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La fureur de se distinguer

De
288 pages
La crainte d'une récession rappelle les peurs d'antan ; les inégalités persistantes avivent les haines. L'espérance de vie allant croissant, le problème du sort des vieillards est remis en question. La gouvernance de nos sociétés a toujours fait l'objet de débats. La démocratie s'impose mais l'anarchie et la tyrannie ont toujours des adeptes. Les utopies telles que les avait décrites Thomas More seront toujours d'actualité. L'altérité devrait impliquer le respect d'autrui, mais xénophobie et racisme perdurent.
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A ma femme A mes enfants et petits-enfants A Marlyse Roth, ma secrétaire

C’est ici un livre de bonne foi, chers lecteurs. Il t’avertit dès l’entrée que je m’y suis proposé aucune fin, autre que de tracer nombre d’illusions de l’humaine destinée1. Montaigne.

Les abeilles pillotent deçà delà les fleurs, mais elles en font après le miel, qui est tout leur : ce n’est plus thym ni marjolaine ; ainsi les pièces empruntées d’autrui, il les transformera et confondra, pour en faire un ouvrage tout sien, à savoir son jugement. Montaigne

Montesquieu dit qu’ « une œuvre originale fait presque toujours naître cinq ou six cents autres ouvrages, qui se servent de la première, plus ou moins, de la manière dont les géomètres se servent de leurs formules ». Je ne sais pas si Candide a servi de formule pour cinq ou six cents autres livres. Je ne crois pas, et c’est bien dommage : nous nous serions moins ennuyés sur tant de littérature2. L. Sciascia

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Montaigne, Les Essais. Introduction au lecteur. L. Sciascia. Œuvres complètes. II. 1971-1983. Ed. Fayard, Paris, 2000.

INTRODUCTION
L’Occident à l’aube de notre ère a tenté de proposer à l’homme un modèle de cité universelle. L’Occident moderne a eu un dessein et un projet précis : la constitution d’une société universelle de nations libres où les femmes à l’égal des hommes jouiraient du bonheur. La justice en serait le garant. Ce dessein paraît accessible grâce aux progrès de la science. L’homme a toujours espéré échapper à la détresse qu’entraîne presque inévitablement la vieillesse ; il a pu souhaiter l’immortalité. Aujourd’hui sa longévité va croissant. Mais la place du vieillard n’est pas assurée. L’homme a toujours souhaité un gouvernement qui réalise une cité parfaite. L’utopie reflète les illusions que la société à travers les siècles a cultivées. Elle se présente sous des formes diverses ; des idéologies de tout ordre s’en sont emparées. Elles reflètent l’inquiétude de l’homme. L’intolérance si propre à nous tous ne peut que l’aviver. Le racisme semble la justifier. Les données biologiques vont à l’encontre : l’espèce humaine est une, mais le racisme perdurera. Dans ce livre nous nous proposons donc d’analyser trois problèmes majeurs que nos sociétés s’efforcent de régler : - la quête de la jouvence et le statut du vieillard. - l’espérance d’une société parfaite et le danger des utopies. - l’amitié entre les hommes, avec pour contrepoint le racisme. Nous avons traité chacun de ces problèmes, en rappelant leur permanence à travers les âges. Le verbe a pu changer ; les problèmes demeurent. Nous avons essayé chaque fois de cerner la part des réalités, de l’imaginaire ou de la haine qui hante bien des hommes. La quête d’une source de jouvence est allée de pair avec le souci d’une santé sans défaillance. L’espérance de vie a doublé en Occident en un siècle ; la place du vieillard sera forcément mise en question. Les problèmes des retraites et de l’euthanasie deviennent des sujets conflictuels encore occultés par nos sociétés qui pratiquent volontiers la langue de bois. N’oublions point qu’au siècle d’or d’Athènes la longévité de beaucoup était proche de la nôtre. La paix d’abord, la démocratie et la sobriété ensuite ont été, sans recours à la médecine, d’excellents garants de la santé.

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L’espérance d’une société parfaite a fait de Platon à nos jours le sujet de réflexions sans fin. L’homme a besoin de rêver et les utopies sont redoutables. Le personnage de Thomas More, de par sa stature, ses amitiés, ses hésitations et une foi qui lui a permis de gommer toutes ses incertitudes, nous a portés à nous intéresser aux utopies. Thomas More dont le destin doit être rappelé fut l’homme qui forgea le mot Utopia. Sa vie s’acheva sur le billot : il défendait ses choix ; son destin témoigne de la part illusoire des réformes que nous multiplions. L’anarchie peut sembler relever de sentiments fort respectables ; elle demeure un défi intolérable à nos démocraties. L’amour des hommes enfin les uns pour les autres et la tolérance ne sont pas inscrits dans le cœur de chacun. Le rejet de l’autre sous la forme structurée du racisme, une réalité plus récente qu’on ne le croit, est au cœur de beaucoup d’entre nous. Pourtant les données biologiques et l’analyse des gènes ne permet pas de distinguer ces sous-ensembles qui sous le nom de races constituent l’espèce humaine. Celle-ci, comme toute espèce, est définie comme un ensemble clos d’individus interféconds. Dans ce monde fourmillant d’hommes, il n’y a plus de niche qui puisse au prix d’un isolement séculaire se prêter à la naissance d’une nouvelle espèce humaine. L’intolérance est le propre de l’homme. La sauvegarde de notre identité qui paraît aujourd’hui si précieuse, passe par le refus d’une obédience communautaire. L’ego s’exprime dans la personnalité que nous avons su forger, grâce aux libertés pour lesquelles nous aurons lutté.

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TEMPS DE VIE : Jouvence et espérance de vie

Avant-Propos
La place du vieillard dans nos sociétés a toujours été ambiguë. Honorer son père et sa mère est un des dix commandements gravés sur les tables que Dieu donna à Moïse sur le Sinaï ; il est répété maintes fois, de peur que l’on y obviât. L’image du vieillard est faite de contradictions. C’est le patriarche qui mène une vie simple et paisible, entouré d’une nombreuse famille. C’est aussi un homme dont la déchéance physique fait peur. Il affiche notre destin. En fait, longtemps la vieillesse avait été perçue sans recours. Dans Les Essais au chapitre De l’âge3 Montaigne s’exprime ainsi :
« Comment, dit le jeune Caton à ceux qui le voulaient empêcher de se tuer, suis-je à cette heure en âge où l’on me puisse reprocher, d’abandonner trop tôt la vie ? ». Il estimait son âge de 48 ans, bien mûr et bien avancé, considérant combien peu d’hommes y arrivent. « Quelle rêverie n’est-ce, que d’attendre de mourir d’une défaillance de forces que l’extrême vieillesse apporte, et de se proposer ce but à notre durée ! Nous l’appelons seule naturelle, comme si c’était contre nature de voir un homme se rompre le col d’une chute, s’étouffer d’un naufrage, se laisser surprendre à la peste ou à une pleurésie, et comme si notre condition ordinaire ne nous présentait à tous, ces inconvénients. Ne nous flattons pas de ces beaux mots : on doit à l’aventure appeler plutôt naturel ce qui est général, commun et universel. Mourir de vieillesse, c’est une mort rare, singulière et extraordinaire, et d’autant moins naturelle que les autres ; c’est la dernière et extrême sorte de mourir ; plus elle est éloignée de nous, d’autant est-elle moins espérable. Je tiens pour certain que depuis l’âge de 30 ans, et mon esprit et mon corps ont plus diminué qu’augmenté, et plus reculé qu’avancé. Il est possible qu’à ceux qui emploient bien le temps, la science et l’expérience croissent avec la vie mais la vivacité, la promptitude, la fermeté, et autres parties bien plus nôtres, plus importantes et essentielles se fanissent et s’alanguissent ». Selon Lucrèce4 « Tantôt c’est le corps qui se rend le premier à la vieillesse parfois aussi c’est l’âme et en ai assez vu, qui ont eu la cervelle affaiblie avant l’estomac et les jambes et d’autant que c’est un mal peu sensible à qui le souffre, et d’une obscure apparence, d’autant est-il plus dangereux ».

Selon Montaigne toutes choses ont leurs saisons. Très tôt il est résigné ; il se défait de toutes nouvelles espérances et entreprises ; il prend son dernier congé de tous les lieux qu’il laisse et se dépossède tous les jours de ce qu’il a. Sénèque5, lui s’est exprimé ainsi : « Depuis longtemps déjà je ne perds

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Essais de Michel Montaigne. Livre I, Ch. LVII. Ed. Imprimerie Nationale, Paris, 1998. Lucrèce. De la Nature III, 451-459. 5 Sénèque. Ep. ad. Luc., 77 15

ni n’acquiers rien. Il me reste plus de provisions que de chemin à faire...6 » La vieillesse amortit en Montaigne, désirs et soins dont la vie est inquiétée, soin du cours du monde, soin des richesses, de la grandeur, de la science, de la santé de soi. Montaigne voit dans la vieillesse le terme affligeant d’une existence, auquel échappe la plupart de ses contemporains ; ils meurent pour la plupart bien avant la cinquantaine. Montaigne mourut à 59 ans ; dès la quarantaine il est atteint de diverses infirmités, lithiase, goutte, rhumatismes qui ne le quitteront plus. Il demeure comblé d’honneurs ; il est gentilhomme de la chambre de Henri de Navarre. En 1576, il a 42 ans. Il fait frapper une médaille représentant d’un côté ses armes cernées du collier de saint Michel, et de l’autre une balance tenue égale et sa devise : « je suspends mon jugement ». Sous le foisonnement de ses réflexions, Montaigne se dérobe. Selon Pascal « Il inspire une nonchalance du salut sans crainte et sans repentir ». Apparemment stoïcien, Montaigne cultive un scepticisme où se joignent le désir de jouir de ce monde et la volonté socratique de connaître ses limites. En fait l’homme, de tout temps, a redouté la vieillesse. A travers les siècles la quête d’une potion magique, le recours à une nature bienfaisante ou l’appel à Dieu ont toujours semblé un recours. L’eau entre autres, l’eau claire que l’on boit aux sources et aux fontaines a longtemps paru une source de jouvence. Les eaux lavent et les eaux irriguent ; les eaux purifient et étanchent la soif ; l’eau donne la vie. Pourtant elle peut aussi noyer l’homme et inonder ses terres. Pour les païens, l’âge d’or à l’aube des temps comme le paradis terrestre ont existé. Le paradis céleste n’est pas forcément une chimère. Mais la vieillesse fait toujours peur. En fait, les réalités n’ont pas changé ; savants, moralistes et marchands d’orviétan se partagent toujours la faveur des hommes. Il fut un temps où la fontaine de jouvence parut une réalité. Cette fontaine de jouvence donne lustre, santé et jeunesse. Elle se situe, la plupart du temps, en cet Orient que les croisades vont connaître avec tout l’éclat de ses palais, avec la connotation de ce paradis perdu qui doit se trouver dans ces terres lointaines, et dont l’eau doit ranimer tous ceux qui peuvent s’y baigner. Le thème progressivement perd de sa crédibilité ; dans le roman de Fauvel, la fontaine de jouvence sera à Paris ; elle sera source de malheur ; c’est alors une critique de la société. Froissard va mettre un terme à cette littérature : il nie l’existence de toute source de jouvence. Au cours des siècles cette quête se poursuivra pourtant sous les formes les plus diverses. Avec le siècle des Lumières, des illusions demeurent au cœur de l’homme ; mais l’approche du vieillard se fait plus pragmatique. Au cours du
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Essais de Michel Montaigne. Livre II, Ch. XXVIII. Ed. Imprimerie Nationale, Paris, 1998. 16

XIXème siècle enfin on traite le sujet âgé comme on soigne l’adulte, avec des résultats satisfaisants. On pense que l’on peut donner la santé aux vieillards et les mener au terme de leur vie sans cette déchéance de la pensée ou du corps qui nous fait pitié et nous consterne. Quand l’endocrinologie se développera et que les propriétés des tissus embryonnaires seront reconnues, on croira pouvoir donner encore une apparente jeunesse et une sexualité normale à l’homme vieillissant ; les résultats seront minces. Mais une réalité a changé : l’espérance de vie augmente dans nos pays développés. En un siècle elle a plus que doublé. Le nombre de centenaires va augmenter de façon exponentielle ; des sujets de plus de 65 ans vont représenter sous peu, près du tiers de la population. C’est une population de gens qui pour la plupart peuvent ou doivent rester actifs et jouir de la vie. La société se doit de les défendre, mais comment le faire, tout en facilitant l’accès des jeunes à des postes qui comblent leurs ambitions. C’est l’enjeu des années à venir. L’espérance de vie doit son allongement aux progrès de la médecine sans doute, mais surtout aux conditions de vie du citoyen en Occident, moins contraignantes, et moins délétères qu’on ne le fait accroire. Pour l’heure il y a peu d’espoir pour des progrès sensibles ; il faut surtout veiller au maintien des acquis ; il peuvent être mis en question.

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La jeunesse est le temps d’étudier la sagesse ; la vieillesse est le temps de la pratiquer. L’expérience instruit toujours [...] ; mais elle ne profite que pour l’espace que l’on a devant soi. Est-il temps au moment qu’il faut mourir d’apprendre comment on aurait dû vivre ? Jean-Jacques Rousseau7 J’ay vescu sans nul pensesment, Me laissant aller doucement A la bonne loy naturelle ; Et si m’estonne fort pourquoy La mort osa songer à moy, Qui ne songeay jamais en elle. Mathurin Regnier, 1613 7 Mon fils, ne fixons pas de limite à la bonté de Dieu. Léon XIII (très âgé à un courtisan qui lui souhaitait de vivre cent ans).

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J.J. Rousseau. Rêveries du Promeneur solitaire. Mathurin Regnier. Satyres, 1613. 18

Le regard sur le vieillard
A l’aube de l’histoire, l’ambiguïté du destin humain était fort bien perçue. Dans le traité de Pta pi tep, fils d’un pharaon de la Vème dynastie qui date d’il y a 4000 ans environ, on trouve ces lignes :
« Comme est pénible la fin d’un vieillard ! Il s’affaiblit chaque jour ; sa vue baisse, ses oreilles deviennent sourdes ; sa force décline ; son cœur n’a plus de repos ; sa bouche devient silencieuse et ne parle point. Ses facultés intellectuelles diminuent et il lui devient impossible de se rappeler aujourd’hui ce que fut hier. Tous ses os sont douloureux. Les occupations auxquelles il pouvait s’adonner naguère avec plaisir ne s’accomplissent plus qu’avec peine et le sens du goût disparaît. La vieillesse est le pire des malheurs qui puissent affliger un homme...8 »

Gilgamesh lui est le héros d’un cycle de légendes akkadiennes9, ses exploits sont probablement le sujet du plus ancien des poèmes épiques qui soient. Gilgamesh, roi d’Ourouk, favori du Dieu Shamash, et son ami Enkidu combattent le génie de la montagne des Cèdres, Houmbaba, et le tuent. Mais ils offensent la déesse Ishtar qui fait mourir Enkidu. Gilgamesh, désespéré, part à la recherche de la plante de vie qui rend aux vieillards la jeunesse. L’épopée de Gilgamesh est une œuvre neuve et originale : le thème de la mort en est la clé : l’immortalité est l’objet de la quête.
Utanapistî10 s’adressa à Gilgamesh : « Pourquoi as-tu les joues (si) amaigries, Le visage (aussi) abattu, Le cœur (si triste), Les traits (aussi) exténués ? (Pourquoi) une pareille angoisse En ton ventre ? (Pourquoi cette) apparence D’un voyageur arrivé de très loin ? (Pourquoi) ton visage brûlé Par la froidure et la canicule ? Pourquoi As-tu vagabondé par la steppe ?

Simone de Beauvoir. La vieillesse. Ed. Gallimard, Paris, 1970, 101. L’Akkad est une région de la Mésopotamie qui au cours du 3ème millénaire av. J.-C. fut le centre d’un vaste royaume. 10 Le héros qui en survivant au déluge avait obtenu l’immortalité.
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Gilgamesh s’adressa à lui, « Ô Utanapistî, Comment mes joues Ne seraient-elles pas amaigries, Mon visage abattu, Mon cœur, triste, Mes traits exténués ? Comment n’y aurait-il pas De l’angoisse en mon ventre ? Comment n’aurais-je point l’apparence D’un voyageur arrivé de très loin ? Comment mon visage n’aurait-il pas été brûlé Par la froidure et la canicule ? Et comment N’aurais-je pas vagabondé par la steppe ? Enkidu, mon ami, que tant je chérissais, Et qui avait, avec moi, traversé tant d’épreuves Le sort (commun) des hommes L’a terrassé … Alors, je (me suis mis à) craindre et redouter la mort, Et à vagabonder par la steppe : Comment me taire ? Comment demeurer coi ? Mon ami, que je chérissais, Est redevenu argile ! Enkidu, mon ami, que je chérissais, Est redevenu argile ! Et moi, ne me faudra-t-il pas comme lui, Me coucher, Pour ne me plus relever Jamais, jamais ? Gilgamesh va donc à la quête de la plante de vie. Après maintes aventures, il la trouve ; un instant il l’oublie au bord de l’eau : Gilgamesh, ayant aperçu Un trou d’eau fraîche, S’y jeta Pour se baigner, Mais un serpent, A l’odeur de la plante,

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Sortit furtivement de son terrier Et l’emporta : Et, en s’en retournant, Il rejeta une peau11. Alors Gilgamesh s’assit Et pleura, Les larmes Ruisselant sur ses joues. Son destin est joué12.

Antérieure de plusieurs siècles à l’Iliade et au Mahâbhârata, c’est la plus vieille œuvre littéraire connue dont l’ampleur, la force, le souffle, la hauteur de ton, l’universalité du sujet en font une merveilleuse épopée ; elle devait faire dans les trois mille vers. Elle a été écrite en Babylonie il y a plus de trentecinq siècles, dans la langue alors usuelle là-bas, l’akkadien, idiome sémitique auquel sont apparentés, l’hébreu, l’araméen et l’arabe… La Babylonie, partie méridionale de la Mésopotamie au cours du IVème millénaire, a vu se développer une antique et haute civilisation, œuvre commune de divers groupes ethniques, installés de longue date dans ce pays dont nous savons peu.

Les traditions bibliques L’Ancien Testament
La Genèse rappelle l’histoire du paradis perdu. Sans doute Dieu a-t-il voulu que l’homme soit immortel ; mais l’homme n’a pu saisir cette opportunité. L’histoire du paradis perdu explique pourquoi l’homme ne sera pas immortel. La souffrance et la mort seront désormais inévitables. La tradition juive prépare l’homme à accepter son lot de douleurs et les faiblesses de l’âge. Certes les vieillards sont respectés et honorés ; ils sont les garants des institutions. Pourtant, dans la Bible, le grand âge n’est pas toujours gage de vertu. Dans les suppléments grecs au livre de Daniel, est relatée l’histoire de Suzanne et des deux vieillards. Ceux-ci, juges respectés par le maître de la maison, s’éprennent de la beauté de sa femme. Un après-midi, ils se sont cachés dans le jardin pour la surprendre au bain. Elle leur refuse ses faveurs et par vengeance ils prétendent l’avoir vue, coucher avec un jeune homme. On les croit et Suzanne
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On pensait que le serpent, en « changeant de peau » commençait une vie nouvelle. L’Epopée de Gilgamesh. Le grand homme qui ne voulait pas mourir. Trad. Jean Bottéro. Ed. Gallimard, Paris, 1992. 21

est condamnée à mort. Mais Daniel, encore tout jeune, la sauve en interrogeant séparément les deux juges dont les témoignages se contredisent. Ce sont eux qui seront condamnés à mort. L’Ecclésiaste prend aussi à contre-pied la pensée officielle. Il reflète l’opposition aux conventions et les réactions qu’elles inspirent. Parmi les malheurs de l’homme, l’Ecclésiaste compte le grand âge et sa description de la décrépitude est d’une amère cruauté :
Souviens-toi de ton créateur aux jours de ton adolescence, avant que ne viennent les jours du malheur, et que n’arrivent les années dont tu diras : « je n’y ai aucun plaisir ! » ;... avant que la poussière ne retourne à la terre, selon ce qu’elle était, et que le souffle ne retourne à Dieu qui l’a donné. Vanité de vanités, a dit le Qôhéléth. Tout est vanité (Ecclésiaste 12/1-813).

La mort apparaît donc comme un terme inéluctable accepté avec résignation :
« Et tout le temps que vécut Abraham, fut de cent soixante et quinze ans. Abraham donc, ayant perdu ses forces, mourut dans une heureuse vieillesse, étant fort âgé et rassasié de jours » (Genèse 25/7-8).

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Voici l’interprétation que donne Morris Jastrow, orientaliste américain (1861-1922) de l’ensemble de l’Ecclésiaste : « Souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais arrivent et que les années s’approchent où tu diras : je n’y prends point de plaisir. Avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière, la lune et les étoiles, et que les nuages reviennent après la pluie ; temps où les gardiens de la maison (les bras) tremblent, où les hommes forts (les jambes) se courbent, où celles qui meulent (les dents) s’arrêtent parce qu’elles sont diminuées, où ceux qui regardent par les fenêtres (les yeux) sont obscurcis, où les deux battants de la porte se ferment sur la rue, quand s’abaisse le bruit de la meule (surdité), où l’on se lève au chant des oiseaux (mauvais sommeil), où s’affaiblissent toutes les filles du chant (troubles de la parole), où l’on redoute ce qui est élevé (essoufflement de la montée), où l’on a des terreurs en chemin, où l’amandier fleurit (cheveux blancs), où la sauterelle devient pesante (diminution de la puissance génitale)… » Simone de Beauvoir. Op. cit. note 8. 22

« Et le temps que vécut Isaac, fut cent quatre-vingts ans. Ainsi Isaac, ayant perdu ses forces, mourut, âgé et rassasié de jours, et Esaü et Jacob, ses fils, l’ensevelirent » (Genèse 35/28-29). « Et Job vécut après ces choses-là cent quarante ans, et vit ses fils, et les fils de ses fils jusqu’à la quatrième génération. Puis il mourut âgé et rassasié de ses jours » (Job 42/16-17).

Dix des patriarches qui vécurent avant le déluge étaient morts plus âgés (cf. p.33). Les connotations liées à l’âge doivent être prises en compte de façon prudente. Philibert14 a montré leurs ambiguïtés. Dans Genèse 24/9 on peut lire « Abraham à présent était vieux et bien avancé en âge », mais dans certaines traductions il est dit : « Abraham était frappé par son âge ». Les traductions varient. Toujours est-il que l’Ancien Testament abonde d’images positives du sujet âgé. Une tête chenue est une couronne de gloire. Elle traduit une vie vertueuse (Proverbes 16/31). Le statut de l’homme âgé est le reflet de la bénédiction divine (Psaume 91/16). La longévité est la récompense des services (Deutéronome 4/40), du respect de tous les commandements (Deutéronome 5/33), de la constance dans la foi (Exode 23/26) et de l’humilité et du respect du Seigneur (Proverbes 22/4). Une vieillesse heureuse est le don du Seigneur ; l’homme âgé a dans la tradition juive trois prérogatives. Il est seul appelé à intercéder auprès de Dieu. C’est souvent un héros ; Noé avait 600 ans quand Dieu lui demanda de se préparer au déluge ; il mourut à l’âge de 950 ans (Genèse 7/6). L’homme âgé a un pouvoir politique considérable (Nombres 11/16-18). L’importance du 5ème commandement « tu aimeras ton père et ta mère » est évidente. Lévitique 20/9, Exode 21/17 relatent les punitions cruelles qui frappent l’enfant qui n’obéit pas à ses parents. Mais les réalités quotidiennes ne répondaient pas toujours aux règles établies. Les lois défendent l’homme âgé ; elles font état aussi de la fragilité de sa situation. Le Psaume 71/9 rappelle : « ne me rejette pas à l’heure de mon vieil âge, ne m’abandonne pas quand mes forces faibliront ». La volonté de relations harmonieuses entre les générations est évidente ; elle n’est pas toujours observée. Pourtant le respect de l’homme âgé et la peur du Seigneur comme l’exprime le Lévitique 19/32 sont sans équivoque. En 70 ap. J.-C., c’est-à-dire après la destruction du second temple de Jérusalem, le pouvoir sacerdotal disparaît au profit de l’autorité rabbinique. L’image du vieillard reste celle des textes bibliques. Les malheurs de l’âge apparaissent, comme dans l’Ecclésiaste, exprimés par métaphores : les montagnes deviendront inaccessibles, le voisinage plus distant, la démarche hésitante : le maître de
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M. Philibert. L’échelle des âges. Ed. du Seuil, Paris, 1968. 23

maison aura cessé de régir. La jeunesse est comme un bouquet de roses, la vieillesse est comme une branche de saule. L’homme doit prier pour que dans ses dernières années, sa vue demeure bonne, qu’il puisse se nourrir, qu’il puisse marcher ; avec l’âge ses facultés intellectuelles sont touchées et son pouvoir disparaît. Déjà dans les temps bibliques, à 50 ans, les Lévites n’étaient plus au service du temple. Mais l’âge demeurera un gage de sagesse. Avec le déclin de l’Empire romain la condition humaine deviendra de plus en plus difficile. Le respect des vieillards demeure ; pourtant l’assistance au sujet âgé ne semble pas avoir été l’objet de la préoccupation des sages. Aucune institution n’est créée pour leur sauvegarde.

Le Nouveau Testament
Dans le Nouveau Testament le problème du Salut prend le pas sur les réalités d’ici-bas. La certitude que Dieu veut la résurrection des hommes de foi y est répétée. Paul affirme avec force que les épreuves de la vie paraissent de peu d’importance ; le corps représente peu en regard de l’âme. Il s’exprime ainsi dans sa lettre aux Philippiens (1/21-23) « …car pour moi, vivre, c’est le Christ, et mourir est un gain. Mais si vivre en ma chair fait fructifier mon œuvre, je ne sais que choisir. Je suis pressé des deux bords ; j’ai désir de m’en retourner et d’être avec le Christ, ce serait beaucoup mieux… » Saint Augustin et Saint Thomas commentent ces thèmes : la nature du péché originel semble être avant tout un péché d’orgueil. Ce péché d’orgueil explique que l’homme a voulu ne compter que sur lui-même et non pas sur Dieu. L’humilité et l’obéissance doivent être sa règle. Selon Saint Thomas d’Aquin la mort est, comme le suggère Aristote, dans l’ordre de la nature mais également une punition pour le péché originel. Au paradis, Adam bénéficiait d’une grâce divine : son péché l’a perdu. Saint Augustin espère pourtant qu’un jour l’homme ne connaîtra plus la mort. Rappelons que Paul (I Corinthiens 15/26) affirme que le dernier ennemi à détruire est la mort. Dans la religion chrétienne, l’image de l’homme diffère ainsi de celle de l’Ancien Testament. Selon Paul (Colossiens 1/28) et Matthieu (18/3-4), la finalité de l’homme est de se fondre un jour dans le corps même du Christ. Elle ne s’oppose pas au devoir d’honorer les cheveux gris ; elle apporte une note plus transcendante. Un chrétien ne peut en aucune façon atteindre son épanouissement ici-bas ; ainsi peut-on expliquer sans doute que dans le Nouveau Testament aucun vieillard n’apparaisse avec autant d’éclat que dans l’Ancien Testament. La figure centrale y est celle du Christ, dans la force de l’âge. Les vues sur la fin du monde,

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la résurrection, le Jugement dernier dominent la réflexion. L’Ancien Testament offre peu de consolation devant la réalité de la mort alors que le Nouveau Testament proclame la victoire sur elle. Dans la réalité d’ici-bas les points de vue de l’un et l’autre Testament se rejoignent. Même si les vues sur les fins dernières de l’homme diffèrent ; le respect du vieillard sera dans les traditions chrétiennes à l’égal de ce qu’il est dans l’Ancien Testament.

Les traditions païennes
Le monde gréco-romain abonde de contradictions. Ses institutions, ses philosophes, ses tragédies, sa mythologie et son folklore donnent des images opposées de la vieillesse.

Les hommes
Dans l’antiquité gréco-romaine la condition des vieillards variait d’une cité à l’autre. Dans une ville comme Sparte, le vieillard était à l’honneur ; sa condition était de toute évidence liée au régime de la propriété. La caste des militaires exploitait les ilotes et les périèques. Un spartiate vivait jusqu’à 60 ans la vie de caserne. Libéré à cet âge de ses obligations militaires, il devenait responsable de l’ordre dans la cité. Il pouvait alors devenir l’un des 28 membres de la gérousia. A Athènes les réalités étaient différentes. Platon admirait Sparte ; il était pour la timocratie15 ; pourtant il déplorait que Sparte choisisse pour magistrat non les hommes les plus sages mais ceux que la guerre avait formés. La Cité idéale, selon lui, c’est celle qui assure le bonheur de l’homme ; la vertu y découle de la connaissance de la vérité. Seule une éducation débutant à l’adolescence portera pleinement ses fruits à 50 ans et permettra de former les cadres de la cité. A cet âge, le philosophe possède la vérité et il sera le gardien de la Cité. Le règne des « compétences », que souhaite Platon, sera finalement une gérontocratie. Sa philosophie l’autorisait à tenir pour rien le déclin physique de l’individu. La vérité de l’homme réside dans son âme immortelle. L’âme peut user du corps à son profit, mais elle n’a pas besoin de lui ; les déchéances de l’âge ne l’atteignent pas ; et quand les appétits et la vigueur du corps décroissent, l’âme s’en trouve plus libre. Dans La République, Platon met dans la bouche de Céphale un éloge de la vieillesse. « A proportion de l’affaiblissement des autres plaisirs d’autant s’accroissent, quant aux choses de l’esprit, mes besoins et mes joies ».
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Gouvernement où le pouvoir est détenu par les nantis. 25

Platon a 20 ans quand Sophocle, à 89 ans, présente Œdipe à Colone. Il le dépeint, arrivant au terme de sa vie, vagabond, misérable, aveugle.
« Ayez pitié du pauvre fantôme d’Œdipe Car ce vieux corps, ce n’est plus lui ». « Mon corps n’a plus la force de marcher seul sans quelqu’un qui le conduise ».

Œdipe a conservé de la passion, de la colère, de la haine contre ses fils et une chaleureuse tendresse pour ses filles :
« Même en mourant Je ne serai pas trop malheureux si vous êtes auprès de moi ».

La peine que Sophocle, à cette heure exprime, tient aussi aux malheurs d’Athènes. Sophocle passa aux yeux des anciens comme le modèle de l’« homme heureux ». Sa vie sembla une parfaite réussite. Pourtant le poète avait maintes fois répété qu’on ne peut rien affirmer avant la mort. A son terme et dans ses derniers vers, il trouvera le ton d’une apaisante grandeur. Selon la légende, les Spartiates qui assiégeaient Athènes auraient permis au cortège funèbre qui emmenait le corps de Sophocle de sortir de la ville, afin qu’on pût l’ensevelir à Décélie, dans le tombeau de famille. La philosophie d’Aristote l’amène à des conclusions très différentes de celles de Platon. L’âme chez lui n’est pas pur intellect ; même les animaux en possèdent une ; l’homme n’existe que par l’union de l’âme et du corps. Il faut que le corps demeure intact pour que la vieillesse soit heureuse :
« Une belle vieillesse est celle qui a la lenteur de l’âge, mais point d’infirmités. Les biens du corps et les biens matériels sont nécessaires à l’esprit. Il estime que l’homme progresse jusqu’à 50 ans. Il faut avoir atteint un certain âge pour posséder la phrénosis, cette sagesse prudente qui permet de se conduire justement, et d’avoir amassé de l’expérience, ce savoir incommunicable parce qu’il est vécu... Mais ensuite le déclin du corps entraîne celui de la personne tout entière16 ».

Aristote peint la jeunesse sous les couleurs les plus riantes : chaleureuse, passionnée, magnanime, et la vieillesse lui apparaît, sur tous les points, comme son opposé : « Parce qu’ils ont vécu de nombreuses années, parce que souvent ils ont été trompés, qu’ils ont commis des erreurs et que les affaires humaines sont le

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Aristote. La Rhétorique. 26

plus souvent mauvaises, ils n’ont d’assurance en rien »17. Ils sont tièdes dans leurs amours comme dans leurs haines. Ils sont mesquins parce qu’ils ont été humiliés par la vie. Ils manquent de générosité. Ils sont égoïstes et peureux. Ce qu’il y a de particulièrement intéressant dans son analyse, c’est l’idée que l’expérience n’est pas forcément un facteur de progrès. Un vieillard, c’est un homme qui a pu passer toute une longue vie à se tromper et cela ne saurait lui donner de supériorité sur les gens plus jeunes :
« Une souveraineté viagère comme l’est la Gérousie de Sparte est une institution bien contestable ; car l’intelligence comme le corps a sa vieillesse, et l’éducation reçue par les gérontes n’est pas telle que le législateur ne doive se défier de leur vertu ».

Il les accuse de se laisser souvent corrompre et de nuire à l’intérêt public. Il conseille de ne charger les vieillards que du ministère du prêtre. On ne leur demandera plus que de sages conseils18. Aristote était un esprit universel. Il s’intéressait à la biologie. Ses livres sur la longévité, la jeunesse et la sénescence, la vie et la mort en témoignent. Selon lui le corps du vieillard devient anormalement froid et sec. Il reprenait des idées d’Hippocrate qui divisait le temps de la vie en quatre comme les saisons et les humeurs ; selon lui l’enfance était chaude et humide, la jeunesse chaude et sèche, l’âge adulte froid et sec et la vieillesse froide et humide. Aristote reprenait le système hippocratique alléguant cependant que le vieillard était froid et sec. Peu importe ce différend. Aristote intégrait ses réflexions dans une perspective cosmique. Les objets terrestres sont composés de quatre éléments : la terre, l’air, le feu et l’eau. Les objets célestes ne sont formés que d’un seul élément : l’éther ; le ciel est immuable. Les objets terrestres ne peuvent être que changeants. Tout ce qui naît doit croître, atteindre la maturité et déchoir. Galien19 s’exprimera comme Aristote : « N’espère pas que des menstrues et du sperme peuvent naître un être immortel, comme le soleil ». Selon Galien la nature fait tout pour le mieux ; la vieillesse n’est pas une maladie ; elle n’est pas contraire à la nature ; il faut l’accepter. L’image du vieillard fait aussi la risée de nombreux écrivains. Au IIème siècle de notre ère, Lucien dans une épigramme, interpelle une femme âgée : « Tu peux teindre tes cheveux, tu ne teindras jamais ta vieillesse, tu ne feras jamais

Ibid. Simone de Beauvoir. Op. cit. note 8. 19 Galen. On the Utility of parts. Book 3, chap. 10 in Arthur J. Brock, Greek Medicine, Being Extracts Illustrative of Medical Writers from Hippocrates to Galen. Library of Greek Thought (London, Toronto and New York), 1929.
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disparaître les rides de tes joues… Jamais vermillon ni céruse ne feront d’Hécube une Hélène ». Dans les Dialogues des morts il s’étonne, comme Euripide, de l’obstination avec laquelle les vieillards s’accrochent à la vie. Il fait d’eux, à deux ou trois reprises, un portrait cruel :
« Un vieillard décrépit, qui n’a plus que trois dents, qui vit à peine, qui s’appuie pour marcher sur quatre esclaves, dont le nez distille une roupie continuelle, dont les yeux sont pleins de chassie, insensible à toutes les voluptés, un sépulcre animé, l’objet des risées de la jeunesse ».

Les Dieux Grecs
En fait la mythologie a dû marquer les hommes plus que les écrivains dont les œuvres aujourd’hui font l’objet de notre admiration. Le paganisme donne une vision très cruelle de la discorde entre générations. Dans le panthéon grec, Ouranus est le plus ancien des dieux. Il a eu 18 enfants qu’il chassa des cieux et qui se vengèrent en le castrant et en le détrônant. Son fils Cronos qui sera le père de Zeus régna après lui sur l’Olympe. Ayant appris qu’un de ses fils le détrônerait, il dévora chacun d’eux à leur naissance. Zeus fut sauvé grâce à un stratagème de sa mère qui le cacha dans l’île de Crète ; devenu adulte Zeus put faire prendre à Cronos un breuvage violent qui lui fit vomir tous les enfants qu’il avait dévorés. Ils étaient sains et saufs. Zeus s’associa à eux pour vaincre leur père. Saturne le dieu latin identifié à Cronos put s’enfuir et fit régner une prospérité merveilleuse dans les terres italiques qu’il partagea avec Janus. L’immortalité demeurait le privilège des dieux. L’histoire de Tithon, frère de Priam, souligne la différence qu’il y a entre ajouter des années à la vie et de la vie aux années. On la trouve dans les hymnes homériques20.
« Aurore au trône d’or avait enlevé Tithon, pareil aux immortels. Elle s’en fut demander au Cronide21 des nuées, de lui donner l’immortalité et la vie pour toujours : Zeus y consentit d’un signe de tête et exauça son vœu. Quelle naïveté ! Elle ne songea point en son esprit, l’auguste Aurore, à demander la jeunesse, et la faveur d’effacer la funeste vieillesse ! Tant qu’il avait la charmante jeunesse, il jouissait de l’amour d’Aurore au trône d’or, fille du Matin, et demeurait sur les bords de l’Océan, au bout de la terre ;
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Les Hymnes homériques ont été attribués à tort à Homère. L’hymne à Aphrodite qui en fait partie est sans doute du VIème siècle avant J.-C. Il relate la légende de Tithon et les malheurs d’Aphrodite. 21 C’est Zeus, le fils de Cronos. 28