La divination par les huit cordelettes chez les Mwaba Gurma

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Quels sont les principes constitutifs de l'homme et du monde ? Comment sont-ils représentés par des autels ou des symboles et sont-ils touchés par les pratiques du culte ? Quel est le sens de la vie et des institutions établies pour aider à la mener ? A. de Surgy répond à ces questions en ce qui concerne une population du Nord Togo, non par une analyse directe des phénomènes sociaux et religieux, mais d'abord par celle des consultations divinatoires qui en motivent constamment la reproduction et en dévoilent le véritable sens : celui que leur attribuent les intéressés eux-mêmes, et non celui que parvient à leur inventer un observateur extérieur à travers un autre cadre de pensée. Son ouvrage met en valeur l'originalité, la cohérence et la richesse d'un système de représentations où un groupe de communautés trouve sa raison d'être et de survivre. Il engage à mieux apprécier les religions africaines qui traversent une période incertaine de confrontation avec le christianisme, l'islam et d'autres idéologies conquérantes.
Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296296503
Nombre de pages : 340
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LADIVINA TION PAR LES HUIT CORDELETTES CHEZ LES MWABA-GURMA (NORD TOGO)
Esquisse de leurs croyances religieuses

Du même auteur La géomancie et le culte d'Aja chez les Évhé du littoral, Publications orientalistes de France, 1980, Paris. En préparation: La divination par les huit cordelettes chez les MwabaGurma (Nord Togo), 2, Initiation et pratique divinatoire.

@ L'Harmattan, 1983 I.S.B.N. 2-85802-291-7

Albert de Surgy

LA DIVINATION P AR LES HUIT CORDELETTES CHEZ LES MWABA-GURMA (Nord Togo) 1 Esquisse
de leurs croyances religieuses

L'Harmattan 7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Publié avec le concours. du Centre nationaL de la recherche 8Cientifique.. et du ministère des Relations extérieures (Coopération. et Développement).

« A. l'origine de toute civilisation; le ventre d'une religion, mère et reine. « Là, dans ce germe obscur, sont ill$crites et comprises son histoirejuture, ses institutions, ses lois, $es mœur$ et se$ manières, ses sciences et sa musique. Et rien d'étranger au germe religieux ne peut entrer en elle, qui ne lui soit plaie. et poison; ~~
(Lanza DEL VASTO, Viatique VII,?)

INTRODUCTION

A la suite de Lare B. Yentotib (1), ~ous qualifierons de mwaba-gurma l'ensemble ethnique formé aujourd'hui par des populations d'origine mwaba et gurma très largement majoritaires dans la partie septentrionale du Togo ayant pour capitale administrative Dapao'l, une région de savane arborée, parsemée çà et là de collines rocheuses (2), où elles ont commencé à s'infiltrer il n'y a guère de cela plus de quatre siècles. Elles y constituent une société de structure essentiellement lignagère, patrilinéaire et patrilocale, segmentée en clans (bworu) dont les membres partagent un même interdit. Ces clans se sont distribués à travers le pays en plusieurs lignages, eux-mêmes subdivisés en plusieurs ramifications qui regroupent les descendants d'une même aïeule. Chaque branche de lignage d'un même canton occupe un « quartier» séparé des quartiers du même clan ou des autres clans par une distance variant de quelques centaines de mètres à plusieurs kilomètres. Et dans chaque quartier, les familles habitent de grands enclos circulaires, formés par la réunion de plusieurs cases circulaires et ouvrant tous vers l'ouest, assez lâchement regroupés autour de la maison-mère, souvent isolés les uns des autres par un espace cultivé. Il n'apparaît ainsi aucune concentration de la population en véritables villages. Chaque famille, fortement attachée à sa terre, à son autonomie et à la liberté qui en résulte, vit en quasi-autarcie, tirant principalement sa subsistance de la culture du mil et du sorgho, mais aussi d'un petit élevage de poulets, de pintades, de chèvres et de cochons. L'artisanat n'y est exercé qu'à titre d'activité complémentaire.
(1) La chefferie traditiol'lnel/een pays moba-gurma, DapaolJ. 1975. (2) Cette région dépendait autrefois du cercle de Sassané-Mango. Une circonscription administrative autonome fut créée en 1952 pour tenir compte de son originalité. Cette « circonscription de. DapaolJ » a été transformée en 1981 en « Préfecture de TOne ».

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Ce n'est que secondairement, semble+iI, sur le modèle d'États voisins (Mamprusi, Gurmantché, Anufo) ou en souvenir de l~ur pays d'origine, et pour se donner une structure politique capable de faire front à la domination ou aux incursions guerrières étrangères (notamment celles des Anufo) que des représentants de divers clans venus habiter à proximité relative les uns des autres, non contents de faire acte d'allégeance au lignage du premier occupant du sol, « maître de la terre », choisirent de se dOnner çà et là un chef ayant autorité sur eux tous, image vivante du Soleil, prototype du guerrier viril toujours vainqueur et grand ordonnateur des forces de cohésion sociale.

1 - La divination par les buit cordelettes, principal élément constituant du groupe mwaba-gurma complexe(3).
A vrai..dire le. peuplement de la région considérée est assez .

Les Mwaba, ayant d'abord vécu plus à l'ouest, en contact plus ou moins étroit avec les Mamprusi, dominent le long de l'axe routier menant de Lomé en Haute-Volta et à l'ouest de celui-ci. Les Gurma, originaires de la région de Fada N'gurma et Pama, se rencontrent surtout à l'est de l'axe routier LoméHaute-Volta et quelque peu au nord-ouest de celui-ci. Mais tous deux s'entremêlent à divers degrés les uns aux autres. La population rurale (4) comporte en outre: de rares descendants d'anciens autochtones, tels. que les maîtres de la terre de Goundoga qui affirment que leurs ancêtres ne sont venus de nulle part ailleurs que du ciel dont ils seraient descendus le long d'une corde, quelques Mossi, implantés. surtout dans le quart nordouest, - quelques Mamprusi, à proximité de la frontière ghanéenne,

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(3) L'histoire du peuplement, quine s'est pas fait en une seule fois, serait à étudier clan par clan dans chaque canton. Nous éviterons d'entrer dans de tels détails et renvoyons à ce sujet aux travaux de J. ZWERNEMANN de G. et PONTIÉ. (4) Nous n'avons pas à prendredci en considération des populations pure. ment urbaines (fonctionnaires, commerçants, artisans), n'ayant aucune attache avec le territoire lui.même; 10

et quelques Peuls disséminés un peu partout comme gardiens de bœufs. Le petit nombre des Peuls mis à part, toutes ces populations appartiennent à la même aire de civilisation, dit voltaïque, parlent des langues voisines(5) et ont des coutumes comparables. Mais elles ont,. de plus, systématisé de la même manière leurs croyances et leurs pratiques religieuses par référence unanime à une même divination connue sous le nom de jabaat, exercée par des devins appelés jabab (au singulier jaba) qui manipulent un jeu de huit cordelettes divinatoires appelées gban; (au singulier gbanu)(6). Ce jabaat fait à ce point corps avec leur société qu'il en est indissociable (7), C'est lui qui, en présidant à tous les actes majeurs ou mineurs nécessaires à son bon fonctionnement, donne son sens à cette société en l'orientant tout entière vers le divin. Il est indispensable au mariage, aux funérailles et à la préparation de toute cérémonié religieuse. On y fait appel pour toute espèce de maladie; de dérangement, d'insatisfaction, de mauvais rêves,. etc., en cas de voyage, de déplacement de son habitation... et même pour savoir s'il convient de vendre ou de ne pas vendre une tête de bétail. De plus, il ne s'agit pas là d'une forme de conseil ou de thérapie' proposée. parmi d'autres. à une population, inquiète de son sort, mais d'une voie irremplaçable' de reconstitution permanente du. tissu social imposée à tous par fidélité aux aïeux (8). Tous les hommes doivent avoir reçu la même initia~
(S) SelonleR.P. PROST(Le moba, Documents linguistiques nQU, Université de Dakar, 1967, p; I), « le moba est du point de vue lexicologique très proche du gourmantché, mais au point de vue grammatical' il se rapproche du moré (Iànguedes Mossi)>>. (6)On ne trouve de matériel divinatoire<analogue que chez les groupes Akan du Ghana et de Côte"Ci'Ivoire, notamment chez les Baoulé, Ashanti,
A:gui, Eotilé

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et chez

quelques-uns de leurs voisins (cf: A. DE SUROY: La .divi.

nation dite ngonjoma,dans/osous""préjecture .d~Aboisso (GDte-d'liroire)]. (7)'.Selon. EloI. DAMIGu,mwaba lui.même, «.s'il'.existe. une, personne' écou. tée, respectée et suivie dàns le milieu mwaba, c'est. bien le jaba:.. LeMW'aba
ne' peut' poser" aucun'
acte

iMPOrtant" aucune', entreprise' ne commence,. avant

qu'il (Iè jà'ba) n'ait dit son mot; Disons que, sans lui;Ja' vie est impossible dàns le milieu traditionnel mwaba», (La. communication avec /emonde invisible, publication du grand séminaire de Ouidàh. 1974, p.IS5); (S) Nul n'empêche qui que. ce soit d'àller consulter à titre privé l'un ou l'autre de quelques autres «charlatans,» qui opèrent de,;ci C:le-Iàdansle,pays. d Il' s'agit ".Ià' e. devins marginaux qu'il' faut plutôt.,considérer.'comme une curio. slté<et qui sont très loin de pouvoir prétendre au même statut que les jabab traditionnels: Il

tion de base que le jaba et, quand ils ne pratiquent pas euxmêmes la divination, n'en méritent pas moins dès lors le titre de babit, ou d'« enfants-jaba». C'est au cours de cette initiation, appelée jaba-piebl, réalisée collectivement dans. le cadre familial, que les futurs jabab se révèlent éventuellement à l'attention, et il est impensable qu'un vieux chef de famille n'y ait pas été soumis (9). Alors que les Mamprusi continuent de se sentir membres, avant tout, d'une ethnie assez fortement structurée dont le royaume reste célèbre dans la mémoire, et alors que les Mossi se sentent avant tout membres, eux aussi, d'une ethnie encore plus fortement structurée, la référence constante à la même divination par les huit cordelettes a eu pour principal effet d'unifier, par respect d'une même conception du monde, de l'homme et de la société, et par obédience aux même types de prescriptions qui en découlent, les divers groupes mwaba et gurma, plus proches parents entre eux qu'avec les autres, et plus étroitement mis en relation sur le terrain à mesure de l'expansion démographique.
Signalons cependant une forme de divination traditionnelle accessoire répondant aux désirs d'une communication plus directe des consultants avec l'invisible, celle des basuyei, pratiquée par des femmes aussi bien que des hommes qui font soi-disant parler (derrière un rideau ou dans un coin obscur) de petits êtres invisibles de l'eau (les kpàkpall) ou des esprits de noyés avec lesquels ils ont su entrer en relation. Le jabaat (affaire exclusive des hommes) se suffisant à lui-même pour régler les problèmes d'une société gouvernée par ses vieux chefs de famille, nous ne traiterons ci-dessous ni de .cette divination des basuyei ni d'aucune autre. (9) Deux autres initiations, inconnues des aïeux, attirant aujourd'hui un grand nombre de jeunes gens et de jeunes filles, et auxquelles dans de nombreux cantons il serait plus ou moins déshonorant de n'avoir pas été soumis, ont concurremment cours dans le pays: - le kondit qui prévaut surtout en pays mwaba et ne comporte pas nécessairement de circoncision; comporte la circoncision (mais pas, pour les femmes, d'excision). Contrairement au jaba-pieb/, ces initiations se pratiquent dans le secret, attirant les initiés en brousse durant quelques semaines dans des sortes de campements où ils apprennent une langue rituelle d'origine étrangère et où on leur pratique pour conclure des scarifications. Malgré leur caractère spectaculaire et la faveur dont elles jouissent, elles ne font que coexister avec la société traditionnelle (comme la distribution d'une certaine instruction) sans y être si peu que ce soit véritablement intégrée. Les recommandations des devins, seules nécessaires et suffisantes pour faire fonctionner la société, n'y font jamais allusion; et comme il est ainsi évident qu'elles appartiennent à un autre système que celui du jabaat, ,venu se juxtaposer à lui sans avoir pour autant déteint sur lui ou s'y être mêlé, il n'y a pas lieu d'en traiter dans le cadre de cet ouvrage. 12

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le ma/kond (le kondit des Ma/b) qui prévaut surtout en pays gurma et

Il s'est ainsi créé, aux côtés des Mossi et des Mamprusi, mais aussi aux côtés des populations gurma de Haute-Volta qui, dans le cadre de leur propre royaume Gurmantché, ont adopté un tout autre type de divination: celui des « frappeurs de sable» (une géomancie de type berbère diffusée par les musulmans) qu'évitent, au contraire, avec mépris les Gurma du TogO -, un rassemblement ethnique original, si ce n'est une véritable ethnie mwaba-gurma. Nous allons en traiter ci-dessous en l'abordant systématiquement au niveau du facteur qui non seulement en a assuré la cristallisation, mais qui y demeure jusqu'à nos jours l'invariant fondamental et l'institution pilote.

2 Diffusion paradoxalement récente de cette divination en milieu mwaba-gurma
Véritable ciment de la société mwaba-gurma, la divination par les huit cordelettes ne s'est pourtant répandue dans la quasi-totalité de l'extrémité nord du Togo qu'à une date relativement récente, il y a de cela trois cents ans environ. Seuls les Mossi (10), les Mamprusi (11) et les clans mwaba ayant eu d'étroits rapports avec les Mamprusi (12) certifient que leurs aïeux pratiquaient cette divination depuis l'époque la plus reculée, bien avant qu'ils ne s'implantent sur les terres qu'ils occupent aujourd'hui. Le jabaat était donc déjà connu autrefois à l'ouest du pays; il reste d'ailleurs toujours en vigueur de l'autre côté de la frontière ghanéenne. Les Mwaba qui habitent le plus à l'est, implantés plus tardivement que les premiers et ayant moins été soumis à l'influence Mamprusi, ainsi que tous les Gurma (13), reconnaissent que leurs aïeux ignoraient le jabaat quand ils vinrent s'installer dans le pays. Quant à d'anciens autochtones comme ceux de Goundoga, ils affirment avoir reçu le jabaat de ceux qui vinrent les entourer.
(10) Enquête dans les cantons de Dasout et de Timbu (en fait habité par des Yarsé qui ne sont pas de vrais Mossi). (Il) Enquête dans le village Mamprusi de Workambu. (12) Notamment les clans fondateurs de Nano, qu'il s'agisse des diverses branches du même clan qui dérivent toutes du premier chef Din Sobr et peuvent toutes prétendre à la chefferie, ou du clan des premiers occupants du sol, celui des Najakpab, dont on trouve aussi des représentants à Sissiak, fondé par un chasseur du nom de Kpi/ib. Mais aussi le clan Nandotieb, à Nandoga. (13) A l'exception de quelques Gurma récemment arrivés là où ils se trouvent et qui ont adopté le jabaat quelque part ailleurs, en èours de migration, 13

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Le plus ancien jaba du canton de Kantindi serait un certain Tintieb (du clan Jabief) qui, le mythe se mêlant ici àla réalité, l'aurait découvert en brousse et y aurait été initié par les créatures invisibles de la brousse, sans l'intermédiaire de qui que ce soit. Mais l'introducteur du jabaat en pays mwaba le plus fréquemment cité (connu aussi de nom à Kantindi où il aurait eu sa famille maternelle) est un certain Dam:J, membre d'une famille de chasseurs fondatrice du quartier Jamie! de Niukpurma. Les devins de Bombwaka et de Bijanga s'en réclament; et bien entendu les Jamie! de Niukpurma. Ces derniers (14) précisent que les aïeux de Dam:J, originaires de la Haute-Volta, s'installèrent d'abord à Kpologu, près de Kpana, avant de s'installer plus à leur aise dans la vaste brousse peuplée d'animaux sauvages où ils fondèrent Jamie!. Mêlant eux aussi l'histoire à la légende, ils ajoutent que c'est l'épouse de Dam), appelée Duwak, qui lui communiqua les cordelettes divinatoires, et que Dam) transmit premièrement le jabaat à un certain Sala, habitant de Loko dont les aïeux étaient venus de Barkoissi... d'où les invocations de Jamie! Dam J et de Loko Sala dans leurs prières. Nous voyons ainsi le jabaat commencer à se répandre dans le centre et l'est de la circonscription à compter d'une occupation déjà très avancée du territoire par les clans mwaba et gurma. Les anciens du clan Jimbom (15), détenteurs de la chefferie à Sissiak, assurent que leurs aïeux, qui venaient de Dam) Kwak (du côté de la Haute-Volta), n'adoptèrent le jabaat qu'une fois implantés à Sissiak, et ce des le règne de leur premier chef, kong Mok(dont le chef actuel et le toe successeur). Ils le font remonter à un voyageur sans domicile fixe du nom de Bariniang (16). Les gbani,ou cordelettes divinatoires, de ce dernier auraient été trouvés par l'épouse d'un habitant du quartier Na!out (aujourd'hui abandonné) de Niukpurma appelé SambOn Tongu; et c'est ce dernier, mis au courant par elle des cérémonies .àaccomplir, qui aurait fait le nécessaire pour soigner en même temps qu'initier Dam:>de Jamie! qui devint ainsi le premier jaba de la région. Au quartier Nagbam de Niukpurma, un membre du clan Bariniam (17) nous a déclaré que ses aïeux, venant de Goundoga, s'étaient installés à Jabaruk, dans le canton de DapaoTJ,
(14) (15) (16) (17) 14 Par la voix du jabo Duut Lamboni. Approuvant le récit du vieux Lolobre Duut. Ce n'est pas un nom mamprusi. Panbug Lare.

avant de se déplacer plus tard à Niukpurma, et que l'un d'eux avaitcammuniqué Je jabaatà. Jamie! Damo. Cependant, d'autres vieux de Niukpurma~centre, rencantrés en présence du chef, fant remanterl'arigine du jabaatà deux personnages: Bomblm Sambianiquivivaità l'est, et Dijengu Kambikit Jen quivivai.tà l'ouest. Ceux~ci, ayant abandanné leurs instruments divinatairesau milieu. du pays : -ou bien auraient autorisé Loko Sâlab,moyennant l'offrande d'un .bœuf, à les emporter; et Loko Salab à son tour y aurait initié son fUs Dam l (18)qui partit s'établir .à Jamie! ; -ou bien les auraient laissé découvrir à une vieine du nom de Kondug qui les auraient remis à son benjamin. Celui-ci aurait communiqué ses pouvoirs à son fUs Salab, Sâlabà son tour à ses fUs Nawo! et Labaguinam (19), et c'est ce dernier qui aurait assuré la diffusion du jabaat en y initiant notamment Dam l de Jamie! qui était venu Je trouver après avoir eu l'esprit dérangé(20). A quelques variantes près, mettant en scène des personnages différents ou leur attribuant un .rôle historique différent, tautes les traditions recueillies montrent que le jabaat ne se répandit dans la zone de l'axe routier Lomé-Haute-Volta qu'à une époque où le territoire était déjà très largement occupé, et cela principalement à partir des vinages de Loko et Niukpurma. Comme la répartition des sources d'informations les plus approfondies sur le jabaat confirme paraineurs son rattachement à un tel foyer d'origine, il pourrait y avoir été soit repensé et amélioré, soit directement importé du cœur du pays mamprusiau yanga, d'un carrefour de communications mettant en rapport Ashanti, Gurma et Musulmans. Sans doute, à partir de là, fit-il immédiatement tache d'huile vers l'est, aidé éventuellement par la présence danl>cette région d'.unautre .ancienéminent jaba venu d'on ne sait où.

3 -Modalitésde

l'enquête réalisée

t'étude d'une .divination comme celle des Mwaba-Gurma est d'un certain point de vue très aisée : iIsuffit d'enregistrer
(18) Version du jaba WoguLare. (19) S'agissait-il du même personnage que Bariniang ou Bariniam ? (20) Version du DuutiBomb:>m,deBogu-Tieb. 15

ce que les devins font et disent ouvertement à leurs consultants pour voir se dégager peu à peu les divers concepts qu'ils utilisent et la logique de leur pensée, tout en obtenant un panorama statistiquement complet des problèmes ressentis par la population et des activités, pour la plupart d'ordre religieux, prescrites pour y apporter une solution. D'un autre point de vue, elle n'en reste pas moins malaisée, car les devins vont si vite dans la manipulation de leurs instruments divinatoires et s'expriment dans un langage si allusif ou dans un jargon uniquement accessible à de vieux chefs de famille, qu'un enregistrement intégral parfaitement clair est, à défaut de magnétoscope, rigoureusement impossible à réaliser. Nous avons essayé de tourner la difficulté de plusieurs manières: Tout d'abord, il nous a fallu recruter des interprètes compétents, eux-mêmes en charge de famille et suffisamment versés dans les pratiques traditionnelles pour comprendre et expliquer un langage technique auquel, nous en avons fait l'expérience, des étudiants mwaba, par ailleurs excellents traducteurs du langage de tous les jours, ne comprennent strictement rien. Qu'il nous soit donc permis de remercier M. Rapaël Tiem, de Kpana et M. Mimpam Bâlepo, de Kantindi, sans qui nous n'aurions jamais réussi à être convenablement « mis. au parfum ». Et il nous a fallu, bien sûr, apprendre à reconnaître instantanément chaque cordelette divinatoire, puis en apprendre et en réapprendre constamment le symbolisme général. Dans un premier temps, qui n'a servi à cette fin que de formation, nous avons systématiquement demandé aux jabab ce que signifiait tel ou tel groupement élémentaire ou tel ou tel partage des cordelettes. Mais, comme nous nous en doutions à l'avance, nous nous sommes très vite aperçus que seuls des enregistrements de consultations réelles fournissaient un matériel digne d'être retenu pour analyse ou propre à susciter des interrogations pertinentes. Tantôt nous avons prié certains devins, avec qui nous avions établi des relations de confiance, d'aller assez lentement pour nous laisser le temps de noter sténographiquement ou d'épeler rapidement au magnétophone les configurations de cordelettes formées, immédiatement avant ou immédiatement après leur interprétation. Il en est résulté d'importantes séquences où toutes les paroles du devin ont pu être mises en rapport avec les configurations de symboles qui les avaient suggérées. Certaines phases de la consultation où le devin, sans cesser de manipuler ses instruments, se contente de réfléchir avant de parler au consultant, nous ont posé de sérieux problèmes que 16

nous n'avons pu surmonter qu'en découvrant quelques devins ayant pour habitude de réfléchir ainsi à basse mais intelligible voix. Demandant parfois au devin de consulter pour nous-même ou pour notre accompagnateur, nous l'avons prié d'exposer à haute voix non seulement toutes ses découvertes, mais aussi toutes les interrogations qu'il était amené à se poser. Tantôt nous nous sommes permis d'intervenir modérément et très naïvement dans son discours divinatoire pour obtenir de lui les explications aussi claires que possible qu'il est de son devoir de fournir à tout consultant à l'esprit borné, comme à tout compagnon curieux d'un consultant, pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté dans l'exécution de ses prescriptions. Nous sommes souvent revenus discuter des enregistrements réalisés et demander au devin ce qui l'avait fait penser à ceci plutôt qu'à cela et ce qui se serait passé s'il avait plutôt trouvé à tel moment telle autre configuration de cordelettes, etc. Nous nous sommes permis parfois de composer devant lui des séries de partages fictifs pour lui demander ce qu'il en aurait éventuellement pensé, ou lui avons demandé, à l'inverse, comment les cordelettes s'étaient disposées ou comment elles auraient dû se disposer pour lui permettre de dire ceci ou cela. Nous nous sommes enfin efforcés d'assister à toutes les principales cérémonies du culte et d'y enregistrer toutes les prières, mais encore de discuter aussi souvent que possible avec les plus anciens de la conception traditionnelle des êtres et des forces qui gouvernent l'homme et le monde, prenant soin d'illustrer et de faire illustrer le maximum d'idées avancées par des schémas tracés sur le sol ou par des associations de symboles divinatoires. Nos principaux informateurs ont été: - Sambiani Camangu, Dagalo Wurugu et Kombate Kwaba, de Kantindi ; - Simani Najak, de Kpana ; - Kafiti Bilimpo, de Natikindi-est ; - Bagl Inoal, de Nadegre ; - Lamboni Kolani et Wàjak Bomb )m, de Bombwaka ; - Dàham Kolani, de Nandoga ; - Lasembet Kolani et Duùt Mapago, de Doré (canton de Nano) ; - Wogu Lar et Jabong Lare, de Niukpurma; - Kolan Diafoiré et Di Yatib, de. Natikindi-ouest ; - Lamboni Sakao, de Nanergu ; - Kantieb Moatré, de Sissiak ; 17

Sant Kombate, de Nano ; Duüt Kolani et Daâdut, de Bogu ; sans oublier, parmi les non-jabab, le vieux Natik Mieligu, forgeron à Kpana. Nos travaux sur le terrain furent poursuivis en quatre temps, du 7 octobre au 19 décembre 1977, du 13 janvier au 10 mars 1979, du 16 février au 10 avril 1981, et enfin du 20 novembre au 20 décembre 1981. Ils reçurent localement le précieux appui de M. Tiem Yambâjwa, chef du Bureau de l'état civil, qui fit tout son possible pour nous introduire au mieux dans les divers cantons et, bien entendu, l'appui sans mesure des chefs de canton euxmêmes.

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PREMIÈRE

PARTIE

ESQUISSE DES CROYANCES RELIGIEUSES MW ABA-GURMA

Avant de traiter de la divination mwaba-gurma, il paraît indispensable de préciser la signification d'un certain nombre de notions et de pratiques religieuses auxquelles cette divination fait constamment allusion. Il va de soi que le tableau que nous allons esquisser de la religion qui y correspond résulte pour l'essentiel de l'étude de la divination elle-même, et aurait dû venir après l'exposé de celle-ci s'il n'avait fallu satisfaire avant tout à une exigence de clarté. Nous n'avons pas manqué en conséquence de l'illustrer fréquemment d'extraits de prières et de discours oraculaires enregistrés, riches d'indications spontanées en tous genres, qui apparaîtront dans le cours du texte en petits caractères.

A première vue, les pratiques religieuses prises en considération visent, de façon très terre à terre, à toucher les puissances maîtresses de l'homme dans un sens favorable à celui-ci, de façon qu'il vive en paix et en bonne santé. Mais elles débouchent très vite sur une bien plus vaste perspective. Les puissances àpropitier sont jugées extérieures à l'homme pour autant qu'elles sont invisibles et transcendent de quelque manière le monde des vivants; on leur attribue en effet symboliquement pour domaine l'espace terrestre extérieur à celui de 21

l'enclos de l'habitation, alors qu'on attribue symboliquement pour domaine aux êtres vivants l'espace intérieur à cet enclos. Mais elles n'en sont pas moins des éléments constituants de sa personne, et cela au niveau le plus élevé, c'est-à-dire le plus riche d'effets, de sorte que l'homme est mis en mouvement, animé et vitalisé par des principes extérieurs à lui qui ne lui sont pas strictement personnels. Le voilà défini d'emblée comme un sujet qui ne saurait exister indépendamment, par soi et pour soi, mais comme terme individualisable de relations, établies par-delà les apparences, qui fondent simultanément l'existence du monde et de la collectivité. Les relations entretenues par la religion avec de telles entités maîtresses autonomes, reconnues appartenir au-dehors, ne doivent donc pas laisser croire que les Mwaba-Gurmasoient des êtres psychiquement désemparés devant les forces de la nature, tentés de rechercher la protection de terribles puissances de l'invisible au prix de quelque aliénation inévitable de leur personne. Ils ne cherchent à traiter qu'avec les puissances constitutives de cette personne, de la communauté familiale ou de la prospérité de leur clan dans son ensemble. Nous ne rencontrons chez eux aucun culte ténébreux rendu sur des autels ou objets artificiels savamment étudiés pour servir d'appâts ou de sièges à tel ou tel esprit étranger vagabond avec qui ils jugeraient astucieux d'entrer en rapport pour en tirer profit; l'institution d'un tel commerce occulte leur paraît indigne d'intérêt et toute discussion à son propos inutile. Par cette économie de tout recours à ce qui risquerait de les tenir finalement écartés d'eux-mêmes, par le souci d'emprunter au contraire la voie la plus directe reliant chacun à son fondement ontologique, extérieur pour autant qu'il n'est pas contenu par l'apparence, nous les voyons rejoindre mais peut-être avec plus de prudence et d'objectivité -la perspective des religions radicalement monothéistes. Le terme de fondement ontologique qui vient d'être employé est bien celui qui convient; car la religion mwaba-gurma ne ressemble en rien à une prétendue religion « vitaliste » qui se proposerait avant tout de manipuler des « forces» ou d'entrer en relation avec des « forces» invisibles, qualifiées de vitales ou de magiques, plutôt que de restituer l'homme dans la pleine souveraineté de sa substance. Religion qui ne rougit pas de répondre aux simples désirs humains de nourriture, de santé, de sécurité, de bonheur, etc., elle engage ses adhérents dans une entreprise - et, dirais-je volontiers, dans une aventure (la grande aventure humaine par excellence) - qui les amène, en allant frapper à la porte de leur origine, à prendre le contrôle de leur vie jusqu'à s'apercevoir non limités et

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non asservis par ce qu'ils avaient cru être eux-mêmes et pour, en fin de compte, en plus ou au lieu des faveurs divines qu'ils attendaient, découvrir le principal (I), c'est-à-dire l'1;:tre, et, au-delà même des êtres, le rapport harmonique qui en même temps les pose à part et les unit. Abordons-la dans un esprit d'humilité, en acceptant de découvrir dans ce qu'on nous présente parfois, et dans ce qu'on aime parfois percevoir, corome un ramassis de superstitions archaïques que viendront tôt ou tard balayer les lumières de « la civilisation », la sagesse parfaitement respectable d'une autre civilisation, aussi solide ou même plus solide sur son socle que la nôtre face aux problèmes de l'avenir.

(I) Ils dil;ent à leur Dieu, dans leurs prières: « Que celui qui est rassasié nomme ton nom! Que celui qui a faim nomme aussi ton nom! » 23

I

L'ORIGINE

DU MONDE

Les institutions et les activités par lesquelles les Mwaba-Gurma entendent garder contact et traiter avec les puissances qui leur communiquent la vie dépendent étroitement de la façon dont ils envisagent que le monde vint au jour et reste maintenu en existence. Tout leur système de pensée peut être condensé dans un exposé de la création dont il n'y a plus ensuite qu'à tirer les conséquences, tant en matière de meilleure organisation sociale qu'en matière d'activité religieuse, et notamment de sacrifice. A ma connaissance, cet exposé ne fait l'objet d'aucun enseignement systématique, que ce soit sous forme de récitation d'un mythe, de discours magistral improvisé ou de réponses toutes prêtes, analogues à celles d'un catéchisme, aux questions d'initiés avides de savoir. D'une part, cet exposé est très simple: un premier chapitre introductif y suffira amplement. D'autre part, il est impliqué par toutes les manipulations divinatoires qui sont une manière de réfléchir le monde ou de reconstruire le monde selon les lois qui sont les siennes, de sorte que tout praticien de la divination l'a dans les mains avant même de l'avoir en tête, et que tout ne tarde pas à s'éclairer pour lui un jour ou l'autre comme il convient. Enfin, il est admis que le savoir purement verbal n'est d'aucune valeur et fait souvent obstacle à la véritable connaissance, laquelle
suppose un cOntact effectif

piration - avec les sources de la vie. Le sage mwaba-gurma ne cherche donc nullement à faire apprendre par cœur ou à diffuser inconsidérément les éléments d'une doctrine, mais plutôt à déclencher une inspiration qui, appuyée sur des institutions, des pratiques et d<:smanipulations savamment élaborées, ne peut que provoquer la redécouverte personnelle de vérités dont il veille à assurer ainsi une transmission vivante. 25

-

déclenchant

l'enthousiasme

<:tl'ins-

Que ceux qui pourraient se demander comment je puis, dans ces conditions, me poser en porte-parole des Mwaba-Gurma se rassurent; car il n'y a de la part des devins aucune volonté obscurantiste de mystère; il entre au contraire dans leur déontologie de répondre à toute question qui leur semble correctement posée. Comme vers la fin de mon troisième séjour je demandais à l'un d'eux pourquoi il ne m'avait pas tout de suite expliqué le fondement finalement très simple de la pratique sacrificielle, il me répondit: « Vous ne m'aviez pas posé les mêmes questions. » En effet, l'analyse de nombreuses séances divinatoires à laquelle je m'étais livré, et l'observation attentive des rituels, m'avaient enfin amené à formuler des questions pertinentes mettant en jeu concepts et symboles traditionnels et révélant du même coup une disposition d'esprit à accueillir comme il convenait le sens de ses paroles. Que ceux qui pourraient me suspecter d'avoir influencé de vieux informateurs complaisants désireux, pour conclure, de me faire plaisir et acceptant de construire avec moi un système plus ou moins inventé se rassurent aussi. En effet, les mêmes questions, . ou des questions complémentaires faisant état du savoir acquis auprès de certains d'entre eux, posées à des devins rencontrés pour la première fois furent aussitôt parfaitement comprises et suscitè. rent sans difficultés des réponses adéquates, preuve que l'aptitude à être informé résultait moins de la fréquentation assidue d'un même vieux que de la perception par celui-ci du niveau de compréhension de son interlocuteur. L'exposé que je vais présenter est donc fondé sur une série d'explications de faits liturgiques et d'actes divinatoires qui me furent fournies à ma demande dans la mesure où l'on me jugea mûr pour comprendre. Il me fut intégralement construit dans ses grandes lignes (avec toutefois quelques variantes) par quatre devins seulement (1), mais se trouve largement recoupé par les indications partielles convergentes de plusieurs autres d'entre eux et représente surtout la justification la plus élevée de façons de faire unanimement adoptées ou respectées. Il résulte au total de l'articulation et de la conciliation de données présentant toutes, ici ou là, quelques lacunes, mais offrant dans leur ensemble une admirable cohérence, privilège ayant été accordé aux dires de ceux qui apportaient les explications les plus étendues susceptibles d'intégrer celles, plus étroites et plus banales mais non contradictoires, de confrères moins savants ou plus réticents à parler.

<I) Bag! l'1oal, de Nadegre; KolanDiafoiré, de Natikindi-ouest; Wogu Lar, de Niukpurma ; Dagalo Wurugu, de Kantindi. 26

Je pris soin, lors de mon dernier séjour sur le terrain, de. représenter sur le sol tous les éléments des explications fournies par divers objets: cordelettes divinatoires, tiges de mil, morceaux de calebasses cassées, cailloux, coques de fruits, etc., propres à identifier les principes psychiques, les enfants et petits-enfants du Père céleste, le Soleil, la Lune, les ouvertures du monde d'en bas, la série de pierres célestes qui les obturent, etc. Et la manipulation de ces éléments sous les yeux des informateurs me permit de contrôler avec eux le bon fonctionnement de leur système du monde en les invitant à fournir çà et là les précisions qui s'imposaient.

1 -

Les protagonistes de la création

Contrairement à certaines idées parfois localement avancées pour tenter de hausser les conceptions traditionnelles au même niveau que celles de religions inconsidérément jugées supérieures, telles que le Christianisme ou l'Islam, les initiés .mwaba-gurma ne nous présentent pas le monde comme créé ex nihilo par un Dieu d'où tout dériverait comme à partir d'un seul point. Selon eux, en effet, nulle substance intelligible ne saurait être considérée comme la racine unique de toute chose car ,puisque intelligible, elle est inévitablement limitée (compréhension suppose délimitation) et car elle est inséparable d'un terme contraire par opposition auquel elle se définit. Aussi loin qu'ils s'autorisent à nous faire accéder par l'intelligence, ils ne nous présentent jamais que des dualités dont celle qui frappe le plus notre attention est celle qui oppose un « en haut» (po/u-po) largement dispersé à un« en dessous» (tiT/-po)tassé sur lui-même tenant lieu d'invisible fondement souterrain des phénomènes. Ce dualisme systématique, que nous trouvons reflété à tous les niveaux, signifie qu'ils ne situent pas le principe suprême dans une substance quelconque délimitable mais dans la relation qui con. .fronte deux substances et les grandit mutuellement l'une par l'autre, autrement dit dans l'infinité' d'un intervalle, dans la formidable harmonie, ou étendue d'accueil de l'harrtlonie, qui, pardelà des limites qui s'imposent à la raison, sonne ou amplifie à jamais l'accord total de l'univers. 0) L'en haut est une totalité continue de lurtlière, un vaste domaine subdivisé en six grandes zones, semblables à des plages de couleurs superposées les unes aux autres, contrôlées chacune par un « garçon». Ces zones sont regroupées en trois couples de contraires - l,

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II et III (trois étant le chiffre caractéristique du Ciel) -, dont chacun associe un terme tirant dans un sens (I., II. ou III.) à un terme équilibrateur tirant dans l'autre sens (Ib, lIb ou IIIb). Nous voyons ainsi à quel point, non seulement dans le cas d'entités séparées les unes des autres comme le sont l'en haut et l'en bas ou deux nombres d'une même suite, mais aussi dans le cas de parties juxtaposées d'un même Tout, la pensée mwaba-gurma s'interdit de définir quoi que ce soit isolément, mais définit toujours des couples de termes dominés et logiquement précédés par la relation qui les unit et qu'ils expriment. La triade, en l'espèce constituée des deux termes et du rapport qui est mouvement mutuel de l'un vers l'autre, ou tension révélée par l'apposition de l'un contre l'autre, leur paraît conditionner l'intelligibilité des choses et être ainsi caractéristique du monde intelligible, ou ciel hypercosmique, qu'ils considèrent comme le « premier monde». En somme, nous avons là-haut, imbriquées les unes dans les autres, trois triades (2), ou plutôt trois rapports stabilisés, disposés en fonction du degré de tension qu'ils expriment. La tension entre les deux entités appariées comme deux contraires les diffé- . rencie d'entités mortes, cadavériques, c'est-à-dire de simples termes abstraits; elle est la tension de la vie intellectuelle qui, comme

(2) Les doctrines néo-platoniciennes mettent en évidence une même structure de l'intelligible, à savoir trois plans subdivisés chacun en trois aspects: etre, Vie, Intellect. 1) Couple de jumeaux en relation avec la tête et le sexe (relation Mèrebenjamin, principe de l'etre)
2) Couple de jumeaux en relation avec les deux bras (relation entre jumeaux mixtes, principe de la Vie) 3) Couple de jumeaux en relation avec les deux jambes (relation entre jumeaux mâles, principe de l'Intellect)
Cadet (né en premier) Tension entre eux Aîné (né en dernier) dominant le cadet Cadet (né en premier) Tension entre eux Aîné (né en dernier) dominant le cadet

Les trois étages du monde intelligible dominé par la relation d'opposition entre jumeaux mâles, caractéristique de l'Intellect

etre Vie

_ _
-

Intellect

etre Vie
Intellect

Cadet (né en premier) Tension entre eux Aîné (né en dernier)

etre Vie Intellect

dominant le cadet

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nous le verrons, doit être apportée - et bien évidemment dans le cadre d'une relation - depuis le monde intelligible (3). Comme les trois rapports mis ainsi en évidence ne sont pas des rapports rythmiques développés dans le temps, ils sont représentés par trois couples de teintes de plus en plus proches l'tine de l'autre, identifiées, nous verrons pourquoi, par le plumage de six catégories de poulets sacrificiels. Chaque couple oppose une première teinte dominée à une teinte seconde dominante, toutes deux entretenant le même rapport que deux jumeaux mâles en situation de rivalité dont celui né en second lieu est jugé être l'aîné. Le premier couple (Ib-I.) oppose le plumage blanc au plumage rouge, c'est-à-dire les deux teintes les plus vives, celles qui évoquent le mieux l'opposition du ciel et des enfers, celle de la paix radieuse et de la. fièvre. Le second couple (lIb-II.) oppose le plumage moticheté ou pailleté (celui du poulet tung ou tuk) au plumage noir. Le troisième couple (1IIb-III.) oppose le plumage cendré (celui du poulet pupuk) au plumage bigarré ou multicolore (celui du poulet nyitik), c'est-à-dire les deux teintes les moins contraires l'une de l'autre, car le gris est le symbole du mixage parfait de la bigarrure au point d'en réaliser l'unité (4). Les opinions diffèrent quelque peu quant à la disposition des paires de zones célestes ainsi identifiées, car elle ne porte guère à conséquence dans le développement ultérieur du système. Il est cependant admis que le couple des zones les plus contraires (la blanche et la rouge) manifeste la même opposition que celle de la tête et du sexe qui ne font pas du tout le même travail; que le couple des zones moyennement contraires (la pailletée et la noire) manifeste la même opposition que les deux bras, lesquels, bien qu'opposés, participent au même travail; et qu'enfin le couple des zones les moins contraires (la cendrée et la bigarrée) manifeste la même faible opposition que les deux jambes qui « marchent» toujours ensemble, le mouvement de l'une venant plutôt appuyer le mouvement de l'autre que le contrarier. La disposition la plus vraisemblable fait donc apparaître empilées, comme sur la figure 1 de gauche, les zones blanche, noire, pailletée, bigarrée, cendrée et rouge, de façon qu'une zone domi(3) Les doctrines néo-platoniciennes situaient également la vie au niveau la tension interne du monde intelligible, due à l'altérité de ses éléments. Si monde, écrit Plotin (VI, 7 (38), 13, 10-12) « ne présentait aucune différence, nulIe altérité ne l'éveillait à la vie, l'intelligence n'agirait pas et un tel état se distinguerait pas de l'inactivité )). (4) Voir variantes exposées ci-dessous, en note so. de ce si ne

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I b Zone blanche Il. Zone noire
lib Zone pailletée

---------

--- gau£!1CL_ _ _
Bras

Tête

Blanche

--ée Jambe_ III Z one b18arr gauc:!!CL_ ' IIlb Zone cendrée
I. Zone rouge

.

......
_ _ _
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sexe70Ü----

que,!!, _ _ _ _ _ _ _ _

FIGURE 1 : Hiérarchie des :wnes célestes

nante (tête ou membre droit) surmonte toute zone dominée (sexe ou membre gauche), et de façon à réaliser dans l'ensemble l'équilibre le plus parfait puisque l'excès de dominance du blanc sur le rouge est compensé par la somme des excès de dominance en sens contraire du pailleté sur le noir et du cendré sur le bigarré (5). Mais surtout il apparaît que le Ciel est conçu comme une totalité organisée ayant même structure que toute totalité vivante caractérisée par une dissymétrie généralisée dans les trois directions : haut-bas, droite-gauche, avant-arrière, ayant plus spécialement même structure que le corps le plus parfait qui soit, cause finale du développement de la vie, c'est-à-dire le corps de l'homme. Il est le siège de l'Homme par excellence faisant montre du grand Ancêtre dont le vivant que nous sommes est redevable de son humanité en la recevant, grâce au sacrifice, en participation. Par ailleurs, mis en évidence par les prélèvements qui y seront ultérieurement opérés, nous sommes amenés à distinguer: 1) Une substance continue emplissant toute l'étendue, sorte d'océan de la conscience universelle. Elle a pour symbole l'eau. 2) Des unités, semblables à une multitude de particules de dimension ponctuelle, tenant lieu de repères propres à rendre intelligible le parcours de l'étendue ou à unifier autour d'elles certaines quantités (notamment, plus tard, des copies de « paroles» du fondement). Elles introduisent dans l'infinité du continu subs(5) VarianteI: tous les termes tirant dans un sens sont regroupés face aux termes tirant dans l'autre: sens, de sorte que les termes les plus opposés soient les plus distants l'un de l'autre. On a ainsi la succession rouge, noir, bigarré / cendré, pailleté, blanc. Variante 2 : les couples se succèdent par intensité d'opposition décroissante, formant la succession rouge, blanc / noir, pailleté / bigarré, cendré, obtenue en repliant sur lui-même l'homme céleste. 30

tantiella même discontinuité que celle introduite sur la droite par la série des nombres rationnels. Elles ont pour symbole des particules de farine; ce sont là en effet des particules inertes en lesquelles se réduit le grain, privé de sa structure et de ses principes spirituels, une fois soustrait par écrasement à un nouveau cycle d'existence, et retiré ainsi non seulement du monde de la manifestation, mais aussi du monde de l'origine où tout subsiste et revient subsister en puissance à l'état de germe avant de se manifester. 3) Des entités essentiellement agitées, excitées ou librement vibrantes, appelées nib (au singulier nil), explorant innocemment l'étendue en des mouvements qui les éloignent ou les rapprochent d'une certaine origine. Elles correspondent vaguement à la notion d' « âme-nombre» des anciens (6) ; mais comme il ne faut en aucun cas les confondre avec la notion platonicienne ou chrétienne d'âme humaine ou avec la notion hindoue d'a/man, j'éviterai de les désigner comme « âmes» et les appellerai plutôt démons, esprits ou principes psychiques. Du point de vue mwaba-gurma, puisque entités il y a, elles vont évidemment par paires: l'une, de nature femelle, tire à elle vers la droite, et l'autre, de nature mâle, tire à elle vers la gauche. Incapables de l'emporter d'un côté ou de l'autre, elles ne s'accordent que dans une précipitation circulaire vers l'avant. Toutes deux sont coordonnées par une même petite substance d'enchaînement qu'elles entraînent avec elles et qui leur tient lieu de point commun d'identification. Elles ont pour symboles des couples de petites statuettes, mâle et femelle, à dessein grossièrement taillées pour n'ébaucher qu'à peine une silhouette humaine. 4) Une limite, ou forme extérieure, ou structure, maîtrisant et coordonnant les mouvements au sein du territoire où ils se produisent. Symbolisée par une pierre de silex blanc. (tilciciEn), elle est assimilée à une force mâle ayant même rapport au contenu de sa zone d'affectation que la structure du domaine céleste au contenu total de ce domaine, si bien que nous retrouvons en chaque partie du Ciel l'image de sa totalité. De nature contraire au dynamisme des mobiles, elle les canalise à l'intérieur d'une structure anthropomorphe qui est cause de la forme humaine attribuée à tous les nib. C'est plus précisément cette force limitante qui est identifiée,
(6) « Le nombre est une progression de multiplicité qui prend son origine dans l'unité, et une régression qui trouve son terme dans l'unité» (THéON DE SMYRNE,éd. Hiller, p. 18, 3-5). Selon XéNOCRATE,« l'âme est un nombre qui se meut de lui-même ».

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selon sa zone d'appartenance, par la teinte d'un plumage et, qui plus est, car bientôt appliquée au monde d'en bas, par le plumage d'une volaille qui, bien que pourvue d'ailes et donc conçue pour voler au ciel, est comme prisonnière à la surface de la terre dont elle n'arrive plus vraiment à échapper. Les quatre constituants de chaque zone que nous venons d'énumérer forment les quatre parties d'un ensemble qui les domine (7) et nous sont présentés soit comme la propriété d'un garçon du Ciel, chargé de régenter là un domaine extérieur à lui, soit comme le corps même de ce garçon, identifié par un principe organisateur distinct propre à assurer l'unité des matériaux qui le composent. II y a donc en toute zone céleste cinq « éléments» et cinq modes d'être correspondants, cependant que l'étendue du Ciel est placée sous l'autorité de trois couples de jumeaux mâles, les polu-po pola, en situation de rivalité plus ou moins intense. Mais si chaque jumeau assure l'unité de sa zone, l'unité totale du Ciel, comme sa forme anthropomorphique, est assurée par un ~tre suprême, ou tout premier « garçon» (jwacicin), qui en est le père. Ce Père trône là-haut à la manière d'une monade fixant la forme générale de toute série de nombres, et origine de plusieurs séries de nombres (8), lesquelles peuvent être orientées selon trois axes indépendants parcourus par des mouvements contraires, lesquelles peuvent être parcourues par des mouvements de vitesses ou de fréquences variables (9), lesquelles peuvent être diversement qualifiées en fonction du nombre qui y est pris pour nombre de
(7) Ils correspondent respectivement, semble-t-iI, aux quatre « genres» de l'~tre : le Repos, le Même, le Mouvement et l'Autre. (8) Compte tenu de la structure quadripartite de tout être numérique, la série modèle des nombres comporte quatre nombres (l, 2, 3, 4) encadrés par le nombre origine, ou nombre zéro (forme vide du nombre n'ayant du nombre que la forme, monade de la série des êtres numériques à qui elle communique cette forme), et par le nombre total (I + 2 + 3 + 4) = 10, intelligible mais déjà au-delà de la frontière du limitable, au-delà duquel nous entrons dans l'infini.

Zéro

Nombres finis

Transfini

Infini

Des séries plus affinées comportent un nombre de nombres égal à 4~. (9) On y verra plus tard comme déployées les couleurs de l'arc-en-ciel. 32

référence (analogue à un nombre unité), c'est-à-dire pour point de vue singulier, ou peuvent encore être classées d'après la précision du repérage, c'est-à-dire selon la finesse de l'échelle de mesure, la taille ou le poids des nombres qui y figurent (10). b) Par opposition à l'en haut, l'en dessous est un monde d'obscurité, contracté et caverneux. Il n'hébergeait à l'origine qu'un être solitaire affecté d'une angoisse et d'une agitation préfigurant celle du monde matériel où rien ne demeure jamais dans le même état (11). Le maître du Ciel avait obtenu ses six fils à la suite de trois relations sexuelles avec une épouse qui avait accouché à chaque fois d'une paire de jumeaux de même sexe. Trois copulations lui avaient suffi, mais la nature excessive de cette épouse en espérait une quatrième. Comme son mari légitime ne se précipitait plus pour la prendre et ne cherchait plus à la retenir, elle sortit du Ciel et alla commettre l'adultère avec le malheureux être d'en bas qui se prêta immédiatement à ce qu'elle attendait de lui (12). Mais de même que la connaissance stimulée par l'incertitude
(10) Entre deux limites ou entre deux quantités de substance extrêmes, définissant un minimum et un maximum, il peut être considéré une succession de 64 = 4 x 4 x 4 points de vue ou quantités. Les êtres numériques, ou âmesnombres, en mouvement le long de chaque série, vont ainsi être répartis, en chaque zone céleste, sur 2 + 64 = 66 couches hiérarchiques entrelaçant 33 couches de rang impair et 33 couches de rang pair. (11) J'interpréterais volontiers la présence nécessaire de cet être séparé dans le système du monde comme celle d'un antiêtre ou d'un principe d'inintelligibilité très proche de la notion de néant, si ce n'est que, comme principe, il n'en est pas moins défini, et est donc bien quelque chose, de la façon suivante: Contraire à la stabilité des êtres du Ciel et à la totalité harmonieuse qu'ils constituent, il est si instable que toute parcelle de lui-même se transforme au hasard en son contraire, mais en un contraire tout aussi obscur, échappant à la mesure, du genre x (inconnu) est ici en a, ou est plus loin en b. A tout instant, l'indétermination est totale sur son état: ou bien il se transporte (opération T) où il est: états aTa ou bTb ; ou bien il se transporte où il n'est pas: états aTb ou bTa. D'où quatre états équivalents, forcément clos en cercle sur eux-mêmes, préfigurant cette fois les éléments matériels et n'ayant plus qu'un lointain rapport avec les « genres» de l'~tre : aTa avec le Même, bTb avec l'Autre, aTb avec le Mouvement (éloignement de a), bTa avec le Repos (retour à l'origine). (12) Cette femme d'en haut, tout naturellement attirée par en bas, représente un au-delà de l'Intelligible n'ayant pas sa place dans l'Intelligible. Sa position vis-à-vis de l'Intelligible est analogue à celle du « nombre» transfini par oppposition aux nombres finis dont il échappe à la forme, ou à celle de la lumière noire non perceptible par rapport au spectre des couleurs composé de trois couleurs fondamentales. Abandonnée par toute force de limitation, elle est convoyée au loin vers le néant par les entités en mouvement que sa faiblesse féminine ne lui permet pas de limiter dans le domaine intelligible. 33

finit par en avoir raison, ou du moins pâr la circonscrire, et de même que la lumière avale toujours les ténèbres à qui elle est communiquée, aussitôt après avoir eu relation avec lui, elle le dévora. C'est pourquoi il n'est maintenant repérable nulle part, mais diffus partout, et il est vain d'âller vers lui ou de le nommer. La puissance qui incita cette amante venue du ciel à commettre un tel acte a pour symbole la mante religieuse, au comportement semblable assez fréquent à l'égard du mâle; aussi la mante est-elle appelée Ylduna-taam. ce qui signifie le « cheval de la Mère du Soleil» . Dès lors, il n'exista plus dans le monde d'en bas que cette femme; et tout ce qui apparut ensuite sous le Ciel fut conçu par elle, puis produit par le travail de ses descendants. Premier terme du monde où nous vivons, mais aussi d'abord premier terme des fils du Ciel, elle mérite au plus haut point l'appellation de Mère du monde, de grande Mère, ou de grande Déesse. Des suites de sa relation avec le mâle d'en bas qu'elle s'incorpora, elle accoucha cette fois d'un couple de jumeaux de sexes différents : un garçon et une fille (13). Le garçon, comme il arrive, lui ressemblait davantage, cependant que la fille tenait un peu plus que lui de la nature de son père. L'usage veut que le dernier fils d'une femme qui a perdu son mari reste habiter dans sa cour pour la défendre et subvenir à ses beoins : il sort régulièrement travailler aux champs, ou va à la chasse, et au besoin part à la guerre. C'est pourquoi le terme de benjamin (sambil) est devenu un terme d'affection adressé à tout garçon chéri sur lequel une mère peut compter. Le garçon demeura donc habiter en bas avec sa mère. C'était un être lumineux comme sa mère, mais il n'était point fait de lumière pure; sa lumière était alliée à l'obscurité et s'appuyait à une opacité qui est celle que nous reconnaissons en toute matière. Il brillait si intensément qu'aussitôt sorti de chez lui pour vaquer à ses occupations, il créait le jour et la chaleur du
(13) S'il est vrai, comme je viens d'en faire l'hypothèse, que la grande Déesse ne diffère des êtres célestes que par la privation de toute force limitante, et se laissa donc emporter jusqu'en bas par les âmes-nombres qui l'animaient, le couple de jumeaux mixtes qu'elle mit au monde en dernier lieu représente une totalisation de ces âmes-nombres ayant pris souche en son sein de la même manière que les jumeaux psychopompes de l'homme iront plus tard s'introduire dans le sein des femmes pour y être «attachés» par les époux de ces femmes. Alors que ce grand couple de jumeaux mixtes assurera la communication entre le monde d'en haut (d'où ils sont partis prendre naissance) et le monde d'en bas (où ils ont pris naissance), la multitude des autres couples de jumeaux assurera la communication entre le monde d'en bas (d'où ils partiront prendre naissance) et le monde visible (où ils prendront naissance). 34

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