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LA COMPÉTENCE SOCIALE

De
111 pages
Certaines personnes non diplômées accèdent rapidement à l'emploi alors que des diplômés sont longtemps chômeurs. Des handicapés s'intègrent aisément dans la vie quotidienne, d'autres n'y parviennent pas. Jean-Marc Dutrénit nomme compétence sociale cet ensemble de qualités qui fait la différence. Le travail social qui réussit développe cette compétence sociale chez l'usager. Ce livre présente " le chaînon manquant " : une définition des composantes de la compétence sociale dans une perspective résolument interactionniste. Mais il présente aussi des modalités de développement de la compétence sociale dans l'organisation d'un Projet Educatif Individualisé.
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" LA COMPETENCE

SOCIALE

Diagnostic et développement

Dans la même collection
BINH et al. Traiter la violence conjugale, 1996 BORN M., LIONTI A.M., Familles pauvres et intervention en réseau, 1996 CASPAR, Ph. L'accompagnement des personnes handicapées mentales, 1994 DUTRENIT, J.M. Evaluer un centre social, 1994 GILLET, J.C. Animation et animateurs, le sens de l'action, 1995 LEPAGE-CHABRIAIS, M. Réussir le placement des mineurs en danger, 1996 NICOLAS-LE STRAT P. L'implication, une nouvelle base de l'intervention sociale. 1996 RATER-GARCETTE, Christine La pr~fessionnalisation du travail social (1880-1920), 1996 VEZINA, A. et al. Diagnostic et traitement de l'enfant en danger, 1995 ZAFFRAN, J. L'intégration scolaire des handicapés, 1997

Du même auteur
k~ociologie, travail social et psychiatrie, Paris, Etudes Vivantes, 1980. Epuisé. Sociologie et compréhension du travail social, Toulouse, Privat, 1981. Epuisé. Gestion et évaluation des services sociaux, Paris, Economica, 1989. Evaluer un centre social, Paris, L'Harmattan, 1994. [.le travail social, Paris, La Documentation Française, Encyclopédie des métiers, Tome XII, 1996. Accompagnement plus. Logiciel de diagnostic et traitement en travail social. Paris, L'Harmattan, 1997 @ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5159-4

Jean- Marc DUTRENIT

~

LA COMPETENCE

SOCIALE

Diagnostic et développement

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

TECHNOLOGIE

DE L'ACTION SOCIALE

(~ollection (lirigée par Jean-Alarc DUTRENIT Les pays francophones, européens notamment, sont très carencés en outils scientifiques et techniques dans l'intervention sociale. Il importe de combler ce retard. "Technologie de l'Action Sociale" met à la disposition des organismes, des praticiens, des étudiants, des professeurs et des gestionnaires les ouvertures et les réalisations les plus récentes. Dans cette perspective, la collection présente divers aspects des questions sociales du moment, rassemble des informations précises, garanties par une démarche scientifique de référence, permettant au lecteur d'opérationnaliser sa pratique. Chaque volume présente des méthodes et techniques immédiatement applicables. Au delà, la collection demeure ouverte à des ouvrages moins techniques, mais rendant compte d'expériences originales, pouvant servir de modèle d'inspiration. Méthodes de diagnostic social, individuel ou collectif, modalités efficaces de l'accompagnement social de la rééducation et de l'insertion, techniques d' analyse ~t de prévision dans le domaine de l'Action sociale, modèles d'évaluation et d'organisation des services et établissements du secteur sanitaire et social, en milieu ouvert ou fermé sont les principaux centres

d'intérêt de cette collectiQn. . Améliorer l'expertise sociale pour
faciliter l'intégration des handicapés de tous ordre quotidienne, ~elest en résumé l'objectif visé. à la vie

Ceux qui pensent que leur travaux peuvent trouver place dans cette collectionpeuvent contacter:
Jean-Marc DUTRENIT c/o L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

Introduction
Le travail social est en crise d'adaptation comme le reste de la société, ce n'est pas un mystère. Les solutions évoquées par les uns.et les autres, au cours des dernières années sont nombreuses, mais externes: il faudrait de l'argent, il faudrait une autre structure sociale,

il faudrait une réfonne juridique, il faudrait une autre organisation du
travail, il faudrait une autre politique sociale, il faudrait supprimer le chômage, fenner les frontières, changer la mission des travailleurs sociaux, que sais-je encore? Il est évident que si tous ces miracles se produisaient, le travail social aurait moins de difficultés. Mais ils ne se produiront pas, chacun le sait. La question demeure alors dans toute sa difficulté: que faire et comment le faire, dans les conditions d'aujourd'hui? Ce n'est pas une question d'argent. Les budgets sont ce qu'ils sont, mais chacun sait qu'avec la même somme on peut faire des réussites ou échouer lamentablement. Tous les stratèges le savent, tous les économistes aussi. Ceux qui s'occupent de développement dans le tiers monde le savent plus encore. Terre des hommes, Frères des hommes, Médecins du Monde, les « banques qui ne prêtent qu'aux pauvres» le savent parfaitement: tout est d'abord une question de volonté et d'organisation. Les inspecteurs des DDASS et des DRASS le savent également: à budget équivalent, telle équipe de direction réussira le travail qu'une autre ne sait pas faire, dans le même contexte 9

,

régional ou urbain. Doubler le budget du travail social permettrait certainement de travailler plus confortablement, mais ne résoudrait pas la crise d'identité qu'il vit de manière aiguë. Le mal est plus profond. Ce mal viendrait-il des structures juridiques qui le soutiennent et qui seraient mal adaptées? On peut certes trouver ici ou là des questions à résoudre, mais l'arsenal juridique à la disposition du travail social est extrêmement complet et structurant. Pas un handicap qui ne soit dûment inventorié, catalogué et traité. Nous avons examiné ce problème dans un livre récent (Dutrénit 1996) et conclu que cet arsenal -si complet soit-il- laisse en blanc, comme il se doit de le faire, le contenu strictement professionnel du travail social. De ce fait certains imaginent que la simple fréquentation d'un établissement ou d'un service social résoudra le problème dont souffre l'usager, le handicapé. Et lorsque la «solution» ne résout rien, les mêmes imaginent qu'il faudrait faire une autre réforme, créer une autre structure. Une telle réaction peut être compréhensible venant d'un public non initié. Mais venant du côté des professionnels de l'action sociale c'est tout à fait irrecevable. C'est un peu comme si dans le domaine sanitaire, le corps médical se contentait d'organiser la fréquentation des hôpitaux pour soigner le public sans se poser la question des diagnostics ni celle des traitements correspondants! La solution à la crise du travail social n'est donc pas une question juridique.

Le problème apparaît alors comme beaucoup plus fondamental. Il s'agit du produit du travail social lui-même et de son élaboration. Il nous aura fallu à peu près trente ans pour le définir correctement et trouver une solution opératoire. Tout a commencé en 1967. Jeune sociologue, frais émoulu d'une université de province où Raymond Boudon faisait ses premières armes d'enseignant, je me préparais à une carrière d'ethnologue. Un emploi d'occasion dans un centre de réadaptation psychosociale pour des malades issus de l'hôpital psychiatrique me fit découvrir un monde à ma mesure. Je me rendis compte alors qu'il était superflu d'aller chetcher sous les tropiques des solutions à nos problèmes sociaux. Ceux dont ]0

souffraient bon nombre de nos clients provenaient en bonne partie de capacités qu'ils n'avaient pas eu la possibilité de développer. Vers 1973, la rencontre de Renaud Sainsaulieu m'incitait à chercher des solutions du côté des organisations et de l'analyse culturelle. Il en sortit un livre produit sous sa direction par neuf sociologues associés en bipôles à neuf travailleurs sociaux (Chevreuse 1979). La qualité et les composantes de l'acte de travail social apparaissaient alors au centre du chapitre que je rédigeais avec Denise Cassegrain. Mais cela me laissait insatisfait et j'ouvrais en octobre 1979, au Centre d'Etudes Sociologiques (CNRS), grâce à Sainsaulieu qui venait d'en accepter la direction, un séminaire public intitulé «Evaluation des produits des politiques sociales ». Le titre dépassait largement l'objet du seul travail social, mais pendant les dix ans de son existence ce séminaire a contribué au développement de la culture de l'évaluation des questions sociales en France. Le but que je poursuivais était d'élucider les rapports entre cinq aspects fondamentaux du travail social: les valeurs des acteurs du système, les types de handicaps se présentant à l'entrée, les types d'acte de travail social que les travailleurs sociaux construisent à partir de là, les effets individuels, observables chez les usagers, et produits par ces actes, et enfin les effets produits sur le milieu environnant.

Au cours de ces années je disais que le travail social produit de la réciprocité et de l'intégration sociale (Dutrénit 1989). Cela reste vrai mais l'étape fondamentale permettant de produire intégration et réciprocité est la production de compétence sociale chez l'usager. Car la compétence sociale est le chaînon manquant pour qu'une personne quitte les rives de la marginalité et atteigne l'intégration dans l'emploi, la formation ou d'autres activités sociales. En quoi consiste cette compétence sociale, quelles en sont les valeurs et les conditions de développement devenait un problème central qu'il fallait résoudre. Ce livre explique tout cela. Le premier chapitre décrira la situation de crise dans laquelle on se trouve et en quoi elle dénote l'urgence de la qualification sociale. Le second montrera en quoi les paradoxes de la situation du travail social et des sciences humaines ont longtemps Il

bloqué et bloquent encore souvent l'émergence d'une notion opératoire comme celle de la compétence sociale. Le troisième décrira cette compétence sociale sous ses différentes facettes, notamment dans ses rapports avec les valeurs des acteurs du travail social de nos jours. Le

Valeurs des acteurs

Effets sur les clients

~
Types de handicaps

Actes de travail social

/ ~
Effets sur le milieu

/

Fig. 1 Cinq aspects fondamentaux de la production du travail social

quatrième abordera la question du diagnostic en compétence sociale en relation avec les différents types de handicaps se présentant à l'entrée du système d'action sociale. Le cinquième chapitre traitera du développement de la compétence sociale. On y examinera les composantes de l'acte de travail social et leur efficacité dans la production de compétence sociale. La méthodologie du Projet Eaucatif Individualisé en Compétence Sociale et celle du Projet d'établissement ou de service retiendront particulièrement l'attention. Le lecteur avide de considérations théoriques et stratégiques trouvera 12

matière à réflexion dans les deux premiers chapitres. Celui qui est davantage à la recherche d'outils opératoires pour sa pratique quotidienne pourra se contenter de les survoler pour commencer une lecture plus attentive à partir du chapitre trois. Quelques annexes viennent illustrer des outils développés au cours du livre. On aura ainsi construit un chaînon essentiel manquant au travail social. Ajoutons que le maniement de cette nouvelle expertise est facilité par l'existence du logiciel « Accompagnement Plus» (versions windows et Macintosh) que nous avons créé avec la collaboration de nombreux services et établissements sociaux. Parmi eux on doit citer plus particulièrement le CHRS « La Chaumière» à La Roque d'Anthéron, et l'Institut CazinPerrochaud à Berck sur Mer. Que leurs directeurs respectifs, JeanYves Moine et Philippe Dage, et leurs équipes trouvent ici l'expression de notre sincère reconnaissance. L'utilisation opérationnelle quotidienne des concepts de compétence sociale et de Projet Educatif Individualisé en Compétence Sociale, tels qu'on les a définis, seraient trop lourds sans l'aide de l'infonnatique. Aussi ce livre explique-t-ille maniement du logiciel à la clé de chaque nouveau concept. Pourquoi ne pas utiliser l'infonnatique dès lors qu'elle peut vous simplifier la vie ? Son maniement est devenu suffisamment répandu pour qu'elle ne soit plus un véritable obstacle. C'est tout au plus un apprentissage de quelques heures dès lors que les concepts ont été assimilés. Oui je sais, ce livre n'est pas une critique pure et sin1ple des systèmes. Il ne flattera pas le côté négateur ou « refuznik» de beaucoup de travailleurs sociaux et de sociologues. Il est facile de dénigrer le pouvoir pour être populaire, mais il est plus difficile d'être créatif au risque de heurter quelques habitudes ou quelques prébendes. Il est plus facile de décrire les processus de disqualification ou de désaffiliation sociale que de faire une sociologie de la requalification et de la compétence. Il est plus difficile de trouver des solutions que de décrire un état de fait. Les tiers-mondistes travaillant au ras du sol, je veux dire au plus près des besoins quotidiens des populations ont eux aussi ont fait cette constatation: quand la présence ou l'autorité de l~intervention d~aide disparaît, « il faut bien que l'adhésion prenne la place. Vous les pédagogues, pondez-nous une technique de conviction, convictiale» (Sahores, 1996). Il est grand temps que les sciences 13

humaines, et singulièrement la sociologie, multiplient la créativité dont les sociétés ont besoin, aujourd'hui plus encore qu'à d'autres époques moins perturbées. Encore des remerciements et une remarque avant de commencer. Nos remerciements vont à Gilles Beausoleil, professeur honoraire de Sciences Economiques de l'Université de Montréal, président de la Société des Economistes de Langue française au Canada, et à Geneviève Martin, professeure de Service Social à l'Université Laval à Québec qui ont bien voulu lire les épreuves de ce livre avant sa parution. Leurs encouragements et leurs suggestions nous ont été précieux. Ainsi, on leur doit de dire aux lecteurs francophones... mais non français... que certaines analyses présentées dans ce livre concernent davantage le travail social en France qu'au Québec ou qu'en Suisse. Par exemple, la formation universitaire de nombreux travailleurs sociaux francophones leur pennet de disposer d'une plus grande variété d'outils de diagnostic et d'analyse que leurs homologues français. Leur situation est ainsi moins paradoxale qu'en France. Néanmoins, 'l'instrumentation du concept de compétence sociale devrait rendre service aux uns comme aux autres, dans la perspective d'un approfondissement de l'exercice de leur profession.

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Chapitre 1

Une situation d'urgence
En 1955 l'Organisation des Nations Unies définissait le travail social comme "une adaptation des hommes aux structures et réciproquement une adaptation des structures aux hommes". Depuis lors, selon les circonstances et les positions, les protagonistes orientent leur action sociale soit sur les structures soit sur les hommes. Mais les études du travail social par les Sciences Humaines ces dernières années autorisent l'énoncé d'une définition de type plus scientifique. On dira que le travail social consiste en tout acte qui au moyen d'interactions, d'enseignement ou de service vise à entretenir ou développer la compétence sociale d'individus ou de groupes sociaux dont les modalités d'existence ne répondent plus aux normes de la société locale. Soit ils ne participent plus à la vie sociale selon les normes de l'environnement (parents Inaltraitant leurs enfants, étrangers non instruits des usages locaux, etc...) soit ils n'en reçoivent plus les gratifications normales (personnes handicapées par l'âge, la maladie, l'éducation, la situation professionnelle, urbanistiquc, etc... ), soit les deux. Bref leurs liens de réciprocité avec les autres sont rompus ou sérieusement endommagés. Alors les acteurs divers du travail social tentent d'en retisser la trame. Conseillers sociaux,

assistantes sociales, animateurs sociaux, conseillers en économie
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