//img.uscri.be/pth/3e488616c22cc12d0cdcaddcba3ae437989c1eef
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,90 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : PDF

avec DRM

La Constitution de l'être

De
222 pages


Marie-Claude Defores et Yvan Piedimonte sont psychanalystes. Ils ont travaillé avec Françoise Dolto au sein de l'école freudienne dirigée par Jacques Lacan. Leur recherche est issue d'une longue expérience acquise en cabinet et dans des institutions traitant les troubles de l'enfant, de l'adulte et les problématiques familiales et sociales. Leur approche de l'inconscient ouvre de nouvelles perspectives cliniques dans le domaine des troubles psychiques.

Voir plus Voir moins
Avantpropos
La convergence de nos recherches s’organise autour d’un certain nombre de lignes de force donnant impulsion à l’ouvrage. En voici quelques directions : – Notre intérêt soutenu pour la question de l’Identité de l’Être, intérêt partagé avec tous les humains. Notre attention de psychanalystes s’est particulièrement portée sur les obstacles intérieurs et extérieurs à sa constitution. – Notre expérience tangible que l’inconscient séparé de la vie de l’âme apparaît comme une notion abstraite. C’est seulement lorsqu’a été saisi de l’intérieur le fait que l’inconscient est la source de la vie de l’âme qu’il se donne, alors, sous forme vivante et concrète. Cette vie se manifeste par la sensation, l’image et le sentiment résonnant dans la parole. – L’écoute du domaine du ressenti nous a permis de prendre contact à travers le transfert de nourrisson, voire de fœtus, de nos patients, avec une mémoire très précoce, témoignant de cette présence de la mémoire de l’âme qu’est l’inconscient dès l’aube de la vie.
– Notre rencontre avec l’enseignement de Françoise Dolto est venue conforter, à travers so n beau concept d’image inconsciente du corps, notre hypothèse naissante de l’existence d’un corps de mémoires tissé de sensations et d’images.
5
– Cet accès à l’inconscient par le ressenti constitué de sensations, images et sentiments, nous a ouverts à une vision globale de l’être humain et a apporté un nouvel éclairage clinique, où psychose et schizophrénie, entre autres, pouvaient être considé-rées comme des déclinaisons différentes de l’architecture humaine, âme-corps-esprit. Cette perspective a fortifié notre confiance dans la possibilité de soutenir ces personnes en détresse, dans la remise en jeu du déploie-ment de leur évolution.
6
Introduction
Appuyés sur notre expérience clinique et ses lignes de force, nous est venu le désir de partager avec autrui la cueillette de nos décou-vertes et leur élaboration. Nous avons approfondi, chemin faisant, notre recherche concernant la question de l’identité humaine. Délibérément, nous ne sommes pas partis de concepts psychanaly-tiques définis, mais certains se sont présentés avec beaucoup d’insistance : inconscient, sujet, désir, refoulement, symptôme, signi-fiant, symbolique, imaginaire, Nom du Père, forclusion, Image Inconsciente du Corps, pulsion, moi, « je », éthique, etc. Nous les avons croisés non seulement parce que nous les connaissions, mais avant tout parce qu’ils sont porteurs d’une réalité vivante. Dans leurs limites même, ils nous ont servi de butée pour symboliser plus avant les émergences de préconcepts que suscitait notre rencontre. Avec les concepts psychanalytiques sont apparus aussi les images, les métaphores racontées dans les grands textes de la mythologie, de la Bible et des contes, et surtout nos propres visions et rêves que nous mettions plusieurs séances à élaborer en processus de pensée. L’image intérieure est comme le rêve, une condensation de pensées à venir. C’est par l’interprétation qu’ils peuvent tous les deux se déployer en connaissances. Avec l’avancée du texte a surgi l’évidence que tous les positionne-ments ne sont pas référés à l’identité humaine. En effet, il s’est
7
INTRODUCTION
révélé que cette identité était reliée aux notions deprojet humain, d’éthiqueetd’incarnation. Contrairement aux autres espèces, l’identité humaine n’est pas donnée, elle est une véritable création qui peut ou non advenir. Pourtant, la réalité humaine, noyau de l’être, porteur de ses références, existe. Elle est là pour chacun dès l’aube de la vie, mais, pour se manifester, créer de la conscience et de l’engagement, elle doit prendre corps. Cette incarnation se fait tout autant dans la dimension subtile que dans la dimension corporelle. Il n’y a que la relation à l’autre passant par l’esprit et ouvrant sur l’intuition pour permettre que l’essence du savoir profond venu du noyau de l’être se transforme en connaissance. Cette connaissance née de la rencontre d’esprits et d’inconscients est le matériau néces-saire à la création de l’identité. La connaissance est l’essence qui prend consistance. Seule l’irrigation par l’énergie de l’esprit rend possible cette muta-tion et nous donne la force nécessaire pour devenir « jardinier » de notre projet d’humain. C’est le désir de rencontrer l’autre pour le connaître et actualiser notre projet qui nous met dans cette dimen-sion. Cette intention originelle au cœur de l’être – base de tous les désirs – de réaliser notre humanisation peut être favorisée ou contrariée par des conditions mises en place par le milieu familial. Ce projet ne peut prendre corps que dans la convergence de deux intentions, celle du milieu et celle du sujet. Le sujet doit garder le contact avec cette intention originelle pour créer son identité essen-tielle, c’est-à-dire faire advenir ce qui existe déjà potentiellement, et, en même temps, être en mesure de percevoir l’intention domi-nante du milieu quant à ce projet. L’intention de l’environnement est d’autant plus perceptible qu’elle soutient ce projet, mais, quand elle vise à le contrarier, elle se rend non visible en se dissimulant. Dans la dernière situation, le sujet devra renforcer la mémoire de son projet et de son identité pour pouvoir soutenir, à travers la
8
INTRODUCTION
douleur, l’énorme travail d’identifier l’intention cachée de l’autre – et cela à partir seulement de la perception des effets produits par cette intention sur son âme. Lorsque l’intention de rencontrer l’autre, germe du désir, s’incarne, elle produit un mouvement qui, s’accomplissant, devient forme, structure vivante, fertilité à venir. En revanche, quand l’intention de détruire se manifeste, elle a pour effet de bloquer, immobiliser et pétrifier. « C’est l’intention qui compte », dit le bon sens populaire ; en effet, seule l’écoute de l’endroit d’où parle et agit l’autre permet de donner sens à ses propos et ses actes. Là où se trouve la fragilité de l’humain, son projet pouvant être ou facilité ou empêché, là se manifeste aussi son aptitude à la liberté. En effet, ce projet est inscrit dans la mémoire profonde, c’est-à-dire dans l’inconscient. Une de ses composantes en est le désir d’évo-luer. Il rencontre des forces puissantes d’opposition. De ces forces, parce que leur action est toujours occultée, on ne perçoit que la résultante. Le sujet aveuglé les incorpore et les confond avec sa propre substance ou identité, qu’elles impactent et recouvrent. Elles produisent la confusion entre l’interne et l’externe, et finissent par dominer la vie psychique du sujet jusqu’à l’empêcher de se consti-tuer une intériorité. On peut avoir une vie psychique sans intério-rité. La plupart des conceptions de l’humain considèrent ces forces comme inhérentes à sa nature, peut-être parce qu’elles agissent au niveau interne et qu’on n’en aperçoit que les effets. Notre recherche nous a amenés à conclure qu’il n’en est rien. Tout enfant venant au monde a, dans son inconscient, les références de son identité et le savoir sur les conditions pour mettre en œuvre son humanisation, c’est-à-dire l’éthique. Nous l’avons découvert chez nos patients à partir de leur transfert les renvoyant à leur mémoire de bébé, voire de fœtus, où déjà il y avait une vie inté-rieure animée d’images témoignant de la capacité à pressentir la position de l’autre, son intention, toujours en référence à l’éthique.
9