Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

La Femme politique

De
109 pages

« FEMME si doit garder l’hôtel, le feu et les enfants, » disait la vieille coutume de Bretagne, et ce qui était vrai du temps de nos ancêtres est encore vrai aujourd’hui.

Dans notre fin de siècle qui marche à la vapeur et à l’électricité, les esprits surchauffés veulent le progrès partout, et, en face des résultats presque surnaturels que donne la science industrielle, il leur semble que tout doit être modifié dans des proportions aussi gigantesques.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Raoul Lajoye

La Femme politique

A MADAME HENRI PETTIT

 

Hommage affectueux de son frère.

 

2 octobre 1891.

R.L.

AUX FEMMES

CETTE modeste étude est destinée à la Femme : nous laisserons de côté tout ce qui pourrait faire croire à une érudition que nous n’avons pas, et nous nous contenterons d’exposer les faits dans leur simplicité, nous en rapportant au bon sens de nos lectrices.

Les femmes doivent-elles être appelées à s’occuper de politique ?

 

Toute la question est là.

 

A notre avis, les devoirs de la femme sont déjà bien assez grands sans qu’il soit utile de chercher à leur imposer de nouvelles charges.

 

Si le parti soi-disant progressiste l’emporte, la femme devra alors forcément opter entre la politique et la famille, faute de temps pour s’occuper de tout à la fois. Mais l’auteur connaît assez l’esprit féminin pour avoir la moindre crainte sur celte option, sachant bien que le choix est déjà fait dans le cœur de nos épouses et nos filles.

 

C’est donc avec toute confiance qu’il remet la cause entre leurs mains.

10 mars 1891.

I

« FEMME si doit garder l’hôtel, le feu et les enfants, » disait la vieille coutume de Bretagne, et ce qui était vrai du temps de nos ancêtres est encore vrai aujourd’hui.

Dans notre fin de siècle qui marche à la vapeur et à l’électricité, les esprits surchauffés veulent le progrès partout, et, en face des résultats presque surnaturels que donne la science industrielle, il leur semble que tout doit être modifié dans des proportions aussi gigantesques.

Les efforts d’un certain nombre de ces esprits tend notamment à donner à la femme un rôle supérieur et à la rendre l’égale de l’homme au point de vue public et politique comme au point de vue civil.

En ce qui touche les droits civils, rien de mieux, et des écrivains comme les Laboulaye, les Gide, ont été les premiers à prendre la défense de la femme, lorsqu’il ne s’agissait que de partager également la propriété ; la femme, tout aussi bien que l’homme, est capable de succéder, de gérer, de donner ses biens, alors surtout qu’elle est libre.

Mais la question prenant des proportions plus larges, si l’on arrive à examiner quelle peut être la capacité de la femme dans l’exercice des droits publics et politiques, ceux-là même, qui protégeaient la femme lorsqu’il fallait faire respecter ses droits civils, deviennent ses adversaires les plus sérieux quand on parle d’élever la femme aux fonctions et aux honneurs.

« La capacité des femmes pendant le moyen âge, dit Laboulaye, a été (sauf les privilèges du fief) à peu près ce qu’elle est aujourd’hui ; en d’autres termes, hormis le pays où la femme a été soumise à la tutelle agnatique, la capacité civile des femmes a été aussi étendue que celle des hommes ; mais on leur a refusé généralement cette autre capacité que j’ai nommée civique, et qui consiste à remplir certaines fonctions d’intérêt public, telles que celles de magistrat, de juge, d’officier de justice, de témoin, etc... »

Est-ce là une erreur ? Est-ce de la routine que de vouloir maintenir les vieux usages à cet égard ?

Dans l’antiquité, à Athènes, à Rome, et ensuite dans les nations du moyen âge, n’était-ce pas un tort de condamner la femme à rester la gardienne vigilante du foyer conjugal ? Le rôle de la femme actuellement ne doit-il pas grandir, et sa place n’est-elle pas indiquée près de l’homme, mais avec une autorité égale à celle de celui qui jusqu’à ce jour était son maître et son protecteur ?

C’est l’avis de ces esprits exaltés, et, de bonne foi, ils croient faire merveille en bouleversant les lois de la nature.

C’est en effet un véritable bouleversement : mais est-il possible en pratique ?

Non, toutes ces théories sur la capacité de la femme ne résisteraient pas à la pratique parce que la femme n’est pas faite pour commander.

Le commandement exige l’autorité, et l’autorité demande la force : c’est précisément la force qui manque à la femme, non seulement la force morale, mais surtout la force physique.