Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 26,25 €

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La formation professionnelle et les fonctions des psychologues cliniciens

De
436 pages
Des dissonances frappent les organisations professionnelles de psychologues cliniciens. Cette situation ne doit pas exonérer d'une concertation permanente entre psychologues cliniciens de générations et de statuts différents afin de défendre une science possible de la subjectivité et une pratique psycho-clinique qui assume l'épreuve de la rencontre intersubjective. Ces contributions autour de la psycho-clinique, sa pensée, ses acteurs et ses dispositifs s'exposent aux impératifs de la promotion de la recherche, de l'innovation dans la formation et de la concertation politique.
Voir plus Voir moins

LA FORMATION PROFESSIONNELLE ET LES FONCTIONS DES PSYCHOLOGUES CLINICIENS

Collection Psychologie Clinique Dirigée par Sylvain BOUYER et Olivier DOUVILLE

Approche du sujet, la psychologie clinique s'intéresse à chaque personnalité singulière en situation, en tenant compte de son évolution, de ses réponses subjectives et de ses interactions. Démarche particulière, la psychologie clinique ne saurait se réduire à un domaine, un objet, un cadre théorique ou un ensemble de techniques spécifiques. On la trouve à l'œuvre dans différents champs professionnels - travail, santé, éducation - et diverses disciplines - psychologie sociale, développementale, interculturelle, pathologique. A ce titre, elle est largement redevable à la psychanalyse, dont la théorie et la pratique lui donnent sens. Ouverte aux praticiens et aux théoriciens qui s'en réclament, la collection Psychologie Clinique propose, en continuité avec la revue éponyme, des ouvrages synthétiques sur une question psychologique de l'homme dans sa double inscription intrapsychique et sociale: aussi bien des livres qui font le tour d'une question clinique, des textes qui présentent un problème d'actualité sur lequel le clinicien a des contributions à apporter que des ouvrages qui explorent une pratique clinique d'intervention, de recherche et/ou de soin. La collection Psychologie Clinique s'adresse aux praticiens et aux universitaires, et plus largement aux lecteurs concernés par une réflexion ou une pratique sur l'homme au singulier.

Comité scientifique Sylvain Bouyer, Nancy Nathalie Dumet, Lyon Marie-Claude Mietkiewicz, Nancy Olivier Douville, Nanterre Benjamin Jacobi, Aix-Marseille Marie-Jean Sauret, Toulouse

Sous la direction de

Jean-Pierre Martineau et Alain Savet

LA FORMATION PROFESSIONNELLE ET LES FONCTIONS DES PSYCHOLOGUES CLINICIENS

Collection Psychologie Clinique

L'Harmattan

DANS LA MEME COLLECTION

Marie-Claude MIETKIEWICZ et Sylvain BOUYER Où en est la psychologie clinique? (2003) Patrick Ange RAOULT La psychologie clinique et la profession de psychologue (Dé)Qualification et (Dé) Formation? (2004)

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.ft harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03118-0 EAN : 9782296031180

Les auteurs
Marie-Odile BESSES
Allocataire de recherche Université Toulouse II

Gérard BOLLINI Professeurde Médecine.Servicede ChirurgieOrthopédiquePédiatrique CHU La Timone, Marseille Eliane BOMBAIL-BERDAGUER Psychologue clinicienne. Collège des psychologues hospitaliers des Pyrénées Orientales Agnès BONNET
Maître de Conférences en Psychologie clinique et Psychopathologie Université de Provence Jean-Pierre BOUCHARD, Psychologue Clinicien Docteur en psychopathologie, docteur en droit, UMD - Cadillac. Jean-François
Psychologue

BOUIX

clinicien.

Vassiliki BOUKOUVALA Psychologue clinicienne, Secrétaire Générale de l'Association des Psychologues Grecs.

Sylvain BOUYER Maître de Conférencesen psychologieclinique, UniversitéNancy II Anne BRUN
Maître de Conférences en psychopathologie, Université Lumière, Lyon

Valérie CAPDEVIELLE-MOUGNIBAS
Maître de conférences en psychologie clinique. Université Toulouse II

Françoise CARON
Maître de conférences en psychologie clinique et psychopathologie Université de Provence.

7

Marie-Claude CARREAU-RIZZETO
Docteur en psychopathologie. Psychologue clinicienne des Hôpitaux

Jenny CHAN UniversitéLyon II Albert CICCONE
Professeur en psychologie clinique, Université Lumière, Lyon

Elaine COSTA-FERNANDEZ Psychologueclinicienne,PAST à l'UniversitéToulouseII Marianne DOLLANDER
Maître de conférences en psychologie clinique, psychologue clinicien

Caroline DOUCET Maître de Conférences Rennes II

Bernard DUEZ
Professeur en psychologie clinique, Université Lumière, Lyon II

Lydia FERNANDEZ
Maître de Conférences en Psychopathologie Université de Provence.

Benoît FROMAGE Maître de conférences,Universitéd'Angers. Georges GAILLARD Maître de conférences,CRPPC, UniversitéLumière,Lyon II. Psychanalyste. Jean-Philippe GAUDRON
Maître de conférences en psychologie sociale à Toulouse II

Évelyne GRANGE-SEGERAL Maître de conférences,Lyon II Philippe GROSBOIS Psychologue, enseignant à l'Institut de Psychologie et Sociologie Appliquées de l'Université Catholiquede l'Ouest, Angers. Madeleine GUEYDAN Maître de Conférencesen psychologieclinique,UniversitéNîmes/MontpellierIII

8

Zohra GUERRAOUI
Maître de conférences, Université Toulouse II, URPI (Unité de Recherche en Psychologie Interculturelle). Norbert HACQUARD
Psychologue Ancien Secrétaire général du Syndicat National des Psychologues

Sonia HA RRA TI Chargée d'enseignement et de recherche. Expert Psychologue près des tribunaux. Université Toulouse II

Adam KISS
Maître de conférences associé Université Toulouse II

Édith LECOURT
Professeur en psychologie clinique, Université René Descartes, Paris

Pascal Le MALEF AN
Maître de Conférences en psychopathologie Université de Rouan

Odette LESCARRET,
Professeur de psychologie du développement, coordonnatrice de la coopération universitaire, Université Nîmes/Montpellier III

Alexandre LHOTELLIER Professeurde Psychologie.Directeurdu départementde Psychologiede l'Université de Nantes. Jean-Pierre MARTINEAU
Professeur de Psychologie Clinique et Psychopathologie Université Montpellier III.

Thérèse MARTIRIS Psychologue clinicienne. Collège des psychologues hospitaliers des Pyrénées Orientales Denis MELLIER Maître de Conférencesen psychologieclinique, UniversitéLumière,Lyon II

9

Yves MORHA/N Professeur de psychologie clinique et de psychopathologie Institut de Psychologie. Centre de Recherche en Psychopathologie et Psychologie Clinique. Université Lumière. Lyon II

Klimis NA VRIDIS Professeur de Psychologie, Université d'Athènes, Analyste et psychothérapeute, Représententde la SociétéHelléniquede la Psychologie. Jean-Louis PEDINIELLI
Professeur de Psychopathologie et Psychologie clinique Université de Provence Stéphane PROIA Psychologue, Docteur en psychologie clinique, psychopathologie, psychanalyse. Université Montpellier III.

Patricia ROSSI-NEVES
Maître de conférences en psychologie sociale Université Toulouse II

Pascal ROMAN
Professeur en psychologie clinique, Université Lumière, Lyon

Marie-Odile RUC/NE Psychologueclinicienne.Représentantede l'associationPSYCLIHOS
José RUHLAND Psychologue clinicien. Docteur en Psychologie. Service de Cardiologie infantile, Vandoeuvre les Nancy. Marie-Jean SAURET Professeur en psychanalyse, Université Toulouse II

Alain SA VET
Maître de Conférences en psychologie clinique et pathologique, Université Toulouse II

Silke SCHAUDER Maître de conférencesen psychologiecliniqueet pathologiqueà l'lED-Université Paris VIII. Christine SCHWANSE TOURNA/RE Psychologueclinicienne.Représentantede l'associationPSYCLIHOS

10

André SIROTA
Professeur de psychologie clinique et de psychopathologie sociale, Université Paris X, Nanterre Henri SZTULMAN Professeur de Psychopathologie. Directeur du Centre d'Études et de Recherches en Psychopathologie. Université de Toulouse II

Igor TCHERNICHEFF
Psychologue clinicien Conseil général de la Haute Garonne

Tran THU HUONG Faculté de psychologieà l'Universitédes SciencesSocialeset Humainesde Hanoi. Jean-Philippe TOUTUT
Psychologue clinicien, Psychosociologue, Docteur en Psychologie Chargé de cours en D.E.S.S. de Psychologie de l'enfant et de l'adolescent de Toulouse II Université

Serge VALLON
Docteur en psychologie, psychanalyste

Hélène de la VAISSIÈRE Psychologue clinicienne, Docteur en Psychologie. Tânia Maria José Aiello VAISBERG, Professeur de Psychologie. Université Catholique de Campinas, Pontifica-Brésil. David VA VASSORI Maître de Conférences. Psychologue Clinicien Université Toulouse II Gérard VA YSSE, Professeur de Neurosciences, Directeur de l'UFR de Psychologie, Toulouse II.

Loick M. VILLERBU
Professeur en psychologie clinique et psychopathologie Institut de Criminologie et Sciences Humaines (ICSH), Laboratoire de Cliniques Psychologiques, Psychopathologies et Criminologies (LCPPC). Rennes 2.

Catherine WIEDER
Maître de Conférences en Psychologie clinique et Psychopathologie. Université de Franche-Comté, Besançon.

Il

Sommaire
INTRODUCTION
La psychologie clinique, sans édulcoration, contre les passions tristes Jean Pierre Matineau et Alain Savet ... ... .19

CHAPITRE 1 Psychologie clinique et culture. La psychothérapie en question
L'amour de psyché, envie et gratitude des psychologues cliniciens
Jean Pierre Martineau.. . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .30

Quel clinicien au temps de la société psychothérapeutique Plaidoyer pour un clinicien du lien social
Marie-Jean Sauret.

?

. . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..38

Peut-on enseigner les psychothérapies à l'université? Henri Sztulman... ... ...
Psychothérapie,
Philippe Grosbois...

... ... ... ... ...

... ...45

éthique et politique
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. .63

Pour une clinique de l'institution Serge Vallon La question du contre-transfert dans l'affiliation théorique
Stéphane Proia...

70

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . 81

« Peut-on tout dire? Quid de l'éthique contre-transférentielle... » Catherine Wieder De la culture d'une erreur à l'erreur d'une inculture Igor Tchernicheff... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... .. .... ... ... .. « Qu'est ce qu'une illusion, une croyance dérivée des désirs humains» Gilbert Lacanal... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... .. .... ... Pourquoi et comment programmer la disparition de la psychologie clinique?
Norbert H acquart.

.90

... ... ... ...98

103

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . 107

La formation des psychologues cliniciens Hors l'Université, point de salut?
Sylvain Bouyer, Marianne Dollander. ........ ...... ........ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120

13

CHAPITRE 2 Psychologie clinique et recherche: d'intervention des psychologues cliniciens

champs

et

modalités

Missions du psychologue clinicien en milieu hospitalier: généraliste ou spécialiste multicartes ?
Agnès Bonnet, Jean-Louis Pedinielli, Gérard Bollini. .. . . . . . . . . . . . . . . .. . .. . . .. .126

Les psychologues hospitaliers de rAP HP, entre savoir universitaire, et travail au lit du patient: réflexions à partir des fiches de poste Marie-Odile Rucine Christine Schwanse Toumaire... ... ... ... Une lacune: La fonction tenir conseil en psychologie
Alexandre Lhotellier, Jean-Philippe Gaudron.

..132

. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146

Le psychologue dans le champ de la médiation: réalités et enjeux Yves Morhain Groupe thérapeutique d'écriture et travail d'historisation à l'adolescence
Anne Brun.

.154

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 163

De la nécessité de la psychologie interculturelle dans la formation des psychologues cliniciens Zohra Guerraoui, Elaine Costa-Fernandez... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... La formation des psychologues cliniciens au travail social, au développement communautaire et à l'action humanitaire Adam Kiss... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... .. .... ...

.166

... ... ... ... ... .

..173

L'observation du bébé selon E. Bick et la formation clinique à l'université Denis Mellier. .. Clinique du bout de la vie Benoît Fromage La recherche en psychologie clinique serait-elle une aporie?
Madeleine Gueydan...

.180

.189

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196

La recherche en psychologie clinique: Recherche clinique ou recherche en clinique Lydia Fernandez, Jean Louis Pedinielli La recherche de l'origine et l'origine de la recherche
Jenny C han.

.202

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . 2 13

Clinique et recherche: essai de formalisation à partir d'une pratique de psychologue en soins palliatifs
Caroline Doucet... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .221

14

Question pour une clinique renouvelée Loick M Villerbu

.226

Quand la psychologie clinique interroge le champ de la criminologie
Sonia Harrati et David Vavassori... . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . ... . . . . . . . . . . .234

CHAPITRE 3 Psychologie clinique et formation: continue

de l'initiation à la (trans)formation

Quelles leçons tirer des projets récents des pouvoirs publics pour nos formations en clinique?
Françoise Caron.. ........................................... . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . .244

La formation au métier de psychologue clinicien: l'épreuve de la transitionnalité, entre université et terrain clinique Pascal Roman, Hélène de la Vaissiére Au plus près des processus inconscients: La " Formation à Partir de la Pratique" Georges Gaillard... ... ...

252

... ... ... ... ... ... ... ...

..258

Pratiques de médiation thérapeutique: Un passage obligé pour les psychologues en formation Jean-François Bouix. .. ... ... ... ... ... ... .. .... ... ... ... ... ... ... ... ... ... .. La sélection à l'entrée du DESS de psychopathologie clinique de Toulouse
Claude Collado.

... .267

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .275

Débuter en profession, temps privilégié pour continuer à se former Pascal Le Malélan Psyché à l'épreuve d'Eros: la formation clinique à la lumière de la formation continue Alain Savel

284

.289

Intérêts et limites de l'approche clinique dans le champ de l'accompagnement de la trajectoire professionnelle: L'exemple de l'apprentissage professionnel Valérie Capdevielle-Mougnibas, Patricia Rossi-Neves, Marie-Odile Besses... .. .295 Défi ou dilemme? Enseigner la psychologie clinique à distance Compte rendu d'une expérience unique à l'Institut d'Enseignement à Distance-Université Paris 8
S ilke Sc hauder . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .300

15

Le doctorat: un impératif pour les psychologues européens (Proposition de réforme) Jean-Pierre Bouchard... L'expérience du groupe dans la formation du psychologue clinicien André Sirota L'individu en situation: la formation à la clinique des groupes et des institutions, ou comment enseigner la complexité clinique Edith Lee ourt

... ...

308

.311

3 19

L'accompagnement groupai de la confrontation à la conflictualité psychique: une nécessité dans la formation des psychologues cliniciens
Bernard Duez. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 326

L'écoute de l'institution dans le travail de psychologue
Évelyne Grange-Ségéral... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .333

Pour une formation psychosociologique de psychologie clinique Jean-Philippe Toutut ...

appliqué pour les étudiants en DESS

... ... ...

... ... .340

CHAPITRE

4

Psychologie clinique et politique: dissonances et concertations interprofessionnelles, interuniversitaires et internationales
Harmonisation européenne et visibilité internationale des formations et des professionnels de la psychologie clinique
Gérard Vaysse... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..350

Pygmalion à l'université Quels praticiens formons-nous en DESS de psychologie et de psychopathologie cliniques?
Sylvain Bouyer, Marianne Dollander

... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .. . .. . .

. . . . . . . . . .356

Le malentendu praticien-chercheur Michel Grollier ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... Réflexion sur la collaboration UniversitairesIPraticiens A partir d'une expérience singulière Marie-Claude Carreau- Rizzetto.

... ...

... ... ... ... ... .368

374
sert-il ?

Le stage de professionnalisation en psychologie clinique...qui Le psychologue clinicien, le stagiaire ou l'universitaire?
José Ruhland...

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . .377

16

Le stage de la demande à la réalisation
Thérèse Martiris, Eliane Bombai! Berdaguer. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .383

La formation des psychologues en Belgique: L'exemple de l'Université Catholique de Louvain
Amélie Rousseau, Henri Chabrol. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .390

La formation des psychologues cliniciens au Portugal perspective historique et situation actuelle Alicia Lamia, Eta Costa, Susana Lucas, Elaine Costa-Fernandez Psychologues cliniciens, psychothérapeutes: cursus universitaire et formation professionnelle en Grèce Vassiliki Boukouvala, Klimis Navridis... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...

393

... ... ... . . .402

La clinique universitaire pour la formation du psychologue clinique: une expérience brésilienne.
Vaisberg T ânia Maria, José A iel/o. ..... ......... ... ...... .................. ...... . . . .407

Création d'une Filière de Psychologie clinique au Viêt-Nam Odette Lescarret,Madeleine Gueydan,Tran Thu Huong, Dang Hoang Minh

413

Bibliographie

421

17

Remerciements

On se souviendra que ce Colloque s'est principalement tenu à l'Université Toulouse le Mirail dans un amphithéâtre dédié à Vladimir Jankélévitch dont la carrière dans cette université fut très brève, compte tenu de la barbarie nazie et des décisions du gouvernement français dans les années de l'occupation. On notera que le traumatisme de la catastrophe industrielle de l'AZF du 21.09.2001 est encore vivement ressenti dans l'agglomération toulousaine. Monsieur Philippe Douste-Blazy, en tant que Maire de Toulouse à cette époque, avait tenu à saluer les universitaires et les praticiens psychologues qui s'étaient mobilisés lors de cet événement. Lui-même et son successeur à la mairie, Monsieur Jean-Luc Moudenc, ont donné suite à cet hommage en accordant une subvention conséquente à notre Colloque et en nous accueillant à la mairie de Toulouse. Qu'ils en soient ici remerciés ainsi que Monsieur Martin Malvy Président du Conseil Régional et le Professeur Rémy Pech, Président de l'Université de Toulouse le Mirai!. Leurs soutiens financiers avaient aussi une portée symbolique de reconnaissance de l'engagement citoyen des psychologues, mais aussi de leur contribution au rayonnement universitaire et à l'innovation de parcours professionnalisants attendus par la société contemporaine. Enfin nous exprimons notre gratitude pour leur soutien: à l'Association des Enseignants de Psychologie des Universités, au Conseil Scientifique de l'UTM et à l'UFR de Psychologie de l'UTM, aux deux DESS: montpelliérain (psychologie clinique et pathologique) et toulousain (psychopathologie clinique), au Centre Universitaire de Perfectionnement en Psychologie Appliquée, ainsi qu'aux collègues universitaires et praticiens qui se sont associés à l'organisation de ce Colloque et à l'élaboration de ces actes. Très particulièrement Sonia Harrati et David Vavassori. L'arrière pays de cet ouvrage est donc marqué par le souvenir d'une catastrophe barbare toujours possible et celui d'une catastrophe engendrée par les effets pervers, jamais nuls, ni parfaitement contrôlés de l'évolution technico-scientifique. Puissent les psychologues nous aider à voir le futur plein de promesses sans oublier les sombres éclats de ces lointains passés.

18

INTRODUCTION

La psychologie clinique, sans édulcoration, contre les passions tristes
Jean Pierre Martineau Alain Savet

Dans une lettre à Wilhem Fliess du 30.01.1899, Sigmund Freud dit qu'il aperçoit « les relations avec le conflit, avec la vie, tout ce que j'aimerais appeler psychologie clinique ». En rattachant la psychanalyse à la psychologie, il s'oppose à la psychologie académique ou expérimentale, il rejette toute réduction du psychologique à des séquences comportementales observables de l'extérieur. Cette référence fondatrice nous interdit de nous étonner et de nous lamenter des écarts, des dissonances, voire des paradoxes qui traversent nos organisations professionnelles ainsi que de notre épistémé. Pour autant, nous ne serions nous exonérer d'une concertation permanente transdisciplinaire, transgénérationnelle et transprofessionnelle avec tous ceux qui se sentent partie prenante de la défense de la dimension psychique par les cheminements cliniques non réductibles aux impératifs économiques et scientistes de la classification, de la normalisation utilitariste, de l'instrumentalisation des acteurs de la santé mentale d'une part, et des promoteurs en développement personnel ou en bien être d'autre part. La résistance des psychologues cliniciens mais aussi le sauvetage de l'acception humaniste et dynamique d'une science possible de la subjectivité et d'une praxéologie psycho-clinique qui assume l'épreuve de la rencontre intersubjective, donc des liens transférentiels, devraient nous éviter de nous cantonner aujourd'hui dans les controverses entre psychologues, universitaires et praticiens, comme hier dans la contestation des prérogatives des psychiatres s'opposant à l'émancipation des psychologues. Face à l'invasion technico-scientifique des référentiels prétendument athéoriques et résolument utilitaristes, on ne saurait se résigner à un œcuménisme éclectique ni à une édulcoration de la clinique psychologique. Cette édulcoration consistant à qualifier de «psychologue clinicien» tout psychologue (psychosociologue, psychologue du développement, psychologue scolaire, conseiller d'orientation psychologue, psychologue de la santé, neuropsychologue...) dès lors qu'il entretient une relation individuelle à l'instar du médecin clinicien engagé dans une relation de soin.

19

Peut-on sans trahir les fondements historiques de la psychologie clinique en France - notamment les apports phénoménologiques et psychanalytiques - ainsi que son acception consensuelle par ceux qui ont intégré les propositions successivement de: Lagache, Favez-Boutonier, Anzieu, Gagey, Guillaumin, Revault d'Allonnes... considérer qu'il suffit de pratiquer des observations et des entretiens, avec ou sans la médiation de test, pour être qualifié de psychologue clinicien? Ce type d'inconséquence procède de la confusion de l'examen individuel de qualités distinctives avec «le salut» (sauvetage, relève, exception) de la singularité. Dans celle-ci comme dans la mise en exergue de l'intime le particulier ne s'agrège pas à une catégorie (cluster) mais par son exception même se réconcilie avec l'Universel. La psychologie clinique serait-elle réductible à une méthodologie ou bien implique-t-elle une conception originale de l'économie subjective et de son ancrage biologique et social via la mise en représentation des pulsions et la régulation des affects dans tout le champ de la vie humaine? La défense de la «psychopathologie clinique» même non confondue avec « la participation au monde du bien-être caractéristique de la société psychothérapeutique contemporaine» (J.C. Maleval et M.J. Sauret en 2006, se référant à C. Lash) ne saurait nous résoudre à porter le deuil de la psychologie clinique. Même si la désignation européenne des quatre grands domaines de la psychologie ne fait pas état de la psychologie clinique mais de «psychopathologie et santé mentale », même si la littérature francophone (W.Hubert, 1993) fait peu cas des contributions des fondateurs de la psychologie clinique en France (D. Lagache, J. Favez-Boutonier, D. Anzieu), il nous paraîtrait inconséquent de ne pas soutenir cet identifiant reconnu autant dans le monde universitaire (C.N.U; A.E.P.U; S.F.P) que dans le secteur sanitaire et social (S.N.P ; F.F.P ; Fonction Publique Hospitalière). Ceci d'autant plus que par leur nombre (en 1995 parmi 30000 psychologues, plus de 50% étaient identifiés comme psychologues cliniciens; il faudrait également noter le nombre de DESS et Masters à label psycho-clinique ainsi que la majorité des étudiants de bac + 4 inscrits en parcours psychologie clinique/psychopathologique) et par leur audience (l'attestent très spécifiquement dans la dernière décennie les ouvrages soutenus par tous les grands éditeurs en Sciences Humaines et les revues spécialisées faisant explicitement référence à la psychologie clinique) on peut considérer que les psychologues cliniciens ont quitté l'éphébie ; cet âge des exercices probatoires de la jeunesse cantonnée en banlieue avant de se voir reconnus les droits et devoirs pléniers du citoyen athénien.

20

Par leur contribution citoyenne, mais aussi par leur expertise, les psychologues cliniciens concourent à la restauration d'une historicité individuante à même la souffrance et l'angoisse, à la connaissance de la construction subjective et sociétale de la santé, à l'affirmation de l'autonomie de la personnalité sans déni des dépendances physiques, économiques et sociales. L'engouement pour la psychologie - clinique notamment - constitue un véritable marché culturel à l'instar d'une littérature consacrée au développement personnel, à l'autobiographie, au renouveau de la psychologie philosophique, à la vulgarisation de la psychopathologie, à la télé-médiatisation de l'intime. Ceci explique l' attractivité de cette filière universitaire en dépit des mises en garde prétendument réalistes évoquant de manière sinistre et non fondée la question de l'insertion professionnelle des jeunes psychologues, mais aussi en dépit des tentatives de dissuasion qui signalent une « sélection» tardive mais drastique dans un cursus bien avancé (accès au M2 Professionnel). Enfin la concurrence entre diverses catégories de psychistes, la création renouvelée de « produits » (concepts, dispositifs de prise en charge thérapeutique, de formation, de médiation. ..) et le marketing qui les accompagne (médiatisation audio-visuelle et écrite, événements culturels, scientifiques et de vulgarisation) alimentent le marché psy dont l'expansion rend difficilement discernables les intentions (scientifiques, idéologiques, charismatiques, sectaires...) et les référentiels, au point de mobiliser des arbitrages ministériels (de la santé, de l'éducation, des affaires sociales) afin d'accréditer les cursus de formation et d'encadrer les modalités d'exercice. En attestent récemment les débats suscités par l'usage du titre et la formation de psychothérapeute. En attestent depuis 2004 les débats contradictoires entre membres cliniciens de la communauté psy (principalement psychologues cliniciens, psychanalystes, psychothérapeutes, psychiatres) et le Ministère de la Santé et des Solidarités soucieux de légiférer sur l'usage du titre et la formation des psychothérapeutes. Sans justification de formation supplémentaire, les médecins, les psychanalystes inscrits dans une association et les psychologues pourraient faire usage du titre de psychothérapeute. Mais s'agira-t-il de tous les médecins ou seulement des spécialistes en psychiatrie, de tous les psychologues ou seulement de ceux qui ont suivi un parcours spécialisé en psychologie clinique et/ou en psychopathologie? S'il y a restriction dans la communauté des médecins et des psychologues, à quelles conditions de formation complémentaire les non habilités d'office ainsi que les psychothérapeutes en fonction n'appartenant pas aux catégories précédentes pourront-ils faire usage du titre en question? Leur serait imposé au moins 150 heures de formation théorique en psychopathologie et 4 mois de stage sous couvert d'une université. Dans quelle condition l'université peut-elle «gérer» le travail subjectif de transformation inaugurale et continu impliqué par la

21

pratique psychothérapique? Quelles UFR de psychologie ou de médecine (exclusivement, en concurrence, ou en partenariat) vont mettre en œuvre et obtenir l'habilitation à dispenser cette formation, sur quel programme (spécifique ou pris dans les Masters spécialisés en cours), sous quel titre (DIU, DU, certificat...) et quelles seront les conditions d'accès (qualité des formations de base préalables, capacité d'admission, modalités de sélection) ? Enfin, comment se préserver de l'effet pervers d'une formation à prétention unique, nécessaire et suffisante en psychothérapie en regard de la pluralité justement articulée des compétences et des fonctions des cliniciens en charge du soin psychique? Cet ensemble de questions réveille et révèle les offres de service (de formation personnelle, de supervision, d'interformation collégiale...) des réseaux péri-universitaires d'obédiences concurrentielles même quand ils se réfèrent au même discours maître. Ce vibrillonnement touche aussi les praticiens comme les universitaires (statutaires et contractuels) qui auront à cœur d'opposer leur intégrité éthique et leur pensée critique aux tentations prosélytes et belliqueuses. La place et la portée des interventions des psychologues cliniciens dans la Cité portent à s'interroger sur les modalités et le degré de leur maturation professionnelle en regard de leur attractivité chez les étudiants, véritables symptômes d'une époque désenchantée en proie à l'accélération technologique, aux passions tristes et à la crainte de la désubjectivation, mais aussi de la méfiance du public qui a du mal à différencier les catégories de psychologues habilités à porter un seul et même titre ainsi que les autres composantes du peuple psy (psychiatre, psychanalyste, psychothérapeute...). A cette question éminemment politique cet ouvrage peut apporter des réponses à différents niveaux de considération: - local (implication intra et inter-universitaire des universités et des établissements de soin dans la formation initiale et continue, dans le recrutement et dans l'évolution de carrière des praticiens du secteur sanitaire et social régional) ; - national (accréditation des diplômes; modalités, résultats et conséquences des campagnes d'habilitation L.M.D.; carte nationale des formations en psychologie clinique et des équipes de recherche d'appui, développement des réseaux inter-universitaires et de la transdisciplinarité ; création de doctorat d'exercice et d'internat post-universitaire) ; - international (équivalences des diplômes et harmonisation des contenus et durée de cursus de Master; mobilité des personnes; collaboration de recherche et de publication; soutien au développement de la discipline à l'étranger). Les mutations que s'imposent les systèmes de santé, tant à propos de la formation des personnels, que des modalités d'exercice sur fond d'inertie sociétale et de risque de partition chez ceux qui sont en demande de soin ou d'aide, l'émergence et la propagation de nouvelles pathologies ou handicaps

22

liés aux crises de l'âge et du lien social, les injonctions de contingentement économique, l'incidence des « avancées» scientifiques, les choix d'orientation à la fois théorique et technique discutables, mais également les inconséquences dans la régulation des flux des candidats à l'exercice dans le secteur sanitaire et social constituent une opportunité historique pour les psychologues cliniciens. D'autant plus qu'il faut anticiper la relève importante d'une génération de praticiens dans les prochaines années et les transferts de compétence entre praticiens de la santé mentale compte tenu de la réduction drastique des psychiatres et des pédopsychiatres dans les années à venir. Entre autres se pose l'épineuse question du choix des moments et des manières de greffer les spécialisations sur ce qui est fondamental en psychologie clinique et en psychopathologie. Ainsi les spécialisations par domaine d'activité (santé, travail, éducation, sport...); par groupe d'âge (secteur infanto-juvénile, adolescence, adulte, personne âgée...); par pathologie; par référentiel (psychodynamique, cognitivo-comportemental, systémique, humanisme, intégratif); par fonction (évaluation de la personnalité, psychothérapie, formation, conseil, recherche) sont sujettes à controverses. Sachant paradoxalement que pour appréhender un mode de fonctionnement et d'affirmation psychique, singulier et transversal dans l'histoire de vie d'un sujet, il faut se garder de la spécialisation au risque de stigmatisation, de morcellement, d' instrumentalisation, d' agentialisation. Compte-tenu d'une durée de formation académique en principe relativement limitée (5ans), en réalité plus longue du fait de la sélection drastique en fin de cursus, ceci aggravé par des effectifs pléthoriques (sur les 4/5 du cursus) et un déficit de moyen en personnel et en logistique qui pèsent très lourdement sur les sections de psychologie clinique à l'université; fautil avancer le début des parcours spécialisés ou bien conserver à la psychologie clinique et à la psychopathologie son caractère de formation généraliste ancrée dans une considération du rôle de la sexualité et des conflits psychiques, de l'inconscient et des organisations infantiles, du sens du trouble mental comme tentative de résolution du conflit psychique et comme modalité d'élaboration du drame humain? Cette dernière option impliquant de conserver à la formation de base son caractère généraliste et de transmettre aux futurs praticiens un large spectre de compétences à intervenir sur des pathologies de différentes formes aussi bien dans les secteurs infanto-juvénile qu'adulte en restant ouvert aux spécialisations ultérieures. Celles-ci seront motivées par la mise en œuvre de protocoles innovants à la mesure des avancées théoriques et praxéologiques ainsi que par les besoins de formation personnelle et continue des praticiens, animés par la curiosité épistémophile et l'émulation collégiale.

23

Autant que les praticiens dans leurs institutions d'appartenance, les universitaires cliniciens ne sont pas suffisamment investis dans les organes de prise de décision. Très actifs, ils n'ont cependant pas accès à la gouvernance. Plus même en refusant une autorité hiérarchique dans leur discipline (ainsi les psychologues de la fonction publique hospitalière), les psychologues patissent indirectement des autres pouvoirs (des médecins, des cadres de santé et de l'administration). De ce fait, ils sont toujours en train de déployer des efforts énormes pour répondre soit à la demande des étudiants, soit à la demande des patients. Ils sont accaparés par des tâches de gestion, de recherche et de formation accablantes (mentalement, en temps, voire financièrement), mais aussi capables de réveiller des projections idéalisantes, des illusions groupales et des rituels d'initiation qui sauvent du repli individualiste et de la résignation. Cette réactivation de la pulsion épistémophile, de l'engagement institutionnel, de la veine mytho-poétique, se développe en contrepoint de l'université, ce qui est tout de même mieux qu'à contre-courant ou qu'à contrecœur. Les uns et les autres sont pris dans cette contradiction: de répondre à la demande sociale et à la nécessité d'être instituant mais sans être suffisamment insérés dans les appareils de commande des établissements. Respectivement, absorbés sur leur propre terrain d'exercice ils ne trouvent pas le temps de s'investir dans la connaissance des problèmes apparemment spécifiques de l'université d'une part, et des systèmes de santé d'autre part. Sauf pour un petit nombre d'entre eux (chargés de cours à l'université et universitaires vacataires salariés ou en exercice libéral) et lors d'événements cruciaux (mobilisation nationale de défense de la profession). Les sites universitaires ont perdu leur rôle de leadership universaliste en matière d'élaboration et de diffusion des savoirs et l'universitaire n'est plus prophète (etymon phuein qui donne: professeur et fonction phatique) en son pays. L'atteste le fait que les jeunes praticiens engagés dans des formations personnelles (psychanalyse, psychothérapie...) et méthodologiques lourdes (perfectionnement ou spécialisation), mais aussi dans des actions de recherche clinique et académique (thèse...) affinent leurs connaissances via les réseaux et les banques de données (télé-médiatiques, internautes, associatifs) extra ou inter universitaires. En effet les universitaires investissent assez peu dans la formation continue universitaire de leurs pairs cliniciens, contrairement aux cycles de conférences proposées au personnel médical et para-médical, il est vrai avec le soutien financier de laboratoires. Le manque de considération de la fonction de liaison entre université et terrain clinique (de stage, d'embauche et d'action de recherche) contrairement à ce que l'on connaît dans les écoles d'ingénieurs et de commerce, entretient un manque de reconnaissance entre cliniciens, un déficit de référent identificatoire et un sentiment d'abandon ou de laisser faire par les universitaires chez les étudiants souvent en position

24

d'arbitrage ou de grande (contre )dépendance entre universitaires et référents de stage. Le relâchement des liens interprofessionnels entretient sinon une méconnaissance réciproque, au moins une incertitude ou une confusion portant sur les personnes, sur leur discours, propices aux rumeurs et aux appréciations réductives. Ceci conduira à repenser la formation et les fonctions de l'enseignantchercheur-clinicien-gestionnaire tant à l'université que dans le champ du soin. II faudra organiser l'articulation fructueuse et nécessaire des différentes fonctions requises par le service de la connaissance du fonctionnement psychique et le service des personnes en souffrance en contractualisant les collaborations entre université et institutions soignantes (détachements périodiques de praticiens à l'université et réciproquement; clarification des règlements d'autorisation de cumul pour les universitaires praticiens; création d'un statut hospitalo-universitaire...). La diversité des fonctions impossibles à assumer simultanément impose des responsabilités tournantes qui devraient faciliter le métissage des compétences entre personnel statutaire des universités et des institutions soignantes privées ou publiques. Rien de moins utopique que cette vision, car tout ceci se pratique, ponctuellement mais de manière inégale (ici harmonieusement en toute clarté, là officieusement et non sans risque de sanctions administratives). Il ne s'agit pas d'imposer une transparence à des aménagements locaux résultants de collaborations anciennes et patientes, mais de lever certains blocages, prétendument administratifs et des oppositions idéologiquement exacerbées, en se référant à des usages, sinon à des règlements, favorisant l'intercollégialité des cliniciens. On ne saurait opposer à ces nouvelles formes de contractualisation, des contraintes budgétaires. Rien de moins idéaliste du point de vue financier car le coût des prestations confiées aux cliniciens, tant à l'université que sur les terrains de soin, est déjà en partie supporté par les établissements (temps Formation Information Recherche des praticiens psychologues, Professeur Associé Temporaire à l'université, rémunérations sous la forme de vacations, d'honoraires, de chargés de cours). Le besoin d'affranchissement des jeunes praticiens par rapport à l'université où ils ont été formés, la spécificité des évolutions de carrière dans les différents secteurs d'activité (fonction publique hospitalière; fonction publique territoriale -ASE-; fonction publique d'état/justice; secteur privé et conventionné); les changements de référentiels praxéologiques, font qu'on ne peut exiger de chacun d'(e) (s')identifier (aux) les problèmes de l'université ou du monde hospitalier, ou de l'exercice libéral. .. Il ne s'agit pourtant pas d'indifférence mais du fait que chacun campe dans ses prérogatives et attend des autres parties une reconnaissance

25

et des gages significatifs. Chacun ayant le sentiment que l'autre donne peu... mais entend rester donneur d'ordre. Ces sources de malentendus ne sont pas sans risque de rupture (fermeture, tarissement de terrain de stage; accréditation de formations universitaires sur des critères purement académiques ou inversement instauration d'un deuxième registre d'accréditation des psychologues par les corporations, comme cela se pratique dans plusieurs pays de la Communauté Européenne), ni de bouleversements des filières de formation au mépris des fondements épistémiques et historiques de nos référentiels. Ainsi la psychopathologie frappée d'éclectisme, la psychologie clinique édulcorée en psychologie individuelle ou implicite, libérée de ses liens avec la psychanalyse, la psychologie de la santé signant son allégeance aux orientations médicocentrées! Plus que la diversité de ses concepts et théories, de ses méthodes et champs d'application, des fonctions qui en procèdent et de ses finalités, c'est la position chiasmatique, articulaire de la psychologie clinique entre science de la vie et science humaine, entre clinique médicale (scopique, didactique, taxinomique, visant la désignation - Bezeichnung -) et anthropo - clinique de l'énigmatique, de la co-construction dialogique, de la dé-signation (déconstruction, interprétation - Bedeitung -, entre mutos et logos, dans l'incidence du pathei-mathos) qui l'expose à la polarisation (à l'extrémisation des positions) de ses prétendants si nombreux aujourd'hui. Ce n'est pas la psychologie clinique représentée parfois comme un agrégat, un patchwork, pourquoi pas une mosaïque, qui manque de centre de gravité. Bien au contraire elle entend ne pas se dérober face à la souffrance de «l'homme sans gravité» (C.Melmann), face à 1'« autruicide » (G.Deleuze), face à la désobjectalisation comme face à la désubjectivation sur fond de dé-solation dans la culture. Si l'appellation psychologie clinique apparut simultanément voici un siècle (dans les années 1890) aux Etats-Unis (L.Witmer), en France (P.Janet) et en Autriche (S.Freud), la création de sections spécialisées universitaires de psychologie clinique mais aussi de psychologie sociale et de psychologie de l'enfant, datent de 1955. En 1959 J.Favez-Boutonier crée le premier laboratoire de psychologie clinique à l'université. La Maîtrise de psychologie clinique date de 1967. Elle avait été précédée par la création en de nombreuses universités de diplômes spécialisés post Licence de psychologie. Ainsi le diplôme de psychologie clinique et pathologique de l'Institut de Psychologie de Paris qui avait été créé en 1920 par Henri Piéron, non clinicien mais convaincu de la nécessité de former des praticiens de la psychologie. La création du statut de psychologue dans les hôpitaux date de 1971. La loi du 25.07.1985 complétée par l'article 57 du 04.03.2002 institue la protection du titre de psychologue. Le Code de Déontologie des psychologues dans sa formulation de Juin 1996

26

(révisant celle de 1961) met en exergue la mission fondamentale du psychologue: reconnaître et respecter la personne dans sa dimension psychique. Le décret de Janvier 1991 portant statut particulier du psychologue de la fonction publique hospitalière explicite les multiples fonctions des psychologues (actions curatives et préventives, collaboration aux projets thérapeutiques ou éducatifs, action de recherche et de formation) en vue d'étudier et de traiter « les rapports réciproques entre la vie psychique et les comportements individuels et collectifs afin de promouvoir l'autonomie de la personnalité ». Il a fallu trente ans depuis la création des filières de psychologie spécialisées (à partir de 1955) jusqu'à la reconnaissance du titre unique de psychologue (1985). Combien de temps faudra-t-il pour que les liens entre psychologues cliniciens d'une part, et d'autre part l'incidence originale et enfin reconnue de leur engagement dans la cité, s'évanouissent en prestations (psycho) thérapeutiques, indistinctement conduites par des médecins ou des « laïcs» spécialisés ou pas? Ces conquêtes historiques qui font de la psychologie clinique un appareil de connaissance (de penser, de raisonnement, de transfert d'apprentissage) mais aussi de transmission, de transformation de la vie psychique (d'apprentissage par le transfert, de changement par mise en résonance de la dimension inconsciente du système du sentir, des identifications et de l'investissement amoureux...) sont l'aboutissement du travail des pionniers (semeurs) de notre discipline (Henri Wallon et Daniel Lagache, agrégés de philosophie, médecins et psychanalyste pour le second), du travail fondateur de Juliette Favez-Boutonier (même formation que le précédent) et enfin Didier Anzieu agrégé de philosophie et psychanalyste qui peut être considéré comme le premier grand architecte des structures universitaires qui allaient accueillir à partir des années 1970 les grandes cohortes d'étudiants candidats au métier de psychologue et des réseaux universitaires en charge de la formation des psychologues cliniciens. Il nous revient ici d'envisager leur «relève », ce qui peut s'entendre au sens de relève de génération, mais aussi au sens derridien de l'Aufhebung. C'est à ce dépassement sans annulation de son histoire conflictuelle que l'ensemble des contributions ici présentées nous convie. Leur diversité de forme, de ton et de contenu est le reflet des éclats du peuple psy. La clarté qui s'en dégage n'est jamais uniformisante mais au contraire toujours en recomposition, d'où la perplexité du lecteur qui trouvera ici plutôt qu'un guide des phares et balises de la psychologie, une psychologie clinique remise en chantier.

27

En quatre chapitres la psychologie clinique - sa pensée, ses acteurs et ses dispositifs - s'expose aux impératifs de l'advenir culturel, de la promotion de la recherche, de l'innovation dans la formation et de la concertation politique. En chœur on réussit parfois à harmoniser les dissonances, on peut aussi faire écho aux voix multiples qui s'appliquent à la formation des psychologues. Aussi nous tenons à signaler aux lecteurs intéressés par les partitions ici ordonnées qu'ils trouveront dans l'ouvrage coordonné par Patricia Mercaderl et Alain-Noël Henri des clefs heuristiques et mélodiques particulièrement brillantes pour interpréter la marche des psychologues.

1 Mercader (P) et Henri (A.N), 2004, Laformation bâtarde, transmission troublée, Lyon, PUL.

en psychologie.

Filiation

28

CHAPITRE 1

Psychologie clinique et culture. La psychothérapie en question

L'amour de psyché, envie et gratitude des psychologues cliniciens.
Jean Pierre Martineau

Muthos : la dé-monstration

psychique

Le mythe Eros et Psyché; (référé au texte d'APULEE, « L'âne d'or ou les métamorphoses ») peut être considéré comme le récit anasémique (source) de l'amour de la Psychologie (de l'inclination psychologique, de la psychologie clinique). On retiendra particulièrement le caractère ailé d'Eros comme de Psyché, la référence au monstrueux, la double servitude de Psyché (au palais d'Eros puis en celui d'Aphrodite) et son travail d'affranchissement, d'émancipation c'est-à-dire d'autonomisation psychique contre l'ordre préétabli (l'establishment des dieux), contre la jalousie d'Aphrodite afin de se sentir être au-delà de l'emprise des sens, comme de l'instrumentalisation, en réarticulant l'imaginaire et le symbolique, le sensuel et le fonctionnel, le corps et le code dans des actes de passage (désobéissances, transgressions) qui attestent sa dépendance mais libèrent la consignation amoureuse (la gouvernance d'Eros et d'Aphrodite) en révélant d'autres façons d'aimer - in absentia, par représentation et non plus in praesentia, par possession, « consumation » (jouissance) -. La peinture pompéienne figure Psyché en petite fille ailée comme en papillon et jouant avec des Amours ailés comme elle. Eros fils d'Hermès et d'Aphrodite (elle même engendrée par les organes sexuels d'Ouranos tombant dans la mer après avoir été tranchés par Cronos) est lui aussi représenté comme un enfant souvent ailé portant, par sa torche enflammée ou ses flèches, le trouble dans les cœurs. Ces allégations de l'infantile font référence à la juvénilité des héros mais aussi à la sujétion, au joug qu'Aphrodite voudrait leur imposer. Les battements d'ailes signent la passagèreté des élans amoureux comme du souffle psychique, l'exquis halètement du corps s'émouvant, l'investissement volatile, le caractère volage, la fugacité, l'éphémérité qui s'opposent à toute mise en demeure? Cette légèreté s'adjoint à la beauté si prodigieuse, attractive et énigmatique qu'elle a valeur d'avertissement des dieux et reste à déchiffrer. C'est étymologiquement le sens du verbe monere qui donne monstrum. Il faudrait dire beau monstre (<< monstre synthétique» selon FONGARO. 1980), beauté «plus qu'humaine» de Psyché qu'on venait admirer mais qu'aucun ne consentait à l'épouser; beauté d'Eros présentée comme un monstre par l'oracle qui lui destina Psyché. Ces beautés à l'instar des variations de l'amour et du psychique « font penser» en s'opposant par leur caractère plurivoque voire équivoque (pensons aux chants des sirènes, aux énigmes de la Sphinge, au sourire de la

30

Joconde ou de Saint Jean Baptiste peints par Léonard de Vinci) à ce qui est seulement naturel mais aussi aux certitudes de la raison (l'univocité). Elles avertissent, elles en appellent d'une autre réalité - disons là psychologique qui rend l'être « sensé» ce qui ne veut pas dire seulement rationnel mais doit être entendu comme pouvant trouver/créer, donner/recevoir du sens, dans la triple acceptation du terme. Vivre à bon-escient,« sensaimant ». Les psychistes messagers de cet appel sont parfois considérés comme des monstres suscitant une angoisse d'attraction. (<< séduisent, ils ne sont pas Ils à leur place - ce qui est au moins reconnaître qu'ils prennent place - ils sont partout, ils ne décrochent pas... », GAILLARD, 2002). Il vont être « taxés» comme les monstres pour leur cynisme, leur sophisme qui ruinent la certitude de la raison, comme être mêlés, bariolés (à l'instar d'arlequin), «circulateurs» (NEMO.1975), protéique (en référence à la totipotentialité métamorphique du Dieu Protée) sans épaisseur et donc sans aplomb en dépit et peut être à cause de leur neutralité qui n'est pourtant pas indifférence, ni impassibilité, de leur « invariance» qui n'est pas fixation. A l'instar de ces animaux énigmatiques (chouette, chat...) dans certains tableaux (cf.Balthus, Léonor Fini) ils « montrent» un autre angle de vision, grains résistants aux agrégations, à I'homogénéisation, ils figurent l'altérité, l'étrangeté, en soi-même et pour autrui de la subjectivité. Ce que faisant le psy comme le monstre «est de passage et lui même passage» (G. MAILHOS. 1980 P.412), disons porteur (lat. gerere, grec. phorique) celui qui (sup)porte la passagèreté. Les servitudes La trajectoire émancipatrice, subjectivante, initiatique de Psyché signale deux servitudes (à l'Imaginaire, à la confusion des corps dans leur Palais d'Eros, puis au Symbolique, à l'exécution des codes dans le palais d'Aphrodite) qui sont autant d'écueils pour une psychologie clinique qui ne parviendrait pas à articuler ces deux registres au réel pulsionnel et à la recherche de l'écart transcendant (parole, acte, position) par lequel l'homme affirme sa responsabilité de l'humanité en lui. Au palais d'Eros, Psyché ne supporte plus la jouissance sans nom, l'amour indistinctement, les sensations et les reflets (éclats) confusionnants, la non figurabilité des désirs, un monde sans limite, d'excitations, d'instantanés, disons l'insolation. Il lui faut abandonner la jouissance pour soutenir son désir de regarder, connaître le visage de son amour, ne plus être éclipsée, passive, identifiée à l'objet d'un fantasme. Au palais d'Aphrodite, Psyché est ensuite soumise à l'opacité des agents, instrumentalisée, réduite à l'exécution de tâches toujours plus inhumainement insensées, le Symbolique (au sens des opérations de rangement, de prélèvement indirect - de laine des moutons sauvages - de fouissement, de remontée jusqu'à la source des fleuves infernaux), tourne à

31

plein régime (fièvre méthodologique, performance de la « scientification »). Psyché est au bord de la déréliction, du suicide et sauve sa dignité en brisant le cercle de sa servitude: en se servant de ce flacon supposé assurer l'immortelle beauté. En quoi dans ces deux servitudes (dorée puis désolée) Psyché reste dans l'attraction du visuel (à la fois le plus synthétique et le plus discriminant de nos sens, médium des illusions fantasmagoriques comme de celles de l'objectivation) tout comme Aphrodite elle n'arrive pas à sacrifier ni sa beauté, ni sa jeunesse, elle reste incastrable, elle ne fait pas confiance à la parole. Il est facile de rapprocher de ces deux dérives de Psyché des positions de psychologues dans l'institution (les uns du côté du «penchant », du transfert comme résistance, de l'empathie. ..les autres du côté de l'expérimentation, de l'objectivation, de la résistance au transfert) mais aussi des courants de pensée qui s'opposent catégoriquement: psychologie clinique ou cognitive, subjective ou objective..., approche idiographique ou nomothètique, herméneutique ou athéorique. Souhaitons nous de ne pas le payer d'un endormissement quasi léthal ou bien alors que d'autres amours - (Eros transformé versus Philia ou Agapé) capables d'aimer in absentia, à distance, en confiance, capables de transcender la dépendance à l'Autre sans la nier, des amours qui au moins dans le champ de l'activité professionnelle visent le « being» avant le « doing », le« to like» plutôt que le « to love» - viennent nous réveiller et transformer la subjugation en conjugaison (intersubjectivation). Voyons dans la consécration par Zeus accédant à la demande d'Eros qui se reconnaît manquant et par Aphrodite reconciliée donc levant l'hypothèque qui consignait son fils et sa belle-fille en enfance ou en amours clandestines, la décision qui leur fait quitter l' éphébie et prend acte de leur maturité, pourquoi ne pas dire de leur citoyenneté. Considérons en effet que depuis leur ancrage historique dans l'Université en tant que filière autonome (voici près de 60 ans) et du fait de l'importance du nombre de psychologues praticiens en titre (estimés à 30 000 par le SNP, dont 56% de psychologues cliniciens. cf. GHIGLIONE, 1998), un seuil critique d'audience nationale a été franchi, et que ces psychologues ont donc quitté l'éphébie pour exercer leur profession en pleine citoyenneté. Au terme de la formation professionnelle initiale (il faut entendre non seulement première, fondamentale (basic) mais aussi initiatrice, mutative) il nous faut réussir ce passage (investir un titre et un statut; une dette et une promesse, inscrire son travail dans les compétences fonctionnelles qui définissent le métier et se sentir soutenu et protégé par la profession) pour accomplir son travail citoyen avec le peuple (Demos) Psy. Pour cela il faudra parfois en découdre avec différentes formes de l'envie mais aussi compter sur la gratitude.

32

Demos: ni xénos, ni barbaros Reconnaître aux psychologues cliniciens un certain «génie des procédés symboliques» dans un contexte démocratique, populaire implique de se méfier des démiurges, des gouvernants comme des démagogues, de celui qui ne s'autorise que de lui même comme de celui qui se réduit à l'agentialisation des chasseurs de performance et des exploitants, du légalisme procédurier, de l'étatisme (<< Summus jus, summa injuria ») comme de la fureur de l'objectivation qui vise la désobjectalisation. Si la vie dans la cité nous oppose à des adversaires, voire à des ennemis, à des étrangers avec qui on peut encore parler (Xenos) (débats et combats) cela tient à cette part de haine chevillée à l'humain et au désir de conquérir une place et de la protéger. Il faut distinguer cela de la barbarie, du charabia, de l'inintelligible, de la passion du Mal, de la haine extraordinaire même et peut être surtout quand elles s'habillent à l'ordinaire (du librement consenti, avec les prérogatives de l'establishment, alliées au pouvoir des masses, de la rumeur et même parfois des majorités). Occuper toute la place possible, tout prendre ou tout détruire, c'est sous l'empire de l'envie, provoqué par un vide intérieur (psychique) s'attaquer à ceux qui appartiennent à la même espèce humaine, à ceux qui habitent une culture, gagnés par la gratitude (le sentiment de la dette pour les grâces qu'ils ont reçues et celles qu'ils peuvent transmettre). L'avidité à l'égard de l'objet que l'on veut détruire ou endommager, la rage destructrice, glaciale ou furieuse, mélangent cruauté et bêtise, exactitude et bestialité, s'attaquent à la vérité singulière, au juste comme au bien commun (ce qui n'a pas de prix, qui ne peut être acheté, possédé). La diffamation, la propagande médisante, la rumeur calomnieuse, la

manipulation dégradante tendent à isoler la victime, à la « désespecer », à la
dénuder, à la couper de son histoire, à l'empêcher de sentir, de penser, de rêver. Nous sommes redevables à Y. PRIGENT (2003) de nommer la cible de l'envie: dignité et honneur instituant l'éthique, entendons ces valeurs du narcissisme de base, procédant de l'identification primaire, de notre assise, de notre équilibre et de notre démarche d'homo viator (HADDAD 1995) sur un sol cultivé (<< solation» au sens mis en exergue par H. ARENDT) Qu'est ce qui retient le geste destructeur et souvent contagieux de qui sème la terreur, l'horreur, les cris de ceux qui sentent la menace de l'annihilation, de ceux qui sentent qu'au delà de leur propre vie on s'attaque à l'enfance, au féminin, à la dignité de l'ancien?.. Qu'est ce qui empêche de basculer du combat légitime dans la barbarie? C'est ce que révèle la lampe de Psyché: le visage humain de l'Amour, le « figural» humain. Un geste d'autonomie psychique, un moment présentiel, (STERN 2004) une rencontre qui ne dénie pas «l'impossible et pourtant

33

nécessaire dépendance à l'Autre» (ASKOFARE, LAPEYRE, SAURET, 2003 ) Ce moment de grâce, du geste qui relève, élève, qui allège le mouvement brutal (pesant) qui causerait la dé-figuration procède d'une grâce reçue plus lointaine que l'interdit civilisateur, il constitue moins un acte d'autonomie par rapport aux pressions pulsionnelles qu'une réponse faite à la dépendance absolue de l'être en détresse. Une réponse aux « besoins du Moi» dirait WINNICOTT. L'envie nourrit des tentatives d'autonomie paradoxale en déni voire forclusion de la dépendance à l'Autre vécue comme effondrement, chaos, annihilation. Il procède du défaut d'intégration de ces éléments moteurs et sensoriels qui constituent le narcissisme primaire auquel s'adjoint le sentiment d'exister. L'envie procède encore de la rupture de la continuité d'existence (continuity ofbeing) troublée par une mère-environnement défaillante à cette période de la toute petite enfance (infancy) qui requiert une dépendance "absolue" pour soutenir le moi émergent. Il en découle que les évènements fonctionnels qui sollicitent les pulsions ne peuvent advenir en tant qu'expériences intégrables par le moi. WINNICOTT a clairement et fermement distingué les besoins pulsionnels (du ça) et les besoins du moi dont le paradigme est le besoin d'être porté. «Un grand nombre de conceptions erronées proviennent de la lenteur de quelques-uns à comprendre que les besoins d'un nourrisson ne se réduisent pas aux pressions pulsionnelles, aussi importantes seraient-elles. Le développement du moi du nourrisson dans sa totalité présente des besoins qui lui sont propres. On peut dire ici de la mère qu'elle ne laisse pas tomber son nourrisson, bien qu'elle doive le frustrer dans le sens où elle satisfait ses besoins pulsionnels »... (WINNICOTT cité par J.P. LEHMAN 2003). La carence des besoins du Moi constitue moins une frustration (engendrant la colère par exemple) qu'une privation qui provoque une distorsion du développement précoce et de la croissance du self. L'incapacité à désirer, le sentiment de futilité, l'angoisse de désintégration et de vide intérieur en procèdent et nourrissent cette barbarie qui sème la désolation et la désintégration de l'autre, d'autant plus que la carence de l'identification primaire grève l'empathie, l'accès au visage humain, à la parole ou à tout acte d'exception, tels que l'enfant en nous les requiert. La distinction Winnicottienne des besoins du ça ou de la relation au ça (id relationship) et des besoins du moi ou de l'ego relatedness, les premiers concernant la mère-objet, les seconds la mère environnement, permet de comprendre le paradoxe de l'autonomie au sein même de la dépendance et ses avatars maturants et invalidants.

34

Dans un contexte socio-culturel «hypermodeme» (au sens de LIPOVETSKY.S et CHARLES S. 2004) où à défaut de repères axiologiques les axiomes du marché, de l'efficacité et de l'individualisme sont acceptés comme vrais sans démonstration, depuis que s'est évanouie la trilogie des aïeux et des dieux les plus vieux (des cultures ancestrales au sens de M. SERRES. 2001) remplacée par le pouvoir de l'administration, des scientifiques et des médias (ibid.), en ce « monde sans limite» où se côtoient insolation (veille permanente, transparence, extemalisation, objectivation, accélération...) et dé-solation (cynisme, égoïsme, possessivité, desubjectivation, désobjectalisation, agentialisation, faillite du sens commun, suprématie du tout ou rien, rejet du réel ou profit du virtuel) promotion du « encore plus» (ADES, LEJOYEUX.2001), de la jouissance et du sujet brut au détriment du désir (fût-il refoulé), de la complexité et de la conflictualité de la dimension psychique (C. MELMAN.2002, JP.LEBRUN. 1997-2001) ; dans ce monde donc irrité, excité par l'exacerbation du « ça » il est utile de s'interroger sur la promotion de l"autonomie de la personnalité" (inscrite dans le décret n° 91-129 du 31 janvier 1991 portant statut particulier des psychologues de la fonction publique hospitalière). Que ceci implique la symbolisation des castrations successives opposées au désir de l'enfant - ne
pas céder à tous ces désirs

- si bien

éclairé par F.DOL TO, il y a consensus.

Tailles (coupures) et entailles (traits, greffes...) dans l'efflorescence pulsionnelle fortifient la croissance et sont constituantes de la dimension psychique. Mais ceci n'est pas antinomique de la dépendance, des soins et du soutien qui répondent aux besoins du moi, (ne pas laisser tomber, attachement sécurisant, quiétude, sollicitude...) à la croissance du self. L'autonomisation, l'ex-ception, la transcendance, le dépassement de soi (au sens de l'Aufhebung) n'impliquent pas l'annulation, la privation des besoins du psycho-soma de l'infans. L'allant se fonde dans le bien-portant. Celui qui fait «l'important» (tentant de subvenir par lui même en satisfaisant momentanément, répétitivement, toujours plus, les besoins du ça pour s'autocalmer) est souvent celui qui n'est pas «bien portant », qui se porte mal, qui n'est plus ou mal porté. L'inflation, l'enflure du narcissisme adultocentré signe la souffrance du narcissisme infantile ou primaire, contemporain de la constitution du Moi. Les pathologies narcissiques versus repli sur soi, désinvestissement du monde, sentiment de futilité, envie de rien ou versus surestimation, idéalisation, investissement grandiose; dépression et addiction; pathologies de l'agir et du corps, surinvestissment de la réalité perceptivo-motrice, recherche de sensation... attestent l'échec de l'introjection de la fonction « maternelle» protectrice, une négligence de la dépendance infantile, un déficit de confiance (de fiabilité), d'empathie, d'expérience de la mutualité », de communication silencieuse avec la mère environnement prémisse des grâces dispensées par le bien commun (ce qui est hors de prix, non possédable mais au bénéfice de « l'ego relatedness »).

35

Ethos: la névrose infantile Dans une société qui fabrique des néo-dépendances attachées aux besoins du ça et qui dans ses mesures de protection et de réparation des personnes vulnérables (personnes âgées, femmes, enfants, fous, figures emblématiques de la dépendance fondamentale) signe sa négligence voire sa phobie de la dépendance originelle, les psychologues cliniciens me paraissent convoqués à instruire et à gérer non pas seulement la névrose de l'enfance ou de l'âge adulte, la névrose de transfert, mais la névrose infantile, (F.GUIGNARD.1996) sa transversalité parmi les cliniques catégorisées par âges ou pathologies, autrement dit la passagèreté de l'infantile. Dans la concurrence des formations cliniques j'entends certains proclamer « la vieillesse est l'avenir de l'homme », c'est une boutade mais elle est triviale, (c'est-à-dire rebattue, du repassage, sans advenir). Pourquoi pas, avec ARAGON ce qui est plus poétique: « la femme est l'avenir de l'homme» ? Non il me paraît plus juste de constater que: - la manière la plus courante, mais aussi la plus aventureuse et créative de s'affranchir sans nier la «névrose infantile », en se projetant (dans l'avenir) consiste à « élever» les enfants après les avoir portés, fait naître et les avoir absolument servis (prérogatives de la Femme, selon l'écriture de WINNICOTT. 1964) - les auteurs cliniciens qui à différentes époques ont dépassé la gouvernance psy pour accéder à une audience populaire - car la psychologie d'intention scientifique n'est pas indifférente à la psychologie du sens commun ni non plus aux questions instruites par la psychologie philosophique (WINNICOTT, DOLTO, hier, RUFFOT, CYRULNIK..., aujourd'hui, toute proportion gardée) sont des médiateurs de l'infantile. Qui ne se souviendrait pas de LEBOVICI avec sa figure imposante, son âge avancé, mais aussi sa délicatesse jubilatoire, s'adressant au «petit canaillou » ? - depuis de nombreuses années les terrains de stage, et les thèmes de recherche choisis par le plus grand nombre des étudiants de psychologie clinique, les créations de poste de psychologues cliniciens les plus nombreuses concernent le domaine infanto juvénile auquel s'attaquent ceux qui veulent arraisonner la psychologie clinique en l'énucléant d'une connaissance de l'infantile. Or c'est en raison de celui-ci que pour nous la psychologie clinique ne se «détaille» pas, ni en fonction des âges, ni en fonction des crises existentielles, ni en fonction des pathologies ou des handicaps, ce qui ne veut pas dire qu'elle est sans limite. Bien au contraire car l'infantile constitue le fil rouge (attracteur, conducteur...) de la pratique clinique entendue comme mise en travail psychique de symbolisation. Il faut entendre que l'autonomie subjective et la compétence sociale, la restauration d'une historicité individuante à même la souffrance et l'angoisse sont fonction des limitations imposées par l'ordre symbolique. Les tailles et les

36

greffes des rameaux de l'infantile préforment l'arborescence de l'appareil psychique avec ses cicatrices et ses potentialités créatrices et désaliénantes. - mes maîtres enfin qui n'avait rien d'enfantin, savaient manifester douceur, fantaisie, capacité d'étonnement et de jubilation. Ils étaient en dialogue permanent avec l'infantile. Bien entendu, cette disposition (qui n'est jamais posture) n'est pas une prérogative des « spécialistes» de la petite enfance, ni de la jeunesse. C'est du ressort de la «névrose infantile» au sens de FREUD, LEBOVICI, LECLAIRE, STEIN, GUILLAUMIN qui n'étaient pas nécessairement des spécialistes de l'enfance mais au service de « la science vive qui naît fille» (au sens de SERRES 2004. p.Sl). «La névrose infantile correspond à une structure qui relie entre elles les identifications impossibles et cependant irrenonçables (GUILLAUMIN. 1983). Elle est aussi la « névrose de l'enfant intérieur que par l'inconscient infantile nous conservons en nous et par la médiation de laquelle l'enfant d'autrefois, comme aussi bien le spectacle de l'enfance autour de nous, nous restent ou nous deviennent intelligibles, en particulier dans l'approche psychanalytique (ibid. p.30) ». « Elle ne correspond plus que de très loin à l'acception médicale de «névrosé» : elle constitue la base, la charpente, toujours vivante et « indestructible» comme l'inconscient, de l'organisation de la personnalité dans sa continuité, de l'enfance à la vie adulte... Il s'agit d'une réalité, structurelle, clinique et théorique» (ibid.p.80), disons la base de la réalité psychique frappée du sceau de la dépendance fondamentale. Je ne pense pas trahir la vision de GUILLAUMIN en considérant que l'heuristique des effets de transfert qui vectorisent le travail du psychologue clinicien tient à sa considération de l'Infantile ainsi entendu et que si l'inconscient ne connaît pas le temps c'est qu'il reste infantile. Aussi le psychologue clinicien qui se penche sur l'être « alité» (klinikos) ne voit pas tant un malade, mais l'infantile du sujet habité par la question «m'aime-t-on d'ailleurs? » (JL .MARION 2004) qui lui confie sa dépendance et son visage. Considérons cette scène paradigmatique de notre métier avec gratitude ce qui ne signifie pas adorer ça mais l' "aimer bien (to like, beloved). Ce n'est pas une forme tempérée, mièvre du «to love» mais cette forme de l'amour (Agapé) qui allège, soulève, transcende la pesanteur de la dépendance. A l'instar de Psyché, le clinicien souffle sur l'enfance non pas tant pour calmer sa souffrance mais pour l'élever à (par) la parole qui attache, connecte, mais aussi propulse, éclaire (cf.la double acceptation de la racine grecque. Pha/phé : parler et éclairer). Ce qui implique « une présence intense et une légèreté du dire », (SmONY 1992 p.243) comme il convient à l'acte d'interpréter par lequel se définit le mieux la compétence du psychologue clinicien.

37

Quel clinicien au temps de la société psychothérapeutique ? Plaidoyer pour un clinicien du lien social.
Marie-Jean Sauret

Argument: L'époque contemporaine est celle de la mutation du savoir en technoscience gérant le moindre espace de la vie quotidienne. La psychothérapie y est présente comme un savoir d'expert, invitée à participer à la commercialisation du bien être: elle contribue à l'accueil des sujets soit comme des consommateurs potentiels des jouissances promises soit comme des marchandises potentielles. Parmi les symptômes actuels, certaines dépressions, par exemple, témoignent non seulement de la difficulté des sujets à se loger dans le lien social mais d'un rejet quasi anorexique des objets du marché, bien être psychologique y compris. La situation est-elle inéluctable? Une clinique (et une formation correspondante) au service de la résistance du sujet a-t-elle encore ses chances?

1 - Quel type de clinicien exige la société contemporaine? Pour quel travail? Comment l'université contribuera-t-elle à sa formation? Par clinicien, j'entends non pas (sans exclure qu'il le soit aussi) un homme de laboratoire, mais un praticien des formes singulières que prend aujourd'hui le «malaise dans la civilisation ». De sorte que réévaluer le diagnostic freudien, inventorier les «nouvelles formes du symptôme », développer la métapsychologie des liens du sujet et du social, contribuer à rendre ce lien vivable, accueillir les nouveaux symptômes (nouveaux plus dans leur logique que dans leur forme souvent), tracent les contours de la tâche dévolue à ce clinicien. En faire valoir l'intérêt nécessite de s'arrêter sur plusieurs termes. 2 - Qu'entendre par sujet? Distingué de l'individu, il s'agit de ce qui, de l'humain, parle. D'être parlant, le sujet est le seul des objets à pouvoir se poser à lui-même la question que la science leur pose: « Que suis-je? ». Il est, du coup, le seul à s'interroger sur le sens de sa présence dans un monde qui ne se sait tel que parce qu'un parlant, l'habite! Sans doute les réponses que ce sujet se donne relèvent le plus souvent des ontologies ou des représentations du monde - soit de la philosophie et non de la psychologie. Mais le fait que celui qui parle ne soit que représenté dans son message et bute sur l'énigme de ce qu'il est, que le savoir qui lui livrerait le réel de son être lui fasse défaut (inconscient), que ce manque cause son désir, qu'il soit contraint de se doter d'une réponse intime (le fantasme) et d'une solution (le symptôme), constituent la singularité en fait clinique indéniable.

38

La singularité prend ici quasiment le sens qu'elle a en mathématique: celui d'une valeur qui confère à une fonction générale un caractère exceptionnel2 ! 3 - Qu'est-ce que la singularité? Ce n'est donc pas la particularité, soit la somme de traits observables par laquelle un individu est toujours descriptible et susceptible d'être identifié à une population de semblables par exemple. La singularité est ce qui assure chacun de ne se confondre à aucun autre, et qui, à ce titre, objecte à (<< exploser») tout savoir - qu'il soit à prétention fait universelle (scientifique, psychanalytique ou religieuse) mais également le plus intime (fantasme), puisque le savoir ne peut faire mieux que représenter. Sur ce point il convient de prendre position: est-il légitime d'étudier la singularité? Répondre « oui », c'est admettre qu'il n'est pas scientifique de l'aborder par des méthodes qui, justement sous prétexte de science, la confondent avec la particularité pour la mieux ignorer. A charge alors, au clinicien de la singularité de promouvoir les procédures d'investigations qui à la fois respectent leur « objet» et sont « dignes de la science »3. 4 - Et le lien social? Il est indissociable de la singularité, ce qui conduisait Freud à ne pas distinguer psychologie individuelle et psychologie sociale4. Ce nœud découle de la double naissance de l'humain, une fois comme vivant, et une fois comme parlant. Car le parlant n'est tel qu'à s'adresser à l'autre, et c'est dans cette adresse qu'il se réalise. C'est dans cet échange qu'il se heurte au défaut du réel de son être (il n'est que représenté par et dans le symbolique). D'où ce constat freudien: l'humain est ainsi fabriqué qu'il demande son être à l'Autres. Avant d'interroger le clinicien, il s'est tourné vers les mythes et les religions - jusqu'à faire usage du discours pour tenir ensemble autour d'un certain type de réponse, d'une interprétation du déficit de jouissance, d'une définition de la jouissance autorisée au sein de la communauté ainsi définie.

2 _ Une singularité est un point à partir duquel une fonction explose. Par exemple, en physique, à partir de telle valeur x une masse retiendra les particules de la lumière au lieu de les émettre (cf. Charles Seife, Zéro - La biographie d'une idée dangereuse, Paris, Hachette, collection Pluriel, 2004, p. 184). 3 _ Michel Lapeyre et Marie-Jean Sauret, "La psychanalyse avec la science", Cliniques méditerranéennes, sous presse. 4 Sigmund Freud, "Psychologie collective et analyse du moi (1921) ", Essais de psychanalyse, Paris, P. B. Payot, 1970, p. 83. 5 Sigmund Freud, L'avenir d'une illusion. Paris, PUF. 1971.

39

Une étude exhaustive devrait démontrer l'existence de modalités différentes de lien social. Le lecteur sait déjà que la psychanalyse en distingue au moins trois: discours du maître, discours universitaire, discours hystérique - selon que les sujets se soumettent à l'autorité d'un chef, d'un savoir, ou contestent au contraire la prétention de quiconque à répondre6. 5 - Cette thèse oblige à lier le fonctionnement psychologique à l'état du lien social dominant. Ce dernier connaît des changements historiques. Au temps des ontologies, a succédé celui de la science. La science moderne a imposé sa rationalité au détriment de toutes les autres, disqualifiant toute figure d'autorité. Ce faisant, les Lumières divisent les sujets entre explication, promise par la science, et sens, en panne désormais. D'où une mutation de l'économie psychique, les sujets rapatriant dans l'intime la réponse par le sens, la garantissant par une figure d'autorité à portée de main, le père. Telle est la névrose: une religion privée - que S. Freud ne pouvait découvrir avant qu'elle ne devienne le mode de fonctionnement du sujet moderne. 6 - En quoi consiste la solution névrotique? D'abord en la symbolisation de sa dépendance de l'Autre (complexe d'Œdipe) et de son propre manque (complexe de castration), qui assure le sujet de son désir; ensuite en la résolution du problème posé à chacun par son lien aux autres, en évitant deux écueils: a) renoncer à sa singularité au profit de la masse (sous prétexte d'amour, d'« adaptation», d'« assimilation », d'« accommodation », de «psychose sociale») ; b) briser le «vivre en semble» sur le roc des singularités (<< chacun selon sa vérité, ses opinions, sa jouissance, sa à liberté, sa « merde»). Freud a localisé le nouage du singulier et du commun au symptôme. C'est cette fonction qui est rappelée derrière la thèse du retour du symptôme guéri. Faute de distinguer la fonction du symptôme et le registre pathologique, les TCC (Thérapies Cognitivo-Comportementales), par exemple, affirment d'un côté n'avoir jamais assisté au retour d'un symptôme, et, de l'autre, soulignent l'existence de co-morbidité ou de symptômes résiduels, sans soupçonner de rapport «métapsychologique» entre ces éléments7. Le clinicien permet souvent qu'une authentique relation - parfois la seule viable - s'installe entre son patient, et lui à partir du symptôme: et cet aspect est évidemment oublié dès que le traitement est évalué à partir de l'effacement ou non du symptôme! 7 - La société contemporaine n'est plus celle de Freud. La science a poursuivi son travail de sape des rationalités avec le secours du scientisme. Le discours scientifique impose la forme technoscientifique (dont l'économisme) au détriment des autres, tandis que seule l'autorité du marché
6 _ Jacques Lacan, Le séminaire livre XVII: l'envers de la psychanalyse (1969-1970), Paris, Seuil, 1991 ; voir aussi Alexandre Kojève, La notion de l'autorité, Paris, Gallimard, 2004. 7 _ Voir le rapport de l'INSERM sur L'évaluation des psychothérapies, 2004 ; cf. Marie-Jean Sauret "L'époque psychothérapeutique ", Psychologie clinique, n° 16, 2005, pp. 227-239.

40

semble s'imposer: telle est la post-modernité. L'autorité du marché promet la commercialisation de ce qui manque à chacun, que la technoscience fabriquera: «tout est idéalement possible ». Il convient de rendre hommage aux psychanalystes qui, dès la fin des années 60, ont signalé l'apparition de cas rebelles à la psychanalyse, car ces analysants ne cherchaient appui dans aucun Œdipe (faute de figure d'autorité) ni castration (du fait d'une promesse de jouissance dont ils se vivaient frustrés) : qu'Otto Kemberg, l'un des premiers épinglera sous le qualificatif de Borderline ou Etats limites8. 8 - Il nous faut donc compter avec une nouvelle économie psychique9. Car le couple technoscience-marché induit, chez ceux qui se laissent suggestionner, une naturalisation du désir: ce dernier est rabattu sur un besoin extinguible, tandis que, le fait que les individus soient potentiellement complétés par les mêmes objets, manufacturés (ou non), promeut l'égalité au détriment de la singularité. Christopher Lasch, le premier, a qualifié de « psychothérapique », la société qui entend accorder à chacun, l'objet susceptible de le guérir du manquelO. Il est vrai que le système capitaliste a subi une double mutation: dans les années 70, le capitalisme financier a supplanté le capitalisme industriel du fait même de l'incapacité de ce dernier à renouveler et à étendre suffisamment rapidement les valeurs marchandes manufacturées. Du coup, sont commercialisées des valeurs autrefois indisponibles: eau, air, culture, mais également, santé, bien-être, soins psychiques, etc. Nous sommes pris aujourd'hui dans une sorte de développement d'un capitalisme de la communication avec des effets de virtualisation inédit: Internet, par exemple, est le lieu de tous les savoirs et de la réalisation de tous les fantasmes. .. sans évoquer les nouvelles perversions et criminalités (cf. cet allemand qui a reçu plus de deux cents réponses électroniques à son invitation à se laisser tuer et dévorer, ou l'organisation des suicides collectifs d'adolescents au Japon et ailleurs!

Otto F. Kemeberg, Borderline Conditions and Pathological Narcissism, New York, Jason Aronson, 1975. 9 _ Charles Melman, Jean-Pierre Lebrun, L'homme sans gravité, Paris, Denoël, 2002. 10 _ Christopher Lasch, La culture du narcissisme,Paris, Climats, 2000 (premièreséditions

8_

amércaine 1979 et française 1981).

41

Les conséquences de ces mutations sur l'économie psychique sont encore à étudierll . Mais le psychologue est déjà réquisitionné comme l'un des nouveaux techniciens experts dans le commerce de nouvelles valeurs touchant au bienêtre et à la santé dite mentale. 9 - Parmi les cliniciens - psychologues, psychiatres, psychothérapeutes, psychanalystes - il est donc nécessaire que quelques uns fassent leurs les objectifs suivants: écrire le bilan du lien social contemporain, lequel n'est pas encore entièrement soumis à la logique du discours capitaliste: sur quelles autres logiques pouvons-nous compter12 ? construire, proposer, enseigner des démarches et méthodologies qui ne cèdent ni sur les exigences de la science, ni sur la singularité, ni sur l'éthique13.
Il _ Voir, entre autres, Giorgio Agamben, Etat d'exception - Homo Sacer, Paris, Seuil, 2003 ; Hannah Arendt, Condition de I 'homme moderne, Paris, Calamnn-Lévy, 1961, 1983 ; Roland Chémama, Clivage et modernité, Toulouse, Erès, 2004 ; Guy Debord, La sociétédu spectacle, Paris, Folio, Gallimard, 1992; Jacques Derrida, Voyous, Paris Galilée, 2003 ; Dany-Robert Dufour, L'art de réduire les têtes: sur la nouvelle servitude de I 'homme libéré, à l'ère du capitalisme total,. Paris, Denoël, 2003 ; Jean-Pierre Le Goff, La barbarie douce, Paris, La Découverte, 1999, et La démocratie post-totalitaire, Paris, La Découverte, 2003 ; Jean-Pierre Lebrun, Un monde sans limite, Toulouse, Erès, 1997 ; Gilles Lipovetski, L'ère du vide, Paris, Folio, Gallimard, 1993 ; Charles Melman et Jean-Pierre Lebrun, L 'homme sans gravité, op. cit.; Marc Nacht, L'inconscient et le politique, Toulouse, Erès, 2004 ; Marie-Jean Sauret, Psychanalyse et politique, Toulouse, PUM, 2000 ; Markos Zafiropoulos, Lacan et les sciences sociales, Paris, P.U.F., 2001 ; Slavoj Zizek, La subjectivité à venir, Paris, Climats, 2004... 13 _ Quelques travaux réalisés au sein de l'Equipe de Recherches Cliniques, extension toulousaine du Laboratoire de Psychopathologie clinique et Psychanalyse, Université d'Aix en Provence: Marie-Jean Sauret, (avec Christiane Alberti et Colette Laterrasse), "Psychologie et psychanalyse: pour une recherche clinique", Cliniques méditerranéennes, 1996, n° 48-50, éditions Erès, pp. 273-293 ; Marie-Hélène Brousse, Françoise Labridy, Marie-Jean Sauret, André Terrise, Roger Wartel, Sport" psychanalyse et science, 1997, Paris, P.U.F., 185 pages, I.S.B.N. 2.13.048578.2.Marie:Jean_Sauret (avec Christiane Alberti) "Psychologie clinique, psychanalyse, suite", Cliniques méditerranéennes, 1997, n° 53-54, pp. 285-288; Sidi Askofaré, Marie-Jean Sauret, "La toxicomanie: perspective psychanalytique. Sexualité et discours fI, Filigranne, Ecoutes psychothérapiques, Santé mentale au Québec, septembre 1998, volume 7, nOl, pp. 66-80; Caroline Doucet et Marie-Jean Sauret, "Alexithymie, phénomène psychosomatique et transfert", Synapse, mars 1999, n° 154, pp. 47-51 ; Béatrice Gaillard, Marie-Jean Sauret, "Lecture psychanalytique d'un cas de passage à l'acte criminel", Revue Internationale de Criminologie et de Police Technique et Scientifique, 1999, n° 3, pp. 296-314 ; Marie-Jean Sauret, "Logica do Ironia", Psicologia USP, Instituto de Psicologia de Sao Paulo (indexée sur la base de données LILACS: Littérature latino-américaine et des Caraïbes en Sciences de la Santé), 1999, vol. 10, n° 2, pp. 59-79, ISSN 0103-6564 ; Colette Laterrasse, Marie-Jean Sauret, "Le rapport du sujet au savoir scientifique", in Les enjeux du savoir, Rennes, PUR, collection Clinique Psychanalytique et Psychopathologie, 2001, pp. 143-153, ISBN 2-86847-572-8. Luz Mery Zapata, Marie-Jean Sauret, " Analyse du discours et méthode psychanalytique: la question du style dans la clinique des névroses", Revue Française de Psychiatrie et de Psychologie Médicale, tome V, n° 49, octobre 2001, p. 57-65 ;
12_ Cf. note précédente.

42

soutenir les protestations logiques des sujets contre l'éradication de leur singularité, et dresser l'inventaire des solutions inventées par les uns et les autres pour rendre le monde habitable par le plus grand nombre14 ; lister les nouvelles pathologies et élaborer la métapsychologie
correspondante adéquats. .. 15

...

inventer, formaliser

et transmettre

les dispositifs

cliniques

Il s'agit ni plus ni moins que de contribuer au renouvellement des dispositifs de prise en charge, à l'amélioration des traitements et de la pertinence des interventions du clinicien. .. 10 - Alors l'université, dans tout cela? D'abord, ainsi que nous le mesurons aujourd'hui, l'université repose sur l'existence d'un sujet qui, justement, a envie de savoir, du fait même de n'y être que représenté: de ce point de vue la présence de l'université est en soi une contribution au lien social et un soutien à la singularité. Dès lors, il serait dommage qu'elle ne promeuve que des théories qui confondent singularité et individualité, et qu'elle ne forme que des collaborateurs du discours capitaliste: Hannah Arendt reproche ainsi à une certaine psychologie de préparer, par éradication du symptôme, la massification dont se repaît le totalitarisme 16.

Sidi Askofaré, Marie-Jean Sauret, "Clinique de la violence. Recherche psychanalytique", Cliniques méditerranéennes, 2002, n° 66, pp. 241-260 ; Marie-Jean Sauret (rapporteur), " Le traumatisme psychologique secondaire à l'explosion de l'usine AZF à Toulouse. Réflexions de quelques "passeurs" d'enseignement ", Revue québécoise de psychologie,2003, vol. 23, n° 3, 2003, pp. 133-154 ; Marie-Jean Sauret, "Depression und soziales Band (Dépression et lien social)", Jahrbuch für klinische Psychoanalyse, 2003, vol. 5, pp. 98-124,. Michel Lapeyre, Marie-Jean Sauret, " La psychanalyse avec la science ", Cliniques Méditerranéennes, art. cit. 14_ Voir, dans un registre décalé: Pierre Babin, SDF, l'obscénité du malheur, Toulouse Erès, 2004 ; Jacques Gaillard, Il Des psychologues sont sur place... ", Paris, Mille et une nuits, 2003; Fethi Benslama, La psychanalyse à l'épreuve de l'Islam, Paris, Aubier, 2002; Stéphanie Pechikoff et al., Toulouze/AZF, Essai sur le traumatisme et la terceté, Paris, La Dispute, 2004. 15_ Outre certaines des références de la note 10, voir Alain Ehrenberg, La fatigue d'être soi, Dépression et société, Paris, Odile Jacob, 2000 ; Philippe Pignarre, Comment la dépression est devenue une épidémie, Paris, Hachette, Pluriel, 2001. 16 _ Hannah Arendt évoque ainsi un "conflit académique des Facultés, auquel se mêlent toujours des prétentions non académiques au pouvoir": "(...) les disciplines historiques ayant trait à l'histoire du monde et aux événements qui s'y déroulent se sont tout d'abord dissoutes dans les sciences sociales puis dans la psychologie. Cela équivaut tout simplement à renoncer à l'étude du monde et de son devenir historique selon ses couches chronologiques préétablies au profit de l'étude, en premier lieu, des comportements sociaux puis des comportements humains, lesquels, de leur côté, ne peuvent faire l'objet d'une recherche systématique que si l'on exclut l'homme qui agit en tant qu'il est l'auteur d'événements qui peuvent être démontrés dans le monde, pour le rabaisser au statut d'un être réduit à des comportements susceptibles d'être soumis à expérimentation, et dont on peut même espérer

43

Nous devons reconnaître que, quels que soient les mérites du comportementalisme, il contribue à la disparition de la psychopathologie17, et que l'éclectisme du modèle bio-psycho-social, malgré sa correction intégrative, n'a rien produit d'autre qu'une réduction du sujets à l'individu - à ses déterminations et aux interactions entre elles. Il me semble donc qu'il contreviendrait à la possibilité même d'une éthique que ne soient pas enseignées aussi les théories de l'indétermination du sujet, de la singularité, de l'acte. Il y a dans la critique positiviste de l'orientation psychanalytique un hommage paradoxal envers une théorie qui cultive l'impuissance du savoir à réduire le sujet au silence et l'inefficacité du traitement contre le symptôme! Nous avons à assumer cet héritage de la singularité et à en tirer les conséquences politiques à l'heure où le discours de la science et le marché le récusent, mais où les économistes eux-mêmes s'aperçoivent de son intérêt. Ainsi Xavier Greffe relève-t-il la contradiction entre une économie idéale qui doit se débarrasser des sujets (par exemple en proposant un modèle de Sécurité Sociale où chacun cotise mais où personne n'est remboursé), et une économie humainement viable: celleci doit consentir à payer pour le lien social lui-même, non rentable, et donc à « boiter »18.Ce sujet de l'acte, responsable de sa position, capable d'aimer, de travailler, de jouir de la vie, est le seul point d'appui que nous ayons pour sortir des impasses de la démocratie formelle: inventer plus que la démocratie pour que chacun pèse sur la marche de l'ensemble audelà des élections; il est aussi celui qui peut renégocier, chacun avec chacun, le pacte qui lierait la nouvelle communauté - celle que nous continuons à discuter concrètement ici aussi.

qu'il sera définitivement sous contrôle" (Hannah Arendt, Qu'est-ce que la politique ?, Paris, Seuil, collection Points essais, 1995, p. 57). 17_ Au point de proposer des Thérapies (TCC) et non des Psychothérapies. 18 _ Xavier Greffe, "La réduction à l'économique", Université de tous les savoirs, 1er décembre 2000.

44

Peut-on enseigner les psychothérapies à l'université?
Henri Sztulman
Les membres de ce groupe d'enseignants chercheurs en psychopathologie clinique, qui se réunit régulièrement depuis bientôt dix ans, m'ont demandé d'introduire cette journée de travail par un exposé exploratoire. Cette étude, enrichissante et prenante, a été pour moi l'occasion d'une réflexion évolutive dont je présente ici le résultat actuel. Celui-ci doit désormais faire l'objet de discussions avec nos collègues de l'université et avec nos partenaires dans le champ concerné, soit principalement les associations scientifiques et les syndicats professionnels. Dans la double perspective de la Santé Publique (la protection des usagers et la sécurité sanitaire) et de la redéfinition des missions de l'Université (l'ouverture sur des champs praxéologiques en plein essor) il ne vise à écarter personne à priori mais à offrir au public des praticiens de la psychothérapie mieux formés (en formation initiale ou continue). Je souhaite ouvrir cette réflexion en rappelant une opportune citation d'Albert Einstein: «We can not solve problems by using the same kind of thinking we used when we created them ». Avant d'entrer dans le cœur du débat il faut débroussailler le terrain: - premièrement d'abord sur le droit: a-t-on le droit d'enseigner psychothérapies, toutes les psychothérapies, c'est la question l'évaluation; - deuxièmement ensuite sur les effets de contexte tant: du côté du politique (contraintes administratives règlementaires en France et dans l'Union Européenne) ; que du côté des pratiques cliniques. Enseignement l'évaluation. des psychothérapies et déontologie:

les de

et

la question de

Les fameux principes de précaution et de sécurité devraierit conduire à n'enseigner que les méthodes psychothérapiques ayant apporté la preuve de leur efficacité, serait-elle relative, et ne créant pas de préjudices ni n'entraînant d'effets secondaires négatifs pour le sujet. C'est le fameux adage «primum non nocere » ; pour le dire autrement il s'agit de se limiter à des méthodes apportant au sujet plus de bénéfices ou d'avantages que d'inconvénients ou d'inconforts.

45