apport extérieur au sujet, relève d'un processus inverse, à savoir, quand faire, c'est dire et c'est par-être (et paraître). Le statut du sujet et son rôle seront, en effet, pour une large part déterminants dans ses besoins langagiers et la façon dont il se servira de la langue. Il « existera» en tant que sujet professionnel «par» un total respect des pratiques discursives de son environnement professionnel, partie intégrante de son « paraître» professionne1. De ce fait, nous nous éloignons de la langue, élément structurant de l'individu, grâce à laquelle il peut s'affirmer en tant que sujet dans sa composante subjective et sociale. Dans le cas de la LBP et de la LFBP, la langue n'apparaît donc plus intimement liée à un individu dont elle se fait l'écho. Elle devient un élément
4 A noter que d'autres sigles liés à la communication en milieu professionnel sont apparus après le début de notre travail. L'équipe de recherche à l'origine du DCL (Diplôme de Compétence en Langue), a ainsi choisi d'appeler LCU, la langue de communication usuelle et LCUP, la langue de communication à usage professionnel. C'est d'ailleurs avec beaucoup d'intérêt que nous avons découvert en juin 96 l'existence de la LCUP, fruit d'une réflexion semblable à la nôtre qui, loin d'être une simple coïncidence, montre le souci que les enseignants, en particulier ceux qui exercent en langue de spécialité, ont eu de définir clairement la communication en milieu professionnel afin de dispenser un enseignement le plus proche possible de la réalité professionnelle. La naissance du DCL souligne, d'autre part, clairement, le lien étroit entre les langues de spécialité et la pédagogie ou plutôt, l'andragogie, comme l'explique le Professeur Michel Perrin dans son article «Les langues de spécialité, facteur de progrès pédagogiques », Actes du colloque du lOème symposium de LSP, Université de Vienne, 29 août-1er septembre 1995. 13

extérieur imposé par le milieu professionnel, un instrument dont seul le bon maniementgarantiral'intégrationen tant que sujet à part entière. N'étant plus la voix de l'individu, la langue deviendrait donc, en quelque sorte, la voix du milieu professionnel. Nous aurons compris que la finalité de cette recherche est didactique, même s'il n'est fait référence que très sommairement à cet aspect. Nous pensons, en effet, que s'il ne peut y avoir de pratique sans théorie, ni de technique sans science, il ne peut y avoir d'enseignement sans recherche. Dans le cas présent, la finalité didactique est double. Tout d'abord, notre étude théorique de la relation sujet/LFBP devra nous amener à réfléchir aux stratégies d'apprentissage que nos «sujets apprenants», futurs sujets professionnels, devront mettre en place pour apprendre les rituels langagiers professionnels, que nous appellerons dans ce travail «rituels professionolangagiers ». Cette réflexion sera transversale, c'est-à-dire qu'elle s'appliquera à tout domaine de spécialité. Par conséquent, nous pouvons dire que la problématique de ce travail a germé dans l'esprit d'un praticien, une enseignante de langue de spécialité, dont la pratique et les observations ont suscité un certain nombre de questions auxquelles elle a tenté de répondre, dans le cadre de ce travail, en espérant ainsi pouvoir apporter une aide à d'autres enseignants de langue de spécialité dans leur propre démarche. Avant d'entrer dans le vif du sujet, nous souhaitons résumer notre démarche sous forme d'un schéma (voir page suivante) s'articulant autour du sujet circonscrit par trois triangles. Le sujet est situé au coeur d'une série de trois triangles représentant trois « mondes ». Le premier, langue! monde! communication est le monde dans lequell'infans devient un sujet à part entière en s'appropriant la langue L, langue première, dans un processus de différenciation et de mise en commun. Le deuxième est le monde professionnel défini par langue à but professionnel! monde professionnel! instrument de communication. La langue, bien que toujours langue première, (ce qu'indiquent les lignes en pointillés qui unissent les deux triangles) est utilisée dans le but de répondre aux besoins du monde professionnel, elle devient donc langue à but professionnel. Son usage fonctionnel qui tend à réduire le processus de différenciation inhérent à tout échange langagier et ses caractéristiques imposées à l'extérieur en font un instrument de communication. Le dernier monde est le monde professionnel international, représenté par le dernier triangle, langue fédératrice à but professionnel! monde professionnel international! instrument de communication.

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Dans ce monde, la langue utilisée n'est plus la langue première, c'est une langue fédératrice devant permettre la communication internationale. Elle a son origine dans un monde extérieur au sujet représenté par le triangle en pointillés à gauche du triangle principal. Elle s'est imposée à l'ensemble de la communauté professionnelle internationale pour des raisons historiques et s'est transformée en une LFBP. Nous voyons, d'ailleurs clairement sur notre schéma que c'est le triangle «LFBP, instrument, international» qui est relié au triangle extérieur. Nous indiquons ainsi le lien entre une ;;ociété professionnelle hégémonique et la naissance d'une LFBP dans le monde professionnel international. LANGUE L
4LANGUE
I

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MONDE

I, COMMUN~CATlON

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I

Fig. 05 : Les mondes du « JE »

Paradoxalement, le rapprochement vers le sujet ne signifie pas qu'on arrive à son être le plus profond, mais au contraire, entraîne un effacement de son identité subjective, car en adhérant au discours professionnel et en utilisant une LFBP, le sujet se «désolidarise» en quelque sorte de son énoncé, pour adhérer au discours professionnel. On remarquera que chaque passage dans un nouveau « monde» s'accompagne d'une plus grande précision des mots qui le définissent,
S Nous avons choisi de commencer à numéroter nos schémas par « 0 » pour souligner qu'à ce stade, nous ne sommes pas encore entrée dans le vif du «sujet », de même qu'avant de naître, le sujet est un «sujet 0 » dans la théorie lacanienne, comme nous l'expliquerons dans la première partie de ce travai1. 15

réduisant, de la sorte, leur champ sémantique. Cette réduction au niveau des signifiants n'est que le reflet d'un espace communicationnel de plus en plus contraignant pour le sujet, ceci étant, d'ailleurs réciproquement vrai. Nous venons de poser les jalons de notre travail, nous sommes maintenant en mesure d'assister à la naissance du sujet.

16

PREMIERE

PARTIE

La langue La communication Le monde

«

Le langage n'est pas en premier lieu et par nature un

moyen de communication et d'information pratique... La nature du langage, dont le pouvoir de communiquer n'est qu'une forme dérivée, est de nous élever à la saisie de l'étant comme étant, par la saisie implicite de l'«être». L'étant de son côté n'accède tout à fait à lui-même que dans le nom qui lui est conféré». Waelhens A.(de), 1953. p. 15.

I
Chapitre 1
La langue: le garant de la naissance et de la pérennité de l'Etre
1.1.1 L'être humain: héritier d'un patrimoine linguistique Si l'enfant, à la naissance, ne parle pas (étymologiquement, « enfant» vient du latin « infans » : « qui ne sait pas parler»), iJ possède néanmoins cette faculté universelle qui le distingue de l'animal, celle de la parole. Cependant, ce don ne saurait s'exprimer sans l'aide de représentations symboliques qui constituent ce qu'on appelle la langue. Cette langue va sous-tendre tout discours humain car elle « est la mère de tout discours; elle l'éduque (l'enfant), et, par son exemple passé, elle détermine le modèle qu'iJ est censé suivre. Mais l'enfant est plein de vigueur, iJ a l'esprit aventureux et iJ n'en fait souvent qu'à sa tête. Sage est la mère qui n'hésite pas à faire acte de tolérance, car un jour elle s'éteindra et ses enfants assumeront à leur tour le rôle de parents. Dans l'intérêt de l'avenir de la famille, les règles de conduite doivent toujours être soumises à révision, même s'il est inévitable que les étapes transitoires révèlent des traces de friction. »1 Donc pas de discours sans langue, mais pas de langue sans transmission d'un savoir comme l'explique R. Barthes pour qui « la langue paternelle (est) celle qui nous vient de nos pères et qui nous fait à notre tour pères et propriétaires d'une culture que précisément l'histoire transforme en 'nature' ».2

I Gardiner A.H. Langage et acte de langage - Aux sources de la pragmatique, Lille: PU, 195], p.156. 2 Barthes R. L'Empire des signes. Paris: Flammarion, 1980, p. II. 19

Des deux citations précédentes nous retiendrons deux éléments fondamentaux pour la suite de notre étude. Tout d'abord la langue est la matrice d'un peuple, d'une société et d'une culture, et par ailleurs, elle fait de l' « infans » l'héritier d'un bagage linguistique transmis par la «voix paternelle ». Précisons que nous entendons «père », non pas au sens restrictif de géniteur, mais au sens étymologique de « pater », celui qui donne naissance à la patrie. Ainsi la notion de père fait-elle directement référence à la « nation, la communauté politique à laquelle on appartient ou à laquelle on a le sentiment d'appartenir. »3 Reliant « père» à « patrie», nous arrivons directement au terme «patrimoine», communément utilisé au sens étymologique d' « héritage du père ». De ce fait, lorsque nous utiliserons l'expression « patrimoine linguistique », ce sera en relation avec l'héritage culturel provenant de la communauté, de la société desquelles nous sommes issus. Nous pouvons donc affirmer avec E. Benveniste que, « l'enfant naît dans une communauté linguistique, il apprend sa langue, processus qui paraît instinctif, aussi naturel que la croissance physique des êtres et des végétaux, mais ce n'est pas l'exercice d'une faculté 'naturelle', c'est le monde de 4 l'homme. » Cela nous renvoie à R. Barthes, précédemment cité, pour qui, c'est l'histoire qui transforme la langue paternelle en « nature ». Néanmoins, il est vrai que l'expression «langue naturelle» est souvent employée pour exprimer la première langue à laquelle 1'« infans » se trouve confronté. Aussi, pour lever toute ambiguïté, nous préférerons l'expression « langue première» (L) à celle de « langue naturelle» couramment utilisée. Héritier du bagage linguistique de la communauté dans laquelle il naîtra, l'enfant deviendra, par là même, « propriétaire d'une culture» selon les termes de R. Barthes. C'est précisément ce lien entre héritage linguistique et héritage culturel qui va faire l'objet de la section suivante. 1.1.2 L'homme, la langue et la culture « J'appelle culture, le milieu humain, tout ce qui, par-delà l'accomplissement des fonctions biologiques, donne à la vie et à l'activité humaine forme, sens et contenu. La culture est inhérente à la société des hommes, quel que soit le niveau de civilisation (...).
3 Paris: Le Robert, ] 987, p. 52. 4 Benveniste E. Problèmes de linguistique générale 2, Paris: ]974, p.21. 20

Editions Gallimard,

Or ce phénomène humain, la culture, est un phénomène entièrement symbolique. La culture se définit comme un ensemble très complexe de représentations organisées par un code de relations et de valeurs: traditions, religion, lois, politique, éthique, arts, tout cela dont l'homme, où qu'il naisse, sera imprégné dans sa conscience la plus profonde et qui dirigera son comportement dans toutes les formes de son activité, qu'est-ce donc sinon un univers de symboles intégrés en une structure spécifique et que le langage manifeste et transmet? Par la langue, l'homme assimile la culture, la perpétue ou la transforme (...). C'est en définitive le symbole qui noue ce lien vivant entre l'homme, la langue et la culture. »5 Un symbole est, selon la définition du Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage,6 « une figure selon laquelle on substitue au nom d'une chose le nom d'un signe que l'usage a choisi pour le désigner. »

Ainsi, à une extrémité se trouve « on », soit l'homme, à l'autre extrémité se
trouve la « chose» ; mais c'est l'usage qui donne un sens aux choses pour l'homme. Or l' « usage» n'est rien d'autre qu'une habitude acquise par un groupe donné, par une société donnée, qui se transmet de génération en génération. Cet usage, c'est ce que Benveniste appelle « la culture» ; et cette culture n'existe que par la représentation symbolique de la langue (qui devient langage dès lors que l'homme se l'est approprié). Dorénavant, nous appellerons donc « langage» l'appropriation par l'homme d'un système symbolique structuré, la langue. De ce fait, « le langage est une incessante mise en relation (prédication, énonciation), grâce à quoi des énonciateurs en tissant un jeu structuré de références, produisent un surplus d'énoncés et repèrent une pluralité de significations. »7 Nous pouvons donc affirmer que l'utilisation du mot « langage» pour parler des animaux est impropre, car la communication animale passe par l'utilisation de signes et non pas de symboles. Par là même le terme de « culture» semble tout à fait inapproprié pour parler du monde animal.

5 Benveniste E. Problèmes de linguistique générale I, Paris: Gallimard, 1960, p. 30. 6 Paris: Larousse, 1994, p. 460. 7 Culioli A. «Sur quelques contradictions en linguistique », Communication n° 20, 1973, p.87. 21

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