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La dépression et son traitement : aspects méconnus

De
260 pages
La dépression est une maladie taboue que ni le malade ni le médecin ne veulent reconnaître ni soigner. Elle n'est pas de nature psychologique comme beaucoup le croient encore. C'est, en fait, une maladie chimique du système nerveux. Son dérèglement entraîne de nombreux troubles qui peuvent altérer sévèrement la qualité de vie. L'auteur précise les mécanismes de la dépression. Il révèle ses multiples aspects incompris.
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LA DEPRESSION ET SON TRAITEMENT : ASPECTS MECONNUS
Psycho - logiques Collection fondée par Philippe Brenot et dirigée par Alain Brun
Déjà parus
 Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho - logiques. Bernard GANGLOFF et Daniel PASQUIER,Décrire et évaluer la personnalité : mythes et réalité, 2011. Mady FERNAGUT, Yolande GOVINDAMA et Christiane ROSENBLAT,Itinéraires des victimes dagressions sexuelles, 2011. Louise TASSE,Les oripeaux des ados, 2011. Anick LASALMONIE,Du procès social à leugénisme moral, 2010.Jean-Max FEREY,Parents à louer pour enfants fous. Récits des « Familles-Thérapeutiques », 2010. Patrick PIPET,Sauter une classe, Entre mythe social et faille narcissique, 2010. Jean CASSANAS,Les descriptions du processus thérapeutique, 2010. Michel LEMONNIER,Le Psychologue du travail. Un agent du changement dans la société, 2010. Samuel GONZALES-PUELL,L'Approche thérapeutique des déficiences intellectuelles sévères et profondes. Perspectives institutionnelles, 2010. Huguette CAGLAR,Les familles monoparentales, 2010. Frédéric BRISSAUD,Pour un renouveau de la psychothérapie. Mutations, 2010. Ahmed CHANNOUF,Les freins invisibles à légalité des chances, 2010. Pascal COULON,Les groupes dentraide. Une thérapie contemporaine, 2009. Samuel GONZALES PUELL,Comprendre les déficiences intellectuelles sévères et profondes. Approche diagnostique et évolutive à lâge adulte, 2009.
Bernard MAROY     LA DÉPRESSION ET SON TRAITEMENT: ASPECTS MÉCONNUS    Nier ce que l’on ne comprend pas : rien n’est moins scientifique. (H. Poincaré) LHARMATTAN
A mon oncle que je n'ai pas connu. Sa mort en 1944, mitraillé par les S.S. en allant faire une visite chez un patient urgent et en prenant un risque connu, m'a montré que l'intérêt du patient devrait passer avant celui du médecin digne de ce nom, dans les actes et non seulement dans les paroles. A tous ceux qui m'ont formé et enseigné, actuellement décédés pour la plupart, mes respects admiratifs. À mes parents, modèles, chacun à leur manière, de courage, de cur et d'intelligence.À mes professeurs, de mes maîtres de primaire au Pr. JP.Monnier, maître en séméiologie, avec une mention spéciale pour un conférencier d'internat exceptionnel, le Dr Fraisse dont la mort héroïque a interrompu prématurément la carrière. Au service d'O.R.L. du Dr Müller à lhôpital Tenon qui ma fait découvrir le contact avec le malade. Au Dr M.Malinsky dont le dévouement m'a montré ce que devait être l'humanité du médecin, ce quétait celle des alcooliques et le cas que l'on devait faire de l'opinion des curs secs. A tous ceux qui mont aidé à améliorer ce travail. À feu l'Internat des Hôpitaux de Paris, mort en 1983 avec l'Internat de Spécialité, comme lExternat était mort en 1968. La chance ne sourit qu'aux esprits bien préparés (L. Pasteur). Nul ne saurait être un bon expérimentateur sans être en même temps un théoricien actif (Ch. Darwin)
IN
RTODUCTION
La diversité des expériences et des opinions sur la maladie dépressive en fonction des individus et de leur activité, en particulier médicale et scientifique, est un phénomène surprenant. Lirrationalité générale des comportements face à la dépression contribue à lexpliquer, ce que jai mis du temps à comprendre. Je suis parti d'une instruction classique, scientifique, puis médicale dispensée de manière rationnelle dans le cadre de l'Internat des Hôpitaux de Paris et d'une éducation familiale sans doute déficiente en tabous. Suivant ma formation, jai essayé de remonter progressivement l'échelle des causalités en partant de l'hépatologie (étude du foie) pour me poser le problème des récidives des patients alcooliques. Insatisfait par les explications des Maîtres, par ailleurs de haut niveau scientifique, et sans en comprendre encore le sens caché : «il aime le goût du vin», «il est stupide», «il rechute pour m«ennuyer» et de la thérapeutique psychologique : «votre foie est comme un saucisson, un verre de plus, une tranche en moins», je me suis formé à l'alcoologie. Cette attitude qui me paraissait logique, est passée à la fin des années 70 pour de la folie dans le milieu hépatologique. Je n'avais pas compris pourquoi. La pratique de l'alcoologie, même avec un outil diagnostique initial assez sommaire, ma montré en moins d'un an (merci à la formation des conférences dinternat de feu le docteur Fraisse) que la dépression n'était pas rare dans l'alcoolisme.
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Il est difficile en alcoologie de faire intervenir un tiers dans la relation et il a donc bien fallu traiter les patients, ce qui ne ma d'ailleurs pas posé de problème philosophique puisque feu mon Maître le docteur Fraisse ne mavait pas enseigné que la psychiatrie était d'essence différente de la rhumatologie ou de la pneumologie et hors du champ du médecin non initié aux «mystères». L'affinement du diagnostic et du traitement m'a amené à constater avec étonnement, doute, puis enthousiasme, la fréquence de la dépression et surtout l'efficacité de son traitement rationnel, en alcoologie puis dans les troubles fonctionnels digestifs. Cette découverte a débuté par le rôle de la dépression dans les douleurs du coccyx. Je n'avais pas compris, à l'époque, pourquoi un signe si facile à obtenir et de si haute valeur était impossible à publier en France et fort difficile aux USA. Jai eu du mal ensuite, bien sûr, à me faire à l'idée qu'un trouble aussi fréquent que le ballonnement abdominal après le repas pouvait être dépressif, mais il a bien fallu en accepter l'idée, du fait de l'association aux signes classiques : troubles du sommeil, fatigue, mauvais moral, angoisse, et du fait de l'efficacité du traitement. Après que des retombées relationnelles négatives aient tempéré mon enthousiasme et que la tentative de faire reconnaître et traiter ces dépressions par les psychiatres eût échoué, il a bien fallu faire un choix entre l'intérêt du patient et celui du relationnel. De toute façon, la boite de Pandore était ouverte et il nétait pas possible de faire marche arrière. Jai donc continué et découvert ce que je pourrais qualifier d' «Amérique», sans cesser de me demander si cette conviction était rationnelle ou délirante. Toutefois, l'effet des antidépresseurs sur les symptômes des patients ayant toujours été en faveur de la première hypothèse, j'ai persévéré, tant en alcoologie qu'en hépato-gastroentérologie.L'opportunité de travailler un mois par an au Vietnam, à Hanoi comme consultant à lHôpital Français, m'a permis de confronter les aspects de la dépression dans les populations charentaise, de souche ou immigrée, et tonkinoise. Jai constaté des différences de fréquence notables, mais pas de différence de nature des signes ni de sensibilité au traitement. Les signes peuvent se comparer à une main aux cartes. Le nombre de cartes est variable et la probabilité de détenir chaque carte est fonction de sa fréquence dans le paquet, donc de leur prévalence dans la population dont le patient est issu.
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Arrivé à une maturation suffisante, il m'a semblé utile d'exposer les opinions iconoclastes qui suivent. J'espère, sans trop d'illusion actuellement, que certains auront envie de les mettre à l'épreuve. En effet, la redéfinition des limites de la dépression débouche sur des évolutions majeures et même révolutionnaires. Celles-ci concernent tout dabord la nature même dune grande part de la psychiatrie. On pourrait ainsi passer, pour plusieurs maladies, du concept dune maladie conséquence de lenvironnement et de la psychologie défaillante du patient, à celui dun dérèglement de la chimie du système nerveux. De plus, des maladies actuellement considérées comme différentes les unes des autres pourraient être réunies et traitées de manière beaucoup plus efficace. Dautre part, lattribution à la dépression de nombreux troubles du fonctionnement du corps permettrait déclairer leur origine et leur mécanisme, de les utiliser comme outils dans le diagnostic des maladies psychiatriques et de les traiter beaucoup plus efficacement quand ils sont gênants. Enfin, laffinement des méthodes de traitement optimiserait lefficacité des antidépresseurs. Cette optimisation permettrait daméliorer la sensibilité du test thérapeutique. Bien sûr, presque tout reste à démontrer, ce qui nest pas dans mes possibilités pratiques. Ce petit livre pourrait cependant déboucher sur de nombreux protocoles de recherche menés par ceux qui en ont les moyens. Ceux-ci permettraient dapporter la preuve de lexactitude de ces idées, personnelles pour l'instant.