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La forêt de Guyane française

De
332 pages
Cet ouvrage analyse les conditions physiques de cette forêt, qui couvre 7.5 millions d'hectares, et présente une centaine d'espèces. Il s'intéresse ensuite à la conservation de la biodiversité, à l'évolution de l'aménagement et de la sylviculture, aux usages de la forêt, à son avenir possible et aux menaces qui pèsent sur elle.
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©L’Harmattan,2010
5 7,ruedel’Ecolepolytechnique;75005Paris
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PréfacedePierre OlivierDrège


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????????????Biologie, Ecologie, Agronomie
Collection dirigée par Richard Moreau
professeur honoraire à l’Université de Paris XII,
et Claude Brezinski, professeur émérite à l’Université de Lille

Cette collection rassemble des synthèses, qui font le point des
connaissances sur des situations ou des problèmes précis, des
études approfondies exposant des hypothèses ou des enjeux
autour de questions nouvelles ou cruciales pour l’avenir des
milieux naturels et de l’homme, et des monographies. Elle est
ouverte à tous les domaines des Sciences naturelles et de la Vie.

Déjà parus

Michel GAUDICHON, L'homme au miroir de la science, 2010.
Jacques RISSE, L’élevage français. Évolutions et perspectives, 2010.
Louis TSAGUE ; La Pollution due au transport urbain et
aéroportuaire. Caractéristiques et méthodes de réduction, 2009.
e Marie-Françoise MAREIN, L’agriculture dans la Grèce du IV siècle
avant J.C, 2009.
Jean-Claude LACAZE, Le christianisme face à la crise écologique
mondiale, 2009.
Michel BRAUD, Paysans du monde. Parcours d’un agronome au
service de la terre, 2009.
Jean-Claude GALL, Des premières bactéries à l’homme. L’histoire de
nos origines, 2009.
Groupe de Bellechasse, L’Alimentation du monde et son avenir, 2009.
Maurice BONNEAU, Forestier dans le Haut Atlas. Maroc 1952-
1956, 2009.
Alain GIRET, Le Quaternaire : climats et environnements, 2009.
René LETOLLE, La Mer d’Aral, 2008.
René JACQUOT, Souvenirs d’un forestier français au Maroc (1952-
1968), 2008.
Bonaventure DOSSOU-YOVO, L’Accès aux ressources biologiques
dans les rapports Nord-Sud. Jeux, enjeux et perspectives de la
protection internationale des savoirs autochtones, 2008.
André G. RICO, Connaître la vie pour saisir le futur, 2008.
Jean-Louis LESPAGNOL, La mesure. Aux origines de la science,
2007.
Emmanuel TORQUEBIAU, L’agroforesterie, 2007.
Jean-Jacques HERVÉ, L’agriculture russe, 2007.

v




Préface



Véritablement, la Guyane ne laisse pas indifférent :
-pour certains, c’est un enfer vert, hostile et dangereux,
convenant parfaitement à l’installation d’établissements
pénitentiaires….

-pour d’autres, la Guyane représente un trésor de
biodiversité, mais il faut mettre sous cloche ce paradis
soumis aux convoitises des hommes qui l’abîment :
saccage de la forêt, pillage du sous-sol, pollution des
rivières (les fameuses criques guyanaises)…..

-pour d’autres enfin, elle permet à la France de
présenter certains de ses pôles d’excellence, qu’il
s’agisse d’aventure spatiale interprétée à Kourou, ou de
recherche forestière pratiquée dans l’immense labora-
toire naturel que constitue la forêt guyanaise….

Devant tant d’avis aussi tranchés que contradictoires, revenir
aux données de base peut s’avérer utile :
-la Guyane est un département français d’outre-mer
(DOM) ;
-elle renferme 8.000.000 d’hectares de forêt tropicale
humide (ce qui représente la superficie de 12 dépar-
tements français de métropole), seule de ce type gérée
par un pays européen.
A eux seuls, ces deux éléments permettent de soutenir que la
France assume en Guyane des responsabilités particulières.
Très largement, et pour ce qui concerne la gestion forestière,
ces responsabilités ont été confiées à l’Office National des
Forêts, qui a donc en charge la définition et la mise en œuvre
wd’une gestion durable des forêts guyanaises. Reconnaissance
des compétences de l’ONF certes, mais aussi redoutable défi, si
l’on considère que dans un hectare de cette forêt on peut trouver
des arbres appartenant à plus de 200 espèces différentes, soit
plus que dans toute l’Europe continentale. Cette diversité se
révèle aussi bien sûr source de complexité.


Un livre tel que celui de M. Maurice Bonneau « La forêt de
Guyane française » s’avère donc particulièrement bienvenu, par
les éléments objectifs qu’il apporte, dans un langage clair et
précis :
-bienvenu pour présenter simplement la forêt guyanaise,
notre forêt tropicale humide ;
-bienvenu pour préciser à ceux que cela préoccupe les
responsabilités qui sont celles de la France en Guyane ;
-bienvenu enfin pour initier aux difficultés de la tâche des
forestiers dans cette forêt si vaste, si diverse et si précieuse.


Le directeur général
de l’Office National des Forêts


Pierre-Olivier DRÈGE















x




Introduction



La Guyane, département français du nord-est de l’Amé-
2rique du Sud, s’étend sur 84.000 km , soit un sixième environ
de la surface du territoire métropolitain et est comprise entre les
ème ème éme ème2 et 6 degrés de latitude nord et les 52 et 57 degrés de
longitude ouest. On a longtemps chiffré sa surface à 90.000
2km , à la suite d’une erreur de positionnement des sources de
l’Oyapock à 1°30 de latitude, alors qu’elles sont à 2°10 (d’après
Guyane, Encycloguide).
Les Guyanes furent découvertes par Christophe Colomb en
1498. De la Ravardière en prit possession au nom de la France,
mais les Hollandais les occupèrent en 1654. Ils en furent
chassés en 1664. Le territoire correspondant à peu près au
département actuel fut rattaché à la France au traité d’Utrecht
en 1713. L’Est de l’Oyapock fut longtemps contesté entre
France et Brésil (il y eut même une guerre entre les deux
nations), mais le Président de la République l’abandonna au
Brésil en 1900. Après divers épisodes de crise et de prospérité
en liaison avec l’abolition de l’esclavage ou son rétablissement,
elle devint colonie pénitentiaire en 1854 et le resta jusqu’en
1939. Elle se rallia au Général Giraud en 1943 et devint
Département français en 1946.
La population, estimée à 190.000 habitants en 2005 (sans
compter 25.000 clandestins environ), 220.000 aujourd’hui, vit
surtout dans la plaine côtière. Elle est très cosmopolite :
Amérindiens autochtones, Noirs Marrons, descendants
d’anciens esclaves, Créoles, Chinois d’immigration récente,
familles issues d’anciens bagnards libérés. Ces derniers
méritent un commentaire : les relégués n’avaient que de très
faibles chances de survivre à leur détention et devaient rester
sur place pendant une durée égale à celle de leur séjour au
ybagne, souvent huit ans, avant de pouvoir retourner en
métropole, mais à leurs frais; sans ressources, trouvant peu à
s’employer, ils n’avaient souvent d’autre possibilité que de
voler et retournaient au pénitencier ; ce n’est donc qu’un très
faible nombre qui a pu survivre et s’installer sur place. La
population, à forte natalité, s’accroît rapidement : les prévisions
de l’INSEE pour 2030 se situent entre 395.000 et 425.000
habitants.
L’économie de la Guyane est fortement dépendante de la
métropole, à la fois pour les denrées alimentaires et les produits
industriels. Les activités agricoles sont concentrées dans la
plaine côtière ; elles produisent des fruits et des légumes
consommés sur place. Le long du Maroni et de l’Oyapock, une
partie de la population vit encore en partie en autosubsistance,
de cultures itinérantes en forêt. Le tourisme est encore peu
développé mais mériterait de l’être davantage.
Le régime social très favorable apporte des ressources
importantes aux populations locales, entraînant une cherté de la
main d’œuvre par rapport aux pays voisins, Guyana, Surinam et
Brésil, ce qui ne favorise pas le dynamisme économique. De
nombreux Brésiliens viennent travailler en Guyane française,
souvent clandestinement. Les points forts de l’économie sont
d’une part l’activité spatiale, grâce à la base de Kourou, bientôt
renforcée, par convention de sous-traitance, par les installations
russes de lancement de fusées et d’autre part la recherche de
l’or, souvent clandestine. La Guyane en extrait ainsi 3 tonnes
par an, mais cette activité génère une forte pollution mercurique
car le mercure se concentre dans la chaîne alimentaire sous
forme de méthylmercure qui nuit à la santé de certaines
populations autochtones fortes consommatrices de poisson de
rivière, surtout le long des cours du Maroni et de l’Oyapock.
L’utilisation de mercure en Guyane est interdite, mais les
orpailleurs clandestins y ont toujours recours.
Le taux de boisement de la Guyane française est de 90 % et
la forêt y couvre donc 7,5 millions d’hectares environ. C’est,
pour sa presque totalité, une forêt dite vierge, mais qui, en
réalité, a été occupée par des groupes humains un peu partout
(Dambrine et Jérémie, annexe 1). Ces occupations n’ont sans
doute que peu changé sa composition en espèces mais ont pu
influer sur la répartition de celles-ci. Dans les temps plus
zrécents (depuis 1925 environ), seule la partie nord a fait l’objet
d’exploitations, conduites en fonction des arbres utilisables qui
s’y trouvaient, et, sauf dans les trente dernières années, presque
sans directive ni contrainte sylvicole. Elle ne produit que
365.000 m de bois par an, qui alimentent dix scieries plus ou
moins importantes et quelques dizaines de petits ateliers
artisanaux. L’activité forestière est source d’un millier
d’emplois, y compris la première et la seconde transformation
des bois. Le commerce du bois est en fort déséquilibre : la
Guyane importe, de métropole essentiellement, plus de bois
qu’elle n’en exporte, en majorité vers les Antilles françaises et
consomme sur place 80 % de sa production de sciages.
La forêt de Guyane française constitue donc un ensemble
totalement différent de nos forêts métropolitaines, tant par le
type de forêt, qui relève des forêts umbrophiles (humides)
équatoriales que par l’utilisation qui peut en être faite.

Pas toujours très au fait des forêts métropolitaines, bien des
personnes n’ont que des notions encore plus sommaires de la
forêt guyanaise. Ce livre est donc proposé comme un pas à la
rencontre de curiosités éventuelles. Il existe bien évidemment
des écrits plus détaillés publiés par des personnes compétentes,
mais ces sources documentaires sont dispersées et le citoyen
curieux aura du mal à les rassembler. Nombre de ces textes sont
difficilement compréhensibles par les non-spécialistes. Le souci
de l’auteur a été de faire une synthèse facile à lire par tout
public ayant quelque culture, tout en donnant le maximum
d’informations.







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PHOTO 1 -Vue générale de la forêt, ici parcourue par un fleuve (une crique)
et un de ses affluents (photo Henri Marchand).

















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1

Conditions générales



La forêt guyanaise qui s’étend, un peu au nord de l’équa-
teur, sur 7,5 millions d’hectares bénéficie d’un climat perpé-
tuellement humide et chaud. Le relief est montagneux dans la
partie centrale et, dans le reste du territoire, il n’est pas
inexistant, avec des collines marquées et des inselbergs aux
pentes très raides. Les sols qui portent cette forêt, dérivés de
roches variées, volcaniques, granitiques ou schisteuses, jamais
calcaires, sont peu fertiles. Leur drainage est parfois déficient
et ils manquent d’éléments nutritifs, notamment de phosphore.


1 –Climat
Température : elle est élevée en toutes saisons : 27° en
moyenne, presque uniforme, ne s’abaissant qu’à 25° la nuit
contre 31 à 32° pendant le jour. Il n’existe que peu de variations
saisonnières. Elle tend à être un peu plus faible au sud, en
raison d’altitudes légèrement plus fortes.

Pluviométrie : importante, de l’ordre 2.000 à 4.000 mm par
an (Directives d’Aménagement, 2008) ; le maximum corres-
pond à la côte et il n’y a pas de mois où elle soit inférieure à 50
ou 60 mm ; elle est de l’ordre de 200 à 300 mm en janvier et de
100 à 200 mm en juillet. Il n’existe pas de période pour laquelle
l’évapotranspiration* soit supérieure à la pluviométrie. Deux
saisons des pluies : la petite de novembre-décembre à janvier-
février ; la grande d’avril-mai à août. Le sol est donc traversé

* : terme défini dans le lexique à la fin du livre.
sspar des flux d’eau constants et importants. C’est pour cela que
les cours d’eau y sont nombreux et ont de forts débits.
Il existe cependant des variations saisonnières : février-mars
constitue une « petite saison sèche ». Une autre saison sèche
plus importante s’étend d’août à novembre. Il peut exister
occasionnellement des séquences de plusieurs mois avec moins
de 100 mm de pluie.





PHOTO 2 -Crique et forêt de bordure (photo Henri Marchand).


Il existe aussi des variations spatiales : le nord-est (proche de
l’océan, côté Oyapock) est le plus arrosé ; la pluviométrie
diminue vers le sud et l’ouest.

Le degré hygrométrique de l’air est toujours élevé, de l’ordre
de 75 %.
Les vents sont modérés. Les cyclones tropicaux ne sévissent
pas, jusqu’à maintenant, en Guyane française, ce qui n’exclut
pas quelques chablis locaux.


2 –Géologie
La Guyane française fait partie du bouclier des Guyanes,
partie nord-est du craton* brésilien qui est émergé et géologi-
quement formé, pour l’essentiel, depuis presque 3 milliards
d’années. De puissantes chaînes de montagnes se sont consti-
tuées il y a 2.700 millions et pendant 600 millions d’années.
stElles ont été ensuite progressivement arasées, notamment
pendant des glaciations successives, au Silurien (- 420 millions
d’années), au Dévonien (- 360 millions d’années) et au
Carbonifère (- 310 millions d’années) (Filleron et al. 2003).



PHOTO 3 -Brouillard sur la forêt de la montagne de Kaw
(photo M. Bonneau).


Les roches sont variées. Les plus anciennes, datant de 2 ou 3
milliards d’années, sont des roches plutoniques* : granites*,
gneiss*, mêlées de roches volcaniques basiques (gabbros*,
diorites*, dolérites*). En alternance se déposaient des grès et
des grauwackes*. Certains de ces sédiments ont été méta-
morphisés en schistes* et micaschistes*.
Sur quelques dizaines de kilomètres le long de la côte de
l’Atlantique, se sont déposées plus récemment, au pléistocène
(période allant de -700.000 et -10.000 ans), des alluvions
marines ou fluviatiles.
2 La Série Détritique de Base qui s’étend sur 500 km en
Guyane française, mais est beaucoup plus vaste au Surinam,
dériverait d’après Veillon (1990) de l’altération pédologique in
situ des migmatites* des bas plateaux de Guyane septentrionale
et ne serait donc pas, comme on l’a longtemps cru, une for-
mation sédimentaire. Cette série comporte des sols souvent mal
drainés, partiellement utilisés par l’agriculture. Des zones à
sables blancs portent de maigres forêts.
suOn remarquera qu’on ne trouve pas de dépôts calcaires
comme en Europe occidentale ou en Amérique du Nord. Mais il
existe une étroite parenté de constitution avec l’Afrique, du fait
qu’Amérique du Sud et Afrique appartenaient à un même
continent très ancien, qui a été fragmenté, il y a 160 à 100
millions d’années (du Jurassique au Crétacé) par la dérive des
continents (émissions continues de basaltes à l’emplacement de
la dorsale océanique atlantique).


3 –Reliefs
Les diverses régions
Globalement la Guyane se présente comme un vaste plan
incliné vers le Nord-Est, de très faible pente, 0,05 % soit en
moyenne 50 cm par kilomètre. Ce plateau, vu plus en détail, est
loin d’être plat car il est entaillé de nombreux cours d’eau, les
criques*, nécessaires à l’écoulement d’eaux de pluie très abon-
dantes. Les surfaces planes sont rares.

On distingue 5 unités géomorphologiques, du nord au sud.

-Les Terres basses, bande de dépôts alluviaux qui occupent
au nord, près de l’océan, une largeur de 5 à 50 km.

-Les Chaînons septentrionaux, ensemble de reliefs allongés,
chacun d’environ trente km de long, du sud-est au nord-ouest,
et large de quelques km. Ils sont formés surtout de roches
volcaniques, basaltes*, dolérites* et leur altitude ne dépasse pas
quelques centaines de mètres.

-Le Massif central, vaste pénéplaine occupant les deux
cinquièmes médians.

- Le Massif de l’Inini-Camopi, qui fait suite vers le sud
au Massif central, sur environ un cinquième de la surface. C’est
la région la plus élevée de Guyane française ; le Mont Bellevue
atteint 851 mètres d’altitude.


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FIGURE 1 -Carte de la Guyane (d’après l’Atlas de Guyane, reprise de la
Revue forestière française, n° spécial 2003, J.C. Filleron, J. Le Fol,
V. Freycon).


- La Pénéplaine méridionale qui fait limite avec le Brésil
et se présente comme un ensemble de dômes isolés peu
élevés.

Les différentes formes de relief
Elles s’organisent en fonction de la persistance des maté-
riaux résultant de l’altération des roches et de la formation des
sols. Interviennent deux phénomènes de pédogénèse sur
lesquels nous reviendrons plus en détail à propos des sols : la
formation d’altérites et de sols meubles, processus encore actuel
swd’une part et, d’autre part, la formation de cuirasses* ferru-
gineuses ou alumineuses (bauxitiques), phénomène lié à des
pédogénèses* passées sous des climats tropicaux chauds à
alternances marquées de saisons humides et de saisons sèches.

Les reliefs en demi-orange des régions basses
Les cuirasses ont fini par être totalement détruites, ou ne
subsistent que sous forme de blocs fragmentés, mais il reste
cependant une certaine épaisseur d’altérite (résidu d’altération
des roches) que l’érosion attaque progressivement. Dans ces bas
niveaux, en raison de la réalisation très avancée du niveau de
base, la formation d’altérites l’emporte sur l’ablation.

Sur les granites, les altérites sont sableuses et le résidu
d’altération surtout composé de sables grossiers ; ceci permet à
l’eau de pluie de s’infiltrer facilement. Son transit entre le
sommet de la colline et la crique s’effectue profondément dans
le sol. Le soutirage des matériaux vers le cours d’eau se fait
donc essentiellement par la base, par effondrements locaux liés
à la présence de sources. Dans ces conditions, les sommets sont
arrondis, les versants de plus en plus pentus du haut vers le bas,
jusqu’à la crique dont le courant emporte les produits d’ablation
venus du sommet et des pentes. Le raccordement du versant au
lit de la crique est en général assez raide, formant un knick,
sorte d’abrupt. Ainsi se forme une colline en forme de demi-
sphère aplatie, la demi-orange. C’est le relief le plus fréquent et
le plus caractéristique. Le dénivelé entre le sommet et le lit de
la crique n’est que d’une cinquantaine de mètres. Le diamètre
de la demi-orange varie de 200 à 600 mètres, ce qui donne à ces
collines une surface, en plan, de 3 à 30 hectares.

Sur les schistes, l’altérite est argileuse, le transfert de l’eau
se fait par ruissellement et c’est en surface que les matériaux
sont transportés du sommet vers la crique. Le raccordement au
lit du cours d’eau est concave, par accumulation temporaire des
argiles apportées du sommet et des versants. Les reliefs ont
donc une forme un peu différente de celle des demi-oranges, ils
sont plus aplatis : on parle de formes en chapeau de gendarme.
Le relief, pour une région dont l’ensemble n’a qu’une très
faible inclinaison, comme il a été indiqué ci-dessus, est donc
sxmalgré tout très marqué et très fragmenté. Les pistes d’accès à
la forêt ne cessent de monter ou de descendre. Ce type de relief
est dominant dans le Massif central guyanais.





FIGURE 2 -Formation du relief en demi-orange.


Les reliefs intermédiaires ou plateaux
Lorsqu’une cuirasse subsiste, sur une surface plus ou moins
2grande, quelques hectares à quelques dizaines de km , le relief
est constitué de plateaux d’étendue variable, entourés par un
escarpement en quelque sorte armé par le rebord de la cuirasse.
Le versant qui lui fait suite est d’abord rectiligne, puis de plus
en plus pentu, et se raccorde à la vallée dans laquelle coule la
crique par une légère concavité. Les formes sont alors plus
variées que précédemment, reproduisant le contour de ce qui
subsiste de la cuirasse.

Les reliefs majeurs ou de commandement
Ils correspondent aux altitudes fortes, dans les régions amont
où le niveau de base des cours d’eau n’est pas atteint et à des
massifs de roches dures dont le sommet est totalement dégagé
par l’érosion. Rien ne subsiste des sols, des altérites ou des
cuirasses. Sous le climat actuel et sur ces sommets, la vitesse
d’ablation des matériaux altérés est supérieure à la vitesse
d’altération. Le relief épouse alors celui des massifs de roches.
Sur les granites, les formes arrondies dominent. Les reliefs sont
syen forme de dos de baleine. Lorsque le niveau de base des
criques s’abaisse progressivement pour se rapprocher du profil





PHOTO 4 -Une colline typique du relief en demi-orange (photo reprise
des Directives régionales d’Aménagement de l’O.N.F., 2008).


d’équilibre, les dos de baleine se trouvent peu à peu haussés, en
valeur relative, et on aboutit aux inselbergs. Les sommets des




FIGURE 3 -Formation du relief en chapeau de gendarme.


inselbergs ou des dos de baleine ont la forme de dômes,
entourés par un talus plus ou moins abrupt, auquel fait suite un
szversant d’abord rectiligne, puis légèrement concave. Les déni-
velés sont plus importants que dans les cas précédents et
atteignent quelques centaines de mètres. Ces types de reliefs,
notamment les inselbergs, sont fréquents dans le massif de
l’Inini et dans la partie sud-est de la pénéplaine méridionale.


4 –Les sols
Sous les climats équatoriaux, à la fois très chauds et très hu-
mides, l’altération des roches-mères se fait avec élimination de
la plus grande partie des cations basiques (calcium, magnésium,
potassium), persistance du quartz et du mica blanc, diffici-
lement altérables, ainsi que du fer et de l’aluminium sous forme
d’oxydes plus ou moins hydratés.
L’argile synthétisée est uniquement la kaolinite*, argile à
très faible capacité d’échange car ne comportant pas de substi-
tution du silicium par de l’aluminium dans les tétraèdres* du
réseau cristallin, ni de l’aluminium par du magnésium dans les
octaèdres*.

La formation des sols commence par celle de la saprolite*,
qui résulte de l’altération des roches au sein d’une nappe d’eau,
donc essentiellement à la base des versants. La structure de la
roche-mère est conservée, mais, des minéraux de la roche saine,
le quartz et le mica blanc sont les seuls qui ne soient pas altérés.
Les autres sont décomposés par hydrolyse* ; la silice et
l’alumine qu’ils contiennent se recombinent en kaolinite, une
variété d’argile uniquement silico-alumineuse, tandis que les
éléments solubles sont entraînés en aval par les eaux de
drainage. Le fer cristallise sous forme d’hématite* ou de
goethite*. La saprolite garde la structure de la roche, mais elle
est meuble et de texture limoneuse. Sa partie inférieure, appelée
saprolite grossière, est d’une couleur voisine de celle de la
roche, en plus clair, tandis que la partie supérieure, la saprolite
fine, est violacée, avec des mouchetures blanches et jaunes
(Ferry et al., 2003). La formation de la saprolite est lente : le
front d’altération ne s’enfonce en moyenne que de 0,5 à 5 mm
par siècle, au fur et à mesure que s’approfondit le réseau
hydrographique.

s{ Au-dessus de la nappe d’eau, la saprolite est soumise à la
circulation et à l’agression des eaux pluviales infiltrées, assez
acides. A ce niveau, la décomposition des minéraux progresse





PHOTO 5 -Inselberg (photo Bruneaux - ONF) reprise de la Revue forestière
française, 2003).


et les oxydes de fer se trouvent soumis, par le jeu d’une
alternance de phases humides et sèches, à de petits dépla-
cements latéraux. La texture de ce matériau est plus argileuse
que celle de la saprolite constamment immergée ; une partie de
la kaolinite est entraînée hors du sol par l’eau de drainage et
colmate la porosité des niveaux inférieurs ; des volumes
blanchis appauvris en fer et d’autres enrichis et colorés en rouge
apparaissent. Ainsi se forme, au-dessus de la saprolite,
l’ensemble tacheté. Plus on s’élève dans le sol, plus cet
ensemble est rouge et riche en hématite*.
Cet ensemble tacheté est surmonté par un ensemble pédo-
turbé*, de couleur uniforme, très perméable, à dominance
argileuse. Il est parcouru par des eaux pluviales acidifiées lors
de leur passage au travers des horizons organiques, et qui
possèdent un fort pouvoir de dissolution du quartz et de la
kaolinite. Quatre types d’horizons pédoturbés peuvent être
retenus.

Horizons de couleur vive à microstructure agrégée. La couleur,
brun-jaune en surface, passe au brun-rouge vers la profondeur.
La structure du sol en agrégats de taille centimétrique au
trvoisinage de la surface, grâce à l’association de la matière
organique et de la matière minérale, devient plus fine en
profondeur (microagrégats de moins d’un millimètre). Ce type
d’horizon se trouve dans les sols au sommet des unités de relief
ou sur les versants à pente modérée.

Horizons de couleur jaune à jaune pâle verdâtre. Ce type
d’horizon se trouve sur des versants plus raides, et son épais-
seur ne dépasse pas un mètre. L’horizon tacheté est donc proche
et gêne l’infiltration de l’eau : il existe des phases d’engor-
gement. Le fer est partiellement réduit et éliminé, d’où la
couleur plus claire, tirant vers le vert (couleur du fer ferreux
résultant de la réduction du fer ferrique), la structure micro-
agrégée est remplacée par une structure polyèdrique grossière.
Un lit de graviers est souvent présent vers 40 cm de profondeur.

Ces horizons peuvent aussi être présents au sommet de
collines aplaties. Le fer y est moins nettement éliminé que sur
les versants et peut s’accumuler sous forme de goethite* vers 40
cm : cette partie de l’horizon a alors une couleur ocre.

Couvertures gris-noir des bas-fonds et des pentes. Elles sont
localisées au voisinage des cours d’eau. Le fer et la kaolinite
sont entraînés par l’émissaire, la texture devient sableuse et il
ne reste que la matière organique pour colorer le sol en gris plus
ou moins foncé suivant la richesse en humus.

Couvertures à sables blancs. Elles résultent de l’intervention du
processus de podzolisation* sur le sommet des collines des bas-
plateaux de Guyane centrale. La forêt, qui a succédé à la savane
il y a 15.000 ans, a rendu les eaux de percolation plus agres-
sives, et la déferrification a été accélérée, s’accompagnant de la
transformation des micas blancs en kaolinite. Plus tard, lorsque
l’eau a entraîné la kaolinite hors du sol, il ne reste que le quartz,
de couleur blanche. Ce phénomène, débutant au centre des
plateaux, gagne progressivement vers les bords jusqu’à inté-
resser toute la surface du plateau.



tsFertilité des sols et comportement hydrique
Sur le plan physique, on distingue :

-les sols à drainage vertical libre, profonds, très perméables,
dans lesquels l’eau ne s’accumule pas, même lors de pluies
importantes ; les racines n’y souffrent pas de manque
d’oxygène, et se développent donc sans difficulté en
profondeur : presque 10 % du total de l’enracinement entre 60
cm et deux mètres, dont 6 % entre un et deux mètres, la
majorité étant bien sûr dans les horizons proches de la surface,
mieux structurés; en période sèche, les racines profondes
peuvent alimenter la transpiration du feuillage ;

-les sols à drainage latéral superficiel, avec un horizon argileux
compact vers 80 cm qui est responsable de périodes
d’hypoxie* : entre un et deux mètres, il n’y a que 0,6 % des
racines, dix fois moins que dans le cas précédent ; les arbres
limitent davantage leur transpiration pendant les saisons
sèches ;

-les sols des bas-fonds hydromorphes caractérisés par un excès
d’eau permanent ; l’enracinement est très superficiel ; le pro-
blème n’est plus l’alimentation en eau mais l’accès de l’oxy-
gène aux racines ; le peuplement comporte des espèces à pneu-
matophores (racines formant des arceaux en saillie au-dessus du
sol pour véhiculer de l’air aux racines situées dans le sol).

Les essences forestières ont des stratégies différentes de
développement de l’appareil racinaire en fonction du type de
sol, les unes installant une partie de leurs racines, dans la
mesure du possible, dans les horizons profonds de manière à
pouvoir y prélever l’eau nécessaire en période sèche, d’autres
ne constituant qu’un enracinement superficiel et limitant par
nécessité leur transpiration si la pluie devient insuffisante.

Sur les sols des bas-fonds, les peuplements ont une faible
densité et une faible surface terrière* Pour les sols mieux
drainés, il semble, d’après quelques études, que les sols
profonds portent des peuplements moins denses et de plus fort
diamètre.
tt Les espèces semblent aussi être différentes sur les sols à
drainage vertical libre et sur les sols à drainage latéral
superficiel : sur les premiers par exemple, le peuplement
comprend une proportion plus élevée de Mourou mourou
(Astrocaryum sciophyllum) (un palmier) et plus faible de
Symphonia globulifera (Manil marécage). Dans les bas-fonds
saturés par l’eau, le palmier pinot (Euterpe oleracea) est
caractéristique.

Sur le plan chimique, les sols de Guyane, dont l’argile, la
kaolinite, possède très peu de charges électriques, ont une faible
capacité de rétention du calcium, du magnésium et du potas-
sium. De plus, ils sont soumis à une intense percolation d’eau et
à l’action acidifiante de la matière organique de la forêt.
L’abondance de l’ion aluminium peut induire des effets
toxiques. Leur forte teneur en oxydes de fer et d’aluminium leur
confère une grande capacité à retenir les ions phosphate par
adsorption : l’alimentation phosphatée des arbres en est rendue
très difficile. La teneur des feuilles en phosphore n’est souvent
que de 0,4 ou 0,5 mg/g, valeur très faible. Les sables blancs,
particulièrement dépourvus de calcium, potassium et magné-
sium, ne contiennent pas d’oxydes, et le phosphore y est donc
plus assimilable.
La forêt guyanaise vit donc sur des sols en général très
pauvres, donc fragiles ; tout défrichement risque alors de
constituer une grave menace pour l’avenir : productivité
diminuée et perte en espèces.
La fertilité des sols dépend à la fois du régime hydrique et de
la constitution du sol, de la richesse de la roche-mère et du
relief. Les Directives Régionales d’Aménagement de 2008
distinguent, d’après de Granville (2001), les formations
suivantes :

Forêts sur sol bien drainé
a)-forêts des anciens cordons littoraux et des fourrés des
savanes côtières, pauvres et broussailleuses ;

b)-forêts sur sables blancs à sols podzoliques très pauvres ;


tu c)-forêts hautes sur sols ferralitiques : c’est la grande
majorité.
Les sols plus ou moins pauvres, argilo-sableux ou sablo-
argileux, confèrent à la forêt une grande fragilité. Grande est la
biodiversité, mais lent le renouvellement du couvert végétal s’il
est détruit. On peut distinguer dans ces dernières forêts :
-forêts moyennes à hautes sur schistes, quartzites et
conglomérats ;
-forêts hautes sur roches basiques, amphibolites,
dolérites (les meilleures) ou sur certains granites ou migmatites
(granites et migmatites caraïbes)
-forêts peu élevées, rachitiques sur cuirasses.

La hauteur des arbres est de 40 à 50 mètres sur la série de
Paramaca métamorphique et volcanique, de 35 à 40 mètres sur
les migmatites caraïbes et les granites type « Coralie », de 25 à
35 mètres sur les schistes de l’Orapu et sur les dolérites*, de 15
à 20 mètres seulement sur les quartzites* et conglomérats* de
l’Orapu, sur les sables blancs, les schistes* de Bonidoro et les
formations quaternaires. Les volumes d’essences commerciales
3dépendent également des substrats : plus de 26 m /ha sur les
granitoïdes Galibis, les diorites* et les dolérites*, moins de 10
3m sur les sables blancs de la série détritique de base, les forma-
tions fluviatiles récentes et les granitoïdes. Les Directives
d’Aménagement classent, en ce qui concerne le volume de bois
par ha:
-positivement, la série volcanique et métamorphique de
Paramaca, les migmatites caraïbes, les dolérites et les diorites ;
-négativement, les cuirasses, les schistes de l’Orapu, les
terrasses alluviales, les formations quaternaires, les sables
blancs, les granites caraïbes, les granites guyanais, les quartzites
et les conglomérats.

d)-forêts submontagnardes à nuages : à plus de 500 m
d’altitude dans la chaine de l’Inini-Camopi. Pas d’intérêt
sylvicole car elles sont inaccessibles ; les mousses et épiphytes
y prolifèrent. De nombreuses espèces rares et endémiques
confèrent à ces forêts un grand intérêt scientifique.

tve)-forêts basses d’inselbergs : sèches, sur sols sableux très
minces.



Forêts sur sols hydromorphes
a)-forêts de mangrove
b)-forêts marécageuses : sur alluvions marines ou fluviales,
surtout dans la plaine côtière. La diversité des essences est
faible. Elles sont peu valorisables car le volume d’intérêt
commercial est réduit, et l’accessibilité difficile.
c)-forêts de flat* : très temporairement inondées mais au sol
toujours plus ou moins asphyxiant, gorgé d’eau à la saison des
pluies. On les trouve le long des fleuves, dans la plaine côtière
sur les alluvions marines anciennes. Elles sont plus riches en
espèces que les forêts marécageuses ; les wapas dominent dans
la voûte.
d)-forêts ripicoles : rives des fleuves et rivières. Sur les rives
concaves, où l’érosion est forte, la végétation se rapproche de
celle de l’intérieur, mais les houppiers sont dissymétriques et
les chablis fréquents ; Goupi, Wapa, Cacao-rivière et Yaya-
madou-marécage sont les essences les plus présentes; les lianes
sont nombreuses. Sur les rives convexes, la forêt est plus
marécageuse, sur dépôts de vases et de sables ; il s’agit surtout
d’une végétation basse avec Moucou moucou (Montrichardia
arborescens), pois sucré (Inga spp), quelques cecropia et
yayamadous. Une valorisation sylvicole est pratiquement
impossible.


Comme en forêt tempérée, tous les arbres sont pourvus de
mycorhizes*, c’est-à-dire que leurs racines sont associées à des
champignons. Il a ainsi été démontré que l’Angélique (Dico-
rynia guianensis), expérimentalement élevée en association
avec des champignons, a des feuilles plus riches en phosphore
que les arbres témoins. La plupart des espèces sont pourvues
d’endomycorhizes, le mycélium du champignon s’introduisant
à l’intérieur des cellules où il forme des vésicules (Béreau et al.,
2003). C’est une différence importante avec les forêts tempé-
rées dans lesquelles les associations sont presque toujours des
twectomycorhizes dans lesquelles le mycélium entoure les fines
racines d’un manteau d’hyphes qui s’insinuent entre les cellules
des tissus externes des racines, mais sans pénétrer à l’intérieur-
même des cellules.
Le cycle des éléments nutritifs est généralement super-
ficiel, lié aux horizons les plus riches en humus, à la chute et à
la décomposition des feuilles, comme c’est le cas en forêt
tempérée dans les sols à humus dégradé de type moder ou
dysmoder.































tx





2

Généralités et essences constitutives
des peuplements



La forêt guyanaise n’est nullement impénétrable comme on
le croit trop souvent. Le sous-bois, peu dense, est cependant
très sombre car les arbres interceptent 90 % de la lumière. Par
contre elle est vaste et assez monotone et le risque de s’y perdre
n’est pas négligeable si l’on n’est pas équipé d’un GPS. Les
essences qui la composent sont extrêmement nombreuses, plus
de 700, souvent mal connues. Elles appartiennent à plus de 30
familles. Les palmiers, soit de grande taille, soit de sous-bois, y
sont bien représentés. Les propriétés de leurs bois sont connues
pour au moins 120 d’entre elles, ainsi que l’usage qu’en font
les autochtones comme aliments, parfums, phytomédicaments
ou produits d’artisanat.

Généralités
La forêt guyanaise est incomparablement plus riche en
espèces arborées que la forêt métropolitaine : moins de cent
dans celle-ci, même en comptant les essences introduites et les
arbres de médiocre grandeur, 1000 à 1200 dans celle-là, parmi
lesquelles 500 sont capables d’atteindre 20 cm de diamètre. Et
on en découvre encore, comme l’Erythrina poeppigiana, une
légumineuse récemment trouvée près de Saül et qui n’était
jusqu’ici connue à l’état naturel que dans les Andes (mais
cultivée au Vénézuéla pour abriter les caféiers). Autre diffé-
rence, les arbres appartenant à la grande famille des
légumineuses sont fréquents alors qu’il n’y en a pas dans les
forêts métropolitaines si l’on excepte le robinier, introduit
tyd’Amérique et plus rural que forestier. Trois tribus de cette
famille, Fabacées (ex Papillionacées), Césalpiniacées et
Mimosacées regroupent 24 genres sur les 200 environ qui ont
fait l’objet d’une clé de détermination (Puig et al, 2003).

La forêt tropicale, très peu transformée par l’homme, bien
que partout occupée à une époque ou à une autre (annexe 1),
est en général de type jardiné, avec mélange des âges et des
essences. De ceci, combiné avec le grand nombre d’espèces,
résulte, dans chaque hectare de forêt, une très grande variété des
essences : souvent plus de 200, généralement entre 120 et 200.
La densité des peuplements étant de l’ordre de 600 tiges /ha, ce
ne sont donc en moyenne que trois ou quatre individus de
chaque espèce qui seront présents dans le même hectare de
forêt. Dans un relevé détaillé pratiqué à Paracou, un peu à
l’ouest de Kourou, sur 207 espèces d’arbres, seulement 36
apparaissent plus de cinq fois par ha (Collinet, 1997 ; Pascal,
2003).
On conçoit, dans ces conditions, que la forêt guyanaise n’ait
rien de commun avec nos forêts tempérées et que sa gestion ne
puisse être qu’extrêmement différente. A cela, il faut ajouter
que le tempérament, c’est-à-dire la réaction de ces essences aux
facteurs écologiques et à la concurrence est, pour la plupart
d’entre elles, encore mal connu ou totalement ignoré.

L’ambiance en forêt de Guyane
Pour l’observateur moyen, la forêt guyanaise semble com-
porter trois étages : un sous-bois aux espèces de modestes
dimensions (trois à quatre mètres) et de densité assez faible où
les palmiers ne sont pas rares, et où l’on peut circuler avec une
relative aisance mais où l’éclairement est très faible car les
étages supérieurs interceptent 90 % de la lumière ; un étage
moyen, jusqu’à 35 ou 40 mètres, dont le couvert est fermé ;
enfin l’ensemble discontinu des grands arbres dominants, dits
aussi émergents, qui atteignent 40 à 45 mètres et dont les cimes,
si l’on a la chance de pouvoir jouir d’un panorama d’ensemble,
dominent nettement, mais de place en place seulement, la
canopée moyenne évoquée précédemment, à raison d’une
dizaine d’arbres par hectare. Mais, de l’intérieur de la forêt, il
est difficile d’observer cet étage dominant, masqué par le
tzcouvert des arbres de taille moyenne. Seuls les troncs en sont
bien repérables. D’où, en partie, les difficultés d’identification
des essences, puisqu’on n’a accès ni à la forme des feuilles ni à





PHOTO 6 -Le sous-bois est en général pénétrable, contrairement à l’opinion
répandue (photo M. Bonneau).


la silhouette de la cime, ainsi que l’importance diagnostique des
écorces, externe et interne (après entaille), et de la présence ou
absence de latex.

En bordure de route, ou en lisière de zones exploitées, les
essences de lumière, notamment les Parasoliers (Bois-canon) et
les Balisiers (les feuilles de ces derniers évoquant celles des
bananiers et leurs fleurs rouges ressemblant à celles des
Strélitzias), prolifèrent et, sur une vingtaine de mètres, le peu-
plement est assez dense pour qu’il soit difficile de voir au
travers ou d’y pénétrer. C’est d’ailleurs de ces zones qu’on peut
le mieux observer la structure générale de la forêt et apercevoir,
en bonne saison, les fleurs jaunes de l’Ébène verte ou mauves
de l’Ébène rose, de l’Angélique ou du Baaka mapa.

t{ La rencontre d’animaux n’est pas fréquente, puisque 95 %
de la faune vit dans la canopée. Les mammifères carnassiers
(jaguar, puma, chat margay), d’ailleurs relativement rares,
s’enfuient à l’approche de l’homme, de même que les daguets.





PHOTO 7 -Cecropia (bois-canon) formant galerie en bordure de route
(photo M. Bonneau).


On ne peut guère rencontrer que quelques mygales et quelques
serpents. La forêt équatoriale de Guyane n’a donc rien de
« l’enfer vert » qu’on évoque souvent. Le risque le plus grand
pour l’homme est de s’y égarer ou même de s’y perdre (voir la
disparition de Hugues Maufrey, qui tentait témérairement de
rallier le Haut-Maroni à l’Oyapock). Il n’y a pas si longtemps,
les légionnaires eux-mêmes ne se déplaçaient pas en forêt sans
dérouler un fil d’Ariane, afin de pouvoir revenir sur leurs pas.
Aujourd’hui le GPS élimine ce danger et, dans la zone nord, les
pistes forestières liées à l’exploitation ne sont plus rares. Cepen-
dant il faut rester vigilant car on peut être victime d’agresseurs
qu’on cite rarement, par exemple les guêpes dont certaines
espèces, associées à des fourmis, édifient leur nid sur les troncs
du côté opposé à celui où les fourmis ont fait le leur, et atta-
urquent sans préavis les mammifères, notamment le tapir, mais
aussi l’homme qui viendraient à passer au voisinage de cet
arbre. Les fourmis les protégeraient en retour de certains enne-
mis, peut-être en détournant, par leur odeur, des agresseurs
éventuels.


PHOTO 8 -Dominants, bien visibles en bordure d’une zone exploitée en
forêt de Régina-Saint-Georges (photo M. Bonneau).


Évocation de quelques essences
Parmi le très grand nombre des espèces présentes, quelques-
unes sont un peu mieux connues que les autres, dont une
trentaine assez couramment exploitées, qu’on peut classer selon
leurs usages possibles. Sont présentées ci-après par familles
botaniques un peu plus de cent espèces, les plus fréquentes
étant aussi évoquées dans les fiches en annexe ; sont également
mentionnés leurs usages en alimentation ou en pharmacopée,
bien connus des populations amérindiennes.

Familles sans latex (parfois à latex translucide). Ce sont les plus
nombreuses.
Famille des Araliacées
Le lierre, en Europe, appartient à cette famille et, en Asie, le
ginseng. Les arbres de cette famille n’ont pas de latex. Leurs
feuilles sont grandes, alternes, souvent composées palmées
(parfois pennées), d’odeur aromatique quand on les froisse.
us
Citons le Tobibutu ou Bois-la-St Jean (Schefflera
morototoni) au bois clair et léger, peu durable, utilisable en
contreplaqué et pour la fabrication de papier. Il aurait les mê-





PHOTO 9 -Balisier (photo Henri Marchand).


mes propriétés que le ginseng et peut combattre les
rhumatismes et les sciatiques ; on peut faire de ses feuilles des
cataplasmes contre les luxations.


Famille des Bignoniacées
Feuilles opposées composées imparipennées*, fleurs grandes
et colorées (voir la Bignone en France).
Le Copaya (Jacaranda copaia) a un bois léger, utilisable
pour le contreplaqué et ses feuilles soignent la leishmaniose*.
Le bois de l’Ébène verte* (Tabebuia serratifolia), par contre,
est dense et dur, ainsi que celui de l’Ébène rose* (T. impetigi-
nosa). L’écorce de ces deux essences est antibactérienne et
soigne la diarrhée, les infections urinaires et la leishmaniose* ;
les fleurs sont employées contre la grippe.

* : essence qui fait objet d’une fiche plus détaillée en annexe.
ut