La France de la révolution

De
Publié par

La prise de la Bastille, la tentative de fuite de Louis XVI, sa déchéance, l’avènement de la République, la Terreur... Tout cela est bien su. Pourtant, que connaissons-nous de l’histoire du roi cochon et de celle du géant Iscariotte ? Des culottes de peaux humaines qu’aurait portées Robespierre et du sort réservé aux vainqueurs de la Bastille ? Du rire des députés à l’Assemblée et de l’histoire du tutoiement ? Du langage du père Duchesne et du célèbre « Ça ira ! » ? Enfin des mots inventés par ces hommes qui ne rêvèrent que de régénération et de renouveau ?
Joyeux, moqueur parfois, mais toujours rigoureux dans ses propos, Antoine de Baecque nous offre, comme sur une scène de théâtre, une farandole de mots et d’expressions, de représentations de l’événement, regard neuf et souvent bien éloigné des poncifs.
Publié le : vendredi 12 septembre 2014
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791021001855
Nombre de pages : 271
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
LA FRANCE DE LA RÉVOLUTION Antoine de Baecque
dictionnaire de CURIOSITÉS
LA FRANCE DE LA RÉVOLUTION
DU MÊME AUTEUR
La Caricature révolutionnaire, CNRS, 1988. Le Corps de l'histoire. Métaphores et politique (17701800), CalmannLévy, 1993. François Truffaut, Gallimard, 1996. La Gloire et l'effroi. Sept morts sous la Terreur, Grasset, 1997. Histoire culturelle de la France, « Lumières et Liberté », vol. 3, Le Seuil, 1998. La Nouvelle vague. Portrait d'une jeunesse, Flammarion, 1998. e Les Éclats du rire. La culture des rieurs auXVIIIsiècle, CalmannLévy, 2000. La Cinéphilie. Invention d'un regard, histoire d'une culture (19441968), Fayard, 2003. Histoire du Festival d'Avignon(avec Emmanuelle Loyer), Gallimard, 2007. Crises dans la culture française. Archéologie des politiques culturelles et anatomie d'un échec, Bayard, 2008. L'Histoirecaméra, Gallimard, 2008. Godard. Biographie, Grasset, 2010.
DANS LA MÊME COLLECTION « DICTIONNAIRE DE CURIOSITÉS»
Didier Le Fur,La France de la Renaissance, 2011.
À paraître : JeanPaul Desprat,La France du Grand Siècle, 2012. Jacqueline Lalouette,La France de la BelleÉpoque, 2012. Éric Anceau,La France du Second Empire, 2012.
Antoine de Baecque
LA FRANCE DE LA RÉVOLUTION
Dictionnaire de curiosités
TALLANDIER
Collection dirigée par Didier Le Fur
© Éditions Tallandier, 2011 Éditions Tallandier, 2 rue Rotrou, 75006 Paris www.tallandier.com
PRÉFACE
Il faut réhabiliter la curiosité, qui n'est pas, selon l'expression d'un vieux dicton, qu'un vilain défaut. Comme l'a écrit Marc Bloch, elle est également la pulsion première qui meut les historiens, car elle prélude à l'envie de faire récit. Elle est un appel à la recherche personnelle en même temps, déjà, qu'un désir de partage. J'ai toujours été amateur d'une étrange revue, qui m'a été un constant stimulant,L'Intermédiaire des chercheurs et curieux. Là, depuis 1864, tous les mois, une centaine de questions sont posées par les lecteurs, et autant de réponses, ou d'ensembles parfois contradictoires de réponses, sont apportés par d'autres lecteurs. Ces communications, sou vent érudites et passionnées, concernent tous les sujets, qui se métamorphosent lors de cette alchimie en curiosités. En fondant l'Intermédiaire, Charles André Read, haut fonc tionnaire, fin lettré, invente pour la France une encyclopé die bénéficiant d'une réactualisation permanente en même temps qu'une communauté de savoir sans cesse sti mulée, ce que la bulle internet nommera « forum » et que nous connaissons aujourd'hui sous l'appellation de « Wikipédia ». Mais Read avait trouvé un nom bien plus poétique et tellement mieux inspiré : ces quelques milliers d'amateurs curieux regroupés en une communauté de par tageurs du savoir, il les nomma « ophélètes ». Les historiens « professionnels » méprisent générale ment ou ignorent cette revue. Certains la lisent, quelques uns y collaborent même, mais souvent sous pseudonyme,
7
LA FRANCE DE LA RÉVOLUTION
afin de préserver leur réputation. Préserver de quoi ? La recherche curieuse seraitelle le tabou de l'histoire sérieuse ? Il est sûr que lesAnnaleset l'Intermédiairevivent dans deux mondes différents. Pourtant, je plaide pour une synthèse possible entre les deux approches de l'histoire. La première revue m'apporte des analyses, des méthodes, des terrains de recherche, une épistémologie du savoir histo rique ; la seconde, injustement méconnue, déconsidérée, nourrit régulièrement ma pratique historienne d'une pul sion fouineuse et d'objets singuliers. D'ailleurs, j'ai écrit, et je continue d'écrire, dans les deux. Si je me définis comme unhistorien curieux, c'est parce que j'aime plonger dans les textes et les archives avec un désir d'élucidation, en quête de sujets originaux, mysté rieux, intéressants, ce que Taine nommait des « petits faits significatifs », Michelet des « éclats d'histoire » et Antoine Bouch, journaliste, poète, écrivain de romans policiers, qui dirigea l'Intermédiaireplus de vingt ans après la Seconde Guerre mondiale, des « singularités curieuses ». Les tables des matières de l'Intermédiaire, près de 70 000 sujets depuis 148 ans, sont pour moi des bréviaires précieux, comme les listes d'une énumération à la Prévert, une source d'inspi ration privilégiée. Combien de mes sujets d'histoire sont nés dans ces listes consultées avec jubilation à la Biblio thèque nationale ? Mes travaux sur l'imaginaire politique de 1789, sur les combats du rire et du tragique pendant la Révolution, sur les cérémonies et les idées révolution naires, se sont nourris de ces éclats de curiosité. Ainsi, dans ce livre même, trouveraton quelques textes directement nés de questions ou de réponses lues dans un numéro de L'Intermédiaire des chercheurs et curieuxbaignoire de, « Marat », « chasse aux bustes », « Guillotin », « hilarité parle mentaire », « Iscariotte », « lanterne », « noyades », « Père Gérard », « petit tambour », « pieds de cochon à la Sainte
8
PRÉFACE
Ménehould », « poissardes », « queue de Robespierre », « raison », « roi cochon », « tutoiement », « zéro », ou encore la magnifique et terrible « culotte de peau humaine » que la rumeur attribua un temps à Robespierre. La curiosité, plus généralement, est un état d'esprit. Thomas d'Aquin, qui n'aimait pas ce terme car il ressem blait trop à un vice, lui préfère dans saSomme théologique, la studiosité. Va pour la studiosité si elle appelle, comme je le conçois, ce goût pour l'entassement d'objets hétéro clites, fragiles, étonnants, par quoi se construit le processus d'apprentissage, la constitution d'un savoir vrai car marqué par l'observation, l'élucidation, l'expérimentation, la comparaison. On définit là très exactement ce que, de la Renaissance aux Lumières, les savants et les connaisseurs dénommèrent « cabinet de curiosités ». J'aimerais volon tiers qu'on lise ce livre comme autrefois les érudits, puis des publics de plus en plus nombreux, observaient les médailles, les antiquités, les objets de tradition, les animaux empaillés, les insectes séchés, les coquillages, les squelettes, les herbiers, les fossiles qui, dans leur mélange même, constituaient les cabinets de curiosités ou les chambres des merveilles. Une science descuriosas'est constituée dans ces marmites bouillonnantes de culture, une mémoire du savoir occidental s'est forgée dans ces capharnaüms, un catalogue de l'esprit humain s'est écrit dans ces musées de l'étrange, et je me verrais bien en Réaumur des faits, gestes, mots, portraits, manies, rumeurs de la Révolution, léguant mon cabinet de curiosités révolutionnaires à l'œil de ces lecteurs d'aujourd'hui qui recherchent une connais sance intime et surprenante, ludique et enrichissante, pra tique et expérimentale, du plus grand événement de l'histoire de France. Le curieux, en collectionnant les objets étranges d'un temps, semble pouvoir saisir le processus de création
9
LA FRANCE DE LA RÉVOLUTION
d'une vision du monde. Krzysztof Pomian, dans son livre e Collectionneurs, amateurs et curieux, ParisVenise,XVIe XVIIIsiècle, a décrit et compris ce processus mieux qu'un autre en désignant ces cabinets de curiosités par le terme desémiophore: il ne s'agit pas seulement d'une compilation d'objets, mais d'une recréation qui donne sens à l'univers, qui témoigne d'une pensée globale, mais en détail, de l'existant. Le cabinet de curiosités fonctionne par rappro chements, par comparaisons, comme un collage ou un montage. Ce mode de pensée, qui associe à la pulsion collectionneuse une interprétation de l'univers, est préci sément ce que l'on peut nommercuriosité, à savoir un état d'esprit, un mouvement vers l'autre, et aussi un objet, un fait, qui brille par son irréductible source de questionne ments non résolus. Reconnaissons enfin, en matière de curiosités, notre dette à l'égard des révolutionnaires français. Cette décen nie regorge d'inventions curieuses de toute sorte, notam ment cérémonielles, lexicales, mais également dans les habitudes, les mœurs, les pratiques politiques, culturelles ou sociales. Voici une mine de curiosités. Souvent, cette curiosité résiste : elle demeure énigmatique, secrète, par fois incompréhensible à notre regard d'aujourd'hui. Mais là réside précisément l'énergie historienne, cette envie d'élucider ce que nous ne comprenons plus, ce que Robert Darnton, dansLe Grand Massacre des chats, plaçait à l'origine même de sa vocation d'historien. La Révolution avait conscience de sa propre curiosité en regard de l'his toire de France, elle en était si persuadée qu'elle multiplia les études et surtout les dictionnaires ou encyclopédies sur ses propres inventions, sur sa nouveauté radicale et énig matique. L'un de ces dictionnaires est écrit par un curieux per sonnage, mieux encore : le prince des curieux et le
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.