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La forêt française méditerranéenne

De
276 pages
L'auteur présente les conditions générales de la région méditerranéenne et la répartition des différentes espèces selon le département, l'étage climatique ou la région. Il explique le cycle sylvigénétique ainsi que la sylviculture. L'auteur porte une attention particulière aux produits de la région ainsi qu'à leurs rôles tant généraux que sociaux. La forêt française traverse le temps, évolue et doit s'adapter aux conséquences possibles de l'effet de serre, mais aussi à la destruction par le feu.
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Maurice BONNEAULa forêt française méditerranéenne
L’auteur présente d’abord les conditions générales (climat,
sol, végétation) de la région méditerranéenne, puis en décrit
les principales essences en les resituant dans le cadre plus
vaste du bassin méditerranéen. La répartition des diverses
espèces par département, par étage climatique ou région sont
l’objet du chapitre 3, et le chapitre suivant explique le cycle
sylvigénétique et la sylviculture qui s’ensuit. Parmi les ennemis
de la forêt méditerranéenne, le feu reçoit un maximum La forêt
d’attention. Un long chapitre traite des rôles et des produits de
notre forêt méridionale, rôles généraux et sociaux, production
ligneuse. Le dernier chapitre et la conclusion sont des essais de française
présentation synthétique de l’évolution de notre forêt française
méditerranéenne à travers le temps, une large attention étant
accordée aux conséquences possibles de l’augmentation de méditerranéennel’efet de serre et aux mesures qu’il conviendrait de prendre
pour y adapter cette forêt.
Maurice Bonneau, ancien ingénieur des Eaux
et Forêts et directeur de recherches à l’Institut
national de la recherche agronomique, a consacré
35 ans à la recherche et à l’enseignement.
Spécialisé autrefois dans l’étude des sols et le
cycle des éléments, il a versé à la retraite dans des
considérations plus synthétiques.
Couverture : photographie de l’auteur.
ISBN : 978-2-343-00958-2
27 €
Maurice BONNEAU
La forêt française méditerranéenne





La forêt française méditerranéenne























Maurice BONNEAU





La forêt française méditerranéenne











































© L’Harmattan, 2013

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00958-2
EAN : 9782343009582
Préface
Le terme de forêt méditerranéenne recouvre une entité
spatiale à la fois emblématique et mal connue. Emblématique,
en ce sens que cette expression éveille en chacun de nous un
ensemble de réminiscences culturelles autour de la civilisation
méditerranéenne, de son universalité et de son influence sur nos
sociétés modernes. Mais également forêt méconnue et non
reconnue dans ses caractéristiques propres, les forestiers l’ayant
jusque très récemment cantonnée à une dimension classique à
l’image des forêts plus septentrionales, ne prenant en compte
que les surfaces densément boisées, ce qui revient à occulter la
plus grande part de ses spécificités.
Or nous avons affaire à des formations végétales très
diverses où l’arbre n’est pas toujours prédominant, soumises à
un climat particulier, insérées dans un territoire complexe, et
dont toutes les composantes biophysiques étaient dans un passé
proche mises à contribution. Elles l’étaient au bénéfice de
populations nombreuses et actives, rurales mais également
urbaines, même si pour les citadins les territoires concernés
apparaissaient quelque peu étrangers à leur univers, territoires
« forains » au sens étymologique du terme, territoires extérieurs
à la cité, mystérieux, voire inquiétants. La forêt
méditerranéenne malgré tout a toujours constitué un milieu
productif diversifié, bien au delà de la simple production de
bois, contribuant au cours de l’histoire à la puissance et au
rayonnement des civilisations qui se sont succédé. Les pratiques
d’utilisation et de gestion de ce milieu multifonctionnel ont
longtemps été d’une grande originalité, reflétant des modes de
gestion intégrée relativement sophistiqués.
La croissance démographique dans le monde rural et les
dynamiques économiques et sociales qui ont marqué la
5 epremière partie du XIX siècle, ont entrainé de très graves
processus d’érosion des sols accompagnées d’inondations en
aval : les fameuses vidourlades sur le littoral languedocien suite
aux épisodes pluvieux cévenols bien connus des populations
locales en sont un exemple. De même observe-t-on encore dans
de nombreux pays méditerranéens des dégradations des
formations boisées restantes, toujours en raison d’une trop forte
pression humaine. A l’inverse, dans d’autres contextes plus
eprécisément à partir de la fin du XIX siècle, d’abord sur la rive
Nord, puis actuellement et progressivement sur certaines parties
de la rive Sud, les transformations économiques et sociales
globales favorisent un exode rural continu, lequel s’accélère au
ecours de la deuxième moitié du XX siècle et provoque de ce
fait un abandon massif des terres marginales.
L’embroussaillement, le boisement spontané et la fermeture
concomitante du milieu et des paysages, l’accroissement des
risques d’incendies qui s’ensuivent en sont les principales
manifestations. Surexploitation ou sous exploitation
représentent par conséquent autant d’écueils à éviter pour
maintenir et gérer durablement ces formations forestières.
eÀ la fin du XX siècle nos sociétés modernes prennent
conscience de la valeur du patrimoine naturel source de biens et
de services trop longtemps ignorés dans les modèles de
développement mis en œuvre. Plus que d’autres espaces
territoriaux, pour différentes raisons - l’attrait de la lumière et
du soleil, des paysages qui nous sont révélés par les artistes… -
les espaces boisés méditerranéens deviennent aussi des lieux de
vie et des espaces de loisirs. Ils apparaissent également comme
une réserve de biodiversité exceptionnelle que nous avons le
devoir de préserver, autant que possible, pour les générations
futures et qui peut présentement être génératrice de nouvelles
richesses pour qui sait repérer les ressources matérielles et
immatérielles ainsi cachées. Si le rapport de nos sociétés
paysannes à la nature a changé, s’ouvrant ainsi à l’ensemble de
la société et à ses attentes plus particulièrement en matière
environnementale, la forêt méditerranéenne contribue toujours,
sous de nouvelles formes, à la spécificité historique et culturelle
du monde méditerranéen. Elle continue à s’inscrire dans une
territorialité en perpétuel renouvellement, fondement de cette
6 dynamique culturelle originale, dont le rayonnement marque
encore les esprits.
Néanmoins cette prise de conscience est récente et ne touche
que peu le public. Une des raisons tient à ce que cette forêt est
longtemps restée méconnue dans ses caractéristiques
biophysiques, morphologiques et plus généralement
écologiques et sylvicoles propres. Sa méditerranéité n’apparait
évidente que tardivement dans les esprits. On a beau jeu de
rappeler les difficultés rencontrées pour en tracer les limites
précises et déterminer les surfaces exactes concernées. Les
experts n’en finissent toujours pas d’en débattre. Sur un autre
plan, qu’il s’agisse d’enseignement ou de formations
spécifiques de quelque niveau que ce soit, de travaux de
recherche en matière de sylviculture ou de nomenclatures de
produits ligneux normés pour le commerce et l’artisanat, rien ou
si peu, ne permet de distinguer ce qui peut concerner la forêt
méditerranéenne proprement dite.
Enfin de nos jours, le traitement par les pouvoirs publics de
ces espaces boisés reste problématique. Certes la lutte contre les
risques d’incendie demeure une priorité pour préserver des
implantations humaines plus ou moins désordonnées et
dispersées et pour maîtriser les paysages. Néanmoins cela ne
permet pas de s’attaquer aux racines du mal pour déboucher sur
une gestion optimale des forêts méditerranéennes. L’utilisation,
la gestion et la valorisation de ressources naturelles liées à cette
forêt ne mobilisent pas outre mesure les décideurs publics dans
leur mission. Les politiques publiques incitatives, outils
classiques des formes modernes de management public, en
direction des propriétaires forestiers et plus généralement des
décideurs publics et privés, ne prévoient pas de mesures
particulières précisément adaptées au contexte écologique,
économique et social méditerranéen, sauf à relever le caractère
négatif de certaines évolutions observées. Il faut attendre la fin
des années 1990 pour entrevoir des approches plus ciblées sur
le développement des territoires: la troisième semaine forestière
internationale méditerranéenne qui vient de se tenir à Tlemcen
en mars 2013, après avoir établi un diagnostic général sur les
forêts du monde méditerranéen a tracé à cette occasion un
7 intéressant cadre stratégique à l’intention des gouvernements
pour les années à venir…
Les forestiers, tels Georges Fabre sur l’Aigoual, ou Prosper
Demontzey, dans les Alpes du sud, avaient bien lancé et réalisé
des programmes de reboisement pour lutter contre les
phénomènes d’érosion liés au caractère excessif du climat
eméditerranéen dès la fin du XIX siècle. A la même période les
botanistes Charles Flahault dès 1897, puis Louis Emberger,
Josias Braun Blanquet dans les années 1930, avaient également
commencé à étudier plus systématiquement ces milieux.
Cependant les progrès les plus significatifs ont été réalisés au
cours des trente dernières années avec essentiellement, au
risque de ne pas être exhaustif, des chercheurs comme Pierre
Quézel, Gilles Bonin, Marcel Barbero, Roger Loisel, Frédéric
Médail, Jean-Louis Vernet et ce au cours des années 1980.
Comme toujours dans ce genre de situation, l’identification puis
la compréhension des spécificités des forêts méditerranéennes
émergent lentement puis s’accélèrent. A la base de cette prise
de conscience on trouve les amoureux de cette forêt,
naturalistes par essence, mais également et surtout le monde des
scientifiques. Le qualificatif « méditerranéen » ne devient
systématique dans les publications qu’à partir des années
1980/90. Puis les instituts de recherche appuieront quelques
grands programmes, tels le programme européen EFIMED
depuis les années 2000, au sein de l’Institut Européen de la
Forêt (EFI). On n’oubliera pas non plus le rôle joué par Sylva
Mediterranea, créé dès 1911 entre les pays méditerranéens,
devenu un organe statutaire au sein de la FAO en 1948, jouant
le rôle de forum international sur les questions forestières
méditerranéennes, ni au niveau français le Plan Bleu, chargé des
études de prospective sur l’environnement et le développement
durable méditerranéen.
Parallèlement la société civile, plus particulièrement en
France, commence à être sensibilisée à ces questions dès les
années 1960, ne serait-ce qu’en raison des effets dévastateurs
des grands incendies de forêts. Les communes forestières de
PACA et de Languedoc Roussillon se réuniront au sein de
l’Entente interdépartementale des communes forestières pour
susciter et soutenir une action coordonnée de lutte contre les
8 incendies, à la fois préventive et, en cas d’urgence, curative.
L’Association Forêt Méditerranéenne à partir des années 1980
apporte également sa modeste mais très efficace contribution
pour attirer l’attention sur les spécificités de la forêt
méditerranéenne française et pour que soient élaborées des
politiques publiques plus adaptées à des entités écologiques
économiques et sociales non reconnues. Elle facilitera les
rencontres et la confrontation des points de vue entre les
différentes parties prenantes de la forêt méditerranéenne,
chercheurs, collectivités territoriales, environnementalistes,
gestionnaires directs de ces espaces dont les propriétaires
fonciers, sans oublier les «consommateurs» de nature. La
publication régulière de la Revue Forêt Méditerranéenne
constituera un lieu où vont pouvoir s’exprimer et débattre
techniciens, élus, chercheurs et autres parties prenantes, mettant
alors à disposition des données et des approches originales
portant sur les spécificités de la forêt méditerranéenne et
donnant la parole aux acteurs. Son action s’est vue élargie par la
création de l’Association internationale des forêts
méditerranéennes, qui a facilité le concert des institutions
internationales.
Quels que soient les progrès réalisés dans une
compréhension globale des spécificités de la forêt
méditerranéenne, subsistent encore de nombreux manques et
retards. Ces difficultés relèvent de différentes causes mais plus
particulièrement et très certainement d’une fragmentation et
d’une très grande dispersion des connaissances de base. Il nous
manquait une exposition synthétique de ces connaissances,
insuffisamment diffusées et ce dans un langage adapté à un
large public, spécialisé ou non. C’est la tâche à laquelle s’est
appliqué Maurice Bonneau ancien directeur de recherches à
l’Institut National de la Recherche Agronomique à Nancy et
ancien Ingénieur général du GREF. Il nous livre dans cet
ouvrage, en tant que forestier pédologue et généraliste un état
de l’art qui se veut aussi exhaustif que possible sur les
caractéristiques essentiellement biophysiques de cette forêt
méditerranéenne. Il nous décrit avec précision les essences
présentes et leurs exigences édaphiques, leur répartition
biogéographique, les dangers auxquelles ces espèces forestières
9 sont confrontées, leur adaptabilité au changement grâce entre
autres à leur potentiel génétique. Il aborde ainsi les grands
enjeux modernes au vu des changements globaux que nous
connaissons tel le changement climatique et auquel le
sylviculteur de base, l’aménageur, le gestionnaire sont
confrontés au niveau méditerranéen. Nous disposons ainsi d’un
matériau rassemblé et synthétisé, mis à la portée de tous ceux
qui se préoccupent de l’avenir de ces grands espaces en
perpétuelle évolution, connaissances objectives qui ne peuvent
qu’améliorer le dialogue avec la puissance publique et entre les
acteurs des territoires concernés. Voici donc un ouvrage qui
vient heureusement et avec compétence combler une lacune qui
n’avait que trop longtemps duré.
Jean-Paul Chassany
Président de Forêt Méditerranéenne
10
Introduction
Ayant déjà publié deux ouvrages sur les forêts françaises, le
premier sur la forêt métropolitaine (2005), le second sur la forêt
guyanaise (2009), je ne pouvais guère m’abstenir de réaliser un
livre traitant de la forêt méditerranéenne. J’ai parlé un peu de
cette région dans l’ouvrage consacré à la forêt métropolitaine,
mais sa grande originalité méritait un effort supplémentaire.
Une chose a été déterminante : la lecture de l’ouvrage
Écologie et biogéographie des forêts du bassin méditerranéen,
de Quézel et Médail (2003), riche d’enseignements et dans
lequel j’ai beaucoup puisé.
L’accès possible sur Internet aux travaux anciens de
l’Inventaire forestier national, qui présentent la forêt française
département par département de manière détaillée, m’a offert de
remarquables possibilités.
Par ailleurs l’association Forêt Méditerranéenne a mis en
vente une collection de numéros d’après 1985 qui restaient sans
usage. Les ayant acquis, j’y ai trouvé aussi de nombreuses et
précieuses indications.
A partir ce cette riche documentation, l’écriture n’était plus
qu’un plaisir.

J’espère que les lecteurs trouveront autant d’intérêt à lire ce
livre, bien qu’il soit un peu aride, que j’en ai pris à le rédiger.

11
1

Généralités
Le climat méditerranéen est caractérisé par des étés à la fois
chauds et secs. Diverses formulations tentent de le décrire :
quotient pluviothermique d’Emberger, étages bioclimatiques,
étages de végétation, diagramme umbro-thermique de Gaussen
et Bagnouls. L’action humaine, depuis 10 000 ans, a fortement
dégradé la végétation qui a commencé à se dessiner depuis le
tertiaire avant de se trouver repoussée dans des refuges par les
glaciations puis de revenir. Les sols sont généralement peu
acides et souvent très superficiels et érodés.
1 - Géographie des zones méditerranéennes
En Europe il s’agit du pourtour de la mer Méditerranée,
depuis les côtes jusqu’à une certaine distance vers l’intérieur,
après quoi le climat méditerranéen cède la place vers le nord au
climat tempéré. La transition est assez progressive et il n’y a
donc pas de limite tranchée. L’Afrique du Nord, jusqu’au
Sahara, appartient à la zone méditerranéenne.
Le climat méditerranéen est caractérisé par des pluies faibles
ou nulles pendant la saison chaude, l’été. Les pluies sont surtout
automnales, hivernales ou printanières. La température
moyenne est élevée. Le pourtour de la Méditerranée n’est pas le
seul à présenter ces caractères : en Californie, au sud de
l’Australie, en Afrique du Sud, on trouve aussi des zones à
caractère méditerranéen typique.
Outre le sud de l’Europe (Espagne, Portugal, Italie, ex-
Yougoslavie, Grèce, Albanie), la zone de climats à caractère
méditerranéen comprend aussi des régions d’Asie : Turquie,
13 Syrie, Liban, Israël, Jordanie et d’Afrique : Égypte, Lybie,
Tunisie, Algérie et Maroc. Malgré cette dispersion sur trois
continents, la zone méditerranéenne afro-euro-asiatique
présente une unité incontestable.
En France, on fait traditionnellement correspondre la zone
méditerranéenne à celle de la culture de l’olivier. Elle comprend
donc tout ou partie des départements suivants : Pyrénées-
Orientales, Aude, Hérault, Gard, Bouches-du-Rhône, Vaucluse,
Drôme, Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence, Var, Alpes-
Maritimes, Haute-Corse et Corse–du-Sud. En France
continentale, elle est limitée par des barrières montagneuses
moyennement élevées, Pyrénées, Massif Central, Alpes du Sud
et remonte la vallée du Rhône jusqu’à Donzère et même
Valence.
2 - Les indices de caractérisation du climat méditerranéen.
a)-Le Houérou (2007) définit la région méditerranéenne comme
celle où le rapport de la pluviométrie du trimestre d’hiver à
celle du trimestre d’été est supérieur à 2,0 et le rapport de la
pluviosité du semestre d’hiver à celle du semestre d’été est
supérieur à 1,5.

b)-Le coefficient Q d’Emberger : 2

100 P
Q = ---------, formule donnée par Rameau et al. (2008). 2
2 2 M - m

P : pluviométrie en mm
M : moyenne des maxima du mois le plus chaud
m : moyenne des minimas du mois le plus froid
Ce coefficient, associé à la pluviométrie, permet de définir
six bioclimats ou étages bioclimatiques et chacun d’eux peut se
subdiviser en variantes d’après les valeurs de m.

14
Bioclimats P en mm Q 2
Per-aride < 100 < 10
Aride 100-400 10- 45
Semi-aride 400-600 45-70
600-800 70-110 Sub-humide
Humide 800-1000 110-150
Per-humide > 1000 > 150


-très chaud : m > 10°
-chaud : m compris entre +7 et +10 °
-tempéré : m compris entre +3 et +7°
-frais : m compris entre 0 et +3°
-froid : m compris entre -3° et 0
-très froid : m compris entre -7 et -3 °
-extrêmement froid : m inférieur à -7°.

Ainsi un bioclimat aride peut être chaud ou froid : les
steppes d’Anatolie en Turquie sont par exemple arides et
froides, tandis que le sud marocain est par endroits aride et
chaud ou très chaud.

Cette division sur la base des minima de température du
mois le plus froid correspond aussi à la définition d’étages
altitudinaux de végétation :

-étage infra-méditerranéen : m est généralement supérieur à +
7°. On le trouve au sud-ouest du Maroc, région de l’arganier et
de l’acacia gommier ;

-étage thermo-méditerranéen : m est compris entre + 3° et + 7°
et la température moyenne annuelle est supérieure à 17°. Cet
étage couvre la majorité des régions d’Afrique du Nord et on le
trouve aussi en Espagne méridionale, en Grèce et au Proche-
Orient jusqu’à 800-1000 mètres d’altitude et en France dans les
régions du Languedoc et de Provence très proches de la mer.
15 Étage à olivier sauvage, pistachier lentisque, pin d’Alep, pin
brutia et thuya de Berbérie ;

-étage méso-méditerranéen ou eu-méditerranéen : m est
compris entre 0 et +3° et la température moyenne va de 13 à
17°. Il est bien caractérisé en France et en Italie du bord de la
mer (sauf quelques zones thermo-méditerranéennes) jusqu’à
300-400 m d’altitude et en Afrique du Nord de 400 à 1 000 m ;
s’y développent surtout des forêts de chênes scléro-
phylles* (chêne vert et chêne-liège);

-étage supra-méditerranéen : m varie de -3 à 0° avec une
température moyenne de 8 à 13°. Il est occupé au nord de la
*Méditerranée par des chênes caducifoliés , notamment le chêne
pubescent et s’étage de 400-500 m à 800-900 m. Au sud, il
atteint 1 500 à 2 000 m et porte des forêts diverses où le chêne
vert et le chêne-liège sont présents dans les régions sèches. On
trouve également dans ces conditions Quercus faginea et Q.
canariensis, en Espagne et au Maroc, Quercus cerris, Q. robur,
Q. petraea au nord de la Méditerranée. Plusieurs autres chênes
sont également typiques de cet étage qui est parfois appelé
étage méditerranéen supérieur . Des conifères sont également
abondants : pins noirs, pin sylvestre.

-étage montagnard méditerranéen : m se situe entre -7 et -3°, la
température moyenne s’échelonne de 4 à 8°. Il se situe entre
800 et 1400 m au nord de la Méditerranée et 1 400 et 2 400 au
sud. C’est la zone des cèdres, des sapins méditerranéens, de
certains pins noirs (laricio). On y trouve aussi du hêtre.

-étage oro-méditerranéen : m est inférieur à -7° et la
température moyenne à + 4°. La forêt y est présente jusqu’à
2300 m dans la zone nord-méditerranéenne et jusqu’à 2800 m
dans le Haut-Atlas marocain. Les forêts sont clairsemées et à
base de genévrier thurifère, sous-espèce africana. Le pin à
crochets y forme des peuplements.


* Un mot marqué d’un astérisque renvoie au lexique en fin d’ouvrage.
16 c)-Le diagramme umbro-thermique de Gaussen et Bagnouls.
Cet autre critère de définition et de classification des climats
méditerranéens prend directement en considération la pluvio-
métrie P et la température moyenne T. On construit à partir des
moyennes mensuelles la courbe de P et celle de 2T. Un mois
pendant lequel la courbe de la pluviométrie se situe au-dessous
de la courbe 2T est considéré comme un mois sec. Une carte a
été dressée qui met en évidence les zones présentant
-1 à 3 mois secs : le nord de l’Espagne, le nord de l’Italie, une
partie du territoire français sur quelques dizaines de km de
profondeur à partir de la côte méditerranéenne et l’est de la
Corse, le centre de la Grèce ;
-3 à 5 mois secs : le sud de l’Espagne, deux petites parties de la
France dans les Pyrénées-Orientales et les Bouches-du-Rhône,
le sud de l’Italie, le pourtour de la Grèce, l’ouest et le nord de la
Turquie, les atlas nord-africains ;
-plus de 5 mois secs : la Syrie, le Liban, le Nord de l’Égypte et
de la Lybie, l’Afrique du Nord sur 300 km de profondeur à
l’exception des montagnes ;
-12 mois secs : on est alors en climat saharien.

En détaillant davantage, on peut prendre en considération le
nombre de jours secs pendant lesquels P est inférieure à 2T et,
sur ces bases, Gaussen et Bagnouls ont retenu 6 classes de
climats :
- xéro-thermo-méditerranéen : entre 150 et 200 jours secs ;
- thermo-méditerranéen accentué : entre 125 et 150 jours secs ;
-thermo-méditerranéen atténué : entre 100 et 125 jours secs ;
-méso-méditerranéen accentué : entre 75 et 100 jours secs ;
-méso-méditerranéen atténué : entre 40 et 75 jours secs ;
-sub-méditerranéen : 0 à 40 jours secs.

Ce système a l’avantage de serrer de près la définition
générale du climat méditerranéen et, par contre, un
inconvénient : dans sa version la plus précise il nécessite des
données météorologiques plus détaillées que le système
d’Emberger, souvent difficiles à obtenir. Par ailleurs il ne tient
pas compte des valeurs absolues des températures et ne peut
17 ddonc discerrner les variantes éventuelles des zon nes
bioclimatiques ci-dessus.

En définitive une bonne caractérisation d’une zone
climatique en milieu médiiterranéen demanderait en premier lieu
de la situer dans l’un ou ll’autre des bioclimats et des étages de
vvégétation dééfinis par Emmberger, puuis de précisser son indicce
xxéro-thermiquue (nombre e de jours secs) selonn Gaussen et
Bagnouls.



FIGURE 1 : Étages altitudinaux de végétation suivant diffférents auteurs.
(Quézel et Médail, 2003). La règle à gauche indique les minima des mois les
plus froids.
18 3 – La végétaation méditerrranéenne
Suivant les conditions s générales et locales, les bioclimats et
les étages de végétation, la végétation méditerranéenne est
extrêmement variée. Globalement on peut y distinguer (Quézel
et Médail, 2003) :



FIGURE 22 : diagramme uumbro-thermiquue de Gaussen eet Bagnouls.


-des groupements préstteppiques. Il s’agit de formations
arborées lâches dont la strate sous-jacente ne conserve pas tracce
de végétaux des forêts, mais essentiellement des planttes
stteppiques, péérennes ou aannuelles. On les trouve en bioclimaats
aride et semi-aride, tempérés ou chauds ou au contraire froidds
ou très froids au contact ddes steppes d’altitude. Les sols de cees
formations sont souvent suuperficiels et érodés ;
-des groupements préforestiers. Ce sont des structur res
fortement influencées par l’action humaine, représentant d des
facies de dégradation de la forêt, des matorrals*,
évventuellemennt en cours de retour vers celle-ci et comportaant
encore dans la végétation non arborée des composanttees
forestières. On peut less trouver sous tous les bioclimats
compatibles avec la forêt ;
19 -des groupements forestiers. Structures de végétation stables
dominées par des espèces sylvatiques, sur des sols évolués.
Elles ont longtemps été considérées comme climaciques. Par
exemple en France, sur sols calcaires ou calciques, elles
peuvent résulter du passage de pelouses à Brachypodium
retusum à des formations à Quercus coccifera et Rosmarinus
officinalis, puis à des préforêts de pin d’Alep, puis à des forêts
de chêne vert ou de chêne pubescent.
Ces groupements forestiers peuvent être composés de trois
grands types de forêts :
-forêt sempervirente, elle-même de deux sortes : à arganier au
Maroc sud-occidental ; à Quercus ilex ssp. ilex en Méditerranée
occi-dentale ou Méditerranée orientale ;

-forêt caducifoliée dans les parties les plus humides aux
altitudes moyennes ;
-forêt caducifoliée méditerranéenne : Quercus faginea (Afrique
du Nord et Espagne), Q. infectoria, Q. cerris, Q. itaburensis
(Méditerranée orientale et Italie du sud), Pistacia atlantica (sud
de la Méditerranée et Proche-Orient) ;

-forêt caducifoliée sub-méditerranéenne : dans la partie nord du
bassin méditerranéen, avec Quercus pubescens, Q. frainetto, Q.
trojana, Q. petraea, parfois Ostrya carpinifolia, Carpinus
orientalis, Fraxinus ornus, moins souvent Fagus sylvatica ;

-forêt de conifères. Suivant les régions et les altitudes :
-en zone inférieure : Pinus halepensis (Méditerranée
occidentale et centrale), Pinus brutia (Méditerranée orientale),
Tetraclinis articulata (Afrique du Nord), Pinus pinaster, Pinus
pinea ;
-en zone moyenne : Pinus nigra, Pinus sylvestris ; ontagnarde : Abies et Cedrus ;
-à haute altitude : Juniperus thurifera et J. excelsa.
On peut encore ajouter en zone sub-désertique, les
formations à Acacia.
20 Histoire du peuplement arboré.
On trouvera en annexe, à la fin du livre, un tableau qui tente
d’établir une correspondance entre toutes les expressions des
temps passés : ères géologiques, glaciations, civilisations.

C’est dès le Crétacé inférieur, il y a environ 80 millions
d’années, que l’on trouve en Provence les premiers
gymnospermes, des genres voisins des Cedrus actuels. Au
milieu de l’Éocène, voici 40 millions d’années, existent des
végétaux sclérophylles communs à l’Europe et à l’Amérique,
des Juniperus, des Quercus, des Rhus, des genres issus de
laurifoliées tropicales.

Dans quelques localités de Provence on a retrouvé des restes
de divers arbres appartenant à des genres et espèces actuels et
datant de l’Oligocène inférieur (35 millions d’années BP*) :
Acer, Alnus, Carpinus, Ceratonia silica, Cercis siliquastrum,
Celtis, Fraxinus, Platanus, Populus, Quercus, Salix, Tilia,
Ulmus, Ostrya, Pinus nigra subsp. salzmannii, Taxodium,
Sequoia.

Au Miocène et au Pliocène (30 à 2 millions d’années BP,
annexe 1) on voit apparaître des éléments nouveaux, souvent
plus xériques, dont des végétaux actuels : Pinus halepensis,
Quercus ilex, Quercus coccifera, Ulmus, Betula, Abies,
Juniperus, Cedrus, Olea, Laurus. Ces genres ou espèces sont
accompagnés d’autres qu’on ne trouve plus de nos jours à l’état
naturel dans nos forêts méditerranéennes françaises :
Tetraclinis, Parrotia, Acacia, Robinia, Juglans, Ceratonia,
Carya, Pterocarya, Taxodium, Cinnamomum, Pistacia
atlantica, tandis que des espèces actuelles sont présentes dans
des régions proches, par exemple Quercus suber en Tunisie.

Les grandes glaciations vont perturber tout cela. Une partie
de la flore tertiaire se réfugie aux Canaries et à Madère :
Laurus, Acacia, Pinus (dont il reste le Pin des Canaries).
D’autres espèces trouvent refuge en Sicile ou en Crète (Cedrus
brevifolia, Quercus alnifolia, Acer sempervirens), au sud de
21 l’Italie, en Grèce (Abies cephalonica, A. equi-trojani, Pinus
heldreichii), en Turquie (Abies cilicica).
Nos espèces françaises actuelles trouvent refuge dans
diverses régions : Abies alba dans les Pyrénées, en Italie du sud
et dans les Balkans ; Alnus glutinosa au sud de l’Espagne, en
Corse, au sud de l’Italie, au sud-est de l’Europe, en Turquie, en
Kabylie ; Fagus sylvatica au sud de l’Italie et dans les Balkans ;
Olea europaea en Andalousie, au Maroc, en Tunisie, en Israël ;
Pinus pinaster dans les montagnes de la péninsule ibérique ;
Pinus sylvestris au centre et au sud de l’Espagne et dans les
Pyrénées ; Quercus ilex au Maghreb, Quercus petraea, Q. robur
et Q. pubescens en Espagne, en Italie et dans les Balkans
(Quézel et Médail, 2003).

Après les glaciations vient la période de reconquête. Celle-ci
va dépendre des rapports de l’espèce en nouvelle extension avec
celles qui occupent déjà les lieux. Certaines ont la chance de ne
rencontrer aucun obstacle ; d’autres vont dévier et ne pas
revenir dans leur aire d’origine si d’autres espèces forment une
barrière ; d’autres vont trouver la place prise et devront ou bien
aller chercher fortune ailleurs ou bien faire preuve de subtilité
en s’hybridant avec les occupants, quitte à perdre leur
personnalité.

La vitesse de progression est souvent bien plus grande qu’on
ne l’imagine : on a pu établir, pour les chênes à feuilles
caduques ou pour le pin sylvestre, des vitesses qui approchent
ou atteignent le km/an, pas forcément régulières mais par sauts
successifs. Les itinéraires de cette reconquête sont de trois
sortes : les réfugiés d’Espagne ou du Maroc reviennent par
l’ouest des Pyrénées et remontent progressivement vers le nord-
ouest ; ceux qui viennent d’Italie passent par le littoral ou la
plaine du Pô ; quant à ceux qui s’étaient réfugiés en Grèce ou
dans les Balkans, ils remontent par la Hongrie et la Roumanie à
moins que, empruntant simultanément deux voies de retour, les
deux migrants se réenrichissent mutuellement par hybridation.
Tous ces phénomènes expliquent la fragmentation de
certains genres, notamment les Abies et Pinus nigra, en fonction
22 dde leur localissation géograaphique actuuelle restée trrès liée à leuurs
aires de refuge.
Ainsi se sont mis en place, depuis la fin des glaciations, lles
groupements préforestierss ou forestiers évoqués plus haut. Ils
sont la résultante d’une extension nouvelle des espèces, mais
contrariée par l’action de l’homme et de ses troupeaux. P Par
exxemple les forêts scléroophylles de l’étage eu-mméditerranéeen,
coonsidérées uun temps commme des grooupement cllimaciques, nne
devraient s’interpréter que comme des états métastablles
correspondant à une extension de la forêt caducifoliée arrêtéée
par l’action humaine. Le es forêts caducifoliées pourraient sous




FIGURE 3 : répartition des types de forêt dans un climagramme qui fait
intervenir le Q d’Emberger, la pluviométrie annuelle et m, moyenne des 2
minima du mois le plus froid. D’après Quézel et Médail, 2003


certaines formes recooloniser même l’étage therm moo-
méditerranéen (Quezel et Médail, 2003), ou du moins l’auraie ent
pu à la faveur de la diminution d’intensité de l’emprise de
l’homme si le réchauffement climatique et la xéricité estivale
23 qui l’accompagnera probablement ne venaient à nouveau
s’opposer à cette extension.
Les sols des forêts méditerranéennes.
Ils sont développés sur des roches-mères très variées et sont
donc très variables eux-mêmes. Par rapport aux sols des régions
tempérées, ils présentent deux différences importantes. La
première est que, en général, par le fait d’un climat où
l’évapotranspiration est forte et les précipitations peu
abondantes, la lixiviation* des cations alcalins et alcalino-
terreux, calcium, magnésium et potassium notamment, est peu
active, ce qui entraîne des taux de saturation et des pH* plus
élevés que dans les pays tempérés. On aura donc plus de sols
calcaires que sous climat tempéré. Les sols bruns* (brunisols*)
et bruns lessivés* (brunisols luviques*) seront plus riches en
cations « basiques » échangeables*. Ceci n’exclut pas
cependant l’existence, sur des substrats acides, de sols bruns
acides* (brunisols oligo-saturés), podzoliques* (podzosols
éluviques*) par exemple sur grès du Tertiaire au sud de l’Aude
ou, aux altitudes élevées, de sols riches en humus qui sont très
comparables aux sols cryptopodzoliques humifères* (podzosols
humiques* ou alocrisols humiques podzolisés*) des montagnes
tempérées, par exemple au sommet de la chaîne des Albères.
Autre différence notable, l’action humaine a souvent conduit à
une érosion forte. La proportion de sols superficiels est donc
plus grande que dans les zones tempérées, avec la conséquence
fâcheuse que cela entraîne sur les réserves d’eau utilisable pour
la végétation. Le corollaire correctif est que, si l’érosion n’est
pas trop brutale, les sols colluviaux sont aussi plus profonds,
mais rarement utilisés par la forêt.
Enfin, aux étages thermo- et méso-méditerranéens et
quelquefois au supraméditerranéen, il existe des sols rubéfiés
(riches en oxydes de fer peu hydratés, goethite ou hématite)
dont la genèse remonte à des épisodes climatiques anciens mais
que le climat actuel a conservés, alors qu’ils ont été
secondairement brunifiés à l’étage montagnard et sous climat
tempéré.

24 Lebourgeois et al. (2012) citent une formule mise au point par
Dreyfus et al. (2007) permettant de classer les sols méditerranéens
montagnards en secs, mésophiles ou humides. Cette formule fait
intervenir :
-RUM, réserve utile maximale en eau (en mm) ; c’est la quantité la
plus élevée qu’un sol puisse stocker après des pluies suivies d’un
drainage libre et qui dépend de la texture*, de la profondeur du sol
et du pourcentage de cailloux et composants ne passant pas au tamis
de 2 mm ;
-topo, indice de topographie locale qui dépend lui-même de la valeur
de A et de D, arrivées et départs locaux d’eau ; il est de 0,5 si D>A,
1 si D =A et 1,5 si D<A
-pente du site en degrés.

Voici la formule :

0, 514IDLE = (1,058 + 0, 355 x RUM ) x ((1 + 0, 279 x (topo – 1)) x
((1 – 0,00242 x (pente – 20))

Sols secs : IDLE moyen = 2,1
Sols mésophiles : IDLE moyen = 3,0
Sols humides : IDLE moyen =4,1
L’action humaine
Elle a pesé particulièrement lourd dans la destinée des forêts
méditerranéennes.
Défrichements. Dès le néolithique, vers 10 000 BP*, les
populations cultivaient le blé et l’orge. Pour cela il fallait
défricher, ce qu’elles firent, d’abord sous forme de déboi-
sements de petite surface et temporaires, appelés landnams.
L’élevage se développa également, certainement aussi nocif car
les caprins mangent les jeunes pousses, empêchant la
reconstitution de la forêt, sans compter le fait qu’on brûle
souvent les bois pour ouvrir et améliorer les parcours. A l’âge
du bronze, à partir de 3 000 BP environ, les défrichements se
généralisent à basse altitude et se poursuivent jusqu’aux
premiers siècles de l’ère chrétienne. A l’époque des invasions
germaniques, la moitié de l’aire primitive de la forêt
méditerranéenne n’est plus boisée.
25 Coupes. A la quête de nourriture s’ajoute très tôt, notam-ment à
l’époque romaine, les coupes pour la construction d’édifices.
On a par exemple coupé 25 000 à 30 000 chênes, pins d’Alep
ou pins parasol pour réaliser les fondations des arènes de
Nîmes. Il en fallut plus encore pour celles de Venise. La
construction de navires par les Phéniciens, les Romains, les
Carthaginois, plus tard par les rois de France a occasionné la
coupe de nombreux chênes ou pins. Chaque vaisseau de guerre,
selon sa taille, nécessitait de 600 à 3 000 arbres pour sa
construction et, avant les blindages en acier, on faisait appel à
des blindages en chêne de plusieurs décimètres d’épaisseur. Les
pins laricio de Corse, réputés pour faire de bons mâts, ont été
lourdement mis à contribution. Les besoins des verreries, de la
e e sidérurgie au XVIII et XIX siècles ont continué à mettre à mal
nos forêts du Midi en même temps que celles situées plus au
nord.
Reconnaissons cependant que les zones tempérées ont
également été déboisées mais le résultat diffère : si la superficie
forestière a été réduite de 50 % ou plus, il y a cultures ou
prairies d’un côté, forêts de l’autre mais jamais comme en zone
méditerranéenne des formes intermédiaires : matorrals* ou
forêts claires où l’arbre n’assure qu’une faible portion du
couvert, le reste revenant aux espèces buissonnantes. C’est
l’effet du climat, certainement aussi de l’histoire humaine ; les
féodaux ont, en pays tempéré, interdit plus tôt le pâturage en
forêt, hormis le gagnage des porcs.

Tendances actuelles et futures. En Afrique du Nord les
déforestations continuent, en partie justifiées par les dépéris-
sements qui font suite à des années sèches, et l’on conseille
parfois de remplacer les forêts dépérissantes par des plantations
d’oliviers. Au Maroc par exemple, les forêts ont perdu, depuis
1948, 1 400 000 ha et cette diminution frappe toutes les
essences, le cèdre et l’arganier, l’un et l’autre, de grande valeur
économique, étant les plus touchés avec des pertes de l’ordre de
40 %.
De nos jours, en France, la forêt regagne du terrain mais
n’en reste pas moins sujette à des agressions sévères : incendies
et fragmentation par les constructions. Certes les feux ont, en
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