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La fratrie, creuset de paradoxes

De
158 pages
Cet ouvrage cherche à comprendre pourquoi les fratries constituent une sorte de point aveugle de la sociologie de la famille. Les multiples paradoxes dont elles sont le creuset émergent progressivement : contradictions inhérentes aux échelles d'observation ou entre les disciplines nécessaires à son appréhension; oppositions entre deux acceptions du lien fraternel (une strictement génétique, l'autre plutôt contractuelle) ; antinomie entre une égalité de traitement proclamé et les différences effectives entre frères et sœurs ; désaccords théoriques.
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Monique BUISSON

LA FRATRIE CREUSET DES PARADOXES

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions

R. LE SAOUT et J-P. SAULNIER, L'encadrement intermédiaire: les contraintes d'une position ambivalente, 2002. Jean HARTLEYB, Pour une sociologie du nazisme, 2002. F. JAUREGUIBERRYet S. PROULX, internet,nouvel espace citoyen ?, 2002. Benoît RAVELEAU (sous la direction de), L'individu au travail, 2002. Alphonsed'HOUTAUD, A la recherchede l'image sociale de la santé, 2003. Bernard DIMET, Informatique: son introduction dans l'enseignement obligatoire. 1980-1997, 2003. Jean-Marc SAURET, Des postiers et des centres de tri, un management complexe,2003.
Zihong PU, Politesse en situation de communication sino-française, 2003. Olivier MAZADE, Reconversion des salariés et plans sociaux, 2003. Pierre-Noël DENIEUIL, Développement des territoires, politiques de l'emploi, et formation, 2003. Antigone MOUCHTOURIS, Sociologie du public dans le champ culturel et artistique, 2003. Sylvie GIREL, Création, diffusion et réception des arts visuels contemporains dans les années 90. L'exemple marseillais, 2003. Antoine DELESTRE et Gilbert VINCENT, Les chemins de la solidarité, 2003. Jean-Bernard OUÉDRAOGO, Arts photographiques en Afrique, 2003 Jenny MAGGI, Influences citoyennes. Dynamiques psychosociales dans le débat sur la question des étrangers. 2003. Hakima LAALA HAFDANE, Les femmes marocaines une société en mouvement, 2003. Howard S. Becker, Paroles et musique (livre disque), 2003.

A mes parents, un ouvrier, une bonne.

Ouvrage du même auteur Françoise BLOCH, Monique BUISSON, La garde des enfants, une histoire de femmes. Entre don, équité et rémunération, Paris, L'Harmattan, 1998.

Sommaire

Pourquoi

ce silence en sociologie? méthodologiques

(13) (27)

Des problèmes

Une mise en œuvre complexe (28) Une querelle d'échelle d'observation (32) Un passage obligé: le regard pluridisciplinaire Fratrie et filiation (39) un lien contractuel? (63) (58) (35)

Frères de sang ou frères de lait? (40) Le lien fraternel: Fratrie et transmission

Fratrie et héritage (63) Fratrie et succession (67) Fratrie et itinéraires sociaux (72) Caractéristiques de la fratrie et diversification des itinéraires (73) L'avenir social de la famille : un héritage partagé au sein de la fratrie (78) Idéologie du traitement égalitaire (85) Une égalité prônée mais démentie dans les faits (85) Une idéologie qui reste prégnante (98) Entre reproduction Fratrie sociale et individualisme (101) et lien social familial (113) La dimension verticale (114) La dimension horizontale (117) Le lien social fraternel (123)

Echanges et solidarités (113)

La fratrie comme configuration (123)

Dynamique du lien social fraternel (131) A voir Avoir A voir A voir Bibliographie plus reçu (134) moins reçu (135) plus donné (138) autant reçu que donné (141 )

Du lien fraternel au lien social (143) (149)

Cet ouvrage doit beaucoup à toutes celles et tous ceux qui ont accompagné ou croisé mon itinéraire de recherche: - mes collègues de travail, notamment Agnès Pitrou qui initia mes premiers pas dans ce long cheminement et surtout Françoise Bloch qui le partage depuis tant d'années: les pages qui suivent sont en maints endroits nourries de nos réflexions échangées au fil du temps; enfin, Yves Grafmeyer qui, comme directeur du Groupe de Recherche sur la Socialisation, m'a laissé l'espace de liberté nécessaire pour le réaliser; - mes familiers, en particulier Claude, qui m'a soutenue, encouragée et a relu plusieurs fois très attentivement le manuscrit me faisant part à chaque lecture de ses remarques judicieuses, mais aussi André, Hélène, Odette, Francine - mes frère et sœurs - qui, sans le savoir, ont été à l'origine de mes interrogations; - toutes les femmes, tous les hommes, rencontrés au cours de mes différentes recherches et qui ont accepté de me confier des moments de leurs parcours de vie. Que toutes et tous trouvent ici le témoignage de ma reconnaIssance.

Pourquoi ce silence en sociologie?

Les textes anciens de la mythologie, de la tragédie antique, de la bible sont émaillés de relations de jalousie et de rivalité entre frères pour conquérir la reconnaissance ou le pouvoir. L'apogée de ces luttes fratricides culmine le plus souvent dans un meurtre: le dieu égyptien Seth tue son frère Osiris; Romulus, désigné comme roi par le sort, élimine son jumeau Rémus qui a osé franchir le sillon marquant l'enceinte de la future Rome; Etéocle et Polynice s'entretuent pour régner sur Thèbes; Caïn assassine Abel dont l'offrande fut préférée par Dieu; Jacob supplante Esaü dans l'héritage en achetant son droit d'aînesse contre un plat de lentilles. Ces relations fraternelles, mises en scène sur un mode binaire, opposent deux frères pour la lutte du pouvoir, mais ces récits relatent aussi de fréquentes relations incestueuses au sein des fratries. Rivalité et inceste constituent également l'intrigue de nombreux ouvrages littéraires qui mettent en scène des relations fraternelles. C'est aussi le plus souvent sous l'angle de la rivalité, de la gémellité et des relations incestueuses entre frères et sœurs que les sciences humaines et sociales, notamment la psychologie, abordent les relations fraternelles. Elles utilisent ainsi un cadre d'analyse qui, comme un miroir déformant, grossit certains traits et donne de ces relations une image gauchie et tronquée. Quelle que soit la discipline relative aux sciences de l' homme et de la société, les auteurs s'accordent pour reconnaître la fratrie comme « un élément silencieux dans notre 13

culture» 1. C'est en psychologie que la littérature sur le sujet paraît la plus abondante et que semble actuellement émerger un intérêt pour le fraternel qui, selon certains auteurs, «rompt le relatif silence dans lequel l'ont tenu pendant longtemps la clinique et la théorie psychanalytique »2. Néanmoins, des ouvrages récents3 soulignent l'approche toujours parcellaire et souvent moralisante dont la fratrie reste l'objet. Sont alors essentiellement traités la seule rivalité fraternelle entre aîné et puîné, les effets pathogènes de cette rivalité sur le développement de la personnalité ou la question de l'enfant unique par l'aspect négatif de l'absence. Notant ces insuffisances, ces deux ouvrages continuent néanmoins d'aborder les relations fraternelles dans leur dimension néfaste au développement personnel. Ainsi, dans l'ouvrage dirigé par O. Bourguignon, les articles traitent de situations marginales: l'inceste, les problèmes liés à l'état de santé d'un membre de la fratrie (sida, greffe de moelle, délire fraternel, décès d'un jumeau), l'enfant unique, les jumeaux. S. Angel (1996) suit la même voie en analysant essentiellement les relations incestueuses entre frères et sœurs, les secrets de famille concernant ces derniers, l'enfant de remplacement ou la parentification de l'enfant. Quant au psychiatre M. Ruffo, dans son récent livre au titre évocateur « Frères et sœurs, une maladie d'amour », il évoque les liens fraternels comme « une maladie chronique avec ses moments de crise et ses précieux instants de répit »4. Ainsi même en psychologie où les frères et sœurs sont souvent pris en considération, ils le sont dans le cadre d'une problématique réductrice et l'interprétation des relations de fratrie reste souvent soumise à un «certain impérialisme psychanalytique »5 qui subordonne les divers aspects de la relation fraternelle à celle que chaque enfant entretient avec ses parents notamment dans le cadre de la triangulation œdipienne.

Ce faisant les membresde la fratrie sont considérés comme « les
1 _ 2 _ 3 _ 4 _

5 _ Ginsberg-Carre,

Bourguignon, 2001, p. 22. Kaës, 2001, p. 31. Bourguignon (dir.,) 1999 ; Gayet, 1993. Ruffo, 2002, p. 269.
1996, p. 80.

14

pièces accessoires des parents, les relations entre eux étant gouvernées par des attitudes de rivalité, d'envie, de jalousie et de compétition pour l' amour des parents» 1. En anthropologie, la force de structuration du couple aîné/cadet dans les rapports familiaux comme dans les rapports sociaux est mise en évidence dans de nombreuses sociétés2. Pour ne citer que quelques exemples forcément réducteurs dans leur nombre limité, B. Vernier montre comment à Karpathos « les schèmes classificatoires qui sont à l' œuvre dans la perception des ressemblances familiales peuvent venir redoubler les rapports de domination entre aînés et cadets qui, avec les

systèmes de lignées, sont à leur principe »3. Dans la société
catalane, cette dominance de l'aîné, destiné à être l' héritier universel du patrimoine et le conservateur de la lignée, suscite chez les cadets des conduites iconoclastes de gaspillage du capital que le groupe familial tente de parer en procurant au cadet une bonne situation4. Enfin, dans la grande noblesse italienne du 17ème siècle, le premier né hérite tandis que le cadet devient ecclésiastique ou militaire apportant au patrimoine familial les revenus de sa profession5. Loin d'être exhaustifs, ces quelques exemples montrent également combien dans ces sociétés la prégnance du couple aîné/cadet laisse le plus souvent dans l'ombre l'analyse des rapports relatifs à l'ensemble des membres de la fratrie. Le silence concernant les fratries pèse plus lourdement encore dans les autres disciplines des sciences humaines et

sociales.En droit, « à côté du droit conjugal et du droit parental,
il n'existe pas à proprement parler, de droit de fratrie [...]. Le Code civil contient seulement des rudiments du statut de fratrie qui se résume principalement dans un interdit, une absence et une espérance »6: l'interdit pour un frère et une sœur de contracter mariage, l'absence légale d'obligation alimentaire
1 _ 2 _

Freud, 1976, p. 157-158. Segalen, Ravis-Giordani (dir.), 1994.

3 _ Vernier, 1989, p. 23. 4 _ Barrera-Gonzales, 1994. 5 _ Ago, 1994. 6 _ Belmonte, 2000, p. 11-12.

15

entre membres de la fratrie et l'espérance d'hériter d'un germain décédé sans postérité si celui-ci n'a pas exhérédé ses frères et sœurs de la succession. La statistique partage cette discrétion et «concentre exclusivement son attention sur les relations verticales d'ascendance et de descendance au détriment des

relations latérales»

1.

Chez les historiens de la famille, une

insuffisance allant dans le même sens peut être relevée, les liens entre collatéraux y sont un peu moins souvent soulignés que ceux entre conjoints ou entre parents et enfants2. C'est cependant en sociologie que la fratrie apparaît comme la grande oubliée, elle y est abordée «de manière marginale et comme

épiphénomèned'une sociologieglobalede la famille »3.
Ainsi, de nombreux auteurs relatent la quasi-absence de la fratrie comme objet sociologique à part entière4. Si « la nature des relations existant entre frères et sœurs adultes reste un champ quasiment inexploré en sociologie de la famille »5, « comme s'il ne se passait rien ou bien que tout aille de soi »6,la fratrie comme variable a, elle aussi, longtemps été laissée dans l' ombre7. Lorsqu'elle est amorcée, l'étude du lien de germanité reste toujours fort parcellaire et uniquement appréhendée à partir d'un seul membre de la fratrie évoquant, par exemple, les seules rencontres et relations téléphoniques avec ses frères et sœurs8. Ce peu d'intérêt, voire cette mise à l'écart, aboutissent à une absence presque systématique de la fratrie comme thème abordé dans les ouvrages de sociologie de la famille. Nombre d'entre eux ne contiennent aucun chapitre dédié aux fratries9. La famille en question: l'état de la recherche10est le seul ouvrage à
1 _

Calot, 1981, p. 361.

2_
4 _

Isambert-Jamati, 1995, p. 10. 3 _ Spire, 1998, p. 28.

Bondu, 1998 ; Spire, 1998 ; Théry, 1996 ; Langevin,
1994, p. 291.

1998.

5 _ Coenen-Hutter, Kellerhals, von Allmen, 6 _ Bondu, 1998, p. 31. 7 _ Desplanques, 1986. 8 _ Crenner, Déchaux, Herpin, 2000. 9 _ Bawin, Stassen, 1996; Bawin-Legros, (dir.),1996; Segalen, 1996 ; Singly (de), 1988.
10 _

1999; Roussel, 1989; 1993 ; Segalen (dir.),1991

Neyrand ; Martin,

Singly (de), Martin, Muxel, Bertaux-Wiame, Maruani, Commaille, 1996. 16

consacrer, sous la plume de A. Langevin, un chapitre de trois pages et demie à l'étude des fratries, tandis que dans La famille: l'état des savoirs1, elles sont brièvement évoquées par A. Gotman et A. Laferrère à propos du thème connexe de l'héritage. Plus récemment, Le nouvel esprit de famille2 n'accorde qu'une douzaine de pages aux fratries sous un titre par ailleurs fort évocateur « la zizanie dans les fratries». Certains auteurs énoncent le lien fraternel comme une composante à part entière d'une trilogie l'associant aux liens de conjugalité et de filiation: «la famille nucléaire, formée des parents et de leurs enfants, croise trois types de liens: le lien de conjugalité, le lien de filiation, le lien fraternel »3.Mais la portée de cette affirmation semble peu efficace puisque dans la suite du rapport, l' auteure développe longuement les deux premiers liens tandis que le troisième est de fait délaissé. L'explication de cette absence résiderait-elle dans l'assertion formulée ultérieurement: «le lien fraternel (bien qu'il soit aujourd'hui profondément transformé par la raréfaction des familles nombreuses) n'a pas connu de véritable redéfinition, nous vivons aujourd'hui l'aboutissement d'une évolution séculaire qui a véritablement révolutionné le lien de conjugalité, d'une part, le lien de filiation

d'autre part »4 ? Mais alors, faudrait-il en déduire que le lien
conjugal et le lien de filiation auraient été l'objet d'une « révolution» qui resterait sans effet sur le lien fraternel? Une telle conclusion nous semblerait fort hâtive. Cette absence apparaît d'autant plus étrange que les auteurs s'accordent pour faire de la naissance des enfants ce qui permet d'identifier une famille comme telle. Le désintérêt de la sociologie de la parenté pour l'étude des relations dans la fratrie est d'autant plus singulier que le lien de germanité5 est
1_

Singly (de), (dir.), 1991.
Segalen, 2002.

2_
4 _

Attias- Donfut, Lapierre, 3 _ Théry, 1998, p. 25.
5_

Ibid, p. 26.

Le terme « germains », dont est dérivé celui de germanité, désigne des

frères et sœurs ayant le même père et la même mère. Lorsqu'ils ont en 17

considéré, « au même titre que le lien de filiation direct (père et mère-enfants), constitutif de la famille élémentaire ou nucléaire, laquelle est l'unité de base du système de parenté occidental »1. Cependant, ce silence sur le lien fraternel perdure dans des études récentes2 où le lien de parenté est encore étudié sans évoquer les liens entre frères et sœurs tandis que ceux tissés avec les parents, les grands-parents, les oncles et tantes et même les cousins et cousines sont pris en compte. Certes, les familles à enfant unique existent, mais elles sont minoritaires: en effet, 78 % des femmes nées vers 1965, ayant vécu en couple avant 50 ans et ayant eu au moins un enfant, devraient mettre au monde deux enfants ou plus3. En parallèle, explicitement ou pour le moins implicitement, on continue à penser le statut minoritaire d'enfant unique comme peu propice à un développement harmonieux. Persister à marginaliser cette situation familiale apparaît somme toute quelque peu contradictoire avec l'absence de prise en compte du lien fraternel. En effet, le lien fraternel, conçu comme une relation plurielle et pas seulement binaire, n'est l'objet d'aucune approche permettant d'en comprendre la nature et d'en décrypter la dynamique sans la circonscrire à ses aspects négatifs. L'analyse de ce qui s'échange et se transmet à l'intérieur d'une famille doit aussi prendre en compte la composante plurielle des liens fraternels dans l'horizontalité comme dans la verticalité des relations familiales et ne doit pas sans cesse rabattre l'étude du lien familial sur le lien conjugal ou le lien parental. Certes, beaucoup de disciplines se sont intéressées aux frères et sœurs (psychologie, anthropologie, ethnologie, démographie historique, sociologie), mais comme le pointe A. Spire, aucune ne les a considérés comme un objet d'étude à
commun leur seul père, ils sont frères et sœurs consanguins et utérins s'il s'agit de la mère.
1_ Crenner, Déchaux, Herpin, 2000, p. 211.
2 _

3 _ Toulemon,

Hammer, Burton-Jeangros, Kellerhals, 2001.

Leridon, 1999. Tandis que 22 % en auront 1 seul; 40 % en auront 2 ; 27 % en auront 3 et Il % en auront 4 ou plus. La part des enfants uniques parmi l'ensemble des enfants s'avère donc encore plus réduite que celle des familles d'un seul enfant parmi l'ensemble des familles.

18

part entière. Selon cet auteur, les modes d'approche sont toujours partiels, il en distingue trois. L'un d'eux est spécifique à la psychologie qui aborde les fratries essentiellement par le biais du conflit. La relation fraternelle est alors interprétée

comme une rivalité vis-à-vis de la mère, ce qui « conforte une
conception essentialiste et statique des frères et sœurs en présentant la famille comme une entité structurée toujours selon les mêmes règles »1. Les deux autres approches concernent la sociologie, elle prennent en compte les échanges, notamment intergénérationnels, ou la différenciation par le rang de naissance. La fratrie n'est donc pas constituée en objet d'étude à part entière, mais néanmoins les frères et sœurs ne sont pas totalement absents de la littérature sociologique. Certaines caractéristiques de la fratrie (taille notamment) ou certaines spécificités des membres qui la composent (rang de naissance, sexe) sont prises comme variables explicatives dans des analyses relatives à d'autres objets d'étude. Il en est ainsi des échanges et des solidarités qui conduisent à distinguer deux niveaux: celui des relations horizontales qui s'attache à mettre en évidence la nature et l'intensité des relations à l'intérieur de la fratrie et celui des relations verticales entre les membres de la fratrie et leurs parents. La dimension horizontale demeure cependant beaucoup moins explorée que la dimension verticale. Une autre approche, relative elle aussi à la dimension intergénérationnelle, met en relation la transmission de l'héritage avec certaines caractéristiques des membres de la fratrie. Enfin une troisième perspective met également en jeu la dimension intergénérationnelle mais à propos des itinéraires socioprofessionnels de certains membres de la fratrie. Pourquoi, en sociologie, la fratrie n' a-t-elle pas été construite comme objet d'étude à part entière? Tenter de répondre à cette interrogation nécessite tout d'abord de mieux cerner ce qu'est une fratrie. D'un point de vue sémantique, le terme « fratrie» apparaît très récemment dans les dictionnaires, le Petit Robert situe son apparition aux alentours de 1970, mais
1 _

Spire, 1998, p. 25.

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