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La diaspora guinéenne

De
138 pages
Estimée à trois millions d'âmes, la communauté guinéenne de l'étranger constitue un creuset de savoir et d'expériences indispensables au développement durable de la Guinée. Qui sont ces Guinéens de l'extérieur ? Pourquoi ont-ils quitté leur pays ? Pourquoi sont-ils encore si nombreux à l'étranger ? Que peut-on faire pour les impliquer dans l'édification de leur pays d'origine ?
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La diasporal guinéenne

Le terme Diaspora désigne la dispersion d'un peuple quelconque ou de certains de ses éléments. Il s'applique donc parfaitement à la situation des Guinéens.

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@L'Hannatlan,2003 ISBN: 2-7475-3659-9

D.K. CAMARA

La diaspora guinéenne

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3

1026Budapest
HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Remerciements.
Cet ouvrage n'aurait peut-être pas vu le jour maintenant sans les précieux conseils, les encouragements et les suggestions d'un certain nombre de mes compatriotes. Je voudrais ici leur exprimer ma profonde reconnaissance. Grand merci, en effet, à Tlomsé Camara, Ahmed Tidjani Cissé, Alia Diaby, Aly Badara Kaba, Lansana Kéita- Condé, lbrahima Sorel Kéita, Mariam et Rachid Dramé, Kaly Sampil, Abou Ledoux Sylla et Lamine Traoré. Ma gratitude va également à tous ceux que j'ai pu oublier.

A la mémoire de Bah lbrahima Victoria dit Biv,

A mes regrettés parents qui, malgré leur dénuement matériel, m'ont tout donné,' tout, excepté le temps de les remercier.

A ma chère épouse, Mayéni Sylla, pour la remercier du soutien qu'elle m'apporte dans mon obsession pour la République de Guinée.

A Fatoumata, Bintou Rabi, Foulématou et Aïssata pour les inviter à poursuivre, à leur manière, la passionnante ambition que leur papa n'aura peut-être pas pu réaliser: servir la République de Guinée dans l'intérêt de tous les Guinéens.

INTRODUCTION
Le 28 septembre 1958, la Guinée fut la seule des treize colonies françaises d'Afrique à répondre négativement au référendum qui lui était proposé. Elle exprimait, de ce fait, sa volonté sinon de rompre, du moins de réaménager les liens qui l'avaient jusqu'alors unie à la France. Le point fort de cette mutation politique se trouve dans les propos ci-après:
<JJans la vie des Nations et des peuples, il y a des instants qui semblent déterminer une part décisive de leur destin ou qui, en tout cas, s'inscrivent au registre de l 'Histoire en lettres capitales autour desquelles des légendes s'édifient, marquant de manière particulière au graphique de la difficile évolution humaine, les points culminants, les sommets qui expriment autant de victoires de l 'homme sur lui-même, autant de conquêtes de la société sur le milieu naturel qui l'entoure <Nous avons, quant à nous, un premier et indispensable besoin, celui de notre dignité. Or il n y a pas de dignité sans liberté, car tout assujettissement, toute contrainte imposée et subie dégrade celui sur qui elle pèse, lui retire une part de sa qualité d 'homme et en fait arbitrairement un être inférieur. Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l'esclavage »2. C'est en ces termes que s'exprima, le 25 août 1958, celui qui devait diriger, pendant plus de vingt-six ans, les destinées de la Guinée. Il annonçait, à cette occasion, l'amorce d'une
2 Extrait du discours prononcé par Sékou Touré en accueillant Charles De Gaulle, le 25 août 1958,à Conakry.

évolution politique qui devait porter son pays sur le devant de la scène internationale. Le référendum du 28 septembre 1958, la proclamation de l'indépendance, le 2 octobre 1958, l'admission de la Guinée à l'O.n.u., le 12 décembre de la même année, constituèrent dès lors autant d'étapes déterminal1tes sur le parcours qui conféra à ce pays le statut d'État pleinement souverain. Le 2 octobre 1958 constitue à cet égard un des points culminants évoqués plus haut. C'est l'expression forte de la volonté d'être soi-même, de disposer de ses ressources et de gérer ses affaires propres. Cette date mérite une attention particulière parmi les évènements qui ont marqué l'évolution du jeune État guinéen et en partie du continent africain tout entier. Date de naissance d'une Guinée indépendante, elle était -et demeure- la consécration d'une souveraineté retrouvée. A cet égard, elle devait donner à la communauté nationale forte de toutes ses composantes, l'opportunité d'assumer son destin propre dans l'intérêt de tous les Guinéens. Elle constitue pour cela l'identité historique indélébile du pays. C'est la référence permanente qui situe l'entrée de la Guinée dans la vie internationale. En effet, c'est par rapport au 2 octobre 1958 que se définit le statut de citoyen guinéen à part entière. L'hymne national, la devise nationale, le drapeau national, l'armée nationale, la gendarmerie nationale, la police nationale, la monnaie nationale etc. n'ont que cette date pour référence. C'est à partir du 2 octobre 1958 que le peuple de Guinée a recouvré sa dignité de peuple égal à tous les peuples du monde, ayant son territoire bien délimité, devant disposer

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librement de toutes ses ressources naturelles, ayant une conscience élevée de son passé, de son histoire liée à celle du continent africain, de ses langues propres etc. Bref, un peuple ayant une civilisation propre. Octobre 1958 est et demeure dans 1'histoire authentique africaine, un référentiel pour le soutien inestimable apporté par le peuple guinéen aux différents mouvements africains et non-africains de libération nationale ( U.p.c., G.p.r.a., P.a.i.g.c., Angola, Mozambique, Palestine, Afrique du Sud etc.).3Il était difficile hier d'en évaluer la portée. Aujourd'hui, alors que l'Afrique institutionnelle feint d'en oublier la signification, de nombreux écrits, films documentaires et témoignages vivants laissent percevoir plus aisément ce qu'aurait pu être la physionomie politique du continent africain sans le « non» guinéen de 1958. Il est désormais établi que ce choix guinéen courageux a accéléré l'accession des colonies d'Afrique à l'indépendance réelle. Les propos tenus au Libéria, en juillet 1959, par le Président Tubman lors de la réunion tripartite de Saniquellie le confinnent : « Bien sûr, a-t-il alors déclaré au Président Sékou Touré, le Libéria est libre depuis longtemps, mais l'indépendance de la Guinée est totale tandis que celle du Libéria ne l'est pas encore... Depuis 1956, le Ghana également est indépendant, mais le Chef de l'Etat du Ghana est encore la Reine d'Angleterre et notre frère Nkrumah n'en est que le Premier Ministre. Donc bien que vous soyez plus jeune, vous avez le privilège de représenter une souveraineté totale. Faites-nous alors l 'honneur de présider cette conférence des États indépendants»4. La tentative de

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Il s'agit respectivement:

de l'Union des populations du Cameroun,

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confiscation des « indépendances» initiée et entretenue alors par le tout puissant Jacques Foccart a eu raison de maints pays de l'ancien empire français. La Guinée fut la seule exception là aussi. Mais à quel prix ?5 L'enthousiasme suscité par le « non» de 1958 en Guinée, en Afrique et dans le monde amplifia à l'excès, la portée de l'évènement. Pour cette raison, le monde entier tourna le regard vers ce pays que les circonstances venaient de porter subitement sur le devant de la scène internationale. Presque tous les Guinéens se sont mis à y croire, prêts à tout pour défendre et consolider la souveraineté ainsi retrouvée. Qu'on le reconnaisse aujourd'hui ou non, l'histoire de l'Afrique enseigne que les différentes concessions arrachées alors à la France en faveur de ses anciennes colonies sont imputables, pour une large part à l'effet conjugué de la guerre d'Algérie et du rejet par la Guinée du référendum proposé.

du Gouvernement provisoire de la République algérienne, du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cape-Vert. 4 Propos tenus lors de l'ouverture, au Liberia, de la Conférence tripartite de Saniquellie ( juillet 1959 ) qui regroupait le Ghana, le Libéria et la Guinée, dans les tentatives de regroupement des pays africains indépendants dans un organisme panafricain. Touché par ces mots, le Premier Ministre ghanéen de retour au pays demanda et obtint une mutation juridique qui a conduit son pays à l'indépendance totale en 1960. 5 François-Xavier Verschave a écrit à ce propos: «Le seul à avoir échappé durant deux décennies à la tutelle de Foccart est le leader de la Guinée, Sékou Touré. Mais il a été l'objet d'un si grand nombre de complots et de tentatives de putsch qu'il a fini par en devenir paranoïaque. » dans France-Afrique, le crime continue, imprimerie des Monts du lyonnais, février 2000. P .16.

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Mais l'indépendance coûte toujours cher en argent, en effort et malheureusement aussi en vies humaines. La Guinée indépendante a vécu, vit encore une illustration de cette vérité. Au fait, a-t-elle jamais eu, à cet égard, les moyens de ses ambitions? La question mérite d'être posée, à notre avis, après quarante quatre ans d'exercice de souveraineté. Elle s'inscrit dans la recherche de la meilleure façon de valoriser les ressources immenses dont dispose ce pays et dans la capacité des Guinéens à se transcender. L'étude de la Diaspora guinéenne constitue donc, à nos yeux, une amorce de réponse partielle à cette interrogation. Elle s'articule autour des questions suivantes: Pourquoi la Diaspora? Pourquoi et comment les Guinéens sont-ils partis de leur pays? Pourquoi sont-ils encore si nombreux à l'extérieur? Leur éventuel retour au pays est-il nécessaire? Peut-il être de quelque utilité pour la Guinée? Si oui, dans quels domaines et à quelles conditions?

Il

Chapitrel. POURQUOI LA « DIASPORA?»
Au lendemain du 3 avril 1984, une des priorités majeures de la diplomatie guinéenne aurait pu être la mobilisation, l'organisation et l'intégration de l'importante communauté guinéenne vivant à l'extérieur du pays. En effet, la réinsertion organisée de cette composante démographique du pays nous paraît déterminante à bien des égards pour le redressement national. L'idée ne date pas d'aujourd'hui. Mais son actualité est devenue plus brûlante encore. Plusieurs raisons expliquent l'espoir que suscite ce retour et l'opportunité pour le pays d'inscrire son organisation parmi ses priorités. Qu'est-ce qui fonde cette idée? * la nécessité d'un retour organisé. La première justification de cette nécessité tient au poids numérique de la population considérée. On estime à près de trois millions ( plus du tiers de l'effectif national officiel) les Guinéens résidant à l'extérieur de leur pays. Ce nombre au demeurant impressionnant est probablement en dessous de la réalité. Pour diverses raisons, en effet, il est difficile de connaître le nombre rigoureusement exact des Guinéens de la Diaspora. Car outre l'insuffisance, voire le manque de statistiques fiables les concernant, il yale fait que leur long séjour à l'étranger a conduit l'écrasante majorité des Guinéens expatriés à prendre la nationalité de leurs pays d'accueil respectifs. Cela leur a permis, en Afrique COl11meen dehors du continent, de sortir de l'anonymat qui leur était imposé par

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le régime politique de leur pays pour vivre une vie à peu près normale. De ce fait, une bonne connaissance de leur nombre, en tant que Guinéens, dépend pour l'essentiel, de leur volonté de renouer avec leur pays d'origine. Une enquête menée en 1984 et dont les résultats furent publiés dans la revue « Politique Africaine N° 36 » estima à deux millions le nombre de Guinéens vivant à l'étranger. La population recensée était alors répartie de la manière suivante: Cote d'Ivoire Sénégal Libéria Sierra Leone Mali Guinée- Bissau 630.000 590.000 230.000 220 000 90 000 50.000

Le reste, (190 000) était éparpillé entre les autres pays africains, l'Europe, l'Amérique du Nord, l'Asie etc. Mais bien plus que cet aspect quantitatif, ce qui retient notre attention avant tout, c'est la contribution potentielle de ces femmes, ces hommes et leurs enfants expatriés au développement de la Guinée. C'est, en effet, par rapport à l'intérêt national qu'il convient d'aborder ce problème. Nous pensons qu'il est opportun de le reposer car l'environnement international est de plus en plus favorable à la valorisation du capital humain. Les bailleurs de fonds tels que la Banque Mondiale et le Fonds

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