La culture scientifique et technique à 24 images/seconde

De

Retransmis par le poste de télévision, l’internet et les téléphones, le langage cinématographique est devenu le principal vecteur de diffusion de données informatives. On y trouve des assemblages destinés à éclairer le citoyen sur les composantes scientifiques et techniques de la culture. Contrairement à une idée fort répandue, la télévision diffuse en abondance des informations les concernant. Cette écrasante domination ne peut laisser indifférent quiconque est désireux de populariser un discours serein et cohérent sur les activités des scientifiques et des techniciens. Cet essai se propose d’analyser les spécificités narratives du cinéma pour faire que ces travaux ne soient plus des objets étrangers et lointains. Il en présente les difficultés, identifie les pierres d’achoppement et les incompatibilités, il en dégage les paradoxes, mais aussi les possibles.

En quelques décennies, le binôme sciences et techniques s’est imposé à la quasi-totalité des activités humaines, jusqu’à des secteurs inattendus, comme l’agriculture, la procréation, l’écrit, la communication, la cuisine, le sport et les objets de tous les jours. Les sociétés contemporaines sont à présent impliquées dans l’économie du savoir scientifique et technique, et ce savoir est devenu une composante essentielle de la culture. Par ailleurs, l’association du profit et de la rapidité des productions innovantes ne va pas sans poser de graves questions dans tous les domaines de l’organisation sociale : juridique, éthique, économique, environnemental. Les industriels, scientifiques et ingénieurs qui oeuvrent dans ces secteurs ne peuvent plus se contenter de produire sans en débattre. Le politique ne peut plus se contenter de voter des lois. Pour en débattre, encore faut-il que les citoyens y soient préparés. Le décryptage des composantes scientifiques et techniques, s’il revêt plus que jamais une importance cruciale, n’en nécessite pas moins un minimum d’apprentissage.


Robert Nardone est auteur et réalisateur de films documentaires, doctorant « Sciences et techniques dans la société : transmission, gouvernance, patrimoine », Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Préface de Girolamino Ramunni, professeur au CNAM.

Publié le : mercredi 1 février 2012
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EAN13 : 9782919694105
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Robert Nardone La culture scientifique et technique à 24 images/seconde © Éditions Matériologiques, 2012 materiologiques.com
[chapitre 1] Définitions : culture, sciences, techniques, cinéma
« LE CINÉMà COMME vECTEUR dE dIFUSIONa cuture de scïenique et technïque. » Dans ’ïntué, ï y a deux corps 1de termes : ï) cïnéma et ïï) cuture scïenique et technïque (CST). Quatre mots quï sont entrés dans e angage courant depuïs sï ongtemps qu’ïs ne devraïent pas,a priori, poser de probèmes parcuïers d’usage et de compréhensïon. Cependant, chacun des termes recouvre des objets très proches, maïs bïen dïsncts. Cïnéma, cuture et technïque peuvent être ïndïéremment empoyés pour ïndïquer une pare (mïcro) aussï bïen que pour désïgner e tout (macro). Anodïne synecdoque et banae promïscuïté quï rïsquaïent d’en faïre des ous ïmprécïs se contamïnant ’un ’autre, ou d’aourdïr ïnuement e texte ain d’évïter de nom-breux contresens. Quïe à enfoncer des portes depuïs tant de temps ouvertes, ï m’est apparu ïndïspensabe de bor-ner es déinïons. Cees sur esquees je me suïs arrêté ne
1]« Vecteur de dïusïon quï ïe es deux corps de termes » est empoyé ïcï dans e sens de transporteur, bïen qu’en ’oc-currence, e terme de médïum – pus passïf – eût été pus pernent pour décrïre a manïère dont a CST est massïve-ment dïusée.
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sont évïdemment pas excusïves et n’ïnvaïdent en rïen es autres ; ees m’ont tout bonnement paru constuer un cor-pus cohérent par rapport à mon sujet et en même temps déïmïter avec e pus d’exactude possïbe e cadre concep-tue dans eque j’aï choïsï d’opérer.
Le cinématographe Cinémadésïgne aussï bïen un dïsposïf technïque, maté-2 rïe et narraf qu’un ensembe ïndustrïe, producteur et dïstrïbuteur de ims, avec ses studïos, ses saes, ses stars et ses récompenses. Cee ïndustrïe est sï puïssante sur e pan économïque que es motsilmetcinémase confondent 3 avec ee . « Le cïnématographe est devenu cïnéma en s’engageant 4 dans a voïe narrave . » Au contraïre, tout au ong de cee étude, j’uïseraï putôt es termesilm de cInémaou ciné-matographepour désïgner e doube dïsposïf technïque – matérïe et mode narraf – sans dïsncon de catégorïe, de genre, de format ou de moyen de dïusïon.On peut aussï étendre aux ims dïusés sur e web ce que e cïnéaste George Freedand dïsaït de a téévïsïon, « qu’ee étaït en 5 somme du cïnéma parant à domïcïe »et en tout ïeu. Spots pubïcïtaïres, cïps musïcaux, reportages et documen-taïres, journaux téévïsés, retransmïssïons sporves, émïs-sïons de varïétés,talk-show, soïrées éectoraes – ques que soïent eur durée, eur message et eur mode de dïusïon – sont autant de ims de cïnéma narraf.
2]Cf. chapïtre 6. 3]Le termetéléilm– im de cïnéma produït et dïusé par a téévïsïon – n’a qu’une vaeur jurïdïque, pas esthéque. Même orsqu’ï est uïsé pour jusier a médïocrïté de a producon. 4]Edgar Morïn,Le Cinéma ou l’homme imaginaire, édïons de Mïnuït, 1956. 5]Georges Freedand, « Téécïnéma. Essaï sur a syntaxe de La culture scIentIique et technIque à 24 Images/seconde a téévïsïon »,La Revue du cinéma, n° 19-20, 1949.
I n’est pas queson ïcï de rendre compte de ’énorme ïérature savante dont e cïnéma est ’objet depuïs Béa Baàzs jusqu’aux tentaves théorïques de Chrïsan Metz. Nï de ravïver a controverse du cïnéma comme angage. Pour ce quï nous occupe, ï suît de rappeer qu’un im de cïnéma produït un sens ïéra sïnguïer, « un tout 6 organïque dans eque art et angage se confondent ». Le sens se construït au i des pans et des séquences avec des mots et des sons.Avec ses ous propres, ï déveoppe une ïnteecon cohérente quï, en aucun cas, ne sauraït se réduïre à sa seue dïmensïon angagïère. Que nous dït un 7 im de cïnéma orsqu’ï uï manque a paroe ? La réponse se trouve dans une combïnaïson, quï uï est spécïique, d’ééments technïques constufs. En tout premïer ïeu ces 24 ïmages photographïques par seconde dont e déiement est créateur d’ïusïon de réaïté et quï de faït ’éoïgne paradoxaement de a photographïe. Maïs aussï et surtout ce substrat matérïe quï rend possïbe sa narravïté : pans, séquences, mouvements de caméra, champs, hors-champ,
6]Jean Mïtry,Esthéîque et psychologIe du cInéma, tome 1, Édïons Unïversïtaïres, 1963. Dans cee étude, Mïtry tente de déinïr e cïnématographe comme un angage et com-pare e cïnéma à a poésïe (p. 65 à 104). Bïen que ce dïsant embarrassé par ’usage d’un vocabuaïre propre à a ïnguïs-que, Chrïsan Metz ne peut qu’approuver cee tentave (EssaIs sur la sIgnIicaîon au cInéma, Édïons Kïncksïeck, 1975, tome II, chapïtre 1 et chapïtre 4). 7]Les douze premïères mïnutes desVacances de M. Hulotsont un modèe du genre. Ta y détruït ’arcuaon et a syntaxe en ne gardant des mots et des phrases que eur sonorïté. Voïr aussï a pupart des ims de Pedro Costa où a paroe est rare. Le cïnéma dït muet ne ’est pas vraïment. I estsilent movie, maïs ï cause par cartons ïnterposés et par force mïmïques. Dans ses cours à ’EPHE, Marc Ferro enseïgnaït comment décrypter a propagande contenue dans es ims pourtant muets du cïnéma sovïéque des débuts de a révouon.
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ChapItre 1 : DéinItIons : culture, scIences, technIques, cInéma
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profondeur de champ, poïnt de vue (axes, cadres, focaes, umïères), raen, accééré, lash-back, rapport de coueurs, décor et usage des décors, costumes, rapport son/ïmage, etc. Enin par a posture éthïque/esthéque 8 du cïnéaste dans e rapport qu’ï entreent à son ou . La médïocrïté de a réaïsaon n’entre pas en ïgne de compte. I y a des ims ïnteïgents et des ims d’une grande sose. Et paradoxe ume, des ims cïnématographïquement ïnteïgents peuvent s’avérer d’une grande sose et 9 inversement.
La culture Le motculture désïgne troïs ensembes dont Le Robert (2001) donne es déinïons suïvantes : « A) Ensembe des connaïssances acquïses quï permeent de déveop-per e sens crïque, e goût, e jugement. B) Ensembe des aspects ïnteectues propre à une cïvïïsaon, une naon. C) Ensembe des formes acquïses de comportement, dans es socïétés humaïnes. »
8]» (Jacques Rïvee,traveïng est aaïre de morae  « Un à propos deKapoDe ’abjec-Gïes Pontecorvo, dans «  de on »,Cahiers du cinéma, n° 120, juïn 1961, p. 54-55). 9]cïnéma de Jean-Luc Godard est un bon exempe Le pour ïustrer ce phénomène. Voïà une œuvre ïnvenve, constamment novatrïce, d’une puïssance pasque et poé-que extraordïnaïre, maïs porteuse d’un dïscours ïéra sur es aaïres de a cïté, quï, pour rester poï, peut aïsser son-geur. Au ina, ces deux dïscours se contamïnent ’un ’autre et n’en font évïdement qu’un seu. Chez Godard, c’est cee tensïon extrême – entre son ïnteïgence cïnématographï-que et ses poïnts de vue sur e monde – quï rend son cïnéma aussï fascïnant qu’ïrrïtant. Les pateaux de téévïsïon furent jadïs frïands de ce Godard-à quï cause, quï est « rïgoo », quï est pus maïn et pus in que ses ïnterocuteurs, maïs sans aucun ïntérêt. Son seu ïntérêt échappant à ceux-à mêmes La culture scIeqnutïIi’qïnuteeertvïteecwhanïIeqnute.à 24 Images/seconde
La premïère déinïon concerne putôt e déveoppe-ment personne de ’ïndïvïdu. Dans ce quï nous occupe, cea correspond à a vugarïsaon scïenique et technïque. Les deux autres, ïnuement séparées, outre qu’ees com-prennent cee-à, déinïssent ce quï caractérïse une socïété humaïne à un moment donné de son hïstoïre. Ain d’éta-bïr e nécessaïre ïen avec es scïences et technïques, c’est dans cee accepon anthropoogïque que je ’uïseraï. « La cuture est ce tout compexe quï comprend a connaïssance, es croyances, ’art, a morae, e droït, es coutumes et es autres capacïtés ou habïtudes acquïses par ’homme en tant 10 que membre de a socïété . » Cee déinïon de a cuture 11 a servï de base à cee, pus détaïée, de ’Unesco : « Dans son sens e pus arge, a cuture peut aujourd’huï être consï-dérée comme ’ensembe des traïts dïsncfs,spirituels et matérïes, ïnteectues etaecfs, quï caractérïsent une socïétéun ou groupe socïa. Ee engobe, outre esarts et leseres, es modes de vïe, es droïts fondamentaux de l’être humaïn, es systèmes de vaeurs, es tradïons et les croyances. » Grossïèrement, on peut réduïre a constuon d’une cuture à troïs ééments nécessaïres et suîsants. 1) La technïque : a chasse, e abour et e chant, aussï bïen que e Rafae, es pantes généquement modïiées et e rock’n’ro ; ’organïsaon socïae, e cïnématographe ou ’écrïture d’un roman. 2) Legestus ouhabitus: ensembe des manïères codïiées entre es ïndïvïdus pour se parer, se dïre bonjour, se vêr, se nourrïr, s’aïmer ou se bare, etc. 3) Le dïscours:a façon de dïre e monde ; es mythes, es reï-gïons, es ïdéoogïes, es scïences.
10]Edward B. Tyor,La CIvIlIsaîon prImIîve[1871], traduc-on françaïse, Reïnwad, 1876-1878. 11]mondïae sur es poïques cuturees, Conférence Mexïco, 1982.
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