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Titre
La fille du légionnaire
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Titre Claire Ecsedy
La fille du légionnaire
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit 2008 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-00824-1 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304008241 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-00825-8 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304008258 (livre numérique)
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La fille du légionnaire
A tous ceux qui ont accroché leurs racines à la pointe de leur cœur, qu’ils viennent des quatre points cardinaux ou bien d’ailleurs.
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La fille du légionnaire
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La fille du légionnaire
PREMIÈRE ÉPOQUECOMME LEAU DE LAMÉKERRA
Il m’arrive souvent, sans raison consciente particulière, d’avoir des « flash-back » : images très fugitives qui jaillissent du fond de ma mé-moire, des abysses du souvenir. J’ai longtemps refusé d’y plonger car les eaux me semblaient beaucoup trop tumultueuses, les tempêtes avaient été tellement nombreuses, jusqu’à l’effondrement de l’Algérie en 1962 !… Et puis, je me suis rendu compte peu à peu, que ce tumulte s’apaisait en surface, tout au moins. Après ce rejet total des souvenirs, cette am-nésie volontaire qui a été le garde fou de mon équilibre, ils se sont mis à affluer. J’ai donc dé-cidé, cette fois, de les sélectionner en n’en gar-dant que les meilleurs même si parfois, il me faut lutter pour envoyer les autres par le fond ! De mère française, de père hongrois, je suis née en Algérie dans cette belle Oranie qui était, alors, un département français et qui constitue le décor inoubliable de mon enfance.
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La fille du légionnaire
Il y a les souvenirs qui se content mais aussi ceux qui symbolisent leur empreinte par une image, comme éclairée par un projecteur, se dé-tachant en noir et blanc, le plus souvent : mon premier fleuret face à un maître d’armes im-pressionnant, borgne et gaucher ; mes chaus-sons de satin rose dont je nouais les rubans avant d’entrer en scène, lors du gala du Conser-vatoire de Sidi-Bel-Abbès. Je revois aussi les sa-coches du vélo du bon Dr M. Vincent, débor-dant de nougats d’Espagne qu’il venait nous apporter à Noël ; la première page de « l’Echo d’Oran » quotidien que Louis, mon grand-père, vendait dans son magasin du faubourg Thiers ; ce journal qui a remplacé, pour moi, la méthode de lecture « Titi-Roro-Lulu » et qui m’a permis de savoir lire, avant l’âge, secret tacitement gar-dé par Louis et moi ! Les narines ont, elles aussi, une mémoire inouïe !… celle des odeurs de bois brûlant dans la cheminée, du grog que Louis faisait flamber les soirs de gros rhume, de l’huile de lin servant à entretenir les meubles en bois, celle de la naphtaline émanant des armoires de ma grand-mère Rosalie, ou encore de l’anis des couronnes de la Saint-Blaise ou des olives au fenouil . Tous ces souvenirs sont éclairés par ce soleil radieux qui, déjà dès l’aurore, illuminait un ciel à nul autre pareil.
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