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La Condition sociale des femmes

De
181 pages

L’ignorance des femmes, de celles surtout auxquelles la fortune ou l’aisance créent des loisirs, a des inconvénients graves. Fénelon en a signalé un dans les paroles suivantes : « Les filles mal instruites ont une imagination toujours errante. Faute d’aliments solides, leur curiosité se tourne tout en ardeur vers des objets vains et dangereux.... Elles se passionnent pour des romans, pour des comédies, pour des récits d’aventures chimériques, où l’amour profane est mêlé ; enfin elles se rendent l’esprit visionnaire en s’accoutumant au langage magnifique des héros de romans.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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Ernest Naville

La Condition sociale des femmes

Études de sociologie

AVANT-PROPOS

*
**

Les idées exprimées dans ce petit volume ont fait la matière de discours prononcés à l’Athénée de Genève, en décembre 1886, au profit d’une institution philanthropique dont les finances se trouvaient en mauvais état1. Le contenu de ces discours, qui n’avaient pas été écrits, a été rédigé pour la Bibliothèque universelle qui en à fait trois articles publiés en octobre, novembre et décembre 1887. M. l’éditeur Imer a manifesté le désir de faire une publication à part de ces articles. Je n’ai pas pris l’initiative de cette reproduction de mon travail, mais il n’y avait pas de motifs suffisants pour justifier un refus.

Des circonstances personnelles ne m’ont pas permis de revoir aussi sérieusement que je l’aurais désiré une étude qui présente de considérables lacunes. Une révision rapide a permis cependant que la rédaction primitive fût, sur quelques points, modifiée et, je l’espère, améliorée. Pour cela, j’ai utilisé, dans la mesure où je l’ai pu, quelques documents nouveaux, et les critiques qui sont parvenues à ma connaissance. Les plus importantes de ces critiques sont celles d’un homme qui a exercé sur ma pensée une influence si grande et si salutaire que je dois accorder toujours une attention sérieuse à l’exposé de ses opinions : mon vieil et fidèle ami Charles Secrétan2.

Le mot Sociologie, qui figure dans le sous-titre de cet écrit, a été introduit par Auguste Comte. Il est désapprouvé par les personnes qui pensent qu’un mot composé de racines de deux langues différentes est un terme hybride à repousser. Mais ce néologisme, bien qu’il ne figure pas dans le dictionnaire de l’Académie française, a été inséré dans le programme d’un concours ouvert par l’Académie des sciences morales et politiques de l’Institut de France. Il aura vraisemblablement les mêmes destinées que le mot minéralogie, terme hybride aussi, dont l’emploi ne soulève plus aucune réclamation.

Je prie mes lecteurs de ne jamais perdre de vue la différence essentielle de deux idées qui se trouvent parfois confondues dans les discussions contemporaines :

L’amélioration de la condition sociale des femmes ;

L’identification des deux sexes sous le rapport de leur position et de leurs fonctions dans la société.

La première de ces idées est l’expression directe des sentiments de la justice et de la bienveillance. La seconde est un paradoxe étrange qu’on est surpris de rencontrer sous la plume d’un écrivain aussi sérieux que Stuart Mill.

J’ai émis la crainte qu’une bonne cause ne soit compromise par les exagérations de quelques-uns de ses partisans ; mais cette crainte peut être atténuée par la considération que voici : les thèses paradoxales sont celles qui attirent le plus vivement l’attention publique ; et il arrive parfois qu’en demandant un plus impossible à réaliser, parce qu’il est en contradiction avec les lois établies par le Créateur, on contribue à faire obtenir un moins qui demeure dans la limite des choses raisonnables et bonnes.

Genève, juin 1891.

ERNEST NAVILLE.

INTRODUCTION

La condition sociale des femmes est une question à l’ordre du jour. Une opinion qui se répand, et qui prend un grand empire sur un certain nombre d’intelligences, réclame des modifications profondes et vraiment radicales aux lois et aux mœurs, en ce qui concerne la position relative faite aux deux sexes dans l’organisation de la société. Toute grande nouveauté est facilement taxée de folie par les esprits positifs. Il y a, dans tous les ordres de choses, des fous dangereux ; mais il ne faut pas oublier qu’au nombre des hommes qu’une opinion superficielle raille et méprise, il en est qui, ayant été les fous de la veille se trouvent être les génies du lendemain. Rien n’est plus loin de ma pensée que le projet d’introduire dans l’étude de questions sérieuses des préventions créées par le sentiment du ridicule. Alexandre Vinet a écrit : « Une espérance que personne ne partage, un dessein auquel personne ne s’associe, accusent de folie devant la multitude le téméraire qui les a conçus.... On plaindra ces enthousiastes ; on se rira de ces mystiques, jusqu’à ce que la puissance de la vérité ait agi sur les esprits les plus rebelles, ait subjugué le mépris, ait forcé les plus sages à confesser et à bénir cette folie1. » Des pensées du môme ordre ont inspiré à Béranger l’une de ses bonnes poésies :

La folie de la vérité, dans les Nouveaux discours sur quelques sujets religieux, p. 4 et 20.

Vieux soldats de plomb que nous sommes,
Au cordeau nous alignant tous,
Si des rangs sortent quelques hommes,
Tous nous crions : « A bas les fous ! »
On les persécute, on les tue,
Sauf, après un lent examen,
A leur dresser une statue
Pour la gloire du genre humain.

 

Combien de temps une pensée,
Vierge obscure attend son époux !
Les sots la traitent d’insensée,
Le sage lui dit : « Cachez-vous. »
Mais, la rencontrant loin du monde,
Un fou qui croit au lendemain
L’épouse ; elle devient féconde
Pour le bonheur du genre humain.

 

J’ai vu saint Simon, le prophète,
Riche d’abord, puis endetté,
Qui des fondements jusqu’au faîte
Refaisait la société.
Plein de son œuvre commencée,
Vieux, pour elle il tendait la main,
Sûr qu’il embrassait la pensée
Qui doit sauver le genre humain.

 

Fourier nous dit : « Sors de la fange,
Peuple en proie aux déceptions.
Travaille, groupé par phalange,
Dans un cercle d’attractions. »
La terre, après tant de désastres,
Forme avec le ciel un hymen,
Et la loi qui régit les astres
Donne la paix au genre humain.

 

Enfantin affranchit la femme,
L’appelle à partager nos droits.
Fi ! dites-vous ; sous l’épigramme
Ces fous rêveurs tombent tous trois.
Messieurs, lorsqu’en vain notre sphère,
Du bonheur cherche le chemin,
Honneur au fou qui ferait faire
Un rêve heureux au genre humain !

Les rêves heureux produisent des sentiments agréables ; mais ils ne sont pas sans inconvénients lorsqu’ils suscitent des espérances fallacieuses qui risquent de produire des mécontentements dangereux. Dans les années 1834 à 1840, M. Louis Reybaud, l’écrivain qui a introduit dans la langue française le mot socialisme, consacraune série d’études aux réformateurs contemporains dont il est fait mention dans la chanson de Béranger, en leur adjoignant l’Anglais Robert Owen. Ces études sont écrites avec une bienveillance qui, sans être une adhésion, présente sous un jour relativement favorable les conceptions de hardis novateurs. En 1843, M. Reybaud conçut des inquiétudes au sujet d’idées qui commençaient à fermenter dans un assez grand nombre d’esprits. Ces idées lui parurent moins innocentes que précédemment. Après la révolution de 1848 et les journées de juin, il crut discerner, sous la lutte sanglante de la rue, la funeste influence des passions éveillées par les théoriciens du socialisme ; et, en traitant de nouveau les questions qu’il avait abordées, il changea sensiblement de ton, tellement que le blâme prit souvent la place des encouragements et des éloges. Il pensa que la bienveillance n’était plus de saison et qu’elle devait faire place à la justice1. C’est dans un esprit de justice, mais sans exclure la bienveillance pour des hommes animés de sentiments généreux, que je désire aborder le grave problème de la condition des femmes, en cherchant à discerner, dans les études récentes relatives à cette question, la vérité et l’erreur, la part des réclamations justes et celle des utopies dangereuses. Commençons par le bien,

La position faite aux femmes, dans les nations les plus civilisées, a été le résultat d’un lent progrès. Il n’est pas nécessaire d’ouvrir les annales de l’histoire pour constater la grandeur de ce progrès. De nos jours encore, sur une partie du globe, la femme est dans une situation déplorable au point de vue du droit civil. Chez les Indiens, lorsqu’ils observent la loi de Manou, la femme doit être l’objet d’égards, mais elle n’a aucun droit quelconque. Dans la Chine sa situation est la même. Dans les pays mahométans, et principalement par l’effet de la polygamie, la femme est la vassale ou, pour tout dire, l’esclave de l’homme. Une condition meilleure lui a été faite sous l’influence du droit germanique et, d’une manière plus générale et plus efficace, sous l’influence de la religion chrétienne. En Europe, le progrès s’est accompli à des degrés divers ; certaines populations sont fort arriérées encore. Dans le Monténégro, par exemple, l’homme se fait un point d’honneur de l’oisiveté, et les travaux pénibles sont à la charge du sexe faible. Une Monténégrine n’oserait pas demander à son mari qui sort en quel lieu il se rend ; elle n’est pas admise à prendre son repas à côté de lui, et reste debout pour le servir pendant qu’il mange. Il en est un peu de môme dans la Dalmatie et l’Istrie ; mais cet état de choses disparaît peu à peu sous l’influence de l’esprit moderne. Dans les pays les plus avancés, il y a des progrès à faire quant à la condition civile des femmes sous le rapport de leurs personnes et sous celui de leur propriété2. Dans des pays, fort civilisés d’ailleurs, il existe une classe de femmes vouées au vice dans des établissements autorisés et surveillés par le gouvernement qui en tire un revenu honteux. On peut espérer que l’existence de ces établissements fera éprouver à nos successeurs un sentiment analogue à celui que nous inspire la pensée qu’aux jours les plus brillants de la civilisation romaine, il existait une classe d’hommes, les gladiateurs, dont la fonction légalement reconnue était de s’entre-tuer pour le plaisir des spectateurs. Quant à la propriété, il y a peu d’années que le canton de Vaud a modifié une loi d’après laquelle les femmes étaient toujours mineures, et ne pouvaient faire aucune transaction valable sans l’assentiment de leur mari, ou, si elles n’en avaient pas, d’un conseiller du sexe masculin. Il est superflu de multiplier ces exemples pour établir que la condition civile de la femme appelle des études sérieuses, et réclame, en divers pays, de considérables réformes. La même réflexion s’applique à leur condition économique.

Dans la classe pauvre, le salaire insuffisant des ouvrières est une cause d’immoralité qu’on a bien souvent signalée. Dans la classe aisée, les femmes qui ne sont pas disposées à l’accomplissement spécial des œuvres de bienfaisance se plaignent souvent de ne pas trouver un emploi suffisant de leur temps et de leurs facultés. Bien des carrières leur sont ouvertes cependant ; celles de la littérature et des arts en particulier. L’imprimeur prend de la copie sans s’informer du sexe de l’écrivain, et les libraires, préoccupés des chances de la vente, ne refusent pas un ouvrage dont ils attendent du profit parce qu’il a été écrit par une femme. Les salons de peinture sont ouverts indistinctement aux deux sexes, et les orchestres ne refusent pas de jouer de la musique féminine. Beaucoup de femmes, et depuis longtemps, ont usé de la liberté qui leur est acquise à ces divers égards. Elles ont produit beaucoup d’œuvres estimables ; mais si elles n’arrivent pas au premier rang dans les lettres et dans les arts, sauf peut-être de rares exceptions, la cause de ce fait existe probablement dans leur nature, et non pas dans des lois et des mœurs qu’on pourrait modifier.

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