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La communication selon Bourdieu

De
88 pages
Ce titre condense la visée de l'ouvrage: expliciter les apports de son "oeuvre" aux sciences de la communication, mettre en relief toute la fécondité de la critique sociale, en cerner aussi les limites. La démarche ainsi esquissée déjoue l'exercice du commentaire - ni glose, ni apologie - pour se plier à une visée "instrumentalisante". Que faire et comment faire en sciences de la communication avec l'ensemble des propositions indexées sous ce patronyme ?
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La communication selon Bourdieu
Jeu social et enjeu de société

Communication et Civilisation Collection dirigée par Nicolas Pelissier
La collection Communication et Civilisation, créée en septembre 1996, s'est donné un double objectif. D'une part, promouvoir des recherches originales menées sur l'information et la communication en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs dont les découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large. D'autre part, valoriser les études portant sur l'internationalisation de la communication et ses interactions avec les cultures locales. Information et communication sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive le statut d'interdiscipline des sciences qui les étudient. Que l'on se réfère à l'anthropologie, aux technosciences, à la philosophie ou à I'histoire, il s'agit de révéler la très grande diversité de l'approche communicationnelle des phénomènes humains. Cependant, ni l'information, ni la communication ne doivent être envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants.

Déjà parus
Serge AGOSTINELLI (sous la dir.), L'éthique des situations de communication numérique, 2005. P. MOEGLIN et G. TREMBLAY, L'avenir de la télévision généraliste, 2005. Michèle GELLEREAU, Les mises en scène de la visite guidée, 2005. Philippe MAAREK, La communication politique française après le tournant de 2002, 2004. Mélusine HARLÉ, École et télévision: le choc des cultures. Réalité, mythe, imaginaire, 2004. Stéphane OLIVESI, Questions de méthode: Une critique de la connaissance pour les sciences de la communication, 2004. Jean-Paul METZGER (dir.), Partage des savoirs. Logiques, contraintes et crises, 2004. Jean-Paul METZGER (dir.), Médiation et représentation des savoirs, 2004. Serge AGOSTINELLI, Les nouveaux outils de communication des savoirs, 2003. Michael PALMER, Quels mots pour le dire ?, 2003.

Stéphane Olivesi

La communication selon Bourdieu
Jeu social et enjeu de société

L'Harmattan

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso

Fac.. des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

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1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

site: www.librairiehannattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattanl@wanadoo.fr @L'Harmatlan,2005 ISBN: 2-7475- 9308-8 EAN : 9782747593083

Introduction

La réception des travaux de Pierre Bourdieu dans le champ des sciences de la communication suscite, là comme ailleurs, des réactions contrastées. Les ancrages disciplinaires des chercheurs expliquent souvent ces attitudes. Des présupposés « politiques» au sens très général de conceptions du monde social, mais aussi d'engagement civique, déterminent cette réception. Enfin, la visibilité médiatique et académique de Pierre Bourdieu a influencé cette réception dans un sens qui ne lui a pas toujours été favorable. Une esquisse de typologie conduirait ainsi à classer les chercheurs selon leur attitude face à une œuvre centrale, voire incontournable, dans les sciences humaines et sociales: - ceux pour qui la sociologie de Pierre Bourdieu constitue une référence théorique centrale, féconde, structurante dans leur propre travail de recherche; - ceux qui en font un usage plus occasionnel, plus ponctuel aussi, mobilisant d'autres cadres d'analyses et, de ce fait, évitant le « catalogage » dans une sorte d'orthodoxie; - ceux dont les préoccupations théoriques ou la nature des objets étudiés sont trop éloignés pour permettre la mobilisation des outils et des concepts bourdieusiens ; - ceux, enfin, qui par répulsion et par principe écartent 1 hostilité à l'égard de ce qui s'apparente de près ou de loin à une sociologie critique. Une recension des travaux de recherche, suivie d'une analyse de la biographie scientifique de leurs auteurs, permettrait certainement d'affiner cette grossière esquisse, en explicitant les relations entre, d'un côté, les ancrages disciplinaires des chercheurs, leurs positions théoriques, leurs affinités « politiques », leurs obj ets d'étude, leurs
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systématiquement toute référence et manifestent une ffanche

On notera la véritable prouesse que constitue, sur ce point, le dictionnaire

des

méthodes d'Alex Mucchielli qui parvient à ne pas mentionner le nom de P. Bourdieu, ni d'ailleurs ce qui pourrait s'apparenter à une sociologie critique. Dictionnaire des techniques qualitatives en sciences humaines et sociales, Armand Colin, 1996.

options méthodologiques et, de l'autre, le degré d'adhésion ou de rejet du travail de Pierre Bourdieu. Au risque de proposer une analyse qui s'apparente par certains traits à un plaidoyer (mais peut-on esquisser un tel projet sans être a priori convaincu de l'existence d'apports suffisamment significatifs pour justifier l'exercice ?), le présent ouvrage limite son ambition à expliciter les apports et les acquis de cette sociologie dans la compréhension des phénomènes de communication ainsi que dans l'analyse des objets « canoniques» des sciences de la communication. Il n'opte pas, en conséquence, pour une démarche sociologique qui aurait consisté à identifier à l'intérieur du groupe des chercheurs en communication (élargi au-delà du cercle restreint de ceux qui appartiennent institutionnellement à la discipline), les usages divers et variés de cette sociologie critique. Une telle démarche soulèverait en effet de nombreux problèmes de méthodes relatifs à la définition du groupe des chercheurs ainsi qu'au repérage et à la catégorisation de leurs usages. Elle s'opposerait surtout à la logique du présent essai qui vise à suggérer de nouveaux usages, de nouvelles formes d'importation des grilles de lectures bourdieusiennes, pour enrichir la compréhension de la communication comme enjeu de société etjeu social. Saisir la communication comme enjeu de société signifie d'abord que la sociologie de Pierre Bourdieu met à la disposition du chercheur les moyens théoriques et méthodologiques d' objectivation de la communication à partir de son émergence sous la forme de champs de pratiques autonomes, mais aussi sous l'angle des transformations structurelles de domaines d'activités progressivement « conquis» par la communication.2 Saisir la communication comme jeu social vise complémentairement à objectiver celle-ci d'un point de vue plus microsociologique pour comprendre la logique des relations entre agents, les formes de domination et les échanges symboliques qui en forment la trame pratique. Les réticences que l'on peut éprouver à écrire « sur» Bourdieu, c' està-dire à se livrer à une entreprise de détournement de capital symbolique, s'estompent ainsi derrière la volonté de valoriser cet objet. Cet exercice de valorisation n'est évidemment pas gratuit. Il se justifie par la méconnaissance ou la sous-estimation dont cette œuvre pourtant très médiatisée pâtit, notamment dans le champ des SIC

2

B. Miège, La société conquise par la communication,

PUG, 1996.

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(Sciences de l'information et de la communication). Trois objectifs définissent l'exercice et résument la démarche entreprise: - mettre au jour les apports des concepts et des modèles bourdieusiens dans la compréhension des phénomènes de communication; - analyser les conditions d'applications de ces concepts et de ces modèles à des domaines ou des objets, particulièrement investis par les sciences de la communication; - enfin, éclairer les limites de ces mêmes concepts et modèles du double point de vue de leurs applications aux phénomènes de communication et de leur fonctionnalité heuristique propre. Cette visée « instrumentalisante » esquive ainsi le problème de la posture herméneutique du leetor.3 Elle ne cherche pas à ressaisir une très hypothétique unité de l'œuvre ou une intention pérenne qui aurait présidé à sa réalisation, pour ensuite déduire certains enseignements définitifs. P. Bourdieu avait d'ailleurs consacré un court texte d'hommage à M. Foucault qui témoigne de sa propre familiarité avec la problématique foucaldienne de l'auteur.4 Ce texte invite à réfléchir sur les conditions de possibilité d'un discours « sur» Bourdieu qui évite à la fois de réifier « l' œuvre» et de sacraliser «l'auteur». Les défenseurs et les détracteurs de P. Bourdieu partagent trop souvent une même croyance dans l'unité de l' œuvre et l'intentionnalité de l'auteur, articulant à leur insu leur discours sur des prémisses identiques. Divers exemples pourraient illustrer cette tentation récurrente d'autant plus forte que la disparition récente de P. Bourdieu renforce la rhétorique de l'hommage qui a de toute évidence sa raison d'être sociale, mais ne s'apparente pas au registre scientifique le plus convaincant. On retiendra à titre de simple illustration I'hommage de L. Pinto consistant à associer Bourdieu à Derrida et Foucault dans un article intitulé « Volonté de savoir. Bourdieu, Derrida, Foucault». 5 Cet article ne prêterait pas à discussion s'il se présentait pour ce qu'il est réellement à savoir un hommage scientifique (que l'on jugera à bon droit justifié). Mais l'auteur indique que « le présent essai est plutôt en affinité avec le type de soeioanalyse pratiqué par Pierre Bourdieu,
J

Cf. P. Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, 1997, pp. 10, 67, 103. P. Bourdieu, Choses dites, Minuit, 1987, pp. 132-133. 4 P. Bourdieu, « "Qu'est-ce que faire parler un auteur ?" A propos de Michel Foucault », in Sociétés et représentations, Paris, CREDHESS, 1996, n03. 5 L. Pinto, « Volonté de savoir. Bourdieu, Derrida, Foucault ». in Pierre Bourdieu, sociologue, sous la direction de L. Pinto, G. Sapiro, P. Champagne, Fayard, 2004.

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et qu'il suppose nombre de développements de sa sociologie des intellectuels. »11 suffit pourtant d'interroger l'épinglage des trois patronymes qui trônent en tête de l'article pour se convaincre que l'argumentation emprunte très peu à la socioanalyse des champs sociaux et beaucoup à 1'hagiographie, l'auteur n 'hésitant pas à dessiner une sorte de Panthéon imaginaire des savants admirés. Est-il donc si difficile d'objectiver l'agent social « Bourdieu» comme lui-même a suggéré de le faire pour les autres agents sociaux? Non seulement rien n'interdit de traiter ainsi « Bourdieu », mais c'est très certainement le meilleur moyen de saisir l'extrême fécondité de son travail que de le cerner dans ses effets à l'intérieur du champ des productions scientifiques. La visée « instrumentalisante » qui sous-tend les analyses s'attache donc à saisir ces effets déjà observés au sein des sciences de la communication et, plus généralement, des sciences humaines et sociales. Simultanément, elle tente d'évaluer les bénéfices escomptés d'une importation raisonnée des modèles et des catégories bourdieusiens. On ajoutera enfin qu'expliciter ces apports, c'est aussi s'expliquer soi-même en explicitant un ensemble de routines et de réflexes savants intériorisés. Car le travail de P. Bourdieu aura marqué de son empreinte les chercheurs soit par une fréquentation directe de « l' œuvre» et parfois de son « auteur », soit par la reprise plus ou moins maîtrisée, plus ou moins distanciée, de formules et de schémas de pensée transformés en une sorte de vulgate largement répandue dans les milieux académiques.

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