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La dépression chez les adolescents

De
174 pages
L’auteure fait état des connaissances actuelles sur la dépression chez les adolescents. En plus de traiter d’évaluation et d’intervention, elle aborde l’influence du développement pubertaire et sociocognitif, les facteurs de risque, les modèles étiologiques, le rôle de la famille ainsi que la relation avec l’école.
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Épine 0,368 po / 9,35 mm / 170 p. / 120 M
La dépression chez les adolescents
État des connaissances, famille, école et stratégies d’intervention
La dépression chez les adolescents constitue la problématique pour
laquelle ces derniers sont le plus souvent dirigés vers des services de
santé mentale. En plus de représenter un facteur de risque majeur
d’abandon scolaire, la dépression se caractérise par un taux de
récurrence élevé et par des difficultés relationnelles à long terme. Présenter
un état des connaissances actuelles sur ce trouble représente ainsi une
démarche qui répond à la préoccupation grandissante des intervenants
et des chercheurs en la matière.
C’est le projet que réalise Diane Marcotte dans cet ouvrage.
Commençant par une présentation historique de la dépression et des
perceptions qui l’entourent, elle poursuit en définissant ce trouble de
santé mentale en fonction de sa prévalence, des différences selon l’âge
et le genre, et de sa concomitance. Elle traite ensuite de l’évaluation,
puis de l’influence du développement pubertaire et sociocognitif sur la
dépression. Elle expose également les facteurs de risque et des modèles
étiologiques de la dépression chez les adolescents, le rôle de la famille
dans le développement de cette pathologie ainsi que la relation des
élèves dépressifs avec l’école en ce qui a trait au rendement scolaire,
au risque d’abandon, aux difficultés d’adaptation et aux transitions
primaire-secondaire et secondaire-collégiale. Enfin, l’auteure aborde
l’intervention en présentant les stratégies et les programmes
disponibles tant en milieu clinique que scolaire.
LA DÉPRESSION
Diane Marcotte dirige le Laboratoire de recherche sur la santé CHEZ LES ADOLESCENTSmentale des jeunes en contexte scolaire de l’Université du Québec
à Montréal. Auteure du programme de prévention de la dépression
Pare-Chocs, elle s’intéresse à l’émergence de la dépression chez les
adolescents en relation avec l’école et la famille depuis plus de vingt ans. ÉTAT DES CONNAISSANCES, FAMILLE,
ÉCOLE ET STRATÉGIES D’INTERVENTION
,!7IC7G0-fdggbg! D���� M�������
PUQ.CA ISBN 978-2-7605-3661-6
Extrait de la publication
3661D - couvert.indd All Pages 13-02-11 15:40
DIANE MARCOTTE
La dépression chez les adolescentsExtrait de la publicationExtrait de la publicationExtrait de la publicationLa dépression
chez les adolescents
Extrait de la publicationPresses de l’Université du Québec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Québec (Québec) G1V 2M2
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Extrait de la publication
f
Membre deLa dépression
chez les adolescents
État des connaissances, famille,
école et stratégies d’intervention
Diane Marcotte
Extrait de la publicationCatalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales
du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Marcotte, Diane,
1960La dépression chez les adolescents :
état des connaissances, famille, école et stratégies d’intervention
Comprend des réf. bibliogr.
ISBN 978-2-7605-3661-6
1. Dépression chez l’adolescent. 2. Dépression chez l’adolescent - Traitement.
3. Adolescents malades mentaux - Éducation. I. Titre.
RJ506.D4M37 2013 618.92’8527 C2012-942327-0
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par l’entremise du Fonds du livre du Canada
et du Conseil des Arts du Canada pour leurs activités d’édition.
Elles remercient également la Société de développement
des entreprises culturelles (SODEC) pour son soutien financier.
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Mise  en  p ages
Info 1000 mots
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› Bibliothèque et Archives nationales du Québec
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Imprimé au Canada
Extrait de la publicationÀ Denis, Camille et Laurence,
pour leur soutien si précieux
dans la réalisation de ce projet
Extrait de la publication
3255 dépression_Marcotte D3661.indd 7 13-01-31 15:56Extrait de la publication
3255 dépression_Marcotte D3661.indd 8 13-01-31 15:56Table des maTièresT
INTRODUCTION Un peu d’histoire : perspective historique et sociologique
____________________________________ 1de la dépression
____________I.1. La conception de la dépression au fl des siècles 1
____________________ I.2. La dépression à l’ère contemporaine 3
CHAPITRE 1. La défnition, les prévalences, les différences selon l’âge et le genre,
__________________________________ 7et la concomitance
1.1. Les adolescents d’aujourd’hui sont-ils plus dépressifs
______________________________ que ceux du passé ? 7
_______________________ 1.2. La défnition et les prév alences 9
1.3. Les différences selon l’âge et le genre, la récurrence et la continuité 11
________________________________ 1.4. La concomitance 15
_______________________________________ CHAPITRE 2. L’évaluation 19
_________________________ 2.1. Les échelles autoévaluatives 21
_______________ 2.2. Les échelles d’évaluation du comportement 22
__________________________________ 2.3. Les entrevues 24
Extrait de la publication
3255 dépression_Marcotte D3661.indd 9 13-01-31 15:56X La dépression chez les adolescents
______________ CHAPITRE 3. L’infuence de deux variables développementales 27
________________________ 3.1. Le développement pubertaire 27
_______________________ 3.2. Le développement sociocognitif 34
. L’étiologie de la dépression chez les adolescents : CHAPITRE 4
__________ facteurs de risque et de protection, modèles explicatifs 39
__________________ 4.1. Les facteurs de risque et de protection 39
_____________________________ 4.2. Les modèles cognitifs 41
_____ 4.3. Le modèle comportemental de la dépression de Lewinsohn 44
4.4. Le modèle cognitif-interpersonnel de génération de stress
___________________________________ de Hammen 45
____________ . Les facteurs familiaux et le contexte interpersonnel 51CHAPITRE 5
____________________ 5.1. La transmission intergénérationnelle 51
5.2. Le fonctionnement familial et les mécanismes
________________________________ de la transmission 57
__________________________ CHAPITRE 6. Les élèves dépressifs et l’école 61
__________________ 6.1. La dépression et le rendement scolaire 61
___________________ 6.2. La dépression et l’adaptation scolaire 63
______________ 6.3. La dépression et le risque d’abandon scolaire 64
_________________ 6.4. La dépression et les transitions scolaires 70
6.4.1. La transition primaire-secondaire : de l’enfance
_____________________________ à l’adolescence 71
__ 6.4.2. La transition secondaire-collégial : l’adulte en émergence 86
____ 6.5. L’intervention auprès des jeunes dépressifs en milieu scolaire 95
______________________________________ . L’intervention 97CHAPITRE 7
______ 7.1. Les stratégies d’intervention cognitivo-comportementales 97
7.1.1. La présentation du modèle théorique, l’éducation
__________ émotionnelle et la restructuration cognitive 97
7.1.2. L’apprentissage d’habiletés sociales, de communication,
_________ de négociation et de résolution de problèmes 99
7.1.3. Le développement d’habiletés d’auto-observation
____________ et l’augmentation des activités plaisantes 100
______________________________ 7.1.4. La relaxation 101
________________________ 7.1.5. Les rencontres-parents 101
__________________________ 7.2. Le programme Pare-Chocs 102
_______________ 7.2.1. L’image corporelle et l’estime de soi 104
___ 7.2.2. Le développement des connaissances sur la dépression 104
_______________________ 7.2.3. La composante scolaire 105
7.3. La thérapie interpersonnelle de Mufson, Moreau,
_____________________________ Weissman et Klerman 106
7.4. Les études d’effcacité des progr ammes de prévention
_________________________________ et d’intervention 107
7.5. L’utilisation de la pharmacothérapie et la comparaison
____________________________________ avec la TCC 110
_ 7.5.1. Les résultats à court et à long termes de TADS et TORDIA 111
3255 dépression_Marcotte D3661.indd 10 13-01-31 15:56Table des matières XI
7.5.2. Les risques de comportements suicidaires
________________ et les recommandations de la FDA 113
_________ 7.5.3. Les décisions et les modalités thérapeutiques 114
7.6. La troisième vague des thérapies cognitives et la dépression
______________________________ chez les adolescents 115
__________ 7.6.1. La troisième vague des thérapies cognitives 115
7.6.2.
_________________________ chez les adolescents 124
_______________________________________________CONCLUSION 129
__________________________________________________ANNEXES 133
___________________ANNEXE 1. Le thermomètre des émotions 134
_____________________ ANNEXE 2. La restructuration cognitive 135
___________________________ ANNEXE 3. L’image corporelle 136
________________________ ANNEXE 4. Quiz sur la dépression 137
________________________________________________RÉFÉRENCES 139
3255 dépression_Marcotte D3661.indd 11 13-01-31 15:56Extrait de la publication
3255 dépression_Marcotte D3661.indd 12 13-01-31 15:56inTroducTion I
Un peu d’histoire
Perspective historique
et sociologique de la dépression
I.1. LA CONCEPTION DE LA DÉPRESSION AU FIL DES SIÈCLES
La dépression demeure, même de nos jours, un trouble de santé mentale
autour duquel persiste un important tabou. À titre d’exemple, on pourrait
dire qu’il est beaucoup plus probable de susciter une attention positive
de la part de nos proches lorsque nous sommes victimes d’une maladie
physique ou d’un accident que lorsque nous traversons un épisode de
dépression. Cette attitude de honte et de crainte face à la dépression ne
date pas d’hier. Elle prend naissance au Moyen Âge et, bien que la concep­
tion de la dépression ait varié au fl des siècles, ce tabou demeure toujours
présent aujourd’hui.
La mélancolie, terme utilisé pour parler de la dépression, est consi­
dérée au fl des siècles tantôt comme une marque de génie, tantôt comme
une maladie principalement physiologique, tantôt comme un péché. Dans
l’Antiquité, la taedium vitae ou la « fatigue de vivre » est associée positi­
vement à des préoccupations intellectuelles. Pour Aristote, la fatigue de
vivre se rencontre chez la plupart des grands hommes, des sages, des
3255 dépression_Marcotte D3661.indd 1 13-01-31 15:562 La dépression chez les adolescents
talentueux : « Tous les hommes qui furent exceptionnels en philosophie,
en politique, en poésie ou dans les arts étaient […] manifestement mélan­
coliques » (Aristote, cité par Minois, 2003).
La mélancolie est ainsi associée aux intellectuels et synonyme de
courage, de clairvoyance et de lucidité face à la condition humaine. De
son côté, l’explication médicale d’Hippocrate propose la théorie des quatre
humeurs, associées à quatre liquides physiologiques, soit le sang, le fegme,
la bile jaune et la bile noire, ces liquides infuençant le fonctionnement du
corps et de l’esprit et provoquant les maladies. Le mélancolique est ainsi
atteint d’un excès de bile noire. Triste, craintif, solitaire et porté à l’étude,
son teint est sombre !
Le Moyen Âge voit la montée et l’établissement du christianisme.
Or, une forme de tristesse, de dégoût contre leur existence, d’inquiétude
et de fatigue – nommée le démon du midi, puisque c’est à la mi­journée
qu’elle se manifeste avec le plus d’intensité – atteint les moines. Cet état
est ensuite observé dans la population civile et c’est ainsi qu’apparaît la
notion d’interdit et de péché associée à la dépression. On combat alors
le mal de vivre, contre lequel on élève un interdit. L’acédie, composée de
tristesse et d’irritation, est associée à la paresse et traduit un amour insuff ­
sant pour Dieu et la spiritualité ; elle devient l’un des sept péchés capitaux.
Sa condamnation par l’Église par la voix de saint Augustin fait du suicide
un acte contre la morale et la société, et il est puni par des rites sévères.
Les cadavres des suicidés sont enterrés hors des cimetières, parfois à la
croisée des chemins avec un pieu enfoncé dans la poitrine. Leurs biens sont
confsqués et leur maison, détruite.
Avec la fn du Moyen Âge et le début de l’ère moderne, le terme de
mélancolie s’implante plus formellement et devient le malaise des intellec­
tuels et des artistes. L’expression « le mal du siècle », proposée par Sainte­
eBeuve en 1833 pour souligner un mal propre au xix siècle, époque du
romantisme, constitue un thème de plusieurs écrivains tels Baudelaire,
Balzac et Musset, sans oublier, bien que d’un autre siècle, Shakespeare, qui
met en scène plus de 52 suicides dans son œuvre ! Le théâtre de son époque
révèle un regard pessimiste sur le monde ainsi qu’une tristesse collective
selon Minois (2003). Également, la mélancolie est associée à la diffculté
des jeunes de trouver leur place dans un monde où prime l’accumulation
de biens matériels et au sentiment de vivre dans une époque marquée par
l’incertitude. C’est également la souffrance liée au clivage entre les richesses
illimitées de la subjectivité et l’étroitesse des horizons offerts par la société
moderne, entre l’idéal et la réalité, qu’exprime la mélancolie pendant la
e eRenaissance. Les xvi et xvii siècles sont ainsi marqués par une épidémie
de suicides.
Extrait de la publication
3255 dépression_Marcotte D3661.indd 2 13-01-31 15:56Introduction 3
eÀ l’époque contemporaine, le xx siècle se caractérise par l’invention,
en 1957, des médications d’antidépresseurs. Mais ce n’est que trente ans
plus tard, en 1987, avec l’arrivée du Prozac ou du fuoxétine (un inhibiteur
sélectif de la recapture de la sérotonine [ISRS]), qui se distingue par ses
faibles effets secondaires par comparaison avec ses prédécesseurs, que ces
médicaments prennent une part importante du marché pharmaceutique.
On assiste alors à une forte et constante progression de la consomma­
tion de psychotropes au cours des décennies suivantes. À titre d’exemple,
l’étude de Hemels, Koren et Einarson (2002) rapporte que le nombre total
de prescriptions d’antidépresseurs est passé de 3,2 à 14,5 millions entre
1981 et 2000 au Canada, une augmentation de 238 %. Parallèlement, le
coût par prescription a également fait un bond, passant de 9,85 $ en 1981
à 37,44 $ en 2000, ce qui constitue une augmentation du coût total de
2,7 milliards de dollars. Au Québec, une progression de 50 % en cinq ans
est observée et les taux d’utilisation sont plus élevés que la moyenne cana­
dienne. En 2011, les données publiées par IMS Brogan (cité par Roy, 2012)
font état d’un nombre record de 14,2 millions d’ordonnances remplies par
les pharmaciens québécois, soit 1 million de plus qu’en 2010, représentant
plus de 420 millions de dollars. Les médications psychothérapeutiques
constituent la deuxième catégorie de médicaments les plus prescrits au
Canada, après les médicaments pour les problèmes cardiovasculaires, et la
dépression fgure comme la quatrième raison la plus souvent invoquée pour
consulter un médecin, dans un rapport de 2 femmes pour 1 homme. Du
côté de l’Europe, en France, selon Amar et Balsan (2003), c’est par sept que
s’est multipliée la consommation d’antidépresseurs entre 1980 et 2001. La
dépression constitue aujourd’hui la première cause d’incapacité au monde
et, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2008), le quatrième
contributeur au fardeau fnancier des maladies.
I.2. LA DÉPRESSION À L’ÈRE CONTEMPORAINE
En 2020, c’est au deuxième rang des causes explicatives du nombre
d’années de vie potentiellement perdues que se situera la dépression, ceci
âges et sexe confondus, position qu’elle occupe déjà chez les 15 44 ans.
La dépression entraîne de graves répercussions personnelles, mais aussi
économiques. À titre d’exemple, en 1998, 2,6 milliards de dollars ont été
versés en jours d’invalidité de courte durée attribuables à la dépression.
Chaque année, plus d’un million de Canadiens vivent un épisode dépressif
majeur (Patten et Juby, 2008). Environ 1 Canadien sur 10 vit un épisode
de dépression majeure au cours de sa vie, alors que la prévalence annuelle
est de 1 sur 20, soit 4 à 5 % de la population. Pourtant, moins de 25 % des
personnes affectées se voient offrir un traitement. Pourquoi ? Le manque
3255 dépression_Marcotte D3661.indd 3 13-01-31 15:56
­4 La dépression chez les adolescents
de ressources, le manque de professionnels compétents et le stigmate
social associé à la dépression fgurent parmi les facteurs explicatifs du peu
d’inter ventions offertes.
Les causes de la dépression sont diverses, complexes et interactives.
Cette question fera d’ailleurs l’objet d’un chapitre entier de cet ouvrage.
En guise d’introduction, il est pertinent de dire qu’il n’existe pas de cause
unique à l’état dépressif. Selon Patten et Juby (2008), les facteurs de risque
épidémiologiques sont le fait d’être une femme (5,9 contre 3,7 %), un jeune
adulte (15 45 ans), célibataire ou veuf, séparé ou divorcé, d’avoir un faible
revenu, des problèmes de santé chroniques et de faire de l’embonpoint.
Ce dernier facteur semble cependant différer selon le genre. En effet, les
femmes qui font de l’embonpoint sont plus déprimées que les autres
femmes alors que les hommes qui font de l’embonpoint le sont moins
que les autres hommes ! Parmi les autres facteurs de risque, on retrouve
le fait d’être une mère seule, de ne pas terminer ses études secondaires,
de dépendre de l’aide sociale, de vivre seul, de fumer et d’être un buveur
excessif et d’avoir déjà vécu un épisode de dépression. Il est important de
noter cependant qu’un facteur de risque ne signife pas qu’une relation
causale existe. Bien au contraire, une relation d’interaction réciproque existe
souvent entre les facteurs de risque et la dépression. À titre d’exemple, la
pauvreté est un facteur de risque, tout comme, à l’opposé, le fait d’être
déprimé peut mener à la pauvreté.
Sur le plan sociologique, Moreau (2008) recense plusieurs causes
explicatives de l’augmentation de la consommation des antidépresseurs
parallèlement à celle des taux du trouble dépressif dans la société contem­
poraine. Cet auteur rapporte d’abord l’effet de la transposition du modèle
médical au domaine de la psychiatrie, qui a fait en sorte de limiter l’exer­
cice de poser le diagnostic de la dépression à la simple reconnaissance de
symptômes en faisant f du contexte et du sens que prennent ces derniers.
De façon similaire à ce qui se fait pour les maladies physiques, le diagnostic
de la dépression ne se fait plus qu’à la manière d’une « checklist », soit
par l’identifcation et la quantifcation du nombre de symptômes requis
pour l’apposition du diagnostic selon le DSM IV, diagnostic pour lequel
la prescription d’antidépresseurs est devenue l’intervention très souvent
privilégiée. L’utilisation du DSM­IV, bien que celui­ci comporte l’avantage
de constituer un outil qui se veut athéorique, sans privilégier un modèle
étiologique particulier de la maladie mentale, présente une limite certaine
de par l’absence de considération apportée à la phénoménologie de l’in­
dividu face à sa souffrance. Le même remède est prescrit, peu importe
l’origine et les facteurs précipitants ou associés aux symptômes dépressifs.
Extrait de la publication
3255 dépression_Marcotte D3661.indd 4 13-01-31 15:56
­­Introduction 5
Le culte d’une santé parfaite et le recours trop facile ou trop fréquent à
la médication pour les moindres maux sont un deuxième élément invoqué.
Moreau (2008) se rapporte à certains des symptômes de la dépression tels
que la fatigue et le manque d’entrain ou de motivation, qui seraient inter­
prétés « trop facilement » comme des symptômes d’une pathologie parce
que refétant un écart avec l’idéal de l’individu bien portant et performant
plutôt que comme une variation normale de l’humeur. Cette conceptua­
lisation mènerait à l’augmentation des diagnostics de dépression. À cette
exigence du corps et de l’esprit parfaits s’ajoute l’infuence importante
des compagnies pharmaceutiques sur la prescription et la consommation
d’antidépresseurs et d’anxiolitiques. À cet égard, Bibeau (2009) dénonce
l’approche réductionniste de la pharmacologie dans le traitement de la
dépression ainsi que le recours excessif à la prescription au détriment de
l’approche psychologique. Ici, c’est la conception d’une vie exempte
de douleur physique et morale qui est véhiculée par cette approche. La
médicalisation de la dépression ainsi que l’apparition de ses médicaments,
les psychotropes, ont permis de diminuer les tabous autour de la maladie
mentale en y attribuant une cause biologique, diminuant ainsi le sentiment
de culpabilité et la perception négative de l’état dépressif, mais elles ont
aussi propagé la croyance que l’approche pharmacologique est la plus
effcace, alors que l’effcacité des traitements psychologiques a depuis
longtemps été prouvée.
Une caractéristique distinctive de la société contemporaine qui est
invoquée pour expliquer la forte prévalence des troubles dépressifs dans
la société est celle d’un changement survenu dans les normes d’évalua­
tion du comportement et de la valeur personnelle de l’individu. Cette
explication est exposée par Alain Ehrenberg (1998b), qui la nomme « la
société de responsabilité de soi ». Autrefois dans une société où il défnissait
sa valeur personnelle par l’obéissance à la morale de l’État et de l’Église,
l’individu doit maintenant se défnir par lui même, ceci dans une société
où on lui laisse croire que tout est possible et que sa réussite ne dépend
que de lui­même. L’autonomie, la responsabilité et l’initiative personnelle
deviennent les valeurs dominantes. Il ne sufft plus de répondre à des
normes externes de « bon comportement », il faut aussi s’actualiser, défnir
son identité professionnelle et son projet de vie, avoir de l’initiative et en
assumer pleinement les conséquences dans un contexte de vie de plus
en plus caractérisé par l’instabilité. Ehrenberg explique la fatigue de l’in­
dividu par ses efforts incessants pour tenter de répondre à ces nouvelles
normes sociales dans lesquelles les attitudes et comportements à adopter ne
sont plus clairs et bien défnis, mais relèvent de plus en plus de lui ­même.
L’individu se doit de se montrer fexible, adaptable et capable de réagir
Extrait de la publication
3255 dépression_Marcotte D3661.indd 5 13-01-31 15:56
­Épine 0,368 po / 9,35 mm / 170 p. / 120 M
La dépression chez les adolescents
État des connaissances, famille, école et stratégies d’intervention
La dépression chez les adolescents constitue la problématique pour
laquelle ces derniers sont le plus souvent dirigés vers des services de
santé mentale. En plus de représenter un facteur de risque majeur
d’abandon scolaire, la dépression se caractérise par un taux de
récurrence élevé et par des difficultés relationnelles à long terme. Présenter
un état des connaissances actuelles sur ce trouble représente ainsi une
démarche qui répond à la préoccupation grandissante des intervenants
et des chercheurs en la matière.
C’est le projet que réalise Diane Marcotte dans cet ouvrage.
Commençant par une présentation historique de la dépression et des
perceptions qui l’entourent, elle poursuit en définissant ce trouble de
santé mentale en fonction de sa prévalence, des différences selon l’âge
et le genre, et de sa concomitance. Elle traite ensuite de l’évaluation,
puis de l’influence du développement pubertaire et sociocognitif sur la
dépression. Elle expose également les facteurs de risque et des modèles
étiologiques de la dépression chez les adolescents, le rôle de la famille
dans le développement de cette pathologie ainsi que la relation des
élèves dépressifs avec l’école en ce qui a trait au rendement scolaire,
au risque d’abandon, aux difficultés d’adaptation et aux transitions
primaire-secondaire et secondaire-collégiale. Enfin, l’auteure aborde
l’intervention en présentant les stratégies et les programmes
disponibles tant en milieu clinique que scolaire.
LA DÉPRESSION
Diane Marcotte dirige le Laboratoire de recherche sur la santé CHEZ LES ADOLESCENTSmentale des jeunes en contexte scolaire de l’Université du Québec
à Montréal. Auteure du programme de prévention de la dépression
Pare-Chocs, elle s’intéresse à l’émergence de la dépression chez les
adolescents en relation avec l’école et la famille depuis plus de vingt ans. ÉTAT DES CONNAISSANCES, FAMILLE,
ÉCOLE ET STRATÉGIES D’INTERVENTION
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DIANE MARCOTTE
La dépression chez les adolescents