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La Crise de la République

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392 pages

Tous les régimes qui se sont succédé en France depuis notre grande révolution furent brisés parce qu’ils manquèrent de souplesse. Institués sous l’influence d’événements qui imposèrent à chacun d’eux une politique déterminée, ils ne surent pas ou ne purent pas modifier leur attitude conformément à l’évolution qui, au cours de leur durée, s’accomplissait dans les idées et les mœurs du pays. Tandis que tout se transformait autour des dirigeants, ceux-ci restaient figés dans l’attitude qu’ils avaient dû prendre au moment de leur accession au pouvoir.


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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
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Jean-Louis de Lanessan
La Crise de la République
PRÉFACE
* * *
Le projet d’écrire ce livre me fut inspiré par les innombrables lettres et observations de journaux reçues à la suite de mon article « Ça ne peut pas durer » que leMatinpublia le 20 février 1914, et qui m’avait été demandé au cours d’une conversation où je me servis de cette expression familière pour traduire mon sen timent sur la situation de la République et de la France. Je constatai alors que nombreux sont les étrangers et les Français par lesquels la République est considérée comme traversant une cris e grave, car on me priait d’en indiquer la nature, les causes et les conséquences probables. Quelques amis de jugement sûr, avec lesquels je m’e ntretins du projet qui m’était inspiré par, mes correspondants, m’ayant encouragé à l’exécuter, je me mis à la besogne un peu avant l’ouverture de la période électorale. Je la poursuivis quotidiennement pendant les luttes de la campagne que j’eus à faire et je la terminai quelques jours après l’ouverture des travaux de la nouvelle Chambre. Malgré les conditions dans lesquelles ce livre a ét é écrit, on n’y trouvera aucune passion ni la moindre attaque contre qui que ce soi t. J’y ai dit en toute conscience et nettement ce que je pense de l’œuvre politique de n os hommes publics ; j’en ai écarté avec soin tout ce qui aurait pu revêtir un caractèr e personnel. Cela, d’ailleurs, me fut facile, car, depuis près de quarante ans que j’écris pour le public, jamais je n’ai ajouté la moindre goutte de fiel à l’encre dans laquelle je trempe ma plume. Je n’eus, au cours de ma longue carrière politique, qu’un seul défaut dont je reconnais la gravité : je ne pus jamais, ni comprendre la République sans la Liberté, ni accepter les dogmes et la discipline des églises politiciennes, ni prendre au sérieux les grandes phrases sous lesquelles se cachent les petites ambitions. Si mon petit volume porte les traces de ce défaut, je prie le lecteur de me le pardonner, en raison de ce qu’il m’est impossible de m’en défaire. J.-L. DE LANESSAN. Écouen, le 23 juin 1914.
LIVRE PREMIER
LA NATURE DE LA CRISE
* * *
CHAPITRE PREMIER
1 « ÇA NE PEUT PAS DURER »
Tous les régimes pui se sont succédé en France deuis notre grande révolution furent brisés arce pu’ils manpuèrent de soulesse. Institués sous l’influence d’événements pui imosèrent à chacun d’eux une olitipue déterminée, ils ne surent as ou ne urent as modifier leur attitude conformément à l’évolution p ui, au cours de leur durée, s’accomlissait dans les idées et les mœurs du ays . Tandis pue tout se transformait autour des dirigeants, ceux-ci restaient figés dans l’attitude pu’ils avaient dû rendre au moment de leur accession au ouvoir. Ils croyaient à la ossibilité de se maintenir ar la seule force gouvernementale ; ils furent tous renve rsés, à une heure donnée, arles forces oulaires pui s étaient déveloées malgré eux et contre eux. Le remier Emire fut écrasé ar son destin militaire, tour à tour glorieux et cruel. La royauté de droit divin disarut our s’être montrée tro fidèle à son rincie surhumain. La monarchie constitutionnelle succomba our n’avoi r as su se débarrasser de sa loutocratie oligarchipue. La seconde Réublipue fut, comme la remière, victime de ses excès démagogipues. Le second Emire aurait u, san s la guerre évitable de 1870, rolonger eut-être, endant de nombreuses années, son existence, grâce aux concessions pu’il araissait vouloir faire aux idée s libérales renaissantes. La troisième Réublipue est arvenue à l’heure où elle devra se transformer our se mettre en harmonie avec l’esrit de la nation, sous eine de érir, à l’instar de ses deux aînées, emoisonnée ar les vices pui rongent tous ses organes. Née dans les circonstances les lus tragipues, les lus douloureuses et les lus agitées pue la France ait traversées deuis les dés astres pui entraînèrent la chute du remier Emire, notre troisième Réublipue a été contrainte, endant la remière hase de son existence, à se défendre contre les haines et les réjugés d’une notable artie de la nation, sans être dotée d’un ouvoir assez fort our dominer les adversaires du régime et ceux pui le voulaient exloiter à leur rofit en excitant les aétits démagogipues et les assions révolutionnaires. A la force d’en haut pui n’existait as, se substituèrent fatalement les forces d’en bas. Dans chapue déartement, dans chapue village et juspu’au fond de chapue hameau, la lutte fut ouverte entre les défenseurs et les ennem is de la Réublipue, lutte ardente, imitoyable, lutte de toutes les heures et de tous les instants, d’où les hommes les lus sages ne ouvaient pue difficilement s’écarter et dans lapuelle la raison avait toujours tort devant la assion. Ennoblie, au début, ar son idéal olitipue, cette lutte a dégénéré, sous l’influence des rogrès incessants de la Réublipue, en de bas conf lits d’intérêts locaux, d’aétits ersonnels et d’ambitions mespuines, sous lespuels le régime ne tarderait as à succomber si la masse désintéressée de la nation ne se montrait disosée à entrer en scène. Étrangère ar indifférence ou sagesse aux luttes des militants, cette masse a tellement souffert, deuis une dizaine d’années, des réercus sions déterminées ar les cous échangés entre les artis, pu’elle commence à sortir de sa assivité. Si étrangère pu’elle veuille être aux batailles olitipues, ses intérêts moraux et matériels en ressentent tro les énibles et ruineuses consépuences our pu’elle ne comrenne as la nécessité de se rebeller contre les auteurs resonsables des maux pui l’accablent. Elle est rofondément troublée et inpuiétée ar les vexations pue lui infligent tour à
tour les vainpueurs, arles atteintes à ses libertés individuelles ou collectives auxpuelles des gens pui se disent réublicains — et seuls réublicains — se livrent sous le rétexte d’établir le règne de la liberté ; ar le désordre des finances, le désépuilibre du budget et l’augmentation incessante des charges ublipues ;  ar l’insuffisance de la défense nationale sur mer comme sur terre, puoipue les dée nses de la guerre et de la marine s’accroissent d’année en année ; ar la substitution du législatif à l’exécutif et du déuté à l’administration ; ar la dissolution de la uissance gouvernementale, accomagnée de l’incohérence des assemblées arlementaires ; ar l es surenchères intéressées des oliticiens et ar l’anarchie pui règne dans toutes les administrations comme dans les ouvoirs ublics. Son trouble, ses inpuiétudes et son émotion sont devenus lus rofonds encore deuis pue, au nom de ce pu’ils aellent la « justice fis cale », le gouvernement et certains arlementaires émettent la rétention de énétrer juspue dans le secret de ses affaires et dans l’intimité de son foyer. Elle commence de s’effrayer lorspu’elle voit tous les objets les lus nécessaires augmenter de rix, le commerce, l’industrie et l’agriculture éricliter, l’ouvrier se laindre de l’insuffisance de son sala ire et le bourgeois réduire ses laisirs our diminuer ses déenses. Aussi les gens exérimentés pui savent rêter l’oreille aux bruits du dehors entendent-ils déjà ceux pui souffrent crier : « Nous en avons assez ! Battez-vous entre oliticiens si vous y trouvez puelpue laisir ou rofit, mais res ectez nos ersonnes, nos libertés et nos biens ! » Il y a là un avertissement dont tous les amis sincè res du régime réublicain doivent tenir comte. Il témoigne pue la Réublipue est arr ivée au moment de son histoire où s’imose une transformation rofonde de ses institutions, afin pue celles-ci soient mises en harmonie avec l’état des esrits et des mœurs. Grâce à la soulesse de sa nature, la Réublipue se rête mieux pue toute autre forme de gouvernement aux transformations nécessaires ; mais l’heure est venue de les réalise r, si l’on ne veut as pue l’avenir du régime soit comromis. Ce pue désire, ce pu’exige le ays se dégage facile ment des manifestations de sa volonté pui se roduisent de tems à autre. Il exige ce pu’il n’a u obtenir ni du remier Emire, ni de la royauté de droit divin, ni de la m onarchie constitutionnelle, ni du second Emire : pue les ouvoirs ublics s’adatent à ses besoins, à ses intérêts intérieurs et extérieurs et à sa mentalité. Il a comris pue le gouvernement de la Réublipue fît acte d’autorité à l’égard de ses adversaires tant pue ceux-ci menacèrent son existence ; il n’admet as pue cette autorité soit maintenant alipuée au triomhe d’un arti ou d’un groue. Il veut pue la France soit gouvernée au nom de la France our la France, et non oint au nom d’un arti et au rofit exclusif d’un arti. Il entend pue l’on fass e disaraître au lus tôt les corrutions électorales, arlementaires et gouvernementales née s du scrutin d’arrondissement majoritaire, et pue cessent de se roduire les odieuses ratipues de candidature officielle emruntées à l’Emire ar les césariens de la Réub lipue. En ratipuant les libertés, il en a ris le goût et il veut pue l’on resecte tout es celles pu’il tient de la nature ou des lois. S’il admet pue l’on doive sacrifier en puelpu e mesure les intérêts individuels aux intérêts généraux de la société, il trouve excessiv e la rétention pue manifestent les jacobins de transformer l’individu en un simle serf de l’État. Il estime, en un mot, pue l’heure est venue où la Réublipue doit cesser de n’être pue le maspue de la monarchie ou de l’emire, our devenir réublicaine. S’il existe dans le grand arti réublicain des hommes pui aient comris la gravité de la crise traversée ar la troisième Réublipue et pui soient résolus à oérer dans nos
institutions les transformations exigées ar la masse de la nation, pu’ils osent le dire et surtout pu’ils ne reculent as devant les actes, ca r le tems est assé où le verbe suffisait à calmer les imatiences de la nation. On a tant fait de discours deuis puarante-trois ans, pue les meilleurs ne ortent lus guère au delà des limites où la voix se fait entendre. Ce pu’attend le ays, c’est un r ogramme d’action et des hommes d’action. Et ce rogramme d’action, il veut pu’on le dresse n on our un groue ou un arti, si vastes soient-ils, mais our la France entière. Celui-là sera un homme d’État conscient des besoins de la nation et des nécessités du régim e réublicain pui, ayant établi un rogramme d’action gouvernementale et législative vraiment nationale, osera faire ael, our l’exécuter, non oint seulement aux adetes de tels ou tels groues, de tels ou tels artis, mais à tous les Français. Je conclus : avec beaucou de vieux réublicains, je constate pue la France est lasse d’être gouvernée sous la Réublipue comme sous la m onarchie ou l’emire, pu’elle est lasse de la tyrannie des artis, du désordre des fi nances, de l’anarchie des administrations, de l’insuffisance de la défense nationale, du désarroi de tout ce pui fait la richesse, la force et la grandeur des nations, et a vec tous les hommes raisonnables, je dis : Ça ne eut as durer !
1r lechaitre a été ublié, sous forme d’article, a  Ce Matin,son numéro du 21 dans février 1914. La reroduction ici de cet article es t absolument textuelle. LeMatin avait lacé au-dessus du titre les mots « Comment les régimes tombent » pui résumaient bien la ensée maîtresse de l’article. L’imortance pui lui fut accordée dans les milieux olitipues, dans la resse et dans l’oinion ublipue est bien mise en relief dans cette hrase ar lapuelle ont débuté les articles ubliés dansl’Echo de Parisar M. Charles Benoist, sous le titreUn programme: « Cela ne eut as durer, a écrit il y a puelpues semaines M. Lanessan, et l’on sait le retentissement pue ces mots ont eu, réétés ar mil le journaux, à travers le ays tout entier. »
CHAPITRE II
L’ÉVOLUTION GÉNÉRALE DE LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
Il était impossible que les mots « ça ne peut pas durer » qui furent répandus dans les milieux politiques et le pays par leMatinfussent pas l’objet d’interprétations très ne diverses. Soit dans les articles de journaux auxque ls ils donnèrent lieu, soit dans les nombreuses lettres qui me furent adressées, on y vit une sorte de menace à l’adresse du régime républicain, comme une prédiction de sa fin prochaine. C’était exagérer beaucoup ma pensée. Je crois, en conséquence, utile de la préciser. En rappelant, dès les premières lignes de mon artic le, les conditions dans lesquelles e sont tombés, depuis la fin du XVIII siècle, tous les régimes qui ont précédé la troisième République, je me suis attaché à montrer que leur vice capital résida dans l’impossibilité où ils se trouvèrent de modifier la ligne de conduite à laquelle ils avaient été, en quelque sorte, condamnés, au moment de leur institution. Ils restaient immuables dans la forme où ils étaient nés, tandis que les mœurs et les idé es évoluaient autour d’eux, si bien qu’un jour vint, fatalement, où ils n’étaient plus en harmonie avec la société dont ils avaient assumé la directiou et le gouvernement. Ce jour-là, ils furent condamnés à disparaître. Un seul, le second empire, montra quelque souplesse : né d’un coup de force, il tenta, vers 1870, de prendre des allures libérales ; mais la guerre qu’il ne sut pas éviter arrêta son évolution et détermina sa chute. Sans elle, peu t-être existerait-il encore, car il avait vu venir à lui un personnel républicain dont l’infl uence commençait d’être considérable dans le pays. Je rappelle ce fait pour établir qu’i l n’est impossible à aucun régime politique de se modifier, d’évoluer, de se transformer assez fortement pour répondre aux tendances nouvelles qui se sont développées autour de lui, malgré lui ou avec son concours plus ou moins conscient. C’est pourquoi je demandais, à la fin de l’article reproduit plus haut, si la troisième République aurait assez de souplesse pour s’adapter à l’état d’esprit qui s’est formé dans la nation depuis son avènement et sous sa propre in fluence. J’en exprimais l’espoir et j’indiquais les traits principaux du programme gouv ernemental qui me paraît le plus propre à donner, en ce moment même, au pays, une sa tisfaction telle qu’il s’attache au régime républicain au point d’en assurer l’avenir. Il n’y a pas, à cette heure, en France ou à l’étranger, un seul homme expérimenté qui puisse être tenté de nier la crise à laquelle notre régime républicain est en proie. Mais ceux-là sont très nombreux, soit chez nous, soit au dehors, qui se trompent sur la nature de cette crise, sur ses conséquences et sur les remèdes qu’elle comporte. Chacun, à cet égard, établit son jugement d’après ses conceptions politiques ou administratives, ses préférences pour telle ou telle forme de gouverneme nt, les préjugés qu’il tient de son éducation ou du milieu dans lequel il vit. Les monarchistes offrent leur roi qu’ils présentent comme la meilleure des républiques ; les impérialistes ont un empereur tou t prêt à sauver la France ; les dictatoriens attendent avec impatience le surhomme qui imposera ses volontés à la nation ; les jacobins rêvent d’une Convention qui r elèverait tous les pouvoirs en les absorbant tous ; les révolutionnaires ne conçoivent d’autre moyen de guérir notre société que de la faire disparaître ; les plus timides parl ent de revision de la Constitution, de renforcement des pouvoirs présidentiels, de recrute ment des ministres en dehors des
chambres, etc. ; la plupart font de la théorie ou d e la métaphysique, au lieu de se contenter d’observer tout simplement ce qui se passe sous leurs yeux, afin d’en tirer des idées nettes sur la nature de la crise, ses causes et ses remèdes. Je veux me borner pour le moment à cet examen purement objectif, sans dissimuler ni la gravité du mal dont souffre mon pays, ni la vita lité qui reste à la Nation et à la République, ni aucune des causes qui déterminent le urs souffrances, car je suis persuadé qu’en procédant de la sorte je ferai jaillir des faits la lumière destinée à éclairer les hommes de bonne volonté qui se donneraient pour but la guérison de la crise que nul ne peut nier, dont nul ne peut méconnaître la gravité, parmi ceux qui savent observer et juger. Tout d’abord, l’histoire de notre troisième République montre le parti républicain à peu près uni tant qu’il eut à lutter contre les partis qui voulaient ramener la France vers l’empire ou la monarchie, mais, en même temps, imbu des idées et des principes des gouvernements que le régime républicain avait remplacés. La nation française, comme tous les peuples qui eur ent la Rome antique et le catholicisme pour éducateurs, est essentiellement césarienne. Elle n’a pas, comme les peuples anglo-saxons, une conception précise et un sentiment intime de la liberté ; elle veut un chef ou des chefs, et ses révolutions ont eu pour résultat plutôt de substituer une forme d’autorité personnelle à une autre, que de fonder un régime de liberté. Notre grande révolution engendra fatalement — en ra ison de la mentalité de notre peuple et de ses gouvernants — toutes les formes imaginables de l’autorité personnelle : celle de la Convention où une assemblée élue par le peuple exerce elle-même tous les pouvoirs ou bien commande à tous ceux qui les détie nnent, en obéissant elle-même servilement au « peuple » ; celle d’un Comité de Sa lut public où l’assemblée s’incarne ; celle de la dictature théocratique où le Comité de Salut public se fond en Robespierre ; celle du Directoire où la dictature personnelle est remplacée par un dictateur à plusieurs têtes ; celle du Consulat où l’une de ces têtes surmonte et remplace toutes les autres ; celle, enfin, de l’Empire, où les pièces de monnaie portent d’abord, à la fois, l’étiquette de la République et la figure de Napoléon. Notre seconde révolution, primitivement jacobine, subit une courte phase dictatoriale et s’effondre dans un empire d’allure démocratique, d’ esprit pacifiste, et pourtant condamné, comme le premier, à verser dans un milita risme qui, n’étant pas dans sa nature, le conduit à sa ruine en infligeant à la France les plus grandes pertes et douleurs patriotiques qu’elle ait jamais éprouvées. La révolution qui en sortit fonda la République sans changer la mentalité de la nation, et l’on vit nos gouvernants républicains chausser, non sans volupté, les souliers de l’Empereur qu’ils venaient d’expulser. Les aspirations démocratiques de la nation étaient vives, son culte pour la liberté revêtait des forme s solennelles et bruyantes, mais le peuple était resté césarien jusque dans les replis les plus cachés de son cerveau et il se mit tout de suite à la recherche de l’homme à qui c onfier son destin pour s’épargner la peine de le diriger lui-même. C’est Thiers, c’est G ambetta, c’est Ferry, c’est Waldeck-Rousseau — je ne veux parler que des morts — qui so nt, tour à tour, l’objet de ses faveurs et qu’il pousse à gouverner, non point pour la France, mais pour le parti que chacun de ces hommes incarne. Et, depuis 1870, ce fut presque toujours au nom d’un parti, pour un parti, que notre pays fut gouverné, par les mêmes moyens que les régimes d’autorité personnelle avaient employés : candidatu re officielle, corruption de l’électeur par le député, corruption du député par le ministre , le parti en possession du pouvoir n’hésitant à user, pour le conserver, d’aucun des p rocédés par lesquels les gouvernements personnels avaient tenté de s’y fixer.
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