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La globalisation et les pays en développement

De
203 pages
Quelles sont les chances de pays en développement de tirer des bénéficies de la globalisation ? Si certains pays parviennent à se sortir du cycle de pauvreté, comme par exemple le Botswana, le Ghana et l'Ile Maurice, d'autres s'enfoncent dans plus de pauvreté, comme la Côte d'Ivoire. Ce livre cherche à trouver les causes de cet état de fait. Il présente également un état des pays en développement en ce tournant de siècle.
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La globalisation et les pays en développement

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation.. . Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions Vincenzo SUSCA, A l'ombre de Berlusconi. Les médias, l'imaginaire et les catastrophes de la modernité, 2006. Francis PAVÉ (sous la direction de), La modernisation
silencieuse des services publics, 2006.

C. COQUIO et C. GUILLAUME (Textes réunis par), L'intégration républicaine des crimes contre l 'humanité, 2006. M.A. ORAIZI, La culpabilité américaine: assaut contre l'Empire du droit international public, 2005. Maïko-David PORTES, Les enjeux éthiques de la prostitution, éléments critiques des institutions sociales et ecclésiales, 2005. Florence HODAN, Enfants dans le commerce du sexe. Etat des lieux, état d'urgence, 2005. V. TONEV STRATULA, La liberté de circulation des travailleurs en question, 2005. Henri SOLANS (sous la direction de), Faire société sans faire souffrir ?, 2005. Aziz HASBI, ONU et ordre mondial: Réformer pour ne rien changer,2005. Pierre-Alain PORTE, La valeur du sport, 2005. Dimitri MIEUSSENS, L'exception corrida: de l'importance majeure d'une entorse mineure, 2005. Bernard SALENGRO, Le stress des cadres, 2005. Dominique GARRIGUES, Manuel des réformateurs de terrain, 2005. Jean-Baptiste RUDELLE, Vous avez dit progrès ?, 2005.

Alice Landau

La globalisation et les pays en développement
Marginalisation et espoir

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace VHarmattan Kinshasa Fac. Sciences. Soc, Pol. et Adm. BP243, KIN XI Université de Kinshasa VHarmattan Itafia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE VHarmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12 BURKINA FASO

- RDC

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr @L'Harmatlan,2006 ISBN: 2-296-00124-6 EAN : 9782296001244

INTRODUCTION

L'émergence des pays en développement (PVD) est certainement l'un des changements les plus notables du système international. Les pays en développement ne constituent plus un groupe homogène par rapport à la période précédente qui était marquée par une grande unité où il y avait aussi une très grande confrontation entre pays développés et pays en voie de développement. La confrontation était alors le terme le plus approprié pour décrire les relations entre les pays développés et les pays en développement, dont les intérêts et le style de négociation demeuraient radicalement opposés. Des prises de position basées sur un ensemble de principes généraux commandaient l'action des pays en développement. Ces pays s'étaient engagés dans une stratégie de substitution des importations qui grevait' leur insertion dans l'économie mondiale et commandait leur attitude face aux pays développés. Si à partir des années quatre-vingt-dix, les pays en développement ont gagné en poids sur la scène internationale, la pauvreté n'a pas reculé. Le décalage s'est même encore agrandi: le nombre de la population vivant en état de pauvreté est passé de 2 millions à 60 millions de personnes dans les années 90, soit 20% de la population mondiale. 1,3 milliard de personnes vivent avec 1 dollar par jour en 19931. En Afrique, le PNB moyen se situe aux alentours de 492 dollars, mais 24 pays ont des PNB inférieurs à 350 dollars avec les plus petits revenus en Ethiopie (100 dollars), en République du Congo (110 dollars), au Burundi (120 dollars) et en Sierra Leone (130
1 Eliminating World Poverty, a Challengefor the 21st Century. White Paper on International Development. November 1997. London: DFID. 7

dollars). Dans les années quatre-vingt, le niveau de vie en Afrique s'était effondré après s'être amélioré pendant trois décennies. Le revenu per capita oscillait entre 1 654 dollars pour le Botswana à 121 dollars pour l'Ethiopie et le revenu per capita était de 340 dollars en 1988. Dans les pays en développement, le PNB per capita avait augmenté de 2,5% entre 1962 et 1990, de 4,04% en Asie du Sud-est et de seulement 0,8% par an en Afrique. La pauvreté devient un phénomène urbain, notamment en Afrique et en Asie, créant des méga-cités à forte densité de population et où les risques d'explosion sociale, économique, politique et culturelle sont palpables. Une large proportion des habitants de ces méga-cités se compose de chômeurs et d'hommes qui ont perdu depuis longtemps tout espoir de se sortir de leur situation. Tableau 1 : Habitants par km2 dans les villes les plus
~h!!des. __h_-=UN/__

Villes habitants Chicago 2 500 Philadelphie 3000 Londres 4 000 Casablanca 12 000 Buenos Aires 17 000 Le Caire 24 000 Lima 29 000 Mexico 34 000 Calcutta 88 000 Source: UN Center for Human Settlements, Global Report on Human Settlements, Oxford: Oxford University Press.

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La crise asiatique, en 1998, a propagé des ondes de choc importantes dans d'autres pays du globe, dont le Brésil et la Russie: Le taux de croissance du PNB avait chuté, passant ainsi de 4.3% à 6.2% entre 1997 et 19982. Dans les années quatre-vingt-dix, la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI) accordent à la pauvreté toute leur attention et en font un de leurs enjeux prioritaires. La réduction de la pauvreté devient le principal objectif de leurs programmes, après des décennies d'ajustement structurel. Des dimensions, comme le développement humain, la santé, l'éducation et la protection sociale sont considérées comme prioritaires, non seulement au sein des pays mais d'une manière globale. Les crises globales comme celles qui ont touché l'Asie ont forcé à l'analyse des problèmes sociaux à l'intérieur des frontières nationales. Même l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a dû accorder son attention aux enjeux sociaux3. La pauvreté et la réduction de la pauvreté sont ainsi devenues les principaux paradigmes des discours des donateurs dans les années quatre-vingt dix. Elles représentent le plus petit dénominateur commun et l'objectif le plus consensuel au moment où l'opinion publique dans les pays développés se fatigue de l'inefficacité de l'aide et où l'aide s'est considérablement réduite. En 2000, seulement quatre pays atteignent l'objectif, fixé par les Nations Unies, d'allouer 0,7% de
2 Eliminating World Poverty, a Challenge for the 21st Century. White Paper on International Development, London: DFID 3 Sindzingre, Alice 2001. Distributive Justice, Globalisation and International Intervention: The New Role of Multlateral Institutions. Présentation pour la Conférence "International Intervention: From Power Politics to Global Responsibility?" , Vienne, 22-26 Août 2001. 9

leur PNB à l'aide officielle. La communauté internationale s'est fixé des objectifs mondiaux (International Development Goals) pour réduire la pauvreté dans l'avenir (2015). Ces objectifs ont été endorsés par les principaux donateurs sous l'égide de la Comité d'aide au développement (CAD) de l'Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE). Le réalisme de ces objectifs peut être remis en question mais ils servent de signaux autant d'instruments de cohésion pour les gouvernements occidentaux que dans la communauté des donateurs.
ETATS FORTS ET ETATS FAIBLES

La pauvreté est aussi l'affaire des pays en développement. De nombreux auteurs se posent la question de savoir quel type de régime politique et économique est préférable pour que les pays en développement les plus pauvres puissent sortir de leur état de dépendance et de leurs faiblesses. Faut-il un régime fort, voire autoritaire, ou un régime démocratique? La réponse est loin d'être claire. Mais les pays qui ont adopté une stratégie de promotion des exportations semblent avoir mieux réussi que les autres. Il n'est pas sûr que les pays asiatiques qui ont adopté une telle stratégie l'ont fait parce que leurs institutions étaient plus flexibles pour s'ajuster aux chocs externes ou parce qu'ils l'avaient choisie délibérément et que leurs performances leur ont permis d'avoir un accès privilégié aux flux étrangers. Une stratégie de promotion des importations n'est de toute manière pas synonyme d'absence d'intervention de l'Etat ou d'une dépendance

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complète sur les marchés4. En effet, les pays asiatiques soumis à des régimes autoritaires. L'intervention de l'état y est omniprésente dans tous les rouages économiques et politiques. Cet ouvrage se fait fort de soulever le problème de l'Etat face à la globalisation et aux chances de pays en développement à en tirer des bénéfices. Dani Rodrik affirme que les Etats qui pourront faire face à la globalisation seront ceux qui disposent d'un pluralisme organisationnel et qui auront procédé aux réformes macro-politiques dans le domaine de la politique commerciale, de la déréglementation et de la privatisation, et auront construit des institutions dans le domaine de la gouvemance5, de la justice et des libertés civiles et politiques, de l'assurance sociale et de l'éducation. Des institutions fortes sont importantes pour gérer les conflits sociaux ou arbitrer les conflits de redistribution dans la société. Les sociétés où il y a des clivages profonds (selon des lignes ethniques, de revenus ou régionales) ont besoin d'institutions de gestion des conflits. La présence de ces institutions assurent que les demandes sociétales sont transmises aux autorités et qu'elles sont prises en compte dans la décision.

4 Srinivasan, T.N. "Foreign trade Regimes" 123-154 In Gerald Meier ed. Politics and Policy Making in Developing Countries, Perspectives on the New Political Economy. San Francisco: ICS Press. 5 La gouvernance est un ensemble complexe de mécanismes, de processus, de relations et d'institutions au travers desquels les citoyens et les groupes articulent leurs intérêts, assument leurs droits et leurs obligations et arbitrent leurs différends. Rapport sur le développement humain, UNDP. 2001.

Il

Les pays qui ont expérimenté des conflits parmi les groupes sociaux sans avoir des structures de gestion des conflits sont incapables d'optimiser les effets de la globalisation. Les pays ne peuvent en avoir les bénéfices s'ils n'ont pas réussi auparavant à améliorer la qualité de leur bureaucratie judiciaire et publique et les canaux au travers desquels les groupes qui ne font pas partie de l'élite (peuples autochtones, ouvriers, agriculteurs) peuvent se faire entendre et faire en sorte que leurs intérêts soient pris en compte dans la prise de décision. Certains pays sont mieux équipés que d'autres: les pays du Sud-Est asiatique ont des gouvernements très forts, au contraire, les pays africains en ont des faibles et les pays latino américains ont des gouvernements démocratiques (dont la force varie selon le pays). L'argument développé par Dani Rodrik trouve sa confirmation dans la description de la configuration institutionnelle des pays en développement. Le manque de démocratie et l'instabilité politique qui caractérisent les pays africains nuisent à leur développement. La démocratie s'associe aux pays les plus riches. Ceux-ci peuvent s'offrir des meilleures institutions et la qualité de ces institutions a un impact sur les performances économiques. Les économies les plus florissantes sont alors celles qui sont sous le contrôle d'institutions fortes. Les pays du Sud-Est asiatique ont des gouvernements qui procèdent à des réformes; à l'opposé, les pays africains souffrent d'un déficit d'Etat. Les Etats y sont faibles et n'accomplissent pas les fonctions essentielles nécessaires pour stimuler l'économie. Les problèmes dont ils souffrent incluent le manque de légitimité, la faible crédibilité de leurs politiques, la corruption, les conflits et la fragmentation sociale. Le renversement des politiques et des priorités a suscité la perception d'un haut niveau de 12

risques qui s'est soldée par une attitude de «wait and see» des principaux donateurs.

GLOBALISA TION ET DEVELOPPEMENT

La politique mondiale ne peut plus être définie par une lutte idéologique et militaire sans merci et les enjeux ne se ramènent plus à un clivage Nord-Sud et Est-Ouest. La ligne de partage entre le Sud et le Nord n'existe plus, à l'image de celle qui partageait l'Est de l'Ouest. Le Sud est un ensemble de pays dont certains s'apparentent davantage à des pays développés. Certains ont grimpé sur l'échelle des revenus et ont depuis longtemps quitté la catégorie des pays les moins avancés pour rejoindre les pays à haut revenu. De tiers monde, les pays du Sud sont passés par une étape de sous développés pour devenir en développement. Quelques-uns ont même rejoint les pays développés. Quelles sont les relations entre la globalisation et les pays en développement? Pour beaucoup de pays en développement, la crise asiatique a renforcé l'idée que la globalisation est un concept de riches dont les règles favorisent les plus compétitifs. Ils sont conscients que leurs exportations de matières premières ne sont pas toujours compétitives. Dans certains pays et secteurs, la globalisation et la libéralisation peuvent contribuer à réduire la pauvreté, mais elles peuvent aussi l'accroître dans certains cas, selon la structure du marché, les salaires et le niveau de compétences dans les secteurs d'exportation6. La globalisation porte en elle la

6 Sindzingre, Alice 2000. Globalisation and Developing Countries: Diversity of Causalities, Performances, and Policies. Papier présenté 13

polarisation entre gagnants et perdants. Beaucoup d'auteurs ont alors critiqué le consensus qui s'est établi entre la croissance et l'ouverture du commerce, mesurées par des droits de douane peu élevés et des barrières nontarifaires. Si le libre échange est la force unificatrice qui offre des opportunités aux pauvres du monde, nul ne peut contester que l'orthodoxie du libre échange a des effets dévastateurs. Le concept cher à Francis Fukuyama de «great disruption» saisit parfaitement les effets pervers de la globalisation et ses dysfonctionnements. Les critiques mettent en garde contre la règle des marchés et les forces transnationales, l'interdépendance croissante entre les Etats qui peuvent amener des crises graves. Le néolibéralisme a eu des effets dévastateurs sur la concentration de la richesse et des revenus, l'inégalité, la pauvreté, le chômage, les abus portés à l'environnement et les menaces professées sur la démocratie, sans qu'il ne soit parvenu à assurer une croissance spectaculaire ou des bienfaits sociaux7. Le modèle économique propagé par le « consensus de Washington» a été critiqué. Les politiques dépendent des pays, de leur étape de développement et des types de forces globales qu'ils doivent surmonter. La crise asiatique a certainement tiré la sonnette d'alarme. Toutes les politiques imaginées par Washington ne sont pas à adopter aveuglément et doivent tenir compte de multiples facteurs. Devant la faillite des modèles,- il faut donc inventer une alternative à la recette simpliste de la privatisation, de la déréglementation et de la libéralisation. S'appuyer aveuglément sur le dynamisme du secteur privé
au workshop "Global trade and Globalising Societies: Challenging to Governance and Sustainability. The Role of the EU. Bruxelles. 7 Sunkel, Osvaldo 1995. "Poverty and Development: From Economic Reform to Social Reform 123-139 in: Ingvar Carlsson et Shridath Rampal. eds. Issues of Global Governance, Papers written for the Commission on Global Governance. The Hague: Kluwer Internati on al. 14

n'est plus acceptable lorsque l'on considère les problèmes énormes de la pauvreté. La globalisation a donc des effets inégalitaires que cet ouvrage cherche à retracer. Le commerce, les investissements et les flux financiers sont inégalement répandus. Ils tendent à se concentrer sur une triade composée par l'Europe, le Japon et l'Amérique du Nord En raison de leur faible niveau d'intégration dans les marchés mondiaux, les pays en développement sont moins affectées par la globalisation et par la contagion des crises financières qui en est un des corollaires. Cependant, ils sont vulnérables aux forces globales parce qu'ils sont ouverts. Toute leur richesse provient des matières premières échangées en dollars et ils ne sont pas les décideurs sur la scène économique mondiale. TIs dépendent des fluctuations de prix et le prix des matières premières ne cesse de baisser, à l'exception du café, qui accuse une hausse record. En conséquence, les économies africaines ont été affectées par les crises asiatiques, non au travers de canaux financiers, mais en raison de la diminution des prix des produits primaires. La globalisation implique aussi la globalisation du savoir. Lè savoir est en même temps le savoir sur les pays en développement et le savoir en tant que bien commun8. Le premier aspect du savoir est plus ou moins sous contrôle. L'UE a un avantage comparatif dans ce domaine quant au second aspect, il soulève la question de la représentation et du pouvoir des pays les plus pauvres dans les institutions multilatérales. Beaucoup d'entre eux ne participent que très peu dans ces institutions et c'est un des facteurs de l'intégration plus faible de ces pays dans le
8 Sindzingre, Alice, 2000. op. ci!. 15

système mondial. Leur poids et leur présence sont limités par leur pauvreté, leurs contraintes budgétaires, leurs priorités nationales et leur faible capacité institutionnelle.
L'asymétrie de l'information est une dimension importante des inégalités entre les pays, spécialement dans le domaine du commerce. Cela peut prendre la forme d'un manque de compréhension, d'expertise et d'intérêt sur les régimes économiques ou le fonctionnement du système international. La globalisation s'accompagne d'interactions accrues et donc de complexité et de technicité. Les pays pauvres n'ont pas les moyens financiers ni les ressources humaines pour maîtriser la technicité et pour maintenir le niveau d'information sur le plan global. Leur participation dans la globalisation passe par un renforcement de la capacité des PVD de travailler avec l'OMC et de leur habilité à présenter leurs intérêts. Beaucoup de pays en développement n'ont pas de missions permanentes à Genève. Il y a actuellement soixante cinq missions de pays en développement à Genève, vingt six pays continuent d'être représentés par des missions situées à Paris, Berlin ou Bruxelles. Certains considèrent que leurs relations avec l'UE sont plus importantes que leurs relations avec l'OMC. Les missions sont dégarnies. Elles n'ont que deux à trois diplomates; celles des pays développés quatre ou six9. Tous les pays développés et la plupart des pays en transition ont leur représentation à Genève; certains pays ayant même deux missions dont l'une se spécialise sur l'OMC. Certains pays en développement comme l'Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe se sont déplacés à Genève. Le manque de participation de ces pays pauvres
9 Michalopoulos, Constantine, 1999, "The Developing Countries in the WTO". Journal ofWorld Trade, Vo122, Nr 7, pp. 125-126. 16

est visible au sein de nombreux comités qui ont été créés après les accords de Marrakech. Les pays en
développement leur ignorance. préfèrent rester silencieux pour masquer

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CHAPITRE 1 NOUVEL ORDRE ECONOMIQUE INTERNATIONAL ET

SUBSTITUTION

DES IMPORTATIONS:

LES DEUX MYTHES

DU TIERS MONDE

Le Nouvel Ordre Economique International (NOEl) que les pays en développement appellent de leurs vœux dans les années soixante-dix marque bien de leur part la volonté de renverser l'ordre inégal qui règne entre pays développés et pays en développement. ~e sommet des non alignés, en 1964, aborde la question des matières premières et, lors de la réunion de Lusaka en 1970, les non alignés remettent en question, pour la première fois, les structures du système économique international. Un groupe de pays, plus dévoué à une cause politique, le nonalignement, aborde les problèmes économiques mondiaux.
LA CONFRONTATION DANS LES FORUMS INTERNATIONAUX

La CNUCED devient le lieu de conflits intenses mais également un outil précieux pour les pays en développement qui leur permet d'harmoniser leurs positions et d'initier des négociations. Les pays en développement se sentent plus confiants pour entamer des négociations car la crise de l'automne 1973 atteint les pays développés de plein fouet. Ceux-ci sont en plein désarroi et sont donc plus réceptifs aux demandes du Sud. Le président du mouvement des non alignés demande la réunion d'une session spéciale de l'assemblée des Nations Unies consacrée au problème des matières premières et au développement. Les pays en développement ont recours à une diplomatie proclamatoire. Ils se rallient derrière la position des pays les plus intransigeants dans les négociations, ceux qui poussent à la confrontation entre pays développés et pays en développement. Le groupe des 19

77 se retranche derrière des positions maximalistes et soumet des demandes cumulatives, composées à partir d'intérêts divergents, qui doivent masquer le manque d'unité et de cohésion entre des pays, divisés par une superposition de clivages politiques, économiques ou idéologiques 10. Longtemps dépourvu de structure institutionnelle, le groupe des 77 favorise une structure informelle, plus à même de sauvegarder sa liberté d'action Il. La confrontation avec les pays développés

constitue l'un des - seuls ciments d'un groupe, marqué par
l'hétérogénéité. Plusieurs organisations se partagent les pays en développement: le mouvement des non-alignés et les producteurs de pétrole. Le groupe des 77 dispose d'une enceinte, la CNUCED, qui promulgue la doctrine de Raul Prebish. Les demandes du groupe des 77 se rattachent à l'école de la dépendance inspirée par le marxisme. Sous le leadership intellectuel de Raul Prebisch et de Samir Amin, ils pensent que le commerce international et l'investissement désavantagent la périphérie, menant au commerce inégal. Seules des stratégies économiques d'autonomie peuvent garantir une industrialisation rapide. La stratégie de substitution des importations que bien des pays en développement adoptent dans les années soixante. et soixante-dix, doivent protéger leurs industries naissantes. Les pays asiatiques sont les seuls à se tourner, dans les années cinquante, vers des industries de
10 Rothstein, Robert, 1979, Global Barganing in UNCTAD and the Quest for an International Economic Order; Center for International Studies, Princeton, Princeton University Press, pp. 130-135. Il Landau, Alice, 1982, "Cohésion et dispersion au sein du Nouvel ordre économique international", dans Dusan Sidjanski et Harold Jacobson (eds.), The Emerging International Economic Order, Dynamic, Processes, Constraints and Opportunities, Beverly Hills, Sage publications, p. 92. 20