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TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION
I. Le défi de l’exclusion
© Calmann-Lévy, 1998
978-2-702-15210-2
DU MÊME AUTEUR
À quoi pensent les philosophes ?, (en collaboration avec Étienne Tassin
et Jacques Message), Autrement, 1988.
 
Le Barbare et l’Écolier, (en collaboration avec Laurence Cornu
et Jean-Claude Pompougnac), Calmann-Lévy, 1990.
 
L’Université cachée, (en collaboration avec Annie Benvéniste),
BPI/centre Georges-Pompidou, 1991.
 
Quelle démocratie, quelle citoyenneté ?, (en collaboration avec Blandine
Kriegel, Philippe Herzog et Dominique Voynet), Éditions de l’Atelier, 1995.
(en collaboration avec Valérie Marange), Bréal, 1995.Chronique des idées contemporaines,
A la mémoire de Jacques Bachet, Jean-François Brouté, Jean-Luc Cachia et Jean-François Robin, qui m’ont manqué pour discuter ce livre.
INTRODUCTION
Nos sociétés démocratiques connaissent une fin de siècle morose. On peut certes évoquer les effluves d’allégresse politique qui parfois semblent dissiper cette grisaille, comme lorsque à la victoire de Tony Blair en Grande-Bretagne a paru faire écho celle de Lionel Jospin en France, tous deux n’étant d’ailleurs pas sans affinités avec le gouvernement de Romano Prodi en Italie. Et ce n’est évidemment pas rien d’avoir quelque peu restauré le crédit de la parole et de l’action publiques et redonné un peu confiance dans l’action politique. Mais cette embellie reste limitée et fragile, et les uns comme les autres savent qu’ils sont sous la menace de graves problèmes sociaux, en premier lieu le chômage, dont l’absence de solution, voire l’aggravation, menace de brusquement inverser l’atmosphère.
À l’évidence, la fin de l’emprise totalitaire à l’Est et le ralliement quasi unanime aux valeurs universelles des droits de l’homme n’ont pas signé le triomphe de la démocratie, mais plutôt le début d’une profonde crise d’identité. Serait-ce que la démocratie ne pourrait vivre que confortée par ses ennemis, ne trouverait valeur que dans les atteintes qui lui sont portées ? Faut-il au contraire jouer les esprits forts et, constatant le triste état de nos mœurs démocratiques, décider une fois pour toutes qu’il n’y avait là qu’un leurre, et qu’il faut d’urgence revenir aux certitudes des philosophies de l’histoire qui promettaient le dépassement de la démocratie ? Sous couvert de critique du libéralisme, de la pensée unique, ou d’effroi devant l’« horreur économique », nombreux sont ceux qui se réfugient dans un radicalisme verbeux qui n’est en fait rien d’autre qu’une résignation fatiguée.
Les menaces s’accumulent en effet sur la démocratie : le chômage et la montée de l’exclusion, la fragilisation du lien social, les tentations du populisme médiatique, les risques de repli identitaire, ethniques ou nationalistes, la perte de légitimité des partis politiques et des grandes organisations représentatives, la corruption des institutions... Partout semble triompher le même individualisme et il peut sembler paradoxal d’associer l’idée même de démocratie à cet individualisme triomphant. Ce sont non seulement les mécanismes de délibération, de représentation et de décision démocratiques qui se trouvent atteints, mais c’est la légitimité même de la démocratie qui est ainsi menacée. Critiquée dans ses fonctionnements, elle est contestée en raison de son impuissance à relever ces défis.
En regard, d’un peu partout montent des appels à un sursaut civique : on attend de la citoyenneté qu’elle permette un retour aux sources de la démocratie. Dans le vocabulaire politique et social contemporain, cette notion a retrouvé une place de choix. Tandis que les années 60 ou 70 ne parlaient guère de citoyenneté, lui trouvant un air à la fois trop juridique et un peu désuet, elle s’est imposée au cours des années 80 pour désigner un problème et son éventuelle solution. Qu’il s’agisse de la cohésion sociale, du lien social, de la teneur du lien politique, ou de la nécessité d’une éducation civique, on raisonne désormais comme si la citoyenneté était le sésame qui permettrait enfin de contrer la spirale de l’exclusion, de refaire du lien, de congédier le déficit démocratique dont souffrent nos sociétés.
Il est vrai que l’inflation du terme s’alimente de l’individualisme, voire de l’égoïsme, qui fleurit dans la société contemporaine. Sont réputés citoyens ou citoyennes les individus ou les institutions qui se préoccupent du bien public ou de l’intérêt général. À ce compte, toute intention vertueuse est bientôt citoyenne, comme si un brevet de civisme devait désormais venir légitimer toute activité sociale, quelle qu’elle soit : c’est ainsi que nous avons vu fleurir un civisme du travail, du loisir ou de la consommation, tandis qu’on devisait sur la nécessité d’une presse, d’une justice, et bientôt d’une entreprise citoyennes, sans parler de l’école, toujours sollicitée quand il s’agit d’en appeler à la citoyenneté. En même temps, de nouveaux champs se sont ouverts à la citoyenneté : hier exclusivement politique, celle-ci s’est vue progressivement sommée de prendre en charge le social, l’économique, les questions écologiques, les mœurs. Il n’y a d’ailleurs pas nécessairement lieu d’ironiser : ces expressions renvoient chaque fois à la perception d’une difficulté, à la nécessité d’une meilleure prise en compte du contexte social d’ensemble d’une activité ou d’une institution et à l’exigence d’une justification en termes d’utilité sociale. Mais il faut aussi reconnaître que la notion de citoyenneté ne gagne pas en précision et en efficacité à cette dilution, même si l’individu est à la fois l’obstacle et d’une certaine manière, sous les traits du citoyen, le remède.
Si l’on refuse donc de se payer de mots, il convient de reprendre à nouveaux frais l’analyse de la démocratie et d’abord, de cerner les mutations des sociétés contemporaines. Le moralisme ou le volontarisme sont ici d’un piètre secours : cette société est la nôtre, quoi que nous en ayons, et c’est au sein de celle-ci qu’il nous faut désormais vivre. Peut-être chercher à la comprendre pourrait n’être pas inutile pour qui veut la transformer, ou la réformer.
Le vocabulaire de la réforme a d’ailleurs curieusement connu une éclipse particulièrement sensible. Tout se passe comme si nous étions sommés de choisir entre les deux voies d’une alternative : ou l’acceptation plate du monde tel qu’il va, en renonçant à toute prise, ou la protestation éthique contre le réel, sans davantage d’efficience. Retrouver le sens d’un avenir veut aussi dire esquisser des possibles, et chercher à les faire advenir. Il convient donc de cerner les maux dont souffrent nos démocraties, et pourquoi pas, s’efforcer de trouver quelques remèdes.
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