La finance mondiale : tout va exploser

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La crise actuelle est « un tsunami comme on en voit un par siècle », a déclaré Alan Greenspan, le plus haut responsable du système économique mondial, reconnaissant qu’il y avait une « faille » qu’il n’avait pas bien mesurée.
Ce livre permet de comprendre ce qui vient de nous arriver et d’envisager lucidement ce que nous réserve l’avenir. Il explique les différentes bulles spéculatives dont l’éclatement provoque les crises financières successives. Il permet d’évaluer la façon dont l’économie réelle va être touchée par la crise de la déréglementation financière et de s’interroger sur les moyens d’en sortir.
Il décrit comment tout va exploser pour nous faire entrer dans la prophétie d’Aldous Huxley : Les classes moyennes vont disparaître, il restera les Alphas de l’argent et les Omégas de la misère.
Morad El Hattab a 34 ans. Conseiller-expert en stratégie géopolitique et financière, il est également écrivain et philosophe. Il a publié Chroniques d’un buveur de lune (Éditions Albin Michel). Il est le lauréat du Prix littéraire pour la Paix et la Tolérance.
Philippe Jumel a 64 ans. Professeur agrégé d’histoire, il est co-auteur de La Génération 68 au service de la mondialisation (Éditions David Reinharc).
Publié le : mercredi 2 septembre 2015
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EAN13 : 9782756109404
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Morad El Hattab et Philippe Jumel

La Finance mondiale : tout va exploser

 

Les cycles financiers spéculatifs : un modèle économique instable

 

La crise actuelle est « un tsunami comme on en voit un par siècle », a déclaré Alan Greenspan, le plus haut responsable du système économique mondial, reconnaissant qu’il y avait une « faille » qu’il n’avait pas bien mesurée.

 

Ce livre permet de comprendre ce qui vient de nous arriver et d’envisager lucidement ce que nous réserve l’avenir. Il explique les différentes bulles spéculatives dont l’éclatement provoque les crises financières successives. Il permet d’évaluer la façon dont l’économie réelle va être touchée par la crise de la déréglementation financière et de s’interroger sur les moyens d’en sortir.

 

Il décrit comment tout va exploser pour nous faire entrer dans la prophétie d’Aldous Huxley : Les classes moyennes vont disparaître, il restera les Alphas de l’argent et les Omégas de la misère.

 

Morad El Hattab a 34 ans. Conseiller-expert en stratégie géopolitique et financière, il est également écrivain et philosophe. Il a publié Chroniques d’un buveur de lune (Éditions Albin Michel). Il est le lauréat du Prix littéraire pour la Paix et la Tolérance.

Philippe Jumel a 64 ans. Professeur agrégé d’histoire, il est co-auteur de La Génération 68 au service de la mondialisation (Éditions David Reinharc).

 

EAN numérique : 978-2-7561-0940-4

 

EAN livre papier : 9782756101804

 

www.leoscheer.com

 
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© Éditions Léo Scheer, 2008

 

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MORAD EL HATTAB

PHILIPPE JUMEL

 

 

LA FINANCE MONDIALE :

TOUT VA EXPLOSER

 

 

Les cycles financiers spéculatifs : un modèle économique instable

 

 

Éditions Léo Scheer

 

« Quand la marée se sera retirée, on verra bien qui a nagé tout nu. »

Warren Buffet, créateur et directeur du fonds Berkshire Hataway.

INTRODUCTION

L’actuelle crise financière confirme le degré de mondialisation des marchés financiers.

 

Formellement apparue début août 2007, l’actuelle crise financière spéculative présente une multiplicité très originale de bulles financières gonflées par le crédit. Elles se liquident séparément dans un désendettement forcé, toutefois, chaque liquidation, donc chaque désendettement forcé atteint la même planète financière, et en particulier les mêmes acteurs principaux que sont les banques : « Tous n’en mouraient pas mais tous étaient atteints » (La Fontaine, Les Animaux malades de la peste).

 

Elle semble née à partir des problèmes du marché hypothécaire américain, mais elle se nourrit avec d’autres révélations. En Europe, plusieurs marchés hypothécaires s’annoncent encore plus spéculatifs, en Grande-Bretagne, en Irlande, mais surtout en Espagne, où lors de son apparition immanente, lorsqu’elle ne pourra plus être désespérément camouflée, la crise immobilière surgira tout simplement sauvage.

 

En dépit de ses apparences, l’actuelle crise financière est bien plus qu’immobilière, l’« inflation des actifs » (c’est-à-dire la hausse des prix des différents actifs tels l’immobilier, les entreprises, l’inflation de la valeur des créances se traduit mécaniquement par la baisse des taux d’intérêt) s’étend aux acquisitions d’entreprises, notamment par LBO (à crédit), au financement des hedge funds (fonds de spéculation) et au gonflement de marchés spéculatifs sans réglementation comme le marché des CDS (contrats d’assurance de crédit), que le vendeur peut transférer à un tiers à l’insu de l’acheteur.

 

Sur le marché des CDS les « risques de contrepartie » (l’absence de sûreté quand à la réalité de l’autre partie au contrat) semblent d’ailleurs être devenus la plus grande inquiétude de la Federal Reserve (Banque centrale des États-Unis).

 

La crise financière est aussi une crise des instruments de crédit : pour se refinancer hors bilan les banques ont créé des fonds (conduits, SIV) dont une partie s’est changée en « zombies financiers » dont la valeur des actifs (c’est-à-dire de leurs investissements, souvent des créances) est au mieux fortement dépréciée et au pire impossible à évaluer, et dont l’autre est revenue se financer à partir des bilans des banques (lorsqu’elles ont été obligées de reprendre dans leurs bilans les SIV et autres conduits).

La « titrisation » des prêts bancaires est devenue la grande innovation pour le refinancement des investissements des banques. Des marchés ont été ainsi créés pour apporter aux investisseurs des titres de crédit bancaire.

Comme on n’arrête pas le progrès, les nouveaux sorciers de la finance ont créé des paniers complexes de créances (les CDO et les CLO sont les plus célèbres), notés AAA avec la complicité active des agences de notation, qui y ont perdu leur crédibilité.

Les investisseurs ont perdu confiance, il en a résulté une fuite vers la qualité, c’est-à-dire vers les bons du Trésor des États jugés sérieux (y compris la France, n’en déplaise à la Commission de l’Union européenne). Aussi, au fur et à mesure de leur échéance, les titres émis par les banques ne peuvent se renouveler, elles doivent alors les refinancer sur leurs bilans.

 

Les différents crédits spéculatifs ont été accordés dans un contexte d’argent abondant et bon marché. Comme les banques se battaient pour prêter, et pour surperformer le marché, elles ont réduit les marges de risque de 700 à 1 000 points (7 à 10 %) à 240 points (2,4 %).

Ces marges de risques se définissent à partir de la différence entre le taux d’intérêt du prêt risqué, et le taux d’intérêt des bons du Trésor (souvent américain) à 10 ans. Ces marges se mesurent en points : 1 point égale 0,01 %.

La crise de crédit reconstitue les marges à plus de 700 points, la hausse des taux d’intérêt qui en résulte déprime de façon mécanique la valeur des crédits à risque.

 

Au début les financiers n’ont pas accepté l’ampleur de la crise, il a fallu attendre « l’affaire Bear Stearns », entre les 13 et 17 mars 2008, pour que l’ampleur des pertes possibles soit enfin admise, mais alors on a cru la crise passée.

Or la crise ne passe pas, les interventions de la Federal Reserve et de la Banque d’Angleterre devaient être de courte durée, toutefois les banques sont hors d’état de s’en passer. D’ailleurs, le 8 juillet 2008, le président de la Federal Reserve, Ben Bernanke a décidé de porter au-delà de septembre 2008 la « Term Auction Facility » (les crédits à 28 jours aux banques de dépôt en échange de titres de crédit, même privés, pour un montant maximum de 200 milliards de $, 150 milliards de $ effectivement engagés) et la Primary Dealer Credit Facility (prise en pension au jour le jour d’actifs de 20 banques d’investissement en échange de bons du Trésor).

Jointes aux exigences de capitalisation en fonds propres de la Banque des règlements internationaux (Bâle I et Bâle II), les normes comptables FAS 157 (États-Unis) et IASB 39 (Union européenne) aggravent les situations comptables des banques et les forcent à se recapitaliser sur un marché où les capitaux sont rares et chers.

Elles y sont à peu près parvenues jusqu’en juin 2008, mais leurs recapitalisations futures car nécessaires semblent désormais promises à des succès au mieux aléatoires.

Si les normes comptables forcent l’enregistrement des pertes (surtout aux États-Unis ou la loi Sarbanes-Oxley rend les commissaires aux comptes pénalement responsables des comptes qu’ils certifient), les problèmes des systèmes bancaires restent dus moins aux pertes elles-mêmes qu’à la nécessité de progressivement refinancer sur leurs bilans les actifs titrisés qu’elles ne peuvent pas renouveler sur le marché lorsque ces titres arrivent à échéance.

Le refinancement des banques semble, à partir de l’été 2008, devenir de plus en plus aléatoire, les dépréciations d’actifs ne couvrent vraisemblablement pas toutes les pertes, de nouvelles dépréciations vont donc se révéler. Les investisseurs qui ont déjà participé à la recapitalisation des banques ont tous fortement perdu, et pour certains, voire beaucoup, trouver de nouveaux investisseurs devient alors bien plus difficile, la crise financière n’est donc pas passée, la vraie crise va se révéler peut-être à partir de la torpeur de l’été, plus sûrement entre les ides de septembre et la fin 2008.

En effet les banques sont obligées de refinancer les titres de crédit lorsqu’ils arrivent à échéance car sur le marché les investisseurs institutionnels ne veulent plus les renouveler et la recapitalisation des banques est, depuis juin 2008, devenue aléatoire. Prises entre l’obligation de refinancer des actifs dont le marché ne veut plus, et l’impossibilité de trouver de nouveaux capitaux, les banques sont donc contraintes de limiter leur volume de crédit.

 

Or les banques ont très souvent prêté nettement plus que leur dépôt, elles se sont largement financées par des émissions de titres composés des crédits consentis par les banques, or ces titres ont une échéance de trois à cinq ans (plutôt trois ans pour les titres émis en 2006-2007), les crédits inclus dans ces titres ont souvent des échéances plus lointaines que les titres qui ont été émis sur le marché, ces échéances deviennent dangereusement proches, les investisseurs institutionnels ne veulent pas renouveler ces titres et les banques ne peuvent plus se recapitaliser car personne ne veut souscrire à l’achat d’actions de banques…

 

Les capacités de crédit des systèmes bancaires ne peuvent alors que s’éroder, de financière, la crise devient réelle, partout les récessions s’installent.

La spéculation cherche néanmoins de nouveaux horizons, en particulier les matières premières. Même si les hausses récentes sont dues à des déséquilibres plus futurs que présents sur les marchés, les spéculateurs aggravent ces déséquilibres, car pour en mieux profiter, ils vont dans le sens des marchés.

Les hausses des prix agricoles et surtout du pétrole entraînent de fortes hausses de coût de production en particulier pour les transports et les engrais.

La hausse du coût de la vie entraîne les revendications salariales, le spectre de la « stagflation » (STAGnation plus inFLATION) rôde alors.

 

Les États ont abandonné jusqu’à l’idée même de politique économique, elle est d’ailleurs interdite par le droit de l’Union européenne fondé sur la concurrence libre et non faussée, la liberté absolue de la circulation mondiale des capitaux et l’interdiction des interventions des États.

Les banques centrales doivent donc agir seules, avec une dure problématique : quelle ampleur doivent atteindre les récessions pour éviter la stagflation ? Le retour à une dépression semblable aux dépressions américaine et allemande des années 1930 ne se produira pas, en revanche la dépression française des années 1930 pourrait bien se reproduire…

 

À vrai dire depuis la faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, même l’administration Bush a compris la nécessité, face à la crise financière devenue aiguë de faire intervenir l’État fédéral. Mais le « plan Paulson » de rachat de 700 milliards de $ de créances toxiques s’étant révélé un plan de sauvetage deWall Street à un moment où, révulsée par les stock-options et les « parachutes dorés » l’opinion publique américaine exige la condamnation par la justice des financiers responsables de l’actuelle crise financière spéculative, ce plan a été rejeté par la Chambre des représentants, dont la réélection est prévue au début de novembre 2008.

 

Si certains États européens commencent à s’inquiéter, l’Union européenne reste totalement indifférente.

 

En vérité, la crise spéculative financière va au-delà d’une simple crise économique, c’est une crise de la déréglementation, alors que l’Union européenne, fondée sur la concurrence libre et non faussée, sur l’absolue liberté d’établissement des capitaux, sur l’interdiction d’intervention des États dans l’économie, nous conduit à un capitalisme sans État, dans lequel la sphère publique se réduit à l’espace du pouvoir judiciaire, le capitalisme est devenu un mutant : le capitalisme de la cupidité déréglementée… La crise est donc en réalité une très grave crise de société.

Les grands cycles économiques

Outre-Atlantique et outre-Manche, les journalistes économiques, en particulier au Financial Times, au Wall Street Journal et à l’Herald Tribune, ont établi des comparaisons avec des crises financières passées – 1987, 1997-1998, 2001 – et même parfois anciennes telles 1857 et 1907.

 

L’actuelle crise financière spéculative répète, en effet, le déroulement classique des cycles financiers spéculatifs avec les phases successives de la cupidité et de la peur. Elle devient aussi un révélateur de l’importance du rôle des banques centrales et peut-être, en creux, du rôle de l’intervention éventuelle des États. Trois types de cycles économiques ont été établis :

 

– Les cycles longs, dits de Kondratiev, caractérisés à la fois par des périodes de croissance longues, à partir de la diffusion de nouvelles technologies, puis, à partir d’une concurrence par les prix entre les producteurs des technologies existantes, par des périodes de dépression.

 

– Décrits dès 1860 par Clément Juglar, et donc, parfois appelés cycles de Juglar, les cycles financiers spéculatifs.

 

– Les cycles courts, dits de Kitchin, ils correspondent surtout à des périodes de stockage puis de déstockage par les entreprises.

 

Depuis le XIXe siècle, les sommets des cycles de Juglar, c’est-à-dire les points de retournement qui correspondent au passage de la période de la cupidité à la période de la peur, semblent les suivants :

 

1825, 1837-1847, 1866, 1873, 1882-1883, 1890, 1900, 1907, 1920, 1929.

 

Ils semblent disparaître pendant les Trente Glorieuses, récemment les maxima apparaissent en 1987, 1991-1997-1998, 2001 et 2007-2008.

 

L’écart entre les maxima, donc entre les points de retournement, semblait varier autrefois de 7 à 10 ans, il semble se réduire à une fourchette de 4 à 6 ans, ce qui indiquerait une évolution vers un système financier de plus en plus spéculatif.

Les deux phases des cycles de Juglar : la peur et la cupidité

Comme les autres crises financières spéculatives qui l’ont précédée, l’actuelle crise financière spéculative correspond, sous l’effet de la panique, à la liquidation d’une bulle spéculative gonflée par la cupidité.

 

L’argent, et surtout ceux qui le possèdent, obéissent régulièrement à deux pulsions contraires.

 

La cupidité, qui pousse à toujours vouloir plus de gains, quitte à en accepter, puis simplement à en oublier les risques.

 

La peur de perdre son capital, qui pousse à fuir tous les risques pour se réfugier dans les placements jugés les plus sûrs, surtout les plus liquides, quelques faibles qu’en soient les rendements.

 

La cupidité gonfle la bulle, et souvent à crédit.

 

La bulle boursière est sans doute le modèle le plus simple de la formation d’une bulle financière, il correspond notamment à la crise de 1907, à la spéculation de 1927-1929, puis à la bulle Internet de 2001.

Les bulles financières sont appelées à Wall Street des « marchés de taureaux » (bulls’ market), taureau dont une statue de bronze trône à l’entrée du marché des valeurs, les liquidations des bulles boursières sont appelées « marchés d’ours » (bears’ market), les baisses, parfois longues (jusqu’à 33 mois après octobre 1929), sont souvent entrecoupées de hausses appelées « rebonds de l’ours » (bears’ rally), ou « danse du chat mort » (dead cat’s dance), elles sont très dangereuses pour les spéculateurs « taureaux », car ils s’y laissent prendre avant d’être emportés au fond par la vague « ours ». L’une d’entre elles, au printemps 1930, fut même surnommée le suckers’ rally (la charge des pigeons)…

LES TROIS BULLES BOURSIÈRES :

1907, 1929 ET LA BULLE INTERNET

La crise de 1907

La crise financière spéculative de 1907 constitue, avec la crise de 1929, l’une des deux crises boursières du XXe siècle. Elle a fait l’objet de quelques articles très récents pour mieux comprendre, par analogie historique, l’actuelle crise de 2007. À vrai dire, elle est beaucoup moins complexe.

Le détonateur de la crise de 1907 semble avoir été le suicide de Charles Barney évincé de la présidence de la Knickerbocker Trust Company pour avoir échoué dans une tentative de piège financier (un corner) contre la United Copper Company, lors de spéculations sur le cuivre.

Le piège financier consiste à piéger un spéculateur : l’entreprise ou la monnaie attaquées, le sont par des ventes à découvert, le vendeur vend en effet « à terme » (en pratique à un délai d’un mois) des actions ou des devises qu’il n’a pas, il est simplement tenu de les livrer dans le délai défini par le terme et il prévoit de les acheter moins cher pendant la durée du terme. La proie attaquée, l’entreprise ou, dans le cas d’une devise, l’État, peut entretemps acquérir le maximum d’actions ou de devises le moins cher possible pour assécher l’offre d’actions ou de devises sur le marché. Cela s’appelle placer le spéculateur dans un corner. Contraint de livrer à échéance, le spéculateur est obligé d’acheter plus cher puisque l’offre sur le marché aura été asséchée.

À ce moment les prix des actions avaient beaucoup monté, de l’ordre de 17,54 % par an sur une durée de 14 mois, à la suite d’achats massifs par des spéculateurs financés par du crédit à court terme.

Le marché des actions de New York correspondait donc à une bulle boursière financée par le crédit à court terme.

Devant le risque d’insolvabilité des spéculateurs à la Bourse, les crédits à court terme ne sont pas renouvelés, et les spéculateurs sont contraints de brader leurs actions sur un marché soudain sans acheteurs.

Devant la fermeture de l’accès aux liquidités les sociétés de gestion (brokers) qui empruntaient à court terme aux banques pour prêter plus cher aux spéculateurs deviennent insolvables ; elles ne peuvent plus rembourser les banques, puisque leurs propres emprunteurs, les spéculateurs, sont devenus insolvables. La majorité des brokers de Wall Street risquaient donc la faillite. Le président de la National City Bank de New York, James Stillman, avait pressenti la crise.

« Si par une gouvernance judicieuse et capable nous conservons les fonds pour soutenir nos brokers lorsque les sociétés de prêts auront fait faillite, nous ferons toutes les affaires que nous voudrons pour les années à venir. »

Les clients de la National City Bank furent ainsi sauvés.

Selon la légende financière dorée (il est tout à fait normal qu’elle soit dorée), l’intervention du plus grand banquier de New York mit fin à la crise financière de 1907.

Devant la crise, le plus puissant banquier de New York, J.P. Morgan, réunit les autres banques de la place. Comme les banquiers se plaignaient d’avoir prêté jusqu’au cou et au-delà des limites légales, Morgan riposta : « Engagez vos réserves, c’est pour cela qu’elles existent. » 25 millions de $ furent engagés sur le marchés. J.P. Morgan devint donc ainsi le prêteur en dernier ressort de la place de New York.

La réalité fut cependant différente. Outre les réserves des banques américaines, 36 millions de $ furent empruntés à Londres en or. Cependant, la crise s’étendit à Londres au-delà des possibilités de la Banque d’Angleterre.

La Banque de France devint alors, (comme d’ailleurs en 1890 à la suite de la crise de la Baring Brothers devant la faillite de l’État fédéral argentin) le vrai prêteur en dernier ressort de la mondialisation d’avant 1914.

La Banque de France prit des traites anglaises à l’escompte et prêta en monnaie américaine l’équivalent de 80 millions de francs (soit 16 millions de $).

Cette crise marque la fin de la domination de la Banque d’Angleterre. La place de New York comprend désormais le besoin d’un vrai prêteur en dernier ressort : une Commission monétaire nationale américaine est crée. Ses rapports sont à l’origine de la création en 1913, de la Banque centrale des États-Unis, sous le nom de Federal Reserve.

Si les évènements décrits furent brutaux, la crise boursière fut assez longue, avec une baisse globale de 37,69 % de septembre 1906 à mai 1907.

La crise de 1929

La crise de 1929 a d’abord été une crise boursière, mais les économistes libéraux lui ont attribué deux autres causes : une crise agricole, et l’effondrement du commerce international.

Il est vrai qu’après leur chute en 1921, les prix agricoles ne sont pas revenus aux prix de 1920. Après une remontée de 1921 à 1924, ils baissent de nouveau de 11 % de 1925 à 1927, mais remontent de 6,5 % en 1928, pour rester stables en 1929. Ils tombent en chute libre de 1930 à 1933 (-55 %), donc visiblement après la crise boursière.

La crise ne s’étend à l’agriculture qu’à partir de 1930 : une forte baisse des prix ne permet plus aux exploitants agricoles de payer les emprunts hypothécaires, la saisie des propriétés par les banques ne leur apporte pas les liquidités désespérément nécessaires, car les propriétés sont devenues elles-mêmes invendables.

L’implosion de la valeur de ces créances bancaires pousse progressivement vers la faillite 744 banques pendant les 10 premiers mois de 1930, puis à la fin 1930, 9 000 banques des 24 000 banques américaines d’alors.

De même, l’effondrement du commerce international ne débute qu’à la fin de l’année 1929, même si sa croissance s’était ralentie à partir de 1928, la première loi protectionniste, la célèbre loi Smoot-Hawley, est signée seulement le 17 juin 1930 par le président Hoover. Enfin, en 1929, la conjoncture des entreprises industrielles est bonne. La production industrielle progresse rapidement : de l’indice 161 en 1926, elle baisse à 159 en 1927, se reprend à 166 en 1928, puis à 178 en 1929.

 

La crise de 1929 a donc bien été une crise de liquidation d’une bulle boursière financée à crédit.

 

Au cours des années 1920, l’économie américaine connaît un « Kondratiev ascendant », c’est-à-dire une croissance rapide suscitée par la diffusion de nombreuses innovations technologiques dans les domaines de l’électricité, de l’automobile, des télécommunications, de la radio, de l’aviation. De grands groupes intégrés apparaissent et se développent rapidement, avec un recours massif à l’endettement pour doper leur croissance sur un effet de levier, tandis que se créent des start-up fondées sur l’innovation technologique et financées par le crédit. Le marché boursier anticipe alors la croissance, surtout celle des profits futurs.

(L’« effet de levier » est créé à partir de la différence entre les rendements des investissements et les coûts des emprunts, en théorie plus l’entreprise emprunte plus elle accroît « l’effet de levier », mais les bénéfices peuvent s’évaporer, les dettes, elles, restent.)

À partir de mars 1926, les anticipations des spéculateurs dépassent les possibilités puis la raison. Les cours des actions à Wall Street croissent en moyenne de 33,19 % par an, soit beaucoup plus vite que les bénéfices des entreprises correspondantes. La spéculation est alimentée par des prêts à court terme, en 1928 et en 1929 jusqu’au 24 octobre les cours des actions doublent.

 

Les brokers (courtiers) prêtent à leurs clients une part élevée du montant des titres qui constituent la garantie des prêts, à un taux d’intérêt de 12 à 15 % à très court terme (souvent le mois), ils empruntent aux banques aux mêmes termes à 2 ou 3 % de moins que leurs propres prêts.

 

Les banques se refinancent en très grande partie sur les dépôts à vue, qui à l’époque, aux États-Unis, non seulement n’étaient pas rémunérés, mais étaient payants. Elles pouvaient aussi recourir à des prêts interbancaires à un taux de l’ordre de 5 %.

 

L’évolution des montants des call loans (prêts à court terme) par les brokers, montre l’ampleur de spéculation et le gonflement de la bulle :

 

1923

1,0 milliards de $

1924

1,5 milliards de $

Fin 1927

3,5 milliards de $

01-06-1928

5,0 milliards de $

01-11-1928

6,0 milliards de $

01-10-1929

7,0 milliards de $

Les call loans sont un peu les ancêtres des « obligations pourries » et autres subprimes à l’origine de la crise de 2007. En 1929, 80 % des acquisitions d’actions furent financées par le crédit…

 

La spéculation semble avoir été dopée par des sociétés de portefeuille d’actions et d’obligations, les investment trust et les holding company.

Souvent crées par des banques d’affaires, il s’agissait de structures hors du bilan des banques. Faiblement capitalisées, elles finançaient leurs placements spéculatifs en actions par des souscriptions de personnes physiques ou morales, elles-mêmes financées par des crédits garantis par les parts de l’investment trust ou de la holding company.

 

Ces souscriptions constituaient les capitaux propres des investment trust, et des holding companies lesquelles empruntaient aussi aux banques à très court terme par des call loans à des taux de l’ordre de 12 %.

 

Ces structures étaient d’ailleurs pyramidales : un investment trust « sponsorisait » un autre investment trust, lequel en « sponsorisait » un troisième. Ainsi, chaque investment trust pouvait capitaliser son « clone » avec des fonds qui ne correspondaient pas à des capitaux propres. Le système pyramidal était d’ailleurs complété par un ensemble de participations croisées entre les investment trusts, d’où un risque évident de contagion en cas de difficulté de financement d’un des investment trusts.

Lorsqu’un investment trust crée un autre investment trust, il le dote d’un capital, mais les investment trusts étaient très lourdement endettés, donc les capitaux des investment trust ainsi capitalisés étaient en fait financés par de l’emprunt. De même les participations croisées entre deux investment trusts correspondaient théoriquement à des capitaux propres, mais comme chaque investment trust était lourdement endetté, ces capitaux propres provenaient en fait de l’emprunt.

Ces structures pyramidales recouvraient donc des investment trust dont les capitaux propres étaient en fait financés par de l’emprunt.

Ces structures de financement ont été plus tard réappropriées par Enron (célèbre scandale financier).

 

La bulle boursière de 1929 a donc été financée par de véritables chaînes de crédits, venus, directement ou indirectement des banques, parfois après transformation comptable en capitaux propres…

Les investment trusts et les holding companies sont donc quelque peu les ancêtres des actuelles SIV, ou autres conduits (SICAV, OPCVM, FCP) des banques en 2007…

 
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