La forme de l'inconscient

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Berta Roth aborde la nécessité d'accueillir et d'interroger tous les autres langages que le verbal pour dire ce qui est ni audible, ni dicible. À partir de situations cliniques, Berta Roth traite du statut du regard du psychanalyste et aussi du patient. Elle écrit : "C'est dans la Forme que prend le secret, ce qui ne peut pas se dire est souvent enfermé". Il s'agit dans cet ouvrage de ce Berta Roth appelle "L'Esthétique de l'Inconscient".
Publié le : dimanche 1 mars 2015
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EAN13 : 9782336371733
Nombre de pages : 172
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Berta Roth
La forme de l’inconscient Entre l’écoute et le regard
La forme de l’inconscientEntre l’écoute et le regard
Berta Roth
La forme del’inconscient Entre l’écoute et le regard
Du même auteur
Dans le silence des mots, Ed. L’Harmattan, 1994. La Actividad Psicoanalîtica, Ed. Nueva Visiôn, Buenos Aires, Argentina, 1997. L’Exil – des exils, Ed. L’Harmattan, 2003. Expériences de la perte – Colloque de Cerisy-la-Salle, Sous la direction de Michel Juffé, Ed. P.U.F., 2005. Je ne suis pas d’ici, Ed. La tête à l’envers, 2014.
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04953-3 EAN : 9782343049533
AVANT-PROPOS
« Qui cherche à s’approcher de son propre passé enseveli doit se com-porter comme un homme qui creuse » 1 Walter Benjamin Le terme « creuser » suggère un mouvement qui cherche. Une recherche archéologique, par exemple. On cherche, on ne sait pas quoi exactement mais, malgré la fatigue, la frus-tration et aussi le découragement on continue à creuser… L’unique certitude est le désir de trouver « ça » qui pourrait nous échapper. Avec ce mouvement, celui de creuser pour découvrir le « secret caché », un déplacement se produit dont sa destinée (inconnue) décrit, au travers de sa trajectoire, ce que nous pouvons considérer comme étant une Forme. Laquelle, puisque nous parlons de déplacement, inclut, nécessaire-ment, la notion d’espace, puis du temps. Deux dimensions que, d’après ce qui est dit, l’inconscient méconnaît. L’idée de creuser, expression quelque peu métaphorique, nous sert pour faire référence à ce qui pourrait ressembler à la recherche de recoins où se niche le désir inconscient. Question inévitable quand il s’agit d’interroger la rencontre psychanalytique, ainsi que les aléas de sa technique. Surtout à
1  W. Benjamin.Le théâtre de la mémoire. Ecrits autobiographiques. Chris-tian Bourgois éditeur.
des moments où le discours du patient se manifeste par des langages autres que celui de la parole dite. Le conflit, propre à toute cure psychanalytique, entre dire, et la résistance à le faire, pose certaines questions sur la posi-tion de l’analyste selon la technique psychanalytique traditionnelle. Surtout quand il s’agit d’amener le patient à revisiter,dans le registre où ils se manifestent, ces fragments du discours qui sollicitent parfois, par leurs aspects bizarres, une attention autre de la part de l’analyste que la seule écoute. En particulier quand l’accès à la parole s’avère difficile, et que des aspects du discours restent, manifestement, séparés de tout vécu. Cela nous amène à interroger les deux concepts, à notre avis complémentaires, celui decontre-transfert,et celui derésis-tancechez l’analyste. Tous les deux faisant référence au vécu de l’analyste, et à ses propres aspects « aveugles », « sourds » ou expulsés » de son économie psychique. Des aspects for-cément liés à des registres où les sens sont particulièrement privilégiés (le tact, la vue, l’odorat, etc.). Les sens, qui occu-pent une place royale dans l’activité de ladite écoute analytique. Ils sont à ce point censés l’orienter, disait Freud, que toute observation clinique correcte est perturbée par l’opération de la mémoire et le désir. C’est-à-dire par les sens qui règnent au-delà de toute décision et qui font partiedes langages qui se servent de l’espace physique de la séance pour se raconter. Toutes ces questions liées à la « rencontre psychanaly-tique » font qu’il faut s’arrêter donc sur ce qui représente son conflit. Un conflit qui, depuis le départ, fait référence à un mouvement qui s’exprime dans le doute d’aller ou de ne pas aller, de vouloir et / ou de ne pas vouloir, et dont le binôme voir et savoirfait partie. En faisant référence aux sens, au langage, à la métaphore, à la Forme et à l’espace, une anecdote me revient. Il s’agissait d’un collègue qui m’a fait part un jour d’un vécu éprouvé
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auprès de son patient, dentiste de profession. Il me disait que, quand le patient ouvrait la bouche, lui (l’analyste) s’énervait. Pendant qu’il se racontait, je me représentais deux bouches ouvertes, celle de mon collègue, et celle de son pa-tient : celle de mon collègue quand il devait aller chez le dentiste, et celle de son patient dentiste, quand il était chez son analyste… Deux scènes s’inscrivant dans un texte multi-forme, un véritable hiéroglyphe dont la dimension métaphorique fait partie du travail analytique. La question que ce travail pose donc, est celle de penser l’écoute et la manière dont elle est liée au trajet pulsionnel. C’est-à-dire, tout ce qui est à l’origine du mouvement qui donne sens à ce qui fait Signe dans le discours du patient. Le processus psychanalytique fait partie d’un espace mé-taphorique dont la dimension physique ne peut pas être exclue. Cela nous amène alors à penser paradoxalement la rencontre psychanalytique dans des termes spatio-temporels, afin d’approcher ce qu’il est du mouvement pulsionnel. C’est-à-dire des représentations organiques qui font partie de toute organisation symbolique, et aussi du pouvoir empi-rique de l’imagination. Ce matériel multiple donne l’idée de l’hétérogénéité qui se déploie au sein de la clinique psychanalytique parce que, en dehors du discours du patient compris comme tel, et des représentations inconscientes qui se donnent à voir, il y a aussi ces mots qui traversent le discours comme des spectres qui se dessinent dans l’espace de la séance. Ce sont de véri-tables mises en scène qui sollicitent l’attention de l’analyste, son attention et aussi son regard vers ce qui véritablement se dessine dans la séance. Ceci pour dire que dans ce qu’on entend par « écoute » analytique, la poussée pulsionnelle insiste pour que se dé-voile ce qui « devait » rester caché. Mais elle le fait aussi au travers des mots qui agissent comme des barrages face à ce qui se dessine et demande à être vu.
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