La confiance et les relations sino européennes

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Quelle confiance les Européens, et plus particulièrement les Français et les Chinois, éprouvent-ils les uns envers les autres ? La confiance constitue la base de la compréhension, notamment dans le monde qui est le nôtre, caractérisé par une complexité telle qu'elle est devenue incontrôlable par le marché ou l'autorité. La confiance repose sur de nombreux présupposés, qu'ils relèvent des domaines interpersonnels culturel, historique ou économique, législatif, contractuel. C'est une notion universelle mais son contenu peut différer d'une culture à l'autre.
Publié le : lundi 1 mars 2010
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EAN13 : 9782296251786
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Sommaire

INTRODUCTION
La confiance et les relations sino-européennes
ZHENG Lihua,YANG Xiaomin .............................................11

CHAPITRE PREMIER
Culture et confiance

Uneapprochestratégique de la confiance :
la confianceaumiroirdeséchellesd’observation
DominiqueDESJEUX............................................................23

Confiancethéologale etconfiancecosmogonique.
Réflexion interculturellesurla confiance envers un
monde incertain
RolandDEPIERRE.................................................................29

L’effetde lanotion deconfiancesurla culturechinoise
au traversdesdictons
CHEN Suixiang ...................................................................... 41

BuildtrustinChina:
a cross-cultural&relational perspectives
BernardFERNANDEZ........................................................... 49

CHAPITREII
Mondialisation et confiance

La confiance etISO9000enChine
ZHENG Lihua.........................................................................63

ISO 9000 en Chine : une légitimité sociale ?
Lanormeutiliséecommeargumentmarketing enChine
ValérieANGLES....................................................................75

De lastratégiecommerciale desfirmeshigh-techau
marché de l’Etat.MelitetArrow: deux sociétésde la
vallée optique deChine
WANG Zhan ........................................................................... 83

CHAPITREIII
Confiance etcommunication

Le Mondeetla Chine :confiance, méfiance, défiance.
Etude de la confiancequ’inspire la Chineau quotidien
Le Monde(15 octobre2003–26août 2008)
HOTIER Hugues.................................................................... 93

Lesmédiasfrançaisetchinoisfaceàla crise de la
représentation.Aproposde l’hystérie médiatique
française faceauxJ.O. deBeijing
DominiqueCOLOMB............................................................ 121

Les représentationsinterculturellesdansla
communication publicitaire enFrance etenChine
GAI Lianxiang ........................................................................ 131

Lesjeuxdeconfiance des vendeurschinoisdansle
Marché de la Soieà Beijing :uneapproche
interculturelle
FANG Youzhong .................................................................... 139

Letempsdanslesinteractions
AO M149in ...................................................................................

CHAPITREIV
Confiance et management

TheConceptofTrustinInternationalManagement
VincentMERK....................................................................... 159

6

La confiance et l’engagement organisationnel :
lecasdesentrepriseschinoisesmarquéespar un
contexteculturelconfucéen
JacquesCOLIN,WANG F1eng ................................................67

S’implanterenChine grâceauGuanxi :Lafacecachée
de lastratégie d’une multinationale européenne
ZHAO Wei,BettyBEELER................................................... 177

Confiance etmanagementinternational
ErnestoTAPIA MOORE.........................................................185

Honnêteté etconfiance danslesactivités
commerciales
WU Yongqin ........................................................................... 195

CHAPITREV
Confiance et économie

Confiance etéchangeséconomiques
Etablirla confiance dansleséchangesmonétaireset
financiers: le parcoursde la Chine
ChristineDI DOMENICO......................................................205

Confiance et relationscommerciales.Lesaspects
interculturelsFrance-Chine etlerôle dudocumentécrit
ClaudineCARLUER..............................................................221

De l’insuffisance desPMEfrançaisesdansla
coopération économico-commercialeavecla Chine.
Approche interculturelle
LI Jun ......................................................................................227

La confiance etleseffetsde marque - la consommation
detéléphonesportablesaumarchéchinois
PENG Yu.................................................................................235

7

CHAPITREVI
Confiance et enseignement

Conceptualiser, décrire etévaluerlescompétences
interculturellesdansl’enseignementdeslangues
GenevièveZARATE................................................................245

Confiance,communication etcoopération
interculturelles
PU Zhihong .............................................................................253

Représentationsde la France etdidactique dufrançais
XIE Yong ................................................................................261

Commentfavoriserl’intégration dansla communauté
française?Analyse ducasd’un étudiantchinoisde
françaisenFrance
DENG Yun ..............................................................................268

Vers une nouvelle identité linguistique :avoirla
confiance ensoi-même, l'enseignementde langues
étrangèresetl'internationalisationuniversitaire
ZENG Ming ............................................................................273

CHAPITREVII
Confiance et formation

La confiance organisationnelle de jeunesdiplômés
françaisetchinois.Quellespratiquesde gestion des
ressourceshumainespourfaciliterleurinsertion
professionnelle etleurintégration organisationnelle?
BrigitteCHARLES-PAUVERS,RolandDEPIERRE,
LIU Wei,CarolineURBAIN.................................................285

Structurescognitivesde la confiance.Confiance,
cognition, professions
ElianeROTHIER BAUTZER.................................................295

Instaurerou restaurerla confianceau sein d’une équipe
Ludovic MARTY....................................................................303

8

La création dulien deconfiance dansles situations
interculturelles
FredyBASTIN........................................................................307

L’IntelligenceCulturelle:Lecimentde la confiance
dansle leadership global
EdithCORON.........................................................................317

BIBLIOGRAPHIE GENERALE.............................................................325

9

Introduction

La confiance et les relations
sino-européennes

* **
ZHENG LIHUAYANG XIAOMIN

Lanotion deconfiance estàl’ordre dujour, et se demander
quelleconfiance lesEuropéensetplusparticulièrementlesFrançais, et
lesChinoiséprouventles unsenverslesautres,c’estposernon
seulement unebonnequestion maisaussiunequestion d’actualité.
La confianceconstitue la base de la compréhension, elle-même la
clé detoutecommunication etdetoutecoopération, notammentdans
le mondequi estle nôtrecaractérisé, -aveclamondialisation,
l’extension dansletempsetl’espace desactivitéséconomiqueset
l’intensification deséchangesentre lespays, - par unecomplexitételle
qu’elle estdevenue incontrôlable parle marché oul’autorité.
La confiancereposesurde nombreuxprésupposés,qu’ils
relèventdesdomainesinterpersonnel,culturel, historique.... ou
économique, législatif,contractuel, etc.C’est une notionuniverselle
mais soncontenupeutdifférerd’unecultureàl’autre.Commeces
divergencesprennentdifférentesformes,basées surdes schémas
culturelsenracinésauplusprofond de nosmentalités respectives, elles
méritentd’être explicitéesetanalysées.C’est danscet état d’esprit que
l’Université desEtudesétrangèresduGuangdongalancéce

*
DirecteurduCERSI(Centre deRecherches surl’Interculturel)àl’Université des
EtudesEtrangèresduGuangdong etetchercheurassociéauCenter for Linguistics
andAppliedLinguisticsetauCenter forForeignLiteratureandCulturePR"L
[2007]280eQdecette mêmeuniversité.
**
Directrice duDépartementdeFrançaisde l’Université desEtudesEtrangèresdu
Guangdong.

cinquièmeséminaire interculturelsino-françaisdeCanton, portant sur
la confiance et les relations sino-européennesavecpourobjectif de
provoquerdesdiscussionsetdesdébats, entre leschercheurs, les
universitairesetlesentrepreneurs,chinoisetfrançais,surdes
problèmesobservéslorsdescontactsinterculturels, d’enanalyserles
raisonsavecunregard neutre etlucide, etde mettre en lumière le fond
surlequel la compréhension etla confiance peuvent s’établir.
Le présent volume estle fruitdu séminaire.Les textesontété
classésenseptchapitresdivisésen deuxparties.Lapremière partie,
composée de deuxpremierschapitres, insistesurleseffetsducontexte
surla confiance,soitici lesbasesde la culturequi déterminentles
relationsdeconfiance,ainsique lesconséquencesde lamondialisation
surl’évolution dececoncept.Laseconde partiequicomprend lescinq
dernierschapitres se penche plutôt surleseffetsde la confiancesurles
contextes,soitici lerôleactifqu’elle peutjouerdanslesdomainesles
plus sensiblesensituation interculturelle.
Il nous sembleutile designaler,avantd’entrerdanslesdétails,
que la contrainte d’espace etlesouci decohérence nousontobligésà
effectuer unecertainesélection parmi lescommunications,àen
raccourcird’autres,sansaltérerlesidéesdesauteurs ;en outre, malgré
un effortd’uniformisation danslaprésentation, lesauteurs restentles
principauxresponsablesdu style etducontenude leursarticles.
Le premierchapitre,consacréàla culture etla confiance,
rassemblequatrearticles.C’estDominiqueDESJEUXqui ouvre
notrerecueil.Il nousapporteuneréflexionanthropologiquesurla
notion de la confiance.D’aprèslui, la compréhension de la confiance
varie en fonction deséchellesd’observation.Al’échelle macro-sociale,
la cultureapparaîtbien jouer un rôle de programmation des
comportementshumainsenterme deconfiance,alors qu’àl’échelle
micro-sociale, la confiancerelèveautantde lastratégie etducalcul
desacteursenvue deréduire lesincertitudesliéesàlarelation
humaine,que desdiversesformesdecontrôlesocial.Roland
DEPIERRE,avecsonregard philosophique, nousinviteàune
archéologiecomparée de la confiance pourfouillerdansnoscultures
anciennes respectives.Touteconfiance,selon lui, oscille entre deux
pôleset revêtdeuxformesprincipales: l’unerelève de lafoi dansla
crédibilité d’une puissance (fidélité),tandis que l’autres’établit surla
base d’uneassurance devantlesgarantiesd’unsystème (fiabilité).Les
Chinoismettentl’accent surlafidélité dansles relations
interpersonnelles tandis que lesEuropéensfontprévaloirlesgaranties
dudroit, lafiabilitécontractuelle.SelonCHEN Suixiang, linguiste, la
graphie dumotconfiance (e:xin) enchinoisestensoirévélatrice :

12

« homme »+« parole »,cequi peut setraduire parl: «’hommequi
tient sapromesse gagne la confiance d’autrui ».Cetteconstruction
dessineàlafois unerelation du soià autrui etatteste de laprimauté
que lesChinoisaccordentàl’homme entermesderelationsde
confiance.L’objectif principal du texte deBernardFERNANDEZ
estd’analyserle «vécu» d’hommesetde femmesconfrontésàla
réalitéchinoise.D’aprèsl’auteur, dans unerencontrequalifiée de
«radicale »,se glisseun espace desensetde nonsens qui nousoblige
à aborderl’enjeud’uneconfianceà construire,voire d’une méfiance
inconscienteàdévoiler.Il dégagequatretypesderapportàl’Altérité
asiatique :AltéritéEmpathique,Altérité de la Médiation,Altérité de la
Frontière etAltérité deRejet, puispropose le principe d’immersion
commevoieconduisantàunartdetravailleràl’étrangeretpermettant
l’acquisition d’une «intelligence nomade »,reposantin finesur une
confiance ensoi,construite dansetparlesautres.
LechapitreIIs’intitulelamondialisation et la confianceet
regroupetrois textes.Lesdeuxpremiers traitentdesnormesISO9000
enChinequi estde loin le premierpaysdansle monde en nombre de
certificationsISO9000,un desproduitsde lamondialisation.
ZHENG Lihua, en partantd’une enquête effectuéeauprèsdes
entrepriseschinoises, examinecertainsproblèmes rencontrésdans
l’application desnormesISO9000enChine, etchercheàen dégager
les raisons socioculturelles.Il meten lumièreàquel point sont
remarquableslesdivergences qui peuventexisterfaceàune notion
aussisimple enapparenceque la confiance, mais qui prend enréalité
desformesdifférentesbasées surdes schémas situésauplusprofond
descultures.S’appuyantégalement sur une étude exploratoire dansle
nord de la Chine,ValérieANGLESnousmontrequ’ence pays,
contrairementauxpays européens, lanormeISO9000dépasse
largementlecadre de l’entreprise pour s’immiscerdanslavie detous
lesjoursdesChinois.Elle nousexpliqueque, détournée desa
philosophie etdesesobjectifsinitiaux,cette normeyestdevenueun
argumentmarketing, mais que, par un effetderetour, lesmarques
chinoises sontloin deconforterla confiance desconsommateurs.
WANG Zhan,auteurd’unethèsesurdesclustersenChine durantla
période detransition de l’économie planifiéeversl’économie de
marché,constateque, dufaitducontexte de lamondialisationcomme
dujeude la concurrence intérieure, lesentreprisesdupays sont
obligéesde développerdes stratégiesde marketingsoupleset
pertinentesafin de gagnerla confiance desconsommateursetde
parveniràl’emporter surdesconcurrentspluspuissants.
LechapitreIII,sousl’entêtela confiance et la communication,

13

réunitdeux sériesderéflexions.Les troispremièrescommunications
portent surles représentations.Hugues HOTIERnouspropose
d’observerl’évolution de la confiance enversla Chinetellequ’elle
apparaîtdansle journalLe Mondeaucoursdescinqdernièresannées.
L’auteurmeten évidenceunconstatparadoxaenl :trenteans, la
Chine estdevenue l’une despremièrespuissanceséconomiquesau
niveaumondial en mêmetemps qu’une puissance politiquequi
compte.Etpourtant un journalcommeLe Monde, dontlesanalyses
font souventautoritéaussibien pourl’intelligentsiafrançaiseque pour
les responsablesdumonde politique etdumonde économique,
n’arrive pasàluiaccorder sa confiance.L’auteurnousinviteànous
interroger tant surlesobstacles que dresse la Chineàla confiance
européenne,quesurlafaçon dont s’exprime laméfiance, oula
défiance, danslescolonnesduMonde.Danslamême lignée,
DominiqueCOLOMB,quia aussi menéune étudesurlesimagesde
la Chine danslesmédiasfrançais, montrequecelles-ci ont toujours
été habilléesdeclichésetdestéréotypesexotiquesdepuislesannées
80.Ilaccusecesmédiasde manque de décentrement vis-à-visde
l’actualité internationale.D’aprèslui,si l’onveutappréhender un
autremonde,se pose laquestion desconditionsderéussite d’une
compréhension interculturelleobligée,qui passe par une «attitude »
ou une « posture » mettantenscène desapprochesdevantdépasserla
simplecomparaison.GAI Lianxiang, desoncôté, illustre pournous,
àtraversl’analyse dequelquespublicités significatives, les
représentationsdes signesculturelsdansla communication
publicitaire enFrance etenChine, laprésence destéréotypesculturels
danscetype de médiaetlavaleurajoutée parl’évocation d’une
culture étrangère.Elle nous suggèreque les référencesàuneculture
étrangère, jadisobstaclesàla communication,sontdevenuespour un
pays,uneconditionàson intégration internationale et une nécessité
pour seséchangesavecle monde extérieur.Lesdeuxderniers textes,
basés tousdeuxsurdesenquêtesdeterrain,sontconsacrésàla
communication interculturelle.FANG Youzhongquiaobservé le
langage despetits vendeursduMarché de la Soieà Beijing, nous
fournit uneanalyse decasintéressantene :contactavecles
Occidentaux, lespetitsmarchandscroientpouvoircapterla confiance
pardesattitudesàla chinoise, ignorant que leur stratégie peutparaître
déplacée dans uneautreculture.Sibienque les«trucs» de mise en
confianceque préconisentlespetits vendeursne peuvent querenforcer
laméfiance desclientsétrangers.AO Min,au traversd’observationsà
un niveaumicro-structurel, decomportementslangagiersà Montpellier
età Chengdu, nousconvieàréfléchir surle facteur tempsdansles

14

interactions.D’aprèsl’auteur, dans unecommunication interculturelle,
laméconnaissance etlanégligence desprincipes temporels sont
souventlasource de malentendus voire deconflits,avecdes
conséquencesparfoisgraves.
PassonsmaintenantauchapitreIV,la confiance et le
managementqui estconstitué decinq textes.L’article deVincent
MERK,aprèsavoirexaminé l’aspectlinguistique dumotconfiance
(trustetconfidenceenanglais) etlaquestionthéorique de la création
de la confiance danslasociété etle marché, discute, dans une
approche délibérémentpratique, desmoyensexistantsde mesurerle
degré deconfiance.L’auteurinsistesurladimensionculturelle
Universalisme -Particularisme développée parF.TrompenaarsetC.
Hampden-Turner,qui illustre l’attitude deconfianceque l’on peut
avoir soitenverslecontrat(sociétésoccidentales,anglo-saxonnes)soit
aucontraire enverslarelation personnalisée et sélective (sociétés
asiatiquesoulatines).Jacques COLINetWANG Feng, parleur texte,
nousrévèlentle double paradoxeauquel lesentrepreneurs
1
doiventfaire face : enOccident, la confiance nécessaireauSCMne
vapasdesoi, elle estmême en profonde oppositionaveclecontexte
deconcurrence, decompétition etde défiancequi prévautdansles
relationsinter-entreprises, etpourtantelles’impose peuàpeu.En
Chine,aucontraire, les relationsentre entreprises sontprofondément
marquéesparl’enchevêtrementde multiples réseauxdesolidarité,ce
qui devraitconstituer unterreaufavorableàl’émergence duSCM,
fondésurla confiance, pourtantlesentrepriseschinoises sonten phase
de découvrirdesdélicesde la compétition etde la concurrencequi les
éloignentles unesdesautres.Letexte écritparZHAO WeietBetty
BEELERdiscute de l’impactducapitalsocialsurle management
stratégique dans uncontexte multiculturel.Apartirde l’expérience
d’une entreprise multinationalequiasubâtiretgérer uncapitalsocial
envue d’une politique d’implantationà Canton, ilsessaientde
répondreàdeux questionsprincipales.D’abord,commentl’entreprise
peut-elle maîtriserlesavantagesducapitalsocial etlesexploiteràdes
fins stratégiques, etdeuxièmement,commentpeut-ellecultiverce
capitalsocial dans uncontexteculturel différentdecelui de
l’entreprise?Seréférantauxdonnéesissuesd’une enquêteconduite
auprèsdePMEfrançaisesengagéesdansdesactivitésd’import-export,
ErnestoTAPIA MOOREsitue laquestion de la confiance dans
l’interaction entrerelation d’agence,connaissance etengagementde

1
LeSCM(Supply-ChainManagement) estle managementde la chaîne étendue
clients-fournisseurs quichoisissentdecoopérer trèsétroitement.

15

moyens.En portantl’accent surlamaîtrise du risque, ilaffirme
qu’avoirconfiance implique de percevoir unrisque maîtrisable,
qu’avoirmoinsconfiancerequiertde percevoir unrisque moins
maîtrisable et que, parextension, la confianceseraitdépendante de la
maîtrise du risque perçu.WUYongqin, par sontextebasésurdes
enquêtesmenéesauprèsd’entrepreneursoudecommerçantschinois
ainsique de professionnelsfrançais travaillantenChine,chercheà
mettre en lumière leurappréciation etleurpratique en matière
d’honnêteté etdeconfiance danslesaffairescommerciales.Selon
l’auteur,si l’honnêteté etla confianceconstituentdeux vertus
cardinalescommunesdansle domainecommercial, lesconceptionset
leshabitudesdiffèrentd’unecultureàl’autrlee :sFrançais semblant
plusenclinsàl’honnêteté, lesChinois,àla confiance.
LechapitreV apour thèmela confiance et l’économieet réunit
quatretextes.ChristineDI DOMENICOretrace lechemin
remarquable parcouruparla Chine dansl’établissementd’uncapital
deconfianceau sein de l’économie mondiale, etcela aumoinsdans
troisdomainesfinanciers: l’insertion du yuan dansleconcertdes
monnaiesmondialesderéférence;l’accueil etlafidélisation desflux
decapitauxétrangers,cequi n’estpossiblequ’avecl’établissement
d’un minimum deconfianceaucœurdu système financier ;enfin les
contrats relatifsauxinvestissementsetles réformesdesonsystème
bancaire etfinancier.ClaudineCARLUERtournesonregardversle
rapportentre la confiance etl’écritdansles relationscommerciales.
Elleattire notreattentionsur trois tempsenEurope danslesliensentre
contratsetconfiance :toutd’abord, laparolesuffisaitpour un grand
nombre d’opérations, puisl’écritestdevenude plusen plus
indispensable,commesi l’arsenal juridique étaitlameilleure garantie,
enfin dans untroisièmetemps, lerôle de la confiance estànouveau
misenavantcommebaseultime descontrats.EnChine, oùlerespect
de laparole donnée estconsidérécommesacré, l’ouverture
extrêmement rapideàl’internationalsera, oumême estdéjà,
inévitablementconcomitanteàun développementdescontratsécrits.
LI Juns’efforce de dégager, dans uneapproche interculturelle, des
éléments susceptiblesd’expliquerpourquoi lesPMEfrançaisesjouent
unrôlesi faible dansla coopération économiquesino-française.
D’aprèsl’auteur, leurméconnaissance de la Chine etde la culture
chinoise en estlaraison principale :parmanque d’informations
fiables surle marchéchinois,ainsique parmanque de moyens
financiersetmatériels,certainesPMEfrançaisesexportentou
investissentenChine d’une manière hésitante,voire mêmeaveugle, et
n’arriventpas, lorsqu’elles sontimplantées,à bien fonctionnercar

16

elles n’ont pas de moyens pourformerleursemployésàla culture
chinoise etauxréalitéslocales.Desoncôté,PENG Yus’interrogesur
larelation entre la confiance etlamarque.Son enquêtesurla
consommation detéléphonesportables surle marchéchinoisnous
révèleun phénomèneculturellementchinois:si, de façon générale, la
marque est un gage dequalité,unesorte de garantie donnée par
l'entrepriseconcernantlaqualité deson produit, et si l’achatd’un
produitde marque est, pour toutconsommateur,un moyen dese
protégercontre les risquesetderéduireson incertitude, lamarque en
Chine induit une densité plusforte designification en matière de
confiance eten prestigesocial, etceladufait que lesChinois
accordent une grande importanceàlaface.
LechapitreVIdecevolume,souslethèmela confiance et
l’enseignement, nousconduitdanslechamp de laformation
universitaire.Nous y trouvonscinq textes.GenevièveZARATE
insistesurlescompétencesde médiation dansl’enseignementdes
langues.Ils’agit, pourl’auteur, devaloriserdescompétences qui
s’exercentdansdesmilieuxprofessionnels que leregard habituel
dissocie -traducteurs, interprètes, enseignants,agentsde ladiplomatie,
voireacteursde l’humanitaire - mais qui occupentdesfonctions
semblables,cellesd’intermédiaires restaurant unecommunication
brouillée : écoute despartiesen présence, explicitation du sensocculté,
recontextualisation deréférenceslivrées sous une formestéréotypée
oudétournée,reconstitution desidentités tronquées, négociation de
conflits qui dérapent.Continuantdansle mêmesillage,PU Zhihong,
propose pourl’enseignementdeslanguesl’acquisition d’une
compétence interculturellevisantàétablir uneconfiance entre les
cultures,confiancebaséesurlarecherche de l’ouvertureàl’altérité,
surla bonnecompréhension et surl’empathie pourl’Autre,ainsique
surla confiance nonaveugle ensoi eten l’Autre, étantdonnéquec’est
la bonnecompréhension de l’Autrequi estdéterminante encette
matière.XIE Yong, préoccupée elleaussi parl’enseignementdes
langues,réfléchiten particulieràlanotion dereprésentation dotée
aujourd’hui d’une importance particulière en didactique deslangues
mais quireste encore ignorée ouminorée dansle milieude
l’enseignementdufrançaisenChine.Elle nousproposeune mise en
valeurdes représentationsconsistantàinciteràlaremise encause des
stéréotypesetàfavoriser une démarcheréflexivequi,touten
enrichissantladimensionculturelle de l’enseignementdufrançais,
permetteauxapprenantsde découvrirlesautresen prenantconscience
duregardqu’ilsportent sureux.L’exposé deDENG Yun,àlalumière
de l’analyse ducasd’un étudiantchinoisenFrance,tente d’éclairerles

17

causes qui favorisentounon l’établissementde la confiance.Le
parcoursde l’étudiantnousdémontrequeseuleuneconfiance
bilatérale peutfavoriserla communication interculturelle et
l’intégration dansla communauté française et quec’estladurée etla
répétition de l’échange, doncl’habitude etlaroutinequi fondentla
confiance interpersonnelle.ZENG Mingnousinterpelleàproposde
lasituation linguistiqueà Taiwanquiadesimplications sur
l’enseignementdeslanguesétrangères.Selon lui, leslanguesparléesà
Taiwan ontleurscaractèresmulticulturels: mélangeavecdeslangues
étrangères, etmixage entre leslangueslocalesetlalangue
d'enseignement(le mandarin).Cesabirdonneune nouvelle identité
linguistiqueà Taiwanquisecaractérise par unevolonté decréer un
environnementd’internationalisation, etlesouci d’une
hypercorrection linguistique dansl’apprentissage etl’usage des
languesétrangères.
Le dernierchapitre decevolume, intituléla confiance et la
formationnousamène dans unautre domaine décisif,celui de la
formation professionnelle.Lescinq textesgroupésicisontprésentésà
lafoispardes universitairesetdesprofessionnels.Letexte,co-écrit
parBrigitteCHARLES-PAUVERS,RolandDEPIERRE,LIU Wei
etCarolineURBAIN,apourobjectif decomprendre l’étatd’espritde
jeunesdiplômés, en passe derejoindre « le monde du travail ».Selon
nosauteurs,s’il estpertinentde distinguerla confiancecalculée etla
confianceaffective,celles-cise nourrissentaussibien des relations
tisséesauprèsdumanagerde proximitéque de ladirection.Aussi les
pratiquesdesocialisation organisationnelle dans uncontexte
franco-chinoisdevraientmettre l’accent surlafigure desesacteurs.
Letexte d’ElianeROTHIER BAUTZERs’intéresseauxmodesde
formation etdecoordination desprofessionnelsdesanté,un domaine
où, malgré lesprogrès techniques,toutne peutêtre maîtrisé etoùla
confianceseconstruitentreajustements, participation etnégociations.
L’auteuranalyse les systèmesprofessionnelsfrançaisetchinoisen
s’attachantparticulièrementàlaplace de la constitution de larelation
deconfiance entre patientsetprofessionnelsdesantéau sein de
chacun despaysétudiés.PourLudovic MARTYqui estdirecteur
d’unesociété deconseil, la confiance estdevenueaujourd’huiune
valeurclé de l’entreprispoine :tdeclientfidélisésans relation de
confiance, pointd’alliancesans respectdespromesses réciproques,
pasdecollaborateursperformants sansclimatdeconfiance.Parmi les
facteurscapablesde déstabiliseren profondeurle fonctionnement
d'une entreprise, l’absence deconfiancequ’ontlescollaborateursdans
leursmanagersdirects, et réciproquement,apparaîtcommeun élément

18

essentiel.FredyBASTIN, consultant depuis trenteans, nousprésente
un programme de formation pourdespersonnesappeléesàprendre
des responsabilitésen-dehorsde leurmilieuculturel d’origine,ainsi
que descadresde grandesmultinationales travaillantencollaboration
avecdes responsablesd’autrespays.Ce programme,régulièrement
expérimentéavecsuccès,consiste en desexercicesdecontactoùles
participantspeuventexpérimenterdiversesfaçonsd’entrerencontact
avecdes représentantsdeculturesétrangères, eten descoursplus
classiques surlesmodesde pensée, les systèmesdevaleuretlescodes
desavoir-vivre despaysétudiés.EdithCORONqui dirigeaussiune
société deconseil parle d’une intelligenceculturellequi, pourelle,
forme lecimentde la confiance dansle leadership global.Elleaffirme
en plus que pourconstruire etnourrirla confianceàtraversles
cultures, ils’agit, non pasdesecomporterencaméléon pourdevenir
Chinois,FrançaisouAméricain, maisbien plusde développernos
capacitésànousadapteràde nouveauxcontextes, de nousinspirerdu
modèlebiologique préhistorique desamphibienscapablesde nager
dansl’eauetde marcher sur terre.
Il n’estpas toutàfait sansintérêtde faireremarquer que l’année
2008 où setientnotrecinquièmeséminaire, est uneannée
historiquementimportante :c’estletrentièmeanniversaire de
l’application de lapolitique deréforme etd’ouverture (en 1978),
considéréecommeuntournantdansle développementde la Chine;il
yatrenteanségalement,une nouvelle génération d’étudiants,recrutés
surconcoursnational, entraitàl’université.Cetteannée est riche
encore en événements, heureuxetmalheureux: ouverture desJeux
Olympiquesle 8aoûtà Beijing, grande fête de la Chine etdu
monde entier,alors que le pays vientd’être frappé parleséisme du 25
avrilauSichuan, plongeant toutle paysdans une grandetristesse.
Enfin, pournous,c’estle dixièmeanniversaire de la création de notre
séminaire interculturelsino-françaisdeCanton.
En effet, notreséminaireadéjàson histoire.En mai 1998,
l’Université desEtudesEtrangèresduGuangdong etleConsulat
général deFranceà Canton organisaientle premier séminaire
interculturelsino-françaisdeCanton,Dialogue entre lescultures,
ouvrant un espace de discussion entre milieux universitairesetmonde
desentreprises.En juin2000, la Chambre deCommerce etd’Industrie
française enChines’associaitaudeuxièmeséminaire interculturelsur
lethèmeEntreprise etCommunication.En juin2002, letroisième
séminaireChine etmondialisationa continuésurlamême lancée.En
juin2005, lequatrièmeséminaires’intitulaitFrance-Chine:
migration de penséesetdetechnologiesetcélébraitleséchangesentre

19

nosdeuxpays.
Ces quatre événements,appréciésdesentrepreneursetdes
universitaires qu’ils soientfrançaisouchinois, ontlaissé des traces:
dupremier séminaire est sortiunrecueil desactesChine-France:
approchesinterculturellesen économie, littérature, pédagogie,
philosophie et scienceshumainespublié enFrance (L’Harmattan,2000).
Le deuxièmeséminaireaeupourfruitlapublication de deux volumes
desactes, le premier, intituléEntreprise etcommunication(Hongkong,
Maison d’éditionsQuaille,2001) regroupedes textes sélectionnésdu
séminairealors que le deuxièmevolume,Entreprise etculture,
reprend lesdébatsdes tables rondes.Lerecueil desactesdu troisième
séminaireChine etmondialisationavule jourenFrance
(L’Harmattan,2004).Lequatrièmeséminaireaégalement son produit:
France-Chine:migration de penséesetdetechnologieschez
L’Harmattan (2006).
Si leséminaire interculturelsino-françaisdeCantonapudevenir
un événement(1998,2000,2002et 2005),c’est qu’il manifeste la
fécondité du travail decoopération entre la France etla Chine.
Au terme decettebrève présentation,reconnaissons que
l’ensemble descontributions réuniesdanscevolume,représenteun
éventail, large etdiversifié, derecherchespourcernerlerapportentre
la confiance etles relations sino-européennes,qu’iltémoigne du
caractère interdisciplinaire deséchangeset qu’ilrévèle larichesse des
approchesdesintervenants.
Nous tenons, enclôturantcette introduction,àexprimernos
remerciementsàtouslesparticipants qui ont su, parleurprésence et
leursinterventions, nonseulementcréer uneatmosphère favorableaux
échangesinterculturels sino-français, maisaussiapporter une
dynamiqueauxrecherchesinterculturelles.Notre gratitudeva
égalementauxentreprisesetorganismes qui ontapporté leur soutien
généreuxau séminaire.Nousaimerions, parlamême occasion,
remercier trèschaleureusementMonsieurRolandDEPIERREpourle
travail patientetefficace decorrectionqu’ilaeffectuéafin derendre
possible lapublication dece livre.

20

Uneapprochestratégique de la confiance:
la confianceaumiroirdeséchelles
d’observation

*
DOMINIQUEDESJEUX

1.Laméfiance desFrançais:uneconstante historique

Deuxéconomistes,YannAlgan etPierreCahucdansleurlivreLa
société de défiance(2007)concluent par unconstalest: «Français sont
plusméfiants, en moyenne,que laplupartdeshabitantsdesautrespays
développés»Ceci estmontré parla WorldValueSurvey qui en 1990
puisen2000aposéàdesmilliersde personneslaquestionsuivant: «en
règle générale, pensez-vousqu’il estpossible de faireconfianceaux
autresou que l’on estjamaisassezméfiant ?»
Sixpaysrépondentàplusde55%, dontla Chine, leDanemark, la
Finlande etlesPaysBasetjusqu’à66% pourla Suède etla Norvège,
qu’il estpossible de faireconfianceauxautres.LesUSAsont un peu
moinsconfiantsavec45%.LesFrançaisdéclarentà21%qu’il est
possible de faireconfianceauxautres.La France estau 24èmerangsur
les 26paysde l’OCDE.LesFrançais sontdonctoutparticulièrement
méfiants,aumoinsàune échelle d’observation macro-sociale.
Uneconclusion plusfrappante est que lesFrançais sontaussi les
moinsciviques, envaleur.Alaquestion «trouvez-vousinjustifiable
d’accepter un potdevin dansl’exercice desesfonctions ?», laréponse
estoui,c’estinjustifiable pour92% desDanoiset88% desChinois,
alors que pourlesFrançaisce n’estinjustifiablequ’à58%.

*
Anthropologue, professeuràla Sorbonne (UniversitéParisDescartes), directeur
de laformation doctorale professionnelle (PhDresponsable d’études)

Ceque montrentlesauteursc’est qu’ilyaunecorrélation entre le
faiblecivisme deshabitantsd’un paysetle fort tauxde méfiance.Plus
la culture estincivique, pluslesentimentde méfiance estfort.Or,
d’aprèslesdeuxauteurs,Algan etCahuc, la confiance etlecivismesont
deuxconditionsdufonctionnementdumarché.Comme lesentimentde
confiance estfaible enFrance, lesentimentde méfiance faceaumarché
estfort.Laméfiance entraineàsontour une demande de
réglementation.Laréglementation produitàsontourdes rentesde
situation.Les rentesentrainentle développementde la corruption etdes
passesdroits, pratiques qui deviennentnécessaire pourcontournerles
rentesdesituation,cequiàsontouralimente laméfiance.
Cette méfiance française n’estpasnouvelle.JesseR.Pitts, en 1963,
dansA larecherche de la France,un livre dirigé par unchercheur
américainspécialiste de la France,StanleyHoffmann,raconte l’histoire
suivante.Il montrequ’àl’école lesélèvesfrançaisfontcorpscontre le
professeur touten lerespectant.Lesélèvesformentcequ’ilappelleune
«communauté délinquante »,c'est-à-direunecommunautéconstruite
surla base d’une oppositionàl’autorité.Cequi étonne le plus un
observateuraméricain,c’est qu’une despratiquesde maintien de
l’autorité duprofesseur soitdese moquerd’un élève pourlui montrer
combienson erreurestgrossière,cequi fait rire le groupe etlà, le
groupe decamaradeserange derrière l’enseignantcontre l’élèvequi
restealorscomplètement seul.Cette expériencle «’aidera, écritJ.S.
Pittsen 1963,àse mettre entête le grand principe de lavie française :
‘faut se méfier’[…] Le groupe descamaradesàl’école estle prototype
desgroupesdesolidarités qui existentenFrance.[…] Ilsecaractérise
parl’égalitarisme jalouxde leursmembres, leur répugnanceà admettre
de nouveaux venus, etparla conspiration du silenceàl’égard des
autorités supérieures.Ilsnerefusentpasl’autorité, maisils sont
incapablesde prendre desinitiativesconstructives ;ils secontentent
d’interpréterlesdirectivesde l’autoritésupérieure etdes’adapterà ces
interprétations[…] Toutchangement susceptible decréerde nouvelles
ambigüitésdestatutouderestreindre les zonesindividuelles
d’autonomie en faveurd’uneapprochesystématique et rationnelle du
problèmese heurterontàlaplusforte opposition dontle groupesoit
capable. »La«communauté délinquante »àl’école estdonc, pourPitts,
la base de laméfiance française faceauchangement.
Le plusintéressantest que,bienque l’écoleaitbeaucoupchangé
entermesderecrutement social etde méthodesnotamment, lavaleurde
méfianceresteun élémentfortde la culture française encore
aujourd’hui,si l’onsuitlesconclusionsdulivre d’Algan etCahuc, etil
n’ya aucuneraison de ne pasles suivreaumoinsentermesde

24

permanence des valeursfrançaises.Ilreste importantcependantne pas
confondre les valeursetlespratiquesdontle lien est toujoursplus
problématiqueàdémontrer.En effet quand lescontraintes sontfortesle
lien entrevaleursetpratiquesest souventplusfaible.
Aune échelle macro-sociale, la cultureapparaitbien jouer unrôle
de programmation dansletempsdescomportementshumainsau-delà
des situationsetdescontraintesdujeu sociale.EnFrance laméfiance
sembleunevaleurdebasesolidementancrée dansla culture française.
Maisce n’estpaslecasdetouslespayscomme le montre laWorld
ValueSurvey.Surtoutla confiance oulaméfiance nerelèventpas que
de la culture.Elles relèventaussi desinstitutions.

2. L’ambivalence de la confiance:unechance et unrisque

DenisLacorne dans son livreDe lareligion enAmérique(2007)
vamontrer qu’àl’originedu système politiqueaméricain,au18ème
siècle,c’estlaméfiance enverslerisque de domination d’une fraction
politiquesurlesautres quia conduitàlareconnaissance de la
« multiplicité desintérêts» dansl’Etat,comme l’écritJamesMadison
en 1787,àl’inverse de latradition françaisequi défend plutôtl’idée
d’intérêtgénéral parl’Etat.Le pluralisme politiquequi permetde
protégerle droitdesminoritésest une desconditionsde la confiance
enverslesinstitutionscaril garantit qu’aucune minorité nesera capable
de dominerlesautres.Ce modèle pluraliste estdirectement tiré de la
diversité des sectes religieusespropreàl’Amérique du18ème.Cela
veutdireque la confiance nerelève pas que de la bonnevolonté
individuelle mais qu’ellea aussibesoin d’être garantie pardes
institutions.La confiance n’estfiablequesouscontrainte dujeu social.
La confiance demande d’autantplusd’être encastrée dansdes
institutions qu’ellereprésenteunrisquecomme le montreArmand
Mattelartdans son livreLaglobalisation de la surveillance(2007).Il
montrecommentla RFID, ouétiquette intelligentesousforme de puce
incorporée danslesmarchandisesafin de favoriserleur traçabilité et
doncleur qualité, peutautantdevenir un moyen de mieuxgérerles
stocksetde limiterles risques sanitaires qu’un moyen decontrôle etde
fichage desconsommateurs.La RFIDsusciteautantdecraintes que de
peurset représente pourl’auteur une menace etdevientdoncunesource
de défiance.Ceci montreque la confiancea àvoiraveclapeuret
qu’elles’inscritdansl’ambivalence detoute innovationsociale.La
plupartdesnouveautés technologiques,surtoutdansle domaine de
l’information, possèdecette doublecharge positive etnégative,àlafois
moyen de libération etdesécurisation etmoyen de domination etde

25

contrôle.La confiance estfondamentalementambivalente :elle est
toujours unechance et unrisque.
La confiance oulaméfiancesontaussi liéesaumensonge maisle
problème est que le mensonge n’existe pasensoi, ouplusencorequ’il
estautorisé dansde nombreuses situations,comme lerappelleJ.A
BarnesdansA pack of lies(1994,Untissude mensonge).Ainsi il est
autorisé de mentir quand on joueaupoker, detromperl’ennemi parde
faussesinformationsentempsde guerre, ouencore pour sauverlaface
dequelqu’un ou quandun médecin doitcacherouannoncer une
maladie grave.Dire lavérité, mentirougarder unsecretnevadoncpas
desoi.Lanormesociale decequi estacceptablesocialementpeut
varieren fonction desépoques, des sociétésoudeseffets
d’appartenances sociales.En fonction des situationsoudescultures
mentirest socialementprescrit, permisouinterdit.Mentirpourra autant
être perçucommeune manipulation etdonc commeunesource de
méfiance,quecommeun forme derespectde l’autre etdonc comme
unesource deconfiance.
C’estpourquoi, ensituation interculturelle et tout spécialementen
entreprise, les sourcesde la confiance etde laméfiancesont
particulièrementincertainesnotammentdansles relationsdetravailau
quotidienàune échelle d’observation micro-sociale.

3.La constructionsociale de la confiance:une gestion permanente
de l’incertitude

Al’échelle micro-sociale,celle desinteractionsentreacteurs,que
cesoitaumomentdes réunionsdetravail oudesprisesde décision, la
confiance nerelève pas que des valeurs.Ellerelèveaussi despratiques
quotidiennesetdoncd’uneconstructionsocialesouscontrainte de
situation etdujeu social engagé pourinvestir, innoverouorganiser une
tâche.La confiance est un processusdansletemps qui n’estni donné ni
acquis.
Orla confiance,àl’échelle micro-socialereposesur une double
incertitude :celle de l’intérêt qu’a chaqueacteuràfaire ounon
confiance, etcelle des signesde la confiance oude laméfiance en
fonction descultures.Laréduction decette incertitude peut se faire
suivantdeuxgrandes stratégies: lapremière est unestratégie
d’observation decequi donneconfiance ouaucontraire produitde la
méfiance, lerestaurantenFrance etenChine étant un deslieux
privilégiésdecette observation,celapouvantêtre moins vrai pour un
anglo-saxon ou unscandinavle ;adeuxième est unestratégie de
compréhension desconditions socialesde la confiance,c’est-à-dire de

26

cequi fait qu’unacteurestamenéàfaireconfiancesoitparcontrainte,
soitparintérêt,soitpar valeur.
Pourlapremièrestratégie,YangXiaoMin (2006)cite dans son
livre,Lafonction sociale des restaurantsenChine,uncadrechinois qui
expliqueque lescommerciaux« peuventprésenterl’entreprise d’une
autre façonaumomentdes repas.Ainsi ilspeuventd’avantage gagner
la confiance duclient».Elleretrouveune partie desconclusions
auxquellesle doyenZhengLi huaétaitarrivé en 1995 dansLesChinois
deParisetleursjeuxde face.Le momentdu repasest un moment
privilégié pour repérerles signesde la confiance oude laméfiance en
fonction despersonnesavecquichacun doitcollaborer.Comme le
rappellentencore deschercheurscommeZhengLihuaouFons
Trompenaarsle faitdesourire ounon, d’exprimerounonson émotion
en parlant, le faitde parler vite oulentement, le faitounon deserrerla
main, peuventautant signifierdes signesd’intérêtsetdeconfiance
enversl’autreque des signesde méfiance.
Celaveutdireque la confiance est un processus social,qu’ellese
construitdansletempsetdoncqu’elle n’estpasdonnée.La confiance
estdonctoujoursàentreteniretàreconstruire.
Ladeuxièmestratégie estplus subtile, et souventcontre-intuitive,
puisqu’elleconsisteà analyseretà comprendre lesconditions sociales
qui font que l’autreaintérêtàfaireconfiancealors que la confiance est
souventopposéeàl’intérêtetàla contrainte.Orl’analyse dujeu social
en entreprise montreque la capacitéà coopéreretdonc àfaireconfiance
fonctionne d’autantmieux que lesacteursontintérêtàfaireconfiance
suivant uncalculcoût/bénéfice,quecebénéficesoitmatériel, - en
termesderevenuoudeterritoire -,social, -entermesde pouvoir-, ou
symbolique, - entermesd’honneur, de face oude prestige -.
La confiance,comme processusdynamique,seconstruitautourde
troisgrandsmomentsprivilégiés,celui de l’engagementcontractuel,
celui de la circulation de l’informationquiconditionne laréalisation
desactionsetcelui des résultatsde l’action.A chaque étape du
processusil existe desincertitudes surla confianceque l’on peutfaireà
l’autresurle fait qu’ilvafaire ounonceàquoi ils’estengagé.Ces
moments sonteux-mêmesorganisésautourde deuxgrandsdispositifs,
celui ducontrôlesocial etcelui de l’échange de l’informationàtravers
lesorganigrammesformelsouàtraversles réseauxinformels.
Ceci explique l’importance desinstitutionsjudiciairesformelleset
desformesdecontrôles socialescollectivesde fait,comme les risques
desorcellerie enAfriquequi limitenten partie lesdéviances, lesformes
decontrôlescollectifsenChineassociésàdes risquesd’exclusion du
groupe ouplusgénéralementlecontrôle exercé parlesNTIC(Nouvelle

27

Technologies de l’Information etla Communication) sur le travail.Le
contrôle social est unedes sourcesde la confiancequand il limite les
incertitudes qui naissentde larelationàl’autre.
La circulation de l’information est un desenjeuxmajeurdu
fonctionnementdetoute organisation.Il ne peutjamaisexisterde
circulationtransparente de l’informationcarl’informationreprésente
toujours un enjeudecoopération maisaussi de pouvoiretdoncde
méfiance.L’échange de l’information estambivalent.Echangerde
l’information estindispensableaubon fonctionnementdesentreprises
maisil estaussiunesource decontrôle etpeutdoncseretournercontre
celuiquiafaitconfiance en donnantde l’informationsansprendre de
précaution ou souscontrainte.En fonction de laposition dechaque
acteurilyauradoncdes stratégiesderétention oude diffusion de
l’information pertinente pourl’action de l’autre.Cesont souventles
réseaux sociaux,sourcesdeconfiance liéesàlafamille,àl’origine
régionale,àl’université,àlapolitique ouàlareligion,quivont
permettre la circulation informelle de l’information.L’existence des
réseauxestdoncune des sourcesdeconfiance, maisaussi de méfiance
dufait que les réseaux sont souventinformelsetinvisibles.

Conclusion

La compréhension de la confiancevarie doncen fonction des
échellesd’observation.Al’échelle macro-sociale les valeursjouent un
rôleclé pourexpliquerlerapportàlaméfiance,aucivisme ouau
marché mais sansnécessairementexpliquerlespratiques réellesni leur
diversité ensituationconcrète.Al’échelle micro-sociale, la confiance
apparaitcommeun processusbeaucoup plusincertain etcontingent.Il
relèveautantde lastratégie etducalcul desacteursenvue deréduire les
incertitudesliéesàlarelation humaine,que desdiversesformesde
contrôlesocialqui permettentlastabilisation partielle de larelation.
Cette échelle ne permetpasde discerner, parcontre, laforce des valeurs
incorporéesdanslecomportementdesindividus,cequirelève d’une
autre échelle, l’échelle micro-individuelle
La confiancerelève dupartage.C’estpourquoi lerestaurant reste
un momentclé de la construction de la confiance,comme l’avaitdéjà
montréNorbertEliasavecles restrictionsde l’usage ducouteauàtable
déslafin duMoyenÂge envue de limiterles risquesd’être poignardé
en pleinrepasetdoncpouraugmenterla confiance !

28

Confiance théologale etconfiance
cosmogonique
Réflexion interculturellesurla confiance
envers un monde incertain

*
ROLANDDEPIERRE

Confiance, défiance, méfiance?

«Je pense, écrivaitLeibniz(1646-1716) dansla Préface de
Novissima Sinica«qu’uneattentionsingulière dudestina, pourainsi
dire,réuni lapartie lapluscivilisée etlapluspolicée dugenre humain
auxdeuxextrémitésde notrecontinent, l’Europe etla Chine…Peut-être
cesdeuxnationslespluscultivées, en étendantl’uneversl’autre leurs
bras, perfectionnerontpeuàpeu toutcequisetrouve entre elles».Mais
cetespoirallaitêtre déçuetleurconfianceréciproquesouvent rompue.
Enrôlésparleurs querellesintestines,ChinoisetEuropéens
découvrirentlescraquelures, lesfaillespuislesgouffres quiséparaient
leurs régimesde fidélitérespectifsetdeconfiance mutuelle.Rappelons
la Querelle desRites: incrédulité desJésuitesdevantlamorale
chinoise : «Il estimpossiblesanslagrâce, et trèsdifficileaveclagrâce,
d’être persévérantetinvariable danslebiencomme l’ontété les
Chinoisdurant 2000ans.»Intolérance desFranciscainsetdes
Dominicains quiveulentéradiquerlespratiqueschinoises.L’Empereur
Kangxiavaitbeauplaider que leculte desancêtresn’étaitpasidolâtre
(« on n’espérait rien, on n’attendait rien deConfuciusetdesancêtres.
Personne necroîtàleurprésenceréelle dansles tablettes»), lePape
BenoîtXIV,quivenaitdecoifferlatiare, publiala BulleEx quo
singularisprovidentiafactum estquiconsacraitl’impossible
recouvrementdes systèmes symboliquesentre lesdeuxcivilisations.

*
Philosophe,civilisationchinoise,Université deNantes.

Fermantlaquerelle des rites, il ouvraitlaquerelle desmythes.
Fallait-il direMaître duCiel[x+tian zhu]ouEmpereurd’en haut
[|3shangdi]?Fallait-iltraduire damnation parxxsy(tian zhu
di miecondamné parleCiel,anéanti parla Terre) ?La confiance dans
leCiel équivalait-elleàla confiance enDieu ?Avecladispute des
nominations s’ouvraitl’ère desconflitsd’interprétation?Comme disait
Kangxi : « pourquoi ne parlez-vouspasdeDieucomme nous ?Onse
révolteraitmoinscontrevotrereligion! ».Onaironisésurlavacuité de
cettequerelle de mots,alors ques’yengage lesens que leshommes
donnentàleurprésenceaumonde,c'est-à-direques’yaffrontentles
régimesdeconfiance dansl’ordre du sens.

L’ère du soupçon

Nous vivons, dit-on,unesociété de défiance,unecrise des
relations socialesminéespardesmécanismesde discrimination,
d’exclusion etde mépris.D’oùlarecherche desprocessusoudes
procéduresdereconnaissance pour restaurerla confiance,base des
relations sociales, économiques, moralesetpolitiquesetfondementde
l’espritpublicdans une démocratie.Dansle domaine des relations
sino-européennesparexemple, lafin de l’èrecoloniale etde laguerre
froide n’ontpascloscettecrise maisl’ont renouvelée,car,si la
globalisation deséchanges, la coopération internationalesupposentet
imposentla confiance, la compétition de l’économie de marchéainsi
que‘lechocdescivilisations’nourrissentladéfiance,tandis que les
rivalitésd’intérêtetles tensionsentre puissances raviventlaméfiance.
L’actualitéabonde.
Uneculture dudoutequi ne date pasde lapériodecontemporaine,
mais quibaptisalamodernité.C’esten effetavecle doute général,
radical, méthodique ethyperbolique de lapremière desMéditationsde
Descartes(1642)ques’ouvrentenOccidentlesphilosophiesde la
modernité.Si nousavonsdûaccepterleseffets théoriquesdecettecrise
de la croyance, nous sommesloin d’ensupporterlesconséquences
politiquesetmorales.En effetcette faillibilité descapacitésde l’esprit
humainà connaître lesensdumonde,aumomentmême oùil peutfaire
lascience desphénomènesgrâceàlamathématisation du réel, introduit
unerupture gnoséologique maisaussicosmologique entre l’homme et
sonunivers. «LeGrandPan estmort»,clamerontlesModernes. «Le
silence desespacesinfinism’effraie »avaitditBlaisePascalqui
méditait sur« lamisère de l’hommesansdieu».Ne pouvoirdonner
sensàson expérience,tel estle gouffre dunihilisme.Lapensée
chinoisea-t-elleaffronté de lamême façon l’épreuve de ladéréliction

30

humaine ?Comment interpréterl’affirmation deWangChong (27- 97
ap.J-C.) : « il estdoncfauxd’affirmer que leCielréagitpardes signes
fastesounéfastesauxparolesbonnesoumauvaisesdeshommes»?
(Lunheng,17).Ne s’inscrit-elle pasdans unrapportaumondestructuré
selonunautreschèmeanthropologique?
Aujourd’hui,confrontésauxcatastrophesetparticulièrementaux
désastresenvironnementaux, on estfrappé deconstaterl’écartdeton
entre le pessimisme dudiscoursécologique occidental[oùpourtantde
tellesmenaces(réchauffementclimatique,raréfaction des ressourceset
pénurie desénergies) restent lointaines et incertaines]et ladémarche
pragmatique et retenue des responsableschinois[oùpourtantles
tremblementsdeterre, lesinondations, ladéforestation, lastérilisation
etladésertification des terres, lapollution de l’air, lararéfaction des
ressourcesen eau, etc.sontdes réalités tangiblesetdéjàvérifiéesdepuis
de longuesannéespardesexpertisesincontestables].Comment
expliquercette différence?On peutavancerde multiples raisons
comme lerégime politiquerésolumentoptimiste, lafaiblesse de la
presse dereportage, l’émergence de ladémocratie d’opinion, etc.Mais
il m’asembléqueces raisons s’inscrivaientdansdeschaînes
rhétoriques qui plongentdansdes stratesplusprofondeset, malgré la
sécularisation, dansdeshumusculturelsarchaïquesdontnousne
percevonspas toujoursl’origine.Car,comme l’écritle philosophe
Schlegel, danslarevueEsprit(200«8) :si lesanciennesimages
religieusesdumonde, lesconcepts théologiquesou
théologico-politiques, lescomportements religieuxontété
progressivementévacuésdesdiverses sphèresde lasociété
moderne, …ilspeuvent subsister souslaforme dereprésentations, de
valeursetd’idées, de mode devie etdecomportements sécularisés,
précisément. »D’oùl’intérêtd’unearchéologiecomparée de la
confiance pourfouillerdansnosculturesanciennes respectives.

Deuxniveauxetdeuxtypes deconfiance

Ona coutume d’inscrire la confiance ouladéfiance dansles
rapportsentre individus, entre individusetinstitutions, ouaucœurdes
relationsinterculturellesetinternationales.ParexempleLaoZirappelle
que «[leSouverain] Qui ne faitpasconfiance, netrouve pasla
confiance[dupeuple]» (2>ZDDJ,chap.XVII) etdéfinitainsi la
condition de possibilité d’uneconfiance éthico-politique.Maisn’y
aurait-il pasaussi etpeut-être d’abord,unerelation de
confiance/défiance de l’homme envers ‘le monde’ ?«Si la confiance
[du sageàl’égard de la Voie]manque,alorsla confiance[dans sa

31

propreaction]estinsuffisante» ditle mêmeLaoZi dansle mêmeLivre
(DDJ,chap.XXIII).Toute sagesse, malgré leserrementsdulangage et
lesillusionsdubonsens, faitconfianceàla Voie,affirme ouinfirme la
puissance ducœurhumainàpenserlesecretdumonde,Daode[2>.]
Je laisserai délibérémentlaquestion de la confiance éthico-politique,
abondamment traitée pard’autres, pourabordercesecond niveau, la
confiance métaphysique.
Touteconfiance oscille entre deuxpôleset revêtdeuxformes
principales: l’unerelève de lafoi dansla crédibilité d’une puissance
(fidélité),tandis que l’autres’établit surla base d’uneassurance devant
desgarantiesd’unsystème (fiabilité).L’une estplutôtintersubjective,
relationnelle, l’autre plutôtobjective etcalculatrice.Laméfianceaussi
peut se dédoubler seloncesdeuxlogiques.Lapremièresuspecteune
sorte detromperie de lapartd’unevolonté intentionnellequibriseun
contratimplicite deconfiance, l’autre naîtd’indices qui décrédibilisent
lescritèresdesécuritéservantàgarantiretàrassurer.L’une enseigne
que «{[X|&)lls:}san shiwanshangzoulu, meiyingzi
[Quand on marche dansl’obscurité (lorsqu’il n’yapasde lune) on ne
faitpasd’ombre]»;l’autre n’oublie pas que «qw|:kEll}
)Hshatanshanggai loufang–bulaokao[une maisonbâtiesurle
sable de laplage n’apasdesolidité]».Ici la confiance manque envers
celuiquiagitdansl’ombre, làenvers un projet qui nie les
fondamentaux.
Notre hypothèse est que, pourle niveaude la confiance
éthico-politique, lesChinoismettentl’accent surlafidélité dansles
relationsinterpersonnelles tandis que lesEuropéensfontprévaloirles
garantiesdudroit, lafiabilitécontractuelle;mais que le jeu
d’oppositions’inverse lorsqu’onaccèdeauniveaude la confiance
métaphysique.Dumoinsdanslapériode du rapport sacraliséaumonde,
celuique le‘désenchantementdumonde’ vadéstructurerpournous
introduire danslamodernité.
Pourillustrerce paradoxe nousdéchiffreronsdeuxgroupesde
textesàpeuprèscontemporains,tous rédigésàpeuprès trois siècles
avantnotre ère : - lesPsaumesdeDavid dits ‘de la confiance’[Ps]dans
la Bible, etlechapitreLavaleurde la confiance dansPrintempset
automnes[PA]deLüBuwei,touten lesillustrantparl’opposition de
deuxfigures tutélaires, emblématiquesde‘l’homme deconfiance’dans
noscultures respectives, leschantsdesupplicationsduLiSaodeQu
Yuan(-340-278)[QY]etceuxduLivre deJob [Jb].

32

Deuxdestins comparables

1
JobetQu Yuansont deuxpersonnagesdontladestinée est scellée
par unecrise deconfiance,crisequi ébranle latotalité de leurêtre et
atteintmême leurintégrité personnelle, leurdignité.Lerécitde leurs
malheursetdudoutequi lesassaille ensuite, estàlasource d’une
tragédieau sensoùilsfontl’un etl’autre l’épreuve de laliberté
humaineconfrontéeàun destin dontlesensleuréchappe.Chacun dans
son domaine,chacun dans sonsystèmeculturel,acquiertainsi lastature
de héros, et sesplaintes,sesgémissements sontlamatière d’une œuvre
lyriquequisertde modèle poétiqueaussibien dansla culturechinoise
que dansla culture égypto-hébraïque, puisoccidentale.Maisilsnesont
pas seulementlespersonnagesd’une œuvre littéraire novatrice, ils
deviennentdesarchétypesde l’humanitéàlafoiscourageuse et
vulnérable.Touteconfiance estliéeàune promesse etàune espérance
qui peuventêtre déçues ;ellesignifieque l’espoirdubien l’emportesur
la crainte d’un mal possible, maisaussique laprobabilité dumalreste
ouverte.NéanmoinspourQuYuancomme pourJob, lemalsemblerire
desavictoireaufuretàmesureque l’espérance devientproblématique,
que lafidélité paraîtabsurde.Laperte deconfiancequirésulte dece
sentimentd’abandon entraîne laprise deconscience de leur
vulnérabilité.Ilsdécouvrentainsique la confiancequ’ilsavaient
accordée,que lafoiqu’ilsavaientdonnée,qui donnait sensàleur
existence, - lorsqu’elles sontbafouées, -sontlamarque de leur
dépendance,sinon de leuraliénation,carfaireconfiance,c’est toujours
transmettre despouvoirsdiscrétionnairesà autrui, offrirpriseà cequi
vousestextérieur,supérieur,antérieur:touteconfiances’écrit surfond
d’obéissance, ouvrantainsi lalonguetradition de lathéodicée.
Maisnosdeuxhérosne peuvent s’abandonneràleurchute, ils se
redressentfaceaudestin,toutenréaffirmant que, malgrétout,au-delà
dupire,touterelation humaines’inscritdans uncercle deconfiance.La
confiance dansla confiance doitdemeurer.Comme ditLüBuwei : « la
confianceappelantla confiance,qui manqueraitalorsde
l’aimercommeun père?Plénitude, plénitude! » (PA,377).Encesens,
on peutdécelerdansleursappelsetleursattentes, lapremière
expression d’unevéritablesubjectivité (Versano,2004).On doit
écouterleur récitcommeunchant qui permetnonseulementde

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Nouslaissonsdecôté l’exégèse deces textesd’un pointdevue historique ou
littéraire, pourles utiliser seulementcomme desdocumentsoù serepèrentdes
paradigmesde la confiance.SinonvoirPimpaneau,Lechagrin de l’éloignement,
Anthologie de lalittératurechinoiseclassique,Picquier,2004.

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découvrirl’immense palette des sentimentshumains universels,
espoir,crainte,colère,révolte, désir,amour, haine, ironie,regret, etc. –
maisdéchiffrerleurhistoirecommeune phénoménologie de la
conscience humaine.
Dansla crise moralequirésulte de laperte deconfiance, l’homme
individuel faitl’expérience de lasolitude, découvre lafragilité des
signesde laréciprocité, mesure lanécessité derelations stablesavec
autrui dans un monde incertain, mais trouve en lui les ressourcespour
réaffirmerlavaleurmorale de la confiance : «La confiance,toujoursla
confiance.Celuiqu’elle enveloppecommuniqueavectouteschoses
jusqu’auciel. » (PA,379)
Maiscette persévérance n’estpaslamême.Ici, elle estdéfi, làelle
est soumission.L’anthropologueG.Durand (1969)amontréquecet
affrontementaudestin etàlamort,quand ilse mue ensentimentde
solitude, de finitude,susciteun imaginairequi mobilise les symbolesde
lavictoire desforcesde lumière,c’estlerégime diurne; tandis quesice
mêmesentimentconduitàl’acceptation dumalheur, il entraîneune
fantasmagorie de lanuit, lerégime nocturne.Cetimaginaire divergent
s’observecheznosdeuxpersonnages: le langage ducombatdeQu
Yuanrelève du régime diurnealors que lafidélité deJob appartientau
symbolisme du régime nocturne.

Deuxrégimesde fidélitéantithétiques

En effet,toutoppose la confianceaupaysdeUc(Jb)à celle du
paysdeChu(QY).
Danslatradition hébraïque, la confiance est requiseàl’égard de
Dieu,seul objetpleinementlégitime decesentimentàlafoisaltruiste et
égocentrique.SelonJérémie «malheuràl’hommequiseconfieà
l’homme, heureuxceluiquiseconfieà DieuetdontDieuest
l’espérance »(Jérémie,7,5).Car, «deslèvres, on offre lapaixàson
compagnon, maisdanslecœuron lui prépareun guet-apens»(Jérémie,
9,7).ChezSaintAugustin,commechezSaintThomas, la confiance ne
peutêtre escomptéequechezceux qui placentleurfoi, leurespérance et
leuramourenDieu. (Sommethéologique,II-IIae,4,7).C’estpourquoi
nousl’appèlerons théologalecomme les trois vertusdontelleconstitue
lamatricecommune.Elle estaucœurde lafoicommeacte,comme
décisioncarelle est réconfortintérieur, expérience intime, maiselle est
aussiattente, demande : «Trouverdansmavietaprésence,tenir une
lampeallumée,choisiravectoi la confiance,aimeret sesavoir
aimé »dit uncantique.Faire lechoixde la confiance,c’estparieràla
façon dePascal,c’estprendreunrisque pour réduireun plusgrand

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