La compulsion de punir

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Interrogeant le sens des pénalités, Tony Ferri explore la question difficile de savoir d'où vient le besoin insatiable de punir. Bien loin qu'une supposée "nature humaine" commande le comportement infractionnel, l'auteur s'interroge : comment comprendre l'attitude du corps social, du législateur, des gens "bien insérés" lorsqu'ils lancent des appels appuyés à réprimer toujours davantage ? Comment expliquer l'intarissable inflation punitive? Au fond, quels sont les ressorts cachés des condamnations ?
Publié le : lundi 15 juin 2015
Lecture(s) : 14
EAN13 : 9782336383675
Nombre de pages : 120
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LA COMPULSION DE PUNIR
Interrogeant, à nouveau, le sens des pénalités, Tony Ferri explore, dans ce livre, Tony Ferri
la question diffcile et décisive de savoir d’où vient le besoin insatiable de punir.
Comment, en effet, comprendre l’attitude du corps social, du législateur, des
gens prétendument bien insérés lorsqu’ils lancent des appels appuyés, parfois
nerveusement, les yeux exorbités et les lèvres écumantes, à réprimer toujours
davantage ceux qu’ils vomissent sous le nom de délinquants ? Comment
expliquer l’intarissable infation punitive ? La hausse des condamnations
procède-t-elle d’une tendance des individus à commettre plus facilement
des infractions aujourd’hui qu’hier ou, au contraire, d’un désir océanique
d’intolérance, voire d’une compulsion incompressible de punir ? Au fond, quels LA COMPULSION
sont les ressorts cachés des condamnations ?
Bien loin qu’une supposée « nature humaine » commande le comportement DE PUNIR
infractionnel, l’auteur met ici le doigt sur les effets délétères de la création
perpétuelle de nouveaux délits, sur le caractère hystérique et pathologique de
la montée de l’intolérance, sur les conséquences inquiétantes de la gestion d’un
contentieux devenu explosif, sur le malheur social tenant au maintien, à un
haut niveau, du régime de l’enfermement.
Au rythme où vont les condamnations, après la création, en réalité assez
récente au regard de l’histoire des pénalités, de délits relatifs, par exemple,
à la conduite sans permis, à l’établissement de chèques sans provision ou au
non-paiement de la pension alimentaire, il y a tout lieu de se demander si
les gens apparemment bien sous tous rapports, qui appellent de leurs vœux la
multiplication et le durcissement des peines, ne seront pas ceux qui, demain,
seront placés sous écrou ou sous surveillance électronique...
Tony Ferri est philosophe, essayiste, chercheur au laboratoire Préface de René Schérer
Gerphau, conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, Postface de Loïck-M. Villerbu
spécialiste du champ pénitentiaire et du registre de l’application des
peines, auteur de plusieurs ouvrages, dont récemment, en co-écriture,
Punition et risque. Les geôles du quotidien (Studyrama, 2015).
René Schérer est philosophe, écrivain, professeur émérite de philosophie à
l’Université de Paris 8, auteur de nombreux ouvrages dont dernièrement le Petit
alphabet impertinent (Hermann, 2014), et En quête de réel. Réfexions sur le
droit de punir, le fouriérisme et quelques autres thèmes – Entretien avec Tony
Ferri (L’Harmattan, 2014).
Loïck-M Villerbu est professeur émérite des Universités de Rennes 2 et de Paris 7,
expert psychologue près la Cour d’appel de Rennes, fondateur du Master de
psychocriminologie et victimologie et de l’Institut de Criminologie et Sciences Humaines,
du GIS-CRIMSO.
Site villerbu-criminologie.fr
Logiques des pénalités contemporaines
ISBN : 978-2-343-06585-4
13.50 €
LA COMPULSION DE PUNIR Tony Ferri
Logiques des pénalités contemporaines





La compulsion de punir
























Logiques des pénalités contemporaines
Collection dirigée par Tony Ferri


Emprisonnement, aménagements de peine, mesures de
probation... Qu'est-ce qu'exécuter une peine aujourd'hui ? Devant
la diversité des sanctions pénales, et face aux évolutions affectant
les secteur de l'application des peines, l'activité des personnels
pénitentiaires et la place de l'enfermement dans l'économie du
pouvoir de punir, cette collection a vocation d'ouvrir un espace de
réflexion aux chercheurs et aux praticiens du registre
postsentenciel.


Dernières parutions

Tony FERRI, Le pouvoir de punir. Qu’est-ce qu’être frappé d’une
peine ?, 2014.

René SCHERER, En quête du réel, Réflexions sur le droit de punir, le
fouriérisme, et quelques autres thèmes. Entretien avec Tony Ferri,
2014.













Tony Ferri





La compulsion de punir






















Du même auteur

Punition et risque. Les geôles du quotidien (avec Erwan
Dieu), Paris, Studyrama, 2015.

Le pouvoir de punir. Qu'est-ce qu'être frappé d'une peine ?,
Paris, l'Harmattan, 2014.

La condition pénitentiaire. Essai sur le traitement corporel
de la délinquance (avec Dragan Brki ć), Paris,
L'Harmattan, 2013.

Qu'est-ce que punir ? Du châtiment à l'hypersurveillance,
Paris, l'Harmattan, 2012.

« La biopolitique et le P.S.E. (Le Placement sous surveillance
électronique) », in La biopolitique outre-

Atlantique après Foucault, sous la direct. D'Audrey Kiéfer et
de David Risse, Paris, l'Harmattan, 2012.

Les Fées pleurent pour y croire encore, Paris, Publibook,
2008.

Le Répit, Paris, Publibook, 2001.





© L’HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06585-4
EAN : 9782343065854 A Juliette et Adèle.« C'est en effet une certitude (…) que les [hommes] sont
enclins à la vengeance plus qu'à la miséricorde » (Spinoza,
Traité politique, chap. I, V, Paris, Éditions Réplique, 1979,
p. 15).Préface
La fin d'une illusion
Il est des livres qui, par la vertu seule de leur nom et
l'orientation de leur propos, font que la pensée change d'axe.
Elle ne gravite plus autour des mêmes ressassements, de la
même logique. Elle en adopte une nouvelle, à la faveur du
changement brusque, sinon brutal qu'ils imposent. Dans ma
jeunesse, grâce à Jean Lacroix qui professait en Khâgne au
Lycée du Parc de Lyon, je crois bien que celui qui a joué ce rôle
fut L'homme du ressentiment de Max Scheler. Auquel
j'ajouterai, toujours grâce au même philosophe, cet ouvrage de
Jean-Marie Guyau si injustement oublié aujourd'hui, et, dont le
titre suffit à énoncer tout un programme : Esquisse d'une
morale sans obligation ni sanction.
De telles formules ont éveillé en nous un écho qui n'en a pas
fini de retentir. « Ainsi qu'un tympanon », ils fatiguent,
c'est-àdire chargent, meublent, nourrissent la mémoire. Ils la forcent à
opérer une conversion salutaire; à regarder ailleurs que selon les
lieux communs, les certitudes infondées. Le ressentiment : que
de fois l'idée que nous nous faisons de la justice n'est que
l'expression d'une haine, d'un esprit de vengeance contre
l'adversaire qui l'a emporté sur nous. La sanction : au nom de
quel principe supérieur nous estimons-nous en droit d'infliger à
autrui une peine afflictive, de le priver de liberté, de le
retrancher de la société active, vivante ? Où se loge la justice,
quel est le point d'application de l'évidence, pour le crime ou la
faute, d'une punition ?
La mise en question de la sanction, la prise de conscience du
ressentiment caché qui motive nos actes opèrent le brusque
sursaut révélateur. Voici venu le temps du réveil, celui de nous
secouer, l'instant de l'heure qui sonne. « Quelle heure est-il? »,
écrivait Nietzsche au début de la Généalogie de la morale,
9énoncé inaugural, lui aussi, vibrant comme un appel à dissiper
les rêves ; les illusions d'une « bonne conscience » tout aussi
fallacieuses que celles du prétendu « bon sens ».
C'est à cette famille de pensée qu'appartient le livre que l'on va
lire. A un tel changement d'axe et de perspectives qu'invite Tony
Ferri dont on connaît déjà la toute récente critique de la prison,
Qu'est-ce que punir ?, où, selon une méthode inspirée de celle
de Michel Foucault, il dénonçait, de façon circonstanciée et
passionnée, « l'extravagante » inflation des incarcérations
requises par le pouvoir judiciaire, ainsi que les sophismes
invoqués pour sa justification par une société de plus en plus
devenue société de surveillance et de contrôle.
Donnant plus que jamais lieu à reprendre la formule
nietzschéenne concernant les valeurs en cours : « Que nous
estil donc arrivé? ». Ne faut-il pas prendre, en ce cas, le problème
à l'envers ? Ne faut-il pas inverser les perspectives, permuter les
points d'appui ? Un tel acharnement à punir, à inventer de
toujours nouveaux prétextes pour sévir et incarcérer, ne
convient-il pas de chercher ses motivations et sa source en son
auteur même ou son suppôt, n'est -il pas urgent de sortir de sa
gangue et d'exhiber une compulsion intime animant « le
punisseur » ?
On songe à Spinoza, et c'est bien là sa méthode, en effet : il n'y
a pas de Bien ni de Mal en eux-même s.Une chose est dite bonne
parce qu'elle nous réjouit et que nous l'aimons ; mauvaise, parce
qu'elle nous afflige ou nous déplaît. Ou, en termes plus
conformes à ceux de l'auteur de L’Éthique : « La connaissance
du bien et du mal n'est rien d'autre que l'affect lui-même, en tant
que nous en sommes conscients » (Éthique, IV, proposition 8).
Appliqué à notre problème, cela signifiera qu'il n'y a pas de
valeur en soi, de Bien et de Mal, ni encore de Crime ; sinon
relativement à des effets individuels ou sociaux. Que
« l'affect », joie, tristesse ou « augmentation de la « puissance »
corporelle ou psychique, bien-être ou utilité, sont les seuls
critères. D'où il suit qu'il faut regarder du côté, non d'un
10« objet » qualifié de telle ou telle manière, mais du sujet qui lui
attribue ces qualités. Lui-même étant animé de telle ou telle
pulsion, ou poussé à agir ; qui, lorsqu'elle est contraignante,
agrémentée de justifications morales, devient « compulsion »
ou, subjectivement, « obsession ». L'obsession de punir.
Qui niera que la pulsion qui guide une large majorité de nos
congénères, l'ensemble de ce qu'on nomme « pouvoirs », n'est
pas compulsionnelle, obsessionnelle ? Une obsession de punir
s'appuyant sur les arguments moraux de justice, de sécurité
commune.
C'est elle que Tony Ferri soumet à l'examen, à laquelle il
applique un sens précis de l'analyse, sa passion, voire une verve
de bon aloi. Vous voulez punir ? Mais regardez d'abord en vous.
Un questionnement qui reprend, d'une certaine manière, le mot
de l’Écriture : « Que celui qui n'a jamais péché lui jette la
première pierre ». Un argumentaire, pourtant, qui va plus loin
que lui, qui l'explicite et l'approfondit. Certes, c'est bien
toujours à cette idée d'un « péché » primordial, d'un « univers
morbide de la faute », selon (encore un autre titre-choc) le
docteur Ange Hesnard, que tout se réfère. Mais il faut aussi
déceler, plus avant, sciemment ou non, l'angoisse de vivre dans
une société perçue comme hostile, sans finalité perceptible.
Déceler la haine d'autrui et le mal de vivre sous les apparences
de la justice et de l'équité.
Le regard change alors de direction et la réflexion de matière.
Cesse la mesquinerie des calculs policiers et judiciaires, celle
de l'opinion commune, dans lesquels s'empêtrent les pensées de
punition et de vengeance. Prend fin l'illusion de remédier par là
de quelque manière aux heurts et dérangements de l'ordre
social. Alors qu'il ne s'agit que de palliatifs dérisoires, viciés
dans leur principe même. Non.
Il y a, certes, trouble, dysfonctionnement du social comme de
l'individuel ; mais ce trouble affecte notre civilisation, notre
culture. Un Malaise dans la civilisation que Freud a su, à bon
escient, dès son temps, épingler et dénoncer. Sans en tirer
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