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La Crise

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« L’Arabe est vaincu
Mais non pas dompté. »

La question algérienne est l’image de ce fleuve torrentueux qui s’échappe avec fracas des flancs de l’Atlas, redouble de fureur en présence des obstacles, mais les franchit sans les renverser. Sa lourde masse suspendue un instant dans les airs, va s’abîmer au fond du gouffre où elle entre en ébullition. Le liquide s’y agite en écume impure : c’est là dernière phase de la lutte ; et le fleuve dompté coule paisible jusqu’à la mer.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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DÉDIÉ
AUX
FEMMES ALGÉRIENNES

Bou El Hâqq

La Crise

I

UNE PAGE D’HISTOIRE

« L’Arabe est vaincu
Mais non pas dompté. »

La question algérienne est l’image de ce fleuve torrentueux qui s’échappe avec fracas des flancs de l’Atlas, redouble de fureur en présence des obstacles, mais les franchit sans les renverser. Sa lourde masse suspendue un instant dans les airs, va s’abîmer au fond du gouffre où elle entre en ébullition. Le liquide s’y agite en écume impure : c’est là dernière phase de la lutte ; et le fleuve dompté coule paisible jusqu’à la mer.

 

Le voyageur qui en explore les rives est frappé d’un spectacle étrange : près de la source, il n’aperçoit qu’une nature sauvage qui impressionne, mais ne produit rien. Plus bas, au contraire, le fleuve s’écoule silencieux dans une plaine fertile ; on sent qu’une métamorphose s’est opérée.

 

Depuis longtemps, l’Algérien se heurte à des obstacles que sa fierté naturelle ne lui laisse pas le loisir d’aplanir. Entraîné au milieu du torrent des passions, il ne sait plus se contenir, et d’un seul bond, il franchit la barrière qui le sépare du gouffre où s’agitent les intérêts les plus opposés.

 

Tombé dans ce milieu en ébullition, il s’y débat comme dans une mare boueuse. C’est la dernière phase de la lutte ; le calme renaît, le silence se fait, et la colonie domptée se laisse aller à la pente naturelle des événements.

 

Le libre penseur qui prend des notes, assiste à un spectacle étrange : au grand désordre, qui a failli jeter la ruine dans le pays, il voit succéder le calme et la prospérité ; on sent qu’une métamorphose s’est opérée

 

Si la Providence sème ainsi des gîtes d’étapes sur le sentier de la vie, c’est pour permettre à l’homme de s’y arrêter et de s’y recueillir.

 

Les Algériens viennent de fournir une de ces journées qui marquent dans la carrière. Emportés par la tourmente, ils n’ont échappé que par miracle au désastre. Libre à eux de chercher dans le recueillement les causes du bouleversement auquel ils viennent d’être soumis.

 

La mauvaise foi de quelques-uns a pu égarer un instant les esprits ; mais l’opinion publique les a condamnés parce que le cynisme n’est pas toujours assez puissant pour conjurer le châtiment que le Ciel ménage aux imposteurs.

 

On a pu lire dans d’autres ouvrages la manière dont l’insurrection arabe a pris naissance, comment l’idée de révolte a germé et s’est développée au sein des populations indigènes. Il est aujourd’hui reconnu qu’elle a été la conséquence de la situation critique de la France, et que, loin d’en accuser les administrateurs du pays, il y a lieu au contraire d’admirer les artifices par lesquels ils ont réussi à prolonger l’ancien état de choses au milieu de la désorganisation générale. Il s’est, en effet, passé là un phénomène unique dans les annales du monde ; phénomène dont il serait difficile de donner l’explication, autrement qu’en en attribuant le principe à la vigoureuse impulsion imprimée à l’administration du pays.

 

Les gens qui étaient à la tête du gouvernement de l’Algérie avaient en effet imprimé à la machine administrative une sage impulsion. Pour la faire dérailler, il n’a fallu rien moins que la catastrophe qui a bouleversé la France entière.