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LA CONFUSION MENTALE PRIMITIVE

De
296 pages
Le travail de Chaslin fut pour lui l'occasion de dresser un panorama exhaustif des conceptions psychopathologiques françaises et allemandes du XIXe siècle, comme de critiquer les orientations nosologiques de son époque et d'attaquer la doctrine, alors régnante, de la " dégénérescence ". C'est dire l'importance que revêt dans l'histoire de la psychiatrie l'ouvrage ici présenté.
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LA CONFUSION MENTALE PRIMITIVE
S'tupidité,
dén1ence aiguë, stupeur prin1itive

Collection Psychallalyse et Civilisatiolls Série Trouvailles et Retrouvailles dirigée p{lr Jacques Chazaud
Renouer avec les grm1des oeuvres, les grffi1dsthèmes, les grands moments, les grffi1dsdébats de la Psychopathologie, de la Psychologie, de la Psychanalyse, telle est la fïn,ùité de cette série qui entend maintenir l'exigence de préserver, déu1s provinces de la Culture et des Sciences ces HUlnaines, la trace des origines. Mais place sera également donnée à des Essais Inontrant, dans leur perspective historique, l'ÎInpact d'ouverture et le potentiel de développement des grm1des doctrines qui, pour faire date, continuent de nous faire signe et nous donnent la ressource nécessaire pour affronter les problèlnes présents et à venir.

Dernières parutions
Au-delà du rationali.wne lnorbide, Eugène MINKOWSKI, 997. 1 à un nlodèle organo-dynanÜque en psychiatrie,
aux idées d'énorn1ité,

Des illées de Jackson Heru.i Ey, 1997.
Du délire des négations

J.

COTARD,

M.

CAMUSET,

J. SEGLAS,1997. Modèles de norn1,{llité jJsychopathologie, et
De la.folie il deux à l'hystérie

Daniel ZAGURY, 1998.

et autres états, Ch. LASEGUE,1998. Leçons cliniques sur la délnence précoce et la psychose nlaniacodépressive, C. KRAEPELIN, 998. 1 Les névroses. De la clinique il la thérapeutique, A.HEsNARD, 1998. L'Ünage de notre cOI1JS,J. LHERMITTE, 1998. L'hystérie, Jean-Martin CHARCOT, 998. 1 Indications il suivre dans le traitenlent {noral de la.folie, F. LEURET,1998. La logique des sentinlents, T. RIBoT,1998. Psychiatrie et jJensée philo.\'ojJhique, C-J. BLANC,1998. Le thènle de protection et la pensée lrLorbide, Dr. Henri MAUREL,1998. L'écho de la pensée, Chm.les DURMTf),1998. Henry Ey psychiatre du XXle siècle, Association pour la fondation Henri Ey, 1998. Mesmer et son secret, J. VINCHON,1998. De l'hystérie à leIjJsychose, E. TRILLAT,1999. L'instinct et l'inconscient, W. H. R. RNERS, 1999. Hallucinations et délire, Henri Ey, 1999.

Pl1ili ppe Cl1aslin

LA CONFUSION MENTALE PRIMITIVE
Stupidité,
dén1ence aiguë, stupeul~ pl~imitive

Introduction du Pr Pierre Morel

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Palis - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

\C)L'Hannattan,

1999

ISBN: 2-7384-8072-1

INTRODUCTION
Philippe Chaslin ou quand la clinique avait la parole

"Quiconque entreprend une histoire des n1aladies doit renoncer à toute hypothèse, à toute théorie philosophique"
(F. BOISSIER de SA UV AGES)

Fils unique d'une famille de la petite bourgeoisie parisienne, Philippe CHASLINvient au monde le 14 février 1857, période faste pour les « neurosciences» si l'on veut bien se souvenir que cette même année a vu naître BABINSKI, BEKHTEREV, lfred BINET, BLEULER,Wagner VON A JAUREGG,et que FREUD,KRAEPELINet SEGLASsont nés l'année précédente. Sa vocation première fut mathématique. Bon élève du lycée Louis le Grand, il est fasciné par

II

INTRODUCTION.

son professeur de mathématiques élémentaires, Charles SIMON, auteur de travaux d'astronomie qui avait fondé l'observatoire d'Alger et dirigé un temps celui de Marseille avant que son incompatibilité d'humeur avec le célèbre L E VERRIER le cond uise à se replier sur l'enseignemeI1t. Pourtant, l'influence déterminante sera celle du grand-père maternel, RAIGE-DELORME, l'aïeul érudit, bibliothécaire de la Faculté de Médecine de Paris, cofondateur des Archives générales de médecine, collaborateur de DEZEIMERIS au Dictiol1naire historiqtte de la médecine ancienne et moderne, cofondateur avec DECHAMBRE du Dictiol1naire Erzcyclopédiqtte des Sciences Médicales en cent volumes. Après une année de mathématiques spéciales, le jeune Philippe entre donc en médecine. Reçu à l'internat en 1882 il acquiert une formation très complète: chirurgicale avec GUYON et Ulysse TRELAT (le fils de l'aliéniste), neurologique avec Luys, psychiatrique avec VOISIN,médicale avec POTAIN qui préside en 1887 sa thèse Du rôle titt rêve dal1s l'évolution du délire, dédiée à LEGRAND du SAULLE. Ajoutons-y la fréquentation du laboratoire d'histologie du Collège de France sous RANVIER MALASSEZ. et

INTRODUCTION.

III

Cette même année il est nommé Médecin Aliéniste des Hôpitaux, cadre administratif aujourd'hui disparu qui recrutait le personnel des quartiers d'aliénés dépendant de l'Assistance Publique à Bicêtre et à la Salpêtrière. Affecté comme médecin adjoint à Bicêtre, il y retrouve son ami SEGLAS arrivé l'année précédente. En 1899, il est chef de service et quittera onze ans plus tard les hommes de Bicêtre pour les femmes de la Salpêtrière où s'achèvera assez tristement carrière. En 1921 en effet, à l'occasion d'une
«

restructuration

», l'Administration,

toujours

délicate, lui signifie par une simple note de service qu'il doit évacuer les locaux qu'il occupait depuis

son entrée en fonction. Peu combatif,

«

mal armé

pour la lutte », il s'incline et installe son bureau dans une petite chambre d'isolement où il est atteint l'année suivante par l'âge de la retraite. Ruptures successives pénibles auxquelles il ne survivra pas. Entouré par l'amitié et la sollicitude de ses anciens élèves, ALAJOUANINE, GARCIN et MEYERSON, l s'éteint le 26 juillet 1923, léguant à la i Faculté de Médecine les quelque 2300 volumes de sa bibliothèque et la majeure partie de son avoir, convertie en rente pour l'acquisition d'ouvrages et d'abonnements, ultime hommage sans doute aux

IV

INTRODUCTION.

mânes du grand-père, mais on découvrira aussi que son nom figurait dans de multiples œuvres de bienfaisance. Il avait demandé à être incinéré. L'homme est curieux et attachant. De petite taille, le visage osseux et pâle, frêle et d'une santé fragile, ennemi des sports, «trottinant discrètement », plaisantant volontiers, «doux, timide, modeste, d'une délicatesse toute féminine », il avait, dit ALAJOUANINE, un charme « prenant que lui conférait sa grande bonté », ce qui ne l'empêchait pas au demeurant de défendre ses idées avec une vigueur souvent quelque peu méprisante, quand il se plaignait de vivre dans une société psychiatrique futile et fustigeait « ces médecins de Molière» toujours prêts à expliquer n'importe quel trouble par n'importe quelle théorie. Bourgeois laïc et voltairien, lecteur fidèle de l'austère JOtlrrlaldes Débats, dreyfusard et patriote, il confondra dans une même réprobation, lorsqu'en 1914 éclatera le conflit, l'envahisseur allemand et le pacifisme de Romain ROLLAND. Jamais semble-t-il, il ne songea à fonder un foyer, très attaché qu'il était à sa mère près de laquelle il vécut jusqu'aux années de guerre, personnage fantasque qui, raconte-t-on, la quarantaine arrivée, avait décidé sans aucune autre raison que psychologique, de ne plus quitter

INTRODUCTION.

v

son lit, d'où elle dirigeait son ménage. Après son décès il se fixera une hygiène alimentaire originale, ne se nourrissant plus que de bouillies et autres laitages même lorsqu'il se trouvait invité chez des amis. La diététique œdipienne a parfois des exigences... Homme d'étude et de cabinet, polyglotte, travailleur achar11é, bénéficiant de revenus qui suffisent à son trai11 de vie modeste, CHASLINne fut jamais tenté par la clientèle. Il partage son temps entre les livres, son service où il arrive vers 8 heures 15 et passe de longues matinées à examiner et réexaminer ses malades, et les sociétés savantes dont il fait partie: la Société médicopsychologique, qu'il préside en 1917, la Société de psychologie qu'il préside en 1922, et les deux dissidentes, la Société de psychiatrie et la Société cliniq'ue de médecine mentale qu'il appartiendra à CAPGRASde ramener en 1931 dans le giron de la Médico-Psychologique. On le sait amateur aussi de jeune poésie qu'il se plaît à faire découvrir à ses internes, parfois par un laconique «BON pour signaler à M... que dans (nom d'une revue) a paru un poème de ... », ou simplement par la référence d'un vers qu'il a transcrit sur quelque feuillet administratif. CHASLINa publié un certain nombre d'articles qu'il faut rechercher dans diverses revues: les

VI

INTRODUCTION.

Annales médico-psyc/l0Iogiques, l'Encéphale, la Revue philosophique, le Journal de Biologie, le Progrès médical. Il y traite de sujets variés, témoignant de son éclectisme: épilepsie, hallucinations et délire, sclérose cérébrale, dégénérescence et hérédité, régime des aliénés, responsabilités des fous et des criminels, paralysie générale, démence précoce ou psycho-analyse. On lui doit même un projet (non publié) de création à Paris d'une Société de bains à bon marché (20 centimes, savon compris). Mais son œuvre psychiatrique est dominée par deux ouvrages, la Confusion n1entale primitive (1890) et Eléme11tsde Sén1iologieet cli11iquementales (1912). C'est au Congrès de médecine mentale de Blois en août 1892 que la confusion mentale entre en scène par la voix de SEGLAS qui, au nom de CHASLJNdonne lecture d'une longue Note sur une forme disti11ctede n'laladien1entale aiguë. Il ne s'agit pas pour l'auteur de s'approprier la « découverte» de cette pathologie mais plus simplement de lui faire donner «la place qu'elle devrait occuper dans la classification» (française) et qu'elle occupe déjà à l'étranger (et en particulier en Allemagne) sous des appellations diverses. Il veut donc «rappeler l'attention sur des faits connus autrefois, oubliés maintenant en France, par suite de l'abandon des traditions des anciens

INTRODUCTION.

VII

aliénistes et par suite de l'importance

exagérée que

l'on attribue à la « dégénérescence»

». Et de rappeler que « c'est à M. DELASIAUVE le premier que nous devons une excellente description de ces cas qu'il appelait confusion mentale, stupidité, chaos... ». Pour sa part CHASLIN se contente d'ajouter le

qualificatif de

«

primitive afin de la distinguer des

formes où il y a a ussi confusion, mais secondaire ». Curieusement Gilbert BALLETintervient pour dire «qu'à son se11S, il ne s'agit pas là d'une maladie nouvelle mais d'un simple syndrome, qu'il y a de grands inconvénients à introduire de nouveaux mots dans la terminologie mentale, et que ce que M. CHASLIN désigne sous le nom de confusion mentale n'est pas autre chose que ce qui a été décrit de tout temps sous le nom de stupidité et de démence aigue ». CHASLIN venait de le rappeler mais après tout, BALLETavait peut être somnolé pendant l'exposé. Aussi, dès le mois suivant, CHASLIN publie-t-il un nouvel article dans les Annales médico-

psychologiques:« les honorables confrères qui ont
pris la parole à propos de ma communication ne m'ont pas paru avoir parfaitement compris ma pensée, du moins d'après les comptes-rendus des journaux. J'espère que le présent article leur

VIII

INTRODUCTION.

fournira une meilleure occasion de me discuter ». Et d'appeler le chauvinisme à la rescousse: «mon but (...) est de démontrer que déjà en France nous connaissons cette confusion mentale primitive mieux qu'on ne le croit à l'étranger, si bien que nous pouvons dire pour elle comme pour le délire des persécutions, la paralysie générale et tant d'autres maladies, que c'est nous qui l'avons délimitée les premiers, dans des travaux postérieurs au premier de tous, ESQUIROL... . » Le malaise tient peut être en partie au caractère équivoque du mot «primitif» que conteste HANNIOS de Reims au congrès de Clermont Ferrand de 1894 : «il est un mot que je voudrais voir disparaître le plus tôt possible avant qu'on en ait pris l'habitude, je veux parler du qualificatif « primitive» que M. CHASLINpropose de joindre à la dénomination de confusion mentale... La confusion mentale, toute spéciale que soit sa physionomie cli11ique, n'est autre chose qu'une expression symptomatique. Ses causes et ses conditions pathologiques peuvent ne pas tomber tout de suite sous l'œil impatient de l'observateur, et cependant elles existent... Il répugne, logiquement, de considérer un ensemble symptomatique, si complexe qu'il soit, comme primitif ».

INTRODUCTION.

IX

Or, le propos de CHASLINest d'autonomiser une affection dont le trouble «primitif », « d'origine psychologique» associe: obnubilation de la cons cience, dé sorien ta tion temporo-spatiale, «perte de la synthèse mentale» pouvant s'accompagner d'hallucinations, ses causes quelles puissent être, idiopathiques ou exogènes, étant susceptibles tout au plus de créer des symptômes contingents, simples «formes cliniques» pour adopter le langage des somaticiens. Et ce au moment même où REGIS,proposant le terme d'otzirisl11.e pour désigner des états hallucinatoires aigus, insiste au contraire sur le caractère «réactionnel» et ces états et sur l'importance de la recherche d'une étiologie toxique ou infectieuse. C'est dans ce contexte que paraît en 1895 La confusion mentale primitive en laquelle CHASLIN malgré le titre de sa «note» de 1892, se refuse à voir une «maladie », car une maladie ne saurait s'individualiser que par ses causes spécifiques, mais bien plutôt un «type clinique» dont la symptomatologie est mieux définie que celle d'un syndrome. En 1920, il reviendra encore une fois sur ce point qui lui paraît essentiel à la Société médicopsychologique à l'occasion d'une communication de TOULOUSE, JUQUELIERet MIGNARD sur

x

INTRODUCTION.

«confusion, dén1ence et atltocondtlction »: « (ces messieurs) me permettront de ne pas accepter le mot maladie pour désigner le type clinique en question, car je crois que la pathologie générale nous interdit d'admettre des maladies mentales, ainsi que je l'ai expliqué longuement dans mon dernier travail ». On perçoit bie111à la méfiance de CHASLINpour les catégories nosographiques, son dédain pour les théorisations pathogéniques, son parti pris descriptif. Ce goût exclusif pour l'enregistrement des faits va prendre toute sa dimension dans les 1000 pages des Eléments de sérnéiologie et clinique mentales qui paraissent en 1912 et pour lesquels depuis vingt ans il a collecté documents et observations, usant parfois, parmi les premiers, de la sténographie pour éviter de trahir les propos des patients. « Il me semble qu'il y aurait place pour un ouvrage composé presque u11iquement d'observations avec un commentaire, tenant à la fois du manuel et des leçons cliniques et donna11t une grande place à la sémiologie. C'est cet ouvrage que j'essaye de faire. Je voudrais, en montrant continuellement le malade aussi «vivant» que possible, indiquer pour ainsi dire du doigt les signes à rechercher et à apprécier, et guider ainsi le débutant dans l'art difficile du diagnostic. Et ce, de la façon la plus

INTRODUCTION.

XI

terre à terre, la plus simple avec très peu de mots savants, sans chercher le moins du monde à faire de la psychologie pathologique: rien que de la clinique; mais la plus classique, du moins autant qu'il est en m011 pouvoir, celle qui tient compte de tous les signes, ai11sique nos devanciers nous l'ont

appris ».
Et ce perfectionniste avouera un jour son collègue BARBEavoir récrit jusqu'à quatorze fois certains passages des Elén'zerlts... Le point le plus original de cette fresque monumentale est sans doute l'étude de ce qu'il appelle Disco1"t.Jance gro'upe provisoire des folies et discordarltes qui correspond dans ses grandes lignes à la démence précoce de KRAEPELIN que BLEULERvient de reconsidérer sous le nom de schizophrénie, dans son livre Den-lentia Praecox oder Gruppe der schizophrenien paru en 1911. Il est remarquable que les deux auteurs parlent de « groupe» et on a bien sûr noté la similitude qui existe sur le plan sémantique entre la « discordance» de l'un et la «Spaltung» (dissociation) de l'autre. Mais au-delà du vocabulaire et même si BLEULERen 1926 a pu déclarer au Congrès des aliénistes de France et de

pays de langue française que si le terme de « folie
discordante» avait déjà existé il aurait tout aussi bien pu le choisir, son essai de compréhension des

XII

INTRODUCTION.

mécanismes en cause est bien éloigné de l'approche «extérieure» d'un CHASLIN plus soucieux de serrer de près les faits cliniques que de tenter d'en pénétrer le sens. Dans ce cas particulier, pourtant comme l'a souligné LANTERILAURA, «la discordance désigne alors des phénomènes relevant de deux registres, l'un de pure séméiologie, et l'autre, malgré toute la prudence de CHASLIN,de la psychopathologie ». Quoi qu'il en soit, pour lui, le temps des théories explicatives n'est pas encore venu, convaincu qu'il est que nos connaissances en psychiatrie «sont encore trop précaires et incertaines ». Qua11t aux doctrines, elles ont versé dans la métaphysique et ont besoin d'être refaites:
« ce sera l'œuvre

de l'avenir. J'aime mieux n'en

parler qu'à peine, car, pour le moment, présentées comme elles sont, elles ne fournissent même pas des hypothèses directrices pour les recherches ultérieures; au contraire, elles empêchent de voir les faits; elles entraînent même un recul sur les acquis de la clinique, telle que l'avaient comprise les aliénistes français d'il y a cinquante ans ». Il se montre aussi agacé par «l'influence nuisible par un certain côté de l'illustre MOREL» que par la «psychoanalyse» que les auteurs français commencent à découvrir dans l'immédiat

après "guerre, « système rigoureux et tout le monde

INTRODUCTION.

XIII

court après un système d'autant plus que ce système a plus de prétention à tout expliquer» ; ce « freudisme» contre lequel il s'élève en 1920 et auquel il consacrera son dernier article psychiatrique, paru en 1923 dans le Journal de psychologie. Il accuse FREUD de «remuer à la pelle un énorme tas de petits faits mal observés et mal interprétés à cause de son obstination systématique» et se demande «si la grande diffusion du freudisme ne tiendrait pas en partie à l'attrait défendu des choses sexuelles », mais « FREUDest FREUDet tout regret serait superflu »... Faut-il s'en étonner, car après tout, en ces années 20 débutantes, bien peu d'aliénistes en France étaient séduits par la théorie psychanalytique. Si, dans la mémoire collective psychiatrique, le nom de CHASLIN est devenu synonyme de confusion mentale et de folie discordante, il est un autre aspect de ses écrits qui mérite quelque attentio11. Alors que vient de s'achever sa vie professionnelle, il publie successivement, en 1922 dans le JO~lrrlal de psycJ10logie,« La psychologie de la mathématique pure », et l'année suivante dans la Revue philosophique, « Sur l'idée de limite en mathématique », préludes aux 270 pages d'un Essai sur le nl.écanisnîe psychologique de la

XIV

INTRODUCTION.

mathématique

pure qui ne verra le jour que trois ans

après sa mort, retour nostalgique peut-être à cette autre carrière à laquelle il aurait aussi bien pu se consacrer. Mais ne trouvons-nous pas là quelque éclairage «Sur le mécanisme psychologique de la séméiologie pure» qui fut le sien? Car, cette méticulosité descriptive, ce dédain des théories psychopathologiques qu'il tient pour doctrines «métaphysiques », n'est-ce pas une autre façon d'assumer son obsessionnalité, son besoin de rigueur «ma théma tique» en le transposant dans le domaine d'une autre rigueur, d'observation celle-là, constituante d'une séméiologie, « ordirle geometrico demonstrata » dit-il, qu'il veut aussi objective et éloignée de tout esprit doctrinal que possible, même si, pour reprendre

un propos de son élève Ig11aceMEYERSON toute «
description est presque toujours d'emblée une interprétation, tout récit un commentaire» « La Psychiatrie est-elle une langue bien faite» ? s'interrogeait CHASLIN, paraphrasant CONDILLAC, un de ses maîtres à penser, dans un article destiné en 1914 à la Revtle 11etlrologique. Que penserait aujourd'hui ce puriste pointilleux
de notre néo-séméiologie ve11ue d'Amérique, impérialiste et désincarnée lui qui voulait

INTRODUCTION.

xv

dans son manuel «montrer continuellement le malade aussi « vivant» que possible» ? Sans doute songerait-il comme en 1912 « aux
casquettes des costumes marins des enfants arborant des noms de navires anglais, au grand dam de la fierté nationale ». Il est vrai que les enfants ne portent plus depuis longtemps de bérets marins... Pre Pierre MOREL

BIBLIOGRAPHIE
- BASSET : Présentation de CHASLIN,Thèse méd. Paris 1961. (J.) -DAUMEZON (G.): Ph. Chaslin. Confrontations psychiatriques nOlI. 1973 p 27/39. -LANTERI-LAURA(G.) et GROS (M.) : La discordance, Unicet éd. 1984.

AVANT.

PROPOS

Il Y a deux ans, dans une communication au congrès de Blois, puis dans un mémoire inséré dans les .4nnales médico-psycllolo,qiqltes, je rappelais l~attention des médecins français

sur la ConfllSioJ~'J1zentale.

Cette tentative fut

accueillie par de vives critiques, et pourtant l'année suivante, au congrès de la Rochelle, on put entendre des communications sur la Confusion où on rendait enfin également justice à Delasiauve. De nouveaux travaux et même des leçons cliniques ayant depuis été faits sur ce sujet, je crois le moment venu d'essayer de tracer un tableau d'ensemble de cet état pathologique. Celui-ci se rencontre dans la clientèle età l'hôpital plus souvent qu'à l'asile; aussi il me semble -que cet essai, dont je ne me dissimule

XVIll
~

AVAN'.1-PROPOS.

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plus élendu<qt.1eieelllÎ si restrein tdes 111ié.. nisles. C'esltlaris chapitres rJ.ela (lémenceet tIc ]'idiotiedesaI}ftiens aIlleurs qllC:nous.trollvons ..'(le les l}refJlièl~Cstl'a..<5CS la cOnftlSion 1110ntale I)rÎnliti,\re .1,1n ,tl'otlbloi~ie nla l, don t l' apparen ce psy Ôl101Qg Îtlueprirlc ip.a.l est utl.affaibli sse me nt e (les manif(!sl.afions intellectuelles devait naturelleI11el1t~tre(}onf().n(111.a les R1.1t.resrollbles ,ree l dont là fâi111ess,eintellt',ctuellefait le fond. Ce n~est q1.1epen à pe.u, l~idiot.ie et ladémence lIne
jois sél).arée:s ftnIICllCJ11fJIlll'ltHOÙe l'alllre, qllc l'on s'est.~pel~~<1.1delJexistenceà parl d'lIn tro1.lbleparticulier (ll1i le1.1rressemble, mais en est di5;finct. Apal'lil' tic }'idiotisn1e de Pinel, la con fus ionm eIllalCia ,etl <.1 esdes Linées di v.orse s ~ méCOnn\le ici etfêconnue làlJar errCt1r, ses

limitesfur~Dttnntôt trop étroites, tantôt trop étendue's; illuieslm.êlnearrivé le.malheur 811prêm6.d~di8para.ltre à peu prèscomplètelnent, et cela da.11S sapatJ?ie d'origine. Cette d.isparilion a [enlI.>.~J..{let.lXcttuscs rincipales: d'abord p à]a clas.sificati()l1p't11~(}ri1e'nt psychologique de

A.¥A.NT-

P IlOPO;S..

XIX

lafQlie, danslaq1.leIle<uns.eul symp.t.ômement.al s1.1£fisaità définirlll18 formeparticulièr'e, et ensuiteplps tard trIa manière dont les :imitateurs OUles éChosde~i().rcl (Jnt envisag(~lfl lIégéIlérescence. Celle derIlièrc conceptioIlconstitutt un pro;grès, mais elle flIt et est encore funeste nonpar elle-nlùn1c,mn.is IJar l'al1plicatioll qttC quelqlles-uns ont VOU1l1 faire de cette tlléorie. La confusioJl nlcntale a donc sOllITertfortetnent en France de l'in111.1encedes conceptions doctrinales. Née dans notre pays et biell établie SlIr des hases très larges, il y a trente (tns, elle a. été retrouvée (lOI)llisà l'él.rttIlger, je ne 1)(11'10 qlle de l'Allemagne, d.ont les autres pays comme l'Italie et l'Anglelcrl~e ne sont, dans ce slIjet., que le reflet.. En AJlemagne, c'est (111groll}lCdes délires primitifs (11.1'01Ie s'esl J)01.Itl peu séflllréc, et encore avec J}cine, et encore ÎncoD1plètement. A part les conceptions (loctriIla.les qlli, tOllchant laparanoia,ont retenti snI' elJe, ce qui a gêné le plus son essor est, je crqis, la eirconstanceqlle le sigIlcclini(lue conf11sion, qtli prédomine cIlez elleall POillt de vue mental, pelIt

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AVAN1-PR 0 POSe

XXI

p'araît néeessair~,car il esl.. "de M.ocle aujoul~(l'lluid'ignol~er .nos l)réclecessellrs~tdc croire que l'alién.at!()n mentale vient>{l'êtrc Inventée. [la.ns la deuxièllleI)arti c, (lo]lsi e'~cJ~~I)ilres û0..1a.'symptomatol()gie, de la psy~bolôgîl.pathologiqt1~,iLl~l'etiol()gie>c tde lapa.tllogou.ic1.'.je m'effoJ:c'er.aid'exposer ce (lui estacql1is sur l~affecti€)n qtlim'o'12()llpe.Ûn a l'11abituq.c cIe p~és~ntel~'presql.l elOtljollrs les ({lIeStion.$~om me finies, fe}jmées, rés(l)111CS le .conlraire .;

me sem-

blerait plus lllile pOlir l'accroissement de nos connaissttncCS;fl.côté tIlt 1)011(1110 Ils saVODR, no Jevoiudrais aussi Inolltrer louL ce (ItlenOtlS ne primitive. savons pas sur la CO!lftlSion mentale

.t\11r}~rni~r1~lQ~1}.t}llt .j;(lJ.1~ends, connaissan'c'c, ~r()ptard l.ltlurllo,U'V()~~~{ltd1ser, 'till lIvre de 1\1. Friedlnuuflc,UelJi!N den Waltn, Wiesbaden, 1894.

PREMIÈRE

PARTIE\

CIIAPlrrRJ~ PIlEMIER Historique.

I
Il n'est pas lltile de remonter plus haut que Pinel, bien que quelques auteurs anciens, notamment Sauvages (1), aient compris dans leur nomenclature mentale des formes de folie qui se rapprocllent de celle qui fait l'objet de cette élllde, car ceux-ci Il'avaienl p.as lracé de limite

celitaine entre

« la

privation congénitale ou in»
.

fantile de l~i]ltel]igence et la suspensioll intei-

lectllelle de l'âge mûr.
espèces d'aliénations:

Pinel (2), dans son traité, n'.admetque qllatre
la 11'lartie, la mélancolie,

la démellce, enfin l'idiotisme. Cette dernière est 'lIne sorte de slupidité plus ou ffi'oins prononcée
(t ) Sauvages, Nosologie 1néthodique. (2) Pinel, T1'taitémédico-philosophique tale, 2° éd., 1809. SU?'t'aliénation menl

2

HISTORIQUE.

avec un cercle très borné (l'idées et la nllllité de caractère. Pinel confondait donc sous le lerme (l'idiotiS1JZe élals bien divers; ]lli-même {l'aillcllrs des distingue une sorte d'idiotisnle prodllile, dit-il,

par les affections vives et inattendllcs.
laines persolllles, douées J'llne

«

Cer-

sensiJ)iliLé

extrême, peuvent recevoir une commotion si l)rofondc par lIne affection vivo eL brusqlIe qll0 toutes comme les fonctions lIne forte morales frayeur, en sonl COlnnlO pellt proclllire VIl arLillcllr, au comité ce ]'all de sllspentlues pl1énonlène ou o))]itérées : une joie excessi vc, si inexplicable.

II de la, l{épubliqu~.. Salut public le projet invention

propose

d'lIn canon de nouvelle

dont les effets doi vent être terribles;

on en ordonne pour lIn certain jour l'essai à Meudon, et 11o)Josl)ierre écrit à SOIl 111VCIltC1II) une lettre si encolIrageante (lue cellli-ci resle comnlO imnl0bile envoyé à Bicêtre it celte lecllIre el. (Jl1'il cst d'i(lio(lans lIn état complet

tisme. » Pinel ajoute que des affections vives et inattendues produisent allssi (Iuelqllefois le même effet sur les jeunes filles, SlIrtout all monlent des règles. Dans UIl I)arag'l')al)]lesJ)écial

AUTEURS

FRANCAIS.

3

intitulé:

L'icliotislne,

eS}Jèce el'al£énatio1'l f1~ég1eéri qzeelquefois pa1'

q'llente dCl11S hospices, les

lll'l acc{~s de maTtie, i1 rapporte tOllt all long lIne. o))servalion de cc genre et j] insiste sur ]a calIse à laquelle était dIle, d'après I11i, cetle

espèce (l'aliénation. L'J10spice de ]~icêtre « était
regardé comme un liell (le rell'aile el de réla])]issement pOlIr eeux (lu'on avait soumis d'aillellfs saignées, nombre (l'atonie certains it lIn lri1,Îlerncnt très les bains arrivaient aclif par les et les douclles. Un grand

tlans lIn état de fai))lesse, au -point (Ille plusieurs lellrs facllltés intellee-

et (le stllpellr, rCI)renaient

sllCComl)aient (llIelqllcs jOllrs (lI,rès leur arrivée: tllelles par le réta])lissement gradllé des forces,

(l'alltres éI)rouvaient dos reellutes dans la saison des cllaleurs; Qllclqllcs-uns, surtout dans la jCllnessc, apl'(~S avoi.' rcslÜ !)]llSicllfS mois 011 même des années entières dans U11idiotisn1e absolu, tombaient dans uno sorte (l'accès de manie qui dllrait vingt, vingt-cinq ou trente jOllfS

el a11cluel SllCcé(lai Llc réta))!isscn1cn l cle]a raison par lIne sorte (le réaction inLerne. »

La classifiealioIl d'I~sqlIirol présenta un prQgrès sur celle de Pine]. Il admellait ]a