La folie au naturel

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Il s'agit ici de remettre à jour la fondation occulté du Premier Colloque de Bonneval. Celui où fut posé, en 1942, la nécessité d'élaborer une Histoire naturelle de la folie inséparable d'une conception forte de la Liberté, en un temps où celle-ci était bafouée, et où les malades internés vivaient une détresse amplifiée. Autour d'Henry EY, une poignée de soignants soutenait publiquement l'exigence du retour à une prise en charge humaniste et à une théorie restaurant une vision globale des troubles psychiatriques qui rétablisse la prise en considération de la Personne.
Publié le : dimanche 1 janvier 2006
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EAN13 : 9782296425163
Nombre de pages : 142
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LA FOLIE AU NATUREL

Psychanalyse et Civilisations Série Trouvailles et Retrouvailles dirigée par Jacques Chazaud
Renouer avec les grandes œuvres, les grands thèmes, les grands moments, les grands débats de la Psychopathologie, de la Psychologie, de la Psychanalyse, telle est la finalité de cette série qui entend maintenir l'exigence de préserver, dans ces provinces de la Culture et des Sciences Humaines, la trace des origines. Mais place sera également donnée à des Essais montrant, dans leur perspective historique, l'impact d'ouverture et le potentiel de développement des grandes doctrines qui, pour faire date, continuent de nous faire signe et nous donnent la ressource nécessaire pour affronter les problèmes présents et à venir. Déjà parus Unica Zürn et l'homme jasmin, J.-C. MARCEAU, 2005. La médecine psychologique, P. JANET, 2005. Le déchiffrement de l'inconscient, H. EY, 2005. L'évolution psychologique de la personnalité, P. JANET, 2005. Ey-Lacan du dialogue au débat ou I 'homme en question, M. CHARLES, 2004. La spiritualité en perspectives, J. CHAZAUD (sous la dir.), 2004. Psychanalyse des psychonévroses et des troubles de la sexualité, S. NACHT, 2004. Humeur, passion, pulsions, J. GILLIDERT, 2004. Les hallucinations, J. LHERMITTE, 2004. Essai sur le syndrome psychologique de la catatonie, H. ELLENBERGER, 2004. La notion d'ambivalence, J. BOUTONIER, 2004. Lesfolies à éclipse, Maurice LEGRAIN, 2003. Bourneville, la médecine mentale et l'enfance, J.GATEAUXMENNECIER, 2003. Traversesfreudiennes, J. CHAZAUD, 2003. L'acte manqué paranoïaque, D. DEVRESSE, 2003. Cas atypiques, Corps marqués par délires et chiffres, David MALDA VSKY , 2003. Les constitutions psychiques, R. ALLENDY, 2002. La psycho-analyse, E. REGIS et A. HESNARD, 2002.

Jacques CHAZAUD et Lucien BONNAFÉ

LA FOLIE AU NATUREL
Le premier Colloque de Bonneval comme moment décisif de l 'Histoire de la Psychiatrie

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Espace L'Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa

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(Ç) L'Harmattan, 2005

ISBN: 2-7475-9836-5 EAN: 9782747598361

AVANT PROPOS
(OU: LORSQUE DES DEUX L'UN, DESORMAIS, MANQUE)

Lucien Bonnafé, l'un des « compères» de ce livre, nous a quitté le 16 mars 2003. Il y avait longtemps que, collaborateur et ami de Sven Follin, j'avais fait la connaissance de cet intarissable « causeur ». Causeur de discours nécessairement interminables (Ah!, cette séance oecuménique en Avignon où, Président d'un Jour, donc Président de Toujours, j'essayais vainement de lui rappeler qu'il disposait de dix minutes, et non de l'heure et demie pendant laquelle il nous exposa sa passion « poiètique » de la psychiatrie). Causeur de réformes et, identiquement, causeur de « troubles» au temps où les « Médecins-enChef» des Hôpitaux psychiatriques avaient encore un poids de parole et d'action dont devaient tenir compte les Administratifs non déjà totalement technocratisés. Pourquoi n'avouerai-je pas, ici, que je me suis parfois opposé à ses choix « tactiques », tout en étant foncièrement d'accord avec lui sur les buts à atteindre; ceux qu'il avait réunis sous l'invocation si évocatrice et propulsive, véritable parole mise en «acte» bien plus qu'« acte de parole », du Désaliénisme ? Fin mai 99, nous avons décidé de publier ensemble, après que je l'eus sollicité, un travail sur notre Maître commun Henri EY. Lucien, comme toujours, avait été enthousiasmé que je lui propose un « retour» à L'Histoire oubliée des Premières Journées de Bonneval où, par sa présence, il pouvait faire figure de Grand Témoin.

Enthousiasmé pour ainsi dire doublement. D'abord parce qu'il admirait le « Grand Aîné» en qui il recon-naissait, sans adhérer en tout à sa doctrine, un Héros de la Pensée avec qui il avait pu développer une « amitié fraternelle» parce que, comme il me le disait humoristiquement en privé: «Ey était quelqu'un de fréquentable »... Mais surtout, parce que, sous la botte, Ey avait mis au programme une Histoire Naturelle de la Folie, inséparable d'une conception forte de la Liberté, au temps où celle-ci était bafouée. Ey (connecté avec les réseaux Sylvia Montfort et autres, puis médecin combattant de la poche de Royan) et, de son côté, Lucien (qui devint Commandant des services de Santé réunis des F.F.I. et des F.F.L.) pour la Zone Sud) devinrent des résistants; comme je le fus, ailleurs, dans les limites de ma toute jeune adolescence. Mais Ey et Lucien avaient des vues plus larges que celles d'un gamin. Ils ne faisaient pas que combattre l'occupant, mais pensaient, devant la folie du monde, à ce que devrait être une entreprise de libération de l'aliénation que représentait la folie du Sujet, sans confondre celle-ci avec les autres modalités catégorielles de perte de la Liberté. Plus tard, pour être communiste, Lucien n'en resta «pas moins» (je pense qu'il aurait apprécié cette formule.. .) marxiste, donc humaniste, et respectueux des niveaux d'analyse dans leurs spécificités mesurées aux sauts qualitatifs. Il était trop poète pour être réductionniste. Ses convictions participaient d'un militantisme aussi actif que non sectaire. Lucien, et bien d'autres l'ont déjà dit et redit, était sans cesse débordé par son verbe dont les grandes marées quichottesques balayaient au passage tout conformisme de toute obédience, même celui de ses amis de Parti... Effet du Signifiant? Bonnafé ne demandait pas que l'on partageât ses convictions idéologiques pour accorder sa cordialité à qui il jugeait de « bonne foi» dans sa pratique 8

et son éthique soignantes. J'ai eu ce privilège qu'il me considérât de « Bonna Fé» dans ma besogne et mes discours. Passons... Toujours est-il que L'Information Psychiatrique (dont j'avais été pendant près de vingt ans le Secrétaire) a sollicité qu'on lui réserve la primeur des propos historiques que j'avais prémédités en demandant à Lucien d'en être le garant, restituant et resituant, par sa Présence revivifiante, l'ambiance des évé-nements concrets, mais aussi reflétant les discussions évoquées lors des Premières Journées de Bonneval de 1942. Situation d'exception où les souvenirs de l'un se confrontaient aux suppositions de l'autre pour constater leur improbable et cependant réel accord... Nous fûmes tous deux satisfaits de cet exercice qui remettait à jour une fondation enfouie sous la flamboyante architecture de l'édifice bâti par la vie de labeur de notre Maître. Travail d'archéologues où la mémoire de l'un soutenait les fouilles de l'autre! Après bien des échanges verbaux, nombre lettres (illustrées de petits dessins) et coups de fil, nous nous partageâmes l'écriture de ce que nous rêvions déjà de voir devenir un livre. Car un livre dépasse, dans son adresse, son cadre d'origine (ici celui, donc, d'un journal qu'Ey avait bien connu) et doit pouvoir trouver un lectorat de plus grande extension, comme en témoigne la vivacité et le succès des Cahiers qui sont l'organe de L'Association pour la Fondation Henri Ey, aux adhérents pluridisciplinaires et internationaux. Marqués par 1'héritage psychopathologique exceptionnel du Maître, Lucien et moi pensions, et je continue à penser, que les élèves en psychiatrie pourraient trouver dans les indications fondamentales d'EY un rempart contre l'affadissement convenu de la Clinique. L'Ontologie et la Métaphysique elle-même ont à gagner, plus loin que la mutation théorico-épistémologique de 9

notre discipline, à saisir sur le vif une grande Pensée anthropologique et phénoménologique, en suivant la longue marche de son élaboration dans une atmosphère de confron-tations accueillantes ou d'accueil des confrontations. Voilà ce que des Philosophes, des Historiens, des Sociologues et même des Théologiens, ont désormais compris qui se montrent avides de compulser les Archives de Perpignan, rassemblées par le travail herculéen de R.M. Palem, et classées avec la collaboration érudite de la Conservatrice du lieu: Michelle Ros. Les Cercles d'étude Henri EY existent désormais de Louvain à Nancy, de Tokyo ou Miyasaki à Paris, de Londres à Mexico ou Montevideo Des curiosités nordaméricaines se font jour pour une pensée

fondateur de l'Organisation Mondiale de Psychiatrie longtemps considérée (bien que traduite partiel-lement en Anglais, et même dans ['American Journal of Psychiatry) comme inaccessible aux «carpetbaggers» moyens de la pratique «opérante» des troubles des conduites... C'est bien parti. Raison de plus pour revenir à la source! Sous les noms de Bonnafé et du mien, on retrouvera ici, pour l'essentiel, sous une présentation quelque peu différente, avec les corrections de détails et les modifications de dis-tribution et de fonne qui à mon sens s'imposaient, les textes d'abord parus dans
L'Information Psychiatrique

-

celle du

-

issus

de nos

échanges

autour de ceux de notre Maître. Bien évidemment, je n'ai strictement rien changé au contenu des contributions de Lucien qui restent telles qu'il me les avait adressées.
JACQUES CHAZAUD Vice-président de l'Association pour la Fondation Henri EY, Membre de l'Académie des Sciences de New York.

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PRÉFACE

Selon la formule définitive de Maurice MerleauPont y, philosophe intime d'Henri Ey, on entend par Institution certains événements qui ne sont pas évoqués à titre de survivances ou de résidus, mais comme faisant appel à une suite ou, plus exactement, à une exigence d'avenir. C'est en ce sens précis que les Journées, puis Colloques de Bonneval font figure d'Institution en leur succession échelonnée sur deux décennies. Ils furent, chacun dans leur teneur propre, des moments de rupture, de réflexion, d'élaboration, d'ouverture. Ils furent tous des « convocations» à pratiquer une refondation théorique et appliquée en psychiatrie. Ceci se passait en des temps où l'on savait encore « disputer» et où les consensus mous n'avaient pas encore pris le pas sur les « pluralismes convergents» qui trouvaient leur lieu de rencontre dans le Pontificium de l'Œuvre et de l'Action d'Henri Ey. Rien d'étonnant donc à ce qu'une telle Institution fasse toujours, plus que référence, recours face aux opérationnalismes, nouveaux scientismes et réductionnismes (y compris budgétaro-économiques) de notre temps. Cela dit, il est nécessaire de préciser que le but de ce petit mémorial est très ponctuel. Il est bien proposé au lecteur dans une perspective qui est celle de l'Histoire, celle de la psychiatrie et donc (honni soit qui mal y pense, s'il est soignant) de la médecine. Il concerne l'organisation autour d'Henri Ey de Journées thématiquement choisies par lui. Et ce n'est pas «petite» histoire que l'Abbaye de

Bonneval fut, pour la psychopathologie, résidence « papale », comme on disait à l'époque (cette métaphore pontificale étant façon d'honorer, cum grano salis, une place exceptionnelle et une fonction symbolique). Même si les Encycliques (Encyclopédie Médico-chirurgicale, Etudes, Communications, etc.) et l'Enseignement furent le plus souvent reçus entre l'Amphithéâtre Magnan (lieu de consécration du Médicat des Hôpitaux Psychiatriques, au temps des examens mandarinaux d'avant la Révolution Culturelle) et la bibliothèque du Centre Sainte-Anne désormais Bibliothèque Henri Ey - non loin cependant de la Chapelle (où fut longtemps éprouvée la vocation des postulants à l'Internat en médecine des Hôpitaux Psychiatriques de la Seine), avec retour à Magnan, pour les tenues œcuméniques des soirées de la Société de L'Évolution Psychiatrique. Mais les Grands Conciles siégeaient en pays beauceron dans le cloître SaintFlorentin, Ils s'arrêtèrent après que le Maître se fut retiré dans sa résidence d'été, et lieu de naissance, à Banyuls dels Aspres, en terre catalane. Fausse sortie, puisque Henri Ey continua d'y prêcher, en faisant de nouveaux convertis, les exigences d'une Epistémologie et d'une Anthropologie garantes de la psychiatrie. Jusqu'à sa mort, il poursuivit la transmission de la Pratique Clinique en persistant, inlassablement, à rappeler que le symptôme, qui fait appel, ne peut être pensé que selon les structures et déstructurations architectoniques qu'il exprime. Car le Maître n'était pas sans pressentir le risque d'une dérive sémiologique où tout deviendrait étale dans un Distribu-tionnalisme Stupidement Médiocrisé (D.S.M.). Ce n'était certainement pas pour aboutir à cela qu'il s'était voulu l'Inspirateur et l'Organisateur Universel du Premier Congrès Mondial de Psychiatrie en Sorbonne; mais pour affirmer, au-delà de la dispersion des Nations, l'Unité 14

essentielle du Sujet de la Psychopathologie... Cela ne fait pas révélation! Ce qui est par contre intriguant, et soutient la présente publication, c'est que sur ce qui fit Institution et le demeure pour des générations de psychiatres qui ont fait ou font le parcours, en temps réel ou en filiations, il n'existe rien dans les textes de quelque peu étoffé sur son origine. Les Journées de Bonneval, les premières en date: celles de 1942, n'ont fait l'objet, jusqu'à présent, que d'une fort discrète édition « hors commerce », en 1943... ! Comme il ne s'agissait pas moins que de l'Esquisse du plan de l'Histoire Naturelle de la Foliel il paraissait très nécessaire de la rendre publique et accessible. Ceci, bien entendu, avec l'assentiment amical de la regrettée Renée Ey. C'est donc cette Esquisse qu'on trouvera ici commentée à partir d'un dialogue noué entre ses deux présentateurs. Elle est précédée d'un « Mémorandum» qui cherche à situer le texte dans son contexte, qui n'avait rien de banal, puisqu'il exigeait des âmes bien nées qu'elles traduisent leur « occupation» par la mise en œuvre de la résistance de l'Esprit contre les crimes alors perpétrés par l'entreprise de déshumanisation qui écrasait, avec les vies, les libertés. Mais cette introduction propose aussi, le contexte rappelé, une analyse du contenu du texte; tant « en soi» que dans ses relations avec les travaux surtout antérieurs de celui qui n'était pas tout à fait un inconnu lorsqu'il fut, sans concertation ni contestation, « reconnu» comme le premier parmi ses pairs. Après L'Esquisse, on trouvera un « A propos» pris, pour ainsi le dire, sur le vif des Premières Journées de Bonneval puisqu'il fut écrit, comme argumentation
Je tiens à remercier ici mon ami Jacques Postel qui me l'a fait connaître; c'est dire la responsabilité qui lui incombe dans ses effets... En allemand Esquisse se dit Entwurf « Comprenne qui pourra! », comme disent les Saintes Ecriture... .
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critique, avant les secondes journées (celles de 1943). Cet « A propos» illustre - espérons-le! - non sans « ranimer la flamme» du désir des polémiques constructives, à quel niveau, et dans quel engagement se situaient les débats faisant « exigence d'avenir ». Il montre exemplairement comment on peut partager et s'entendre, sans soumission doctrinale ou doctrinaire, et rien moins que dans la banalité fusionnelle, lorsqu'on est animé d'une même passion de la recherche de Vérité et du respect de l'Ethique dans l'action et la réflexion psychiatriques. Henri Ey ne reconnais-sait comme faisant partie des siens amis ou, à la rigueur, «élèves », que ceux qui savaient articuler, en réponse à ses « pro-vocations », leur pensée et leurs arrière-pensées sur le sens et l'essence du fait psychopathologique comme leur souci de sa prise en charge. C'est en cela que, sans se laisser enfermer dans ce qui aurait été son Ecole, réduisant alors la portée de ses « pro-positions» dont on a pu dire qu'elles faisaient « structures d'accueil » (R.M. Palem), Henri By fut et reste, dans notre discipline, l'un des plus grands Instituteurs. C'est pour cela qu'il fallait remonter à la source de son Institution et revenir au moment du surgissement dans ses eaux vives. Cela valait aussi un « Après-coup» qui rassemble la trame associative de la commémoration des amitiés et des résistances à l'inhumanité, qui font exigence d'actualité, en hommage à Henri Ey, celui qui ne cessa dans les « différences les plus fraternelles» de mener des combats « homériques» sur ce qu'il était, et reste, primordial de combattre.
Jacques CHAZAUD

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