Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 42,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

La Grande Menace. La psychanalyse et l'enfant

De
664 pages

Ce livre est unique en son genre. Pour la première fois, un psychanalyste rend compte de la cure complète d'un enfant enfermé dans l'angoisse et l'agressivité sous la menace du complexe de castration. Venu chez Denis Vasse à l'âge de quatre ans, il est reparti guéri deux ans plus tard. C'est une cure "complète", en ce sens que Vasse reproduit non seulement la totalité des dessins de l'enfant et des dialogues qu'il a noués avec lui, mais aussi ses réflexions en cours de séance ainsi que les commentaires et les réflexions que suscite après coup chez lui, hors séance, le progrès de la cure. Enfin, à la suite d'un séminaire (intitulé "la psychanalyse et l'enfant") tenu avec d'autres psychanalystes, il rapporte les débats et les questionnements que la cure de Christian a suscités chez eux, ainsi que ses réponses. La grande menace représente un document exceptionnel. À la lumière d'une pratique qui se heurte autant au refus de parler qu'à des dessins "invisibles", il précise ce que l'écoute de l'inconscient veut dire, revient sur l'interprétation et la place de l'analyste, explicite les conditions de la cure. Un livre sans équivalent dans la littérature psychanalytique, destiné non seulement aux analystes, mais aux parents et aux pédagogues. Au-delà de la cure d'un enfant, il laisse entendre comment la psychanalyse touche au fondement du genre humain et combien elle éclaire les liens vivants qui tissent la structure de l'homme.


Voir plus Voir moins
couverture

Du même auteur

AUX MÊMES ÉDITIONS

Le temps du désir

Essai sur le corps et la parole

1969

coll. « Points Essais », 1997

 

L’ombilic et la voix

Deux enfants en analyse

Le champ freudien, 1974

coll. « Points Essais », 1999

 

Un parmi d’autres

Le champ freudien, 1978

 

Le poids du réel, la souffrance

1983

 

La chair envisagée

La génération symbolique

1988 ; nouvelle édition augmentée, 2002

 

L’Autre du désir et le Dieu de la foi

Lire aujourd’hui Thérèse d’Avila

1991

 

Inceste et jalousie

1995

 

La souffrance sans jouissance ou le martyre de l’amour

Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face

1998

 

La dérision ou la joie

La question de la jouissance

1999

 

La Vie et les vivants

Conversations avec Françoise Muckensturm

2001

CHEZ D’AUTRES ÉDITEURS

Se tenir debout et marcher

Du jardin œdipien à la vie en société

Gallimard, 1995

« L’inconscient est une partie de notre personnalité qui, dans l’enfance, s’en détache, n’en suit pas l’évolution ultérieure et qui est, pour cette raison, refoulée : l’inconscient, c’est l’infantile en nous. Les rejetons de cet inconscient refoulé, ce sont les éléments qui entretiennent le penser involontaire, lequel constitue la maladie. »

Sigmund FREUD

LIRE LA GRANDE MENACE


Marie-José D’Orazio-Clermont

Ce livre relate une histoire, une longue histoire qui a commencé il y a trente ans.

Dans un dispensaire de province, un psychanalyste reçoit, à la demande d’une école, un petit garçon inquiétant. Des rencontres s’ensuivent et, au fil du travail, s’établit autour de dessins et de modelages un de ces dialogues étonnants que seul un psychanalyste peut entretenir avec un patient petit ou grand.

Avec la même persévérance qui l’a aidé à mener cette cure et grâce à la complicité d’une secrétaire, l’analyste a transcrit, séance par séance, tous les échanges. Trente ans plus tard, des analystes participant au Séminaire de lecture que Denis Vasse anime depuis plus de vingt ans lui demandent de choisir une cure d’enfant comme texte d’étude. Denis Vasse se risque alors à exposer ce qui s’est passé entre un enfant et lui pendant une cure de deux années.

Il expose intégralement les séances hebdomadaires de la cure de Christian, un petit garçon de cinq ans : le texte du dialogue entre l’enfant et l’analyste, les dessins, mais aussi les attitudes de l’analysant et les réflexions du psychanalyste. Deux années de travail ont sorti ce petit garçon de la folie et de la « débilité ». À partir de l’inhibition initiale, nous assistons, grâce à l’interprétation, à l’apparition dans le transfert du fantasme d’une araignée toute-puissante qui règne sur le jeu des pulsions de son corps et sur l’organisation du monde. Dans les dessins et les attitudes de l’enfant se révèlent les liens fantasmatiques qui se sont tissés et qui paralysent son rapport aux autres et au monde. Ce travail de symbolisation des fantasmes inconscients qu’a permis l’interprétation des productions graphiques et orales conduit Christian à élaborer un dessin surprenant. Rejoignant Lurçat dans ses tapisseries d’Angers, Le Chant du monde, il dessine une arche d’alliance sur laquelle une bête éjacule.

L’exposition d’un tel travail est exceptionnelle. Dans la littérature analytique, il est rare que soit ainsi offert au lecteur le déroulement d’une cure, de bout en bout, jusqu’à sa conclusion.

Ce travail clinique est ponctué de textes théoriques qui sont le deuxième volet de ce livre. Ils permettent l’écoute et le repérage de la structuration psychique. Ils précisent ce qu’est l’écoute de l’inconscient, l’interprétation analytique, la place de l’analyste et les conditions de la cure. En lien avec la précision de la clinique, ce texte est une leçon magistrale sur la vivante rigueur du travail analytique. Il explicite les liens fantasmatiques, archaïques qui, dans la profondeur de l’inconscient, régissent le comportement pathologique de l’adulte comme de l’enfant et les enferment dans une image d’eux-mêmes en les détournant du champ de la parole et du langage dans lequel le genre humain trouve sa spécificité originaire : l’homme parle et, parlant, il révèle la vie dont il vit dès l’origine ou à laquelle il se refuse.

Enfin, le troisième volet n’est pas le moins intéressant. Il est composé du questionnement, par les psychanalystes qui participent à son Séminaire, du travail de Denis Vasse. Pouvoir interroger pendant cinq années de Séminaire un psychanalyste sur une cure, le soumettre à la demande de préciser ses appuis théoriques et l’inviter à rendre compte des subtilités du travail transférentiel et de l’écoute qui élabore les interprétations est vraiment d’un grand intérêt pour tout lecteur.

C’est pourquoi la lecture de ce livre peut se mener de façon très différente. Au-delà des psychanalystes, ce livre concerne les éducateurs, les parents, les pédagogues, ainsi que tous ceux qui ressentent aujourd’hui la nécessité d’une anthropologie nouvelle. Aussi, selon la perspective choisie, le lecteur y entrera par la porte qui lui convient en s’affranchissant de la lecture continue, page par page.

S’il est intéressé par le déroulement d’une cure analytique, qu’il le lise de bout en bout en sautant les passages théoriques et les notes de la cure ainsi que les questions et les réponses. Et il n’oubliera pas de s’attarder sur les dessins. Il apprendra à les lire, à interpréter. Sans eux, pas de cure, pas d’échanges, pas de structure repérable : ils sont le fondement du travail.

S’il est curieux de théorie, de beaux chapitres l’attendent. Ils sont l’élaboration d’un travail qui rend compte de la dimension de désespoir chez l’analyste, du chemin de la libre association des idées, de la force des défenses, du déni de la parole dans la relation spéculaire, de l’évitement de l’altérité, du jeu des différences qui structurent le corps de l’homme dans son rapport aux autres et au monde.

Il n’est pas impossible que le lecteur retrouve, dans les questions et les réponses qui font la vie d’un Séminaire, des développements de ce qu’il aura lu dans les notes de la cure aussi bien que dans les chapitres théoriques.

Ce à quoi la psychanalyse nous donne accès est beaucoup plus qu’un champ de théorisation. Elle touche au fondement de l’humanité. Elle tisse les liens mobiles dans lesquels se déploie la structure de l’homme. Elle dit avec rigueur qu’on ne peut plus parler de la naissance, de l’éducation, du mariage, du savoir, du bonheur, de la vie et de la mort… en ignorant une telle science. C’est vrai pour le travail thérapeutique des cures, cela l’est aussi pour la lecture des comportements quotidiens. Même si cela représente une tâche impossible à programmer et d’une certaine manière un défi, la transmission et l’enseignement de la psychanalyse importent plus que jamais. Ainsi en témoignent l’écoute du semblable ou du prochain, l’éducation des enfants et la nécessité de l’organisation politique du monde.

QUELQUES INDICATIONS QUI FACILITERONT LA LECTURE


La présentation du texte qui concerne les séances de la cure de Christian diffère selon qu’il s’agit :

– des échanges entre Christian et son psychanalyste ;

– de ce qu’a remarqué le psychanalyste pendant les séances ;

– des notes commentant l’exposé de la cure au moment du Séminaire.

 

Bien des phrases dites par le psychanalyste se terminent par un point là où on pourrait attendre un point d’interrogation. Au lieu d’être dites sur un ton interrogatif, elles le sont sur le ton affirmatif de l’interprétation qui propose et libère de l’inhibition du doute ou d’un choix impossible.

 

Les pages des textes théoriques sont repérables au grisé de la tranche du livre.

 

Le texte des questions et des réponses enregistrées au cours des échanges qui ont eu lieu durant le séminaire est en italique.

 

Les dessins de Christian sont reproduits en pleine page au début de chaque séance, sur la page de gauche (page paire).

Ils ont été reproduits tels que Christian les a réalisés ou tels que Denis Vasse les a fait apparaître : en noir et blanc ou en couleurs quand le blanc ou le jaune clair du crayon les rendaient invisibles.

 

Dans le cours du texte, les dessins sont reproduits dans des dimensions plus réduites. Ces vignettes portent des numéros entre parenthèses indiquant les détails auxquels renvoient les mêmes numéros inscrits dans le texte des échanges entre le petit patient et le psychanalyste.

Dans le texte, ces numéros se composent :

– d’un premier chiffre qui correspond au numéro de la séance (de 01 à 58) ;

– d’un deuxième chiffre précédé d’un trait d’union qui indique s’il s’agit du premier (-1), du deuxième (-2) ou du troisième (-3) dessin effectué au cours de la même séance ;

– d’un troisième chiffre en exposant qui signale le détail du dessin auquel se réfère le texte.

Par exemple : 19-25 = séance 19, dessin 2, détail 5.

 

Les séquences de cures d’adultes sont toujours introduites :

– par X.X. lorsque le patient parle ;

– par D.V. lorsque c’est le psychanalyste.

Tous les noms propres – de personne, de lieu – ont été modifiés ainsi que toutes les dates.

INTRODUCTION

LA PSYCHANALYSE ET L’ENFANT


Le symptôme et l’interprétation

Pour maintenir ouverte la question de l’homme close ou clôturée par une pathologie infantile toujours inquiétante, nous n’avons qu’un seul moyen : nous pencher sur la particularité de l’histoire d’un sujet humain. Elle nous conduira là où la parole est enfouie, perdue, et où la vie n’a plus de sens. L’impasse du symptôme enferme l’homme dans un comportement stérile que traduit un langage répétitif. Il ne parle pas en vérité : ce qui signifie que la vie ne se révèle plus en lui. Il étouffe, il perd le souffle. Avec les symptômes, le corps est pris en tenaille dans un jeu indéfini d’images et de mots qui ne représentent pas le petit d’homme. Ainsi s’annule la question du sujet dans son rapport aux autres et à l’Autre. Elle s’annule en déniant ce qui réfère l’homme à l’origine de la vie comme à la source de la parole.

Aucune période n’est plus appropriée au repérage de cette confiscation de l’homme en lui-même que celle de l’enfance. La manière dont les enfants – les infans – écoutent, dans l’arche silencieuse de leurs sens, la vie qui sourd en eux répond de et à la parole en confirmant ou en infirmant les parlêtres (Jacques Lacan) que nous sommes, le genre humain. Ainsi, dès l’âge précoce, et même avant, la parole est la médiatrice entre les vivants. Chacun d’eux interprète dans sa singularité l’unique vie dont tous vivent. Interpréter consiste à ouvrir au nouveau-né l’espace de la parole dans lequel il prend corps et qui fait de lui un sujet parmi d’autres.

On pourrait inscrire en lettres d’or cette maxime : la parole en vérité exige l’interprétation des mots du langage pour quelqu’un qui parle parce qu’il écoute et qui écoute parce qu’il parle. Ce lieu où se reçoit la parole est aussi celui d’où elle naît. Il est irréductible à quelque représentation que ce soit.

Que les mots résonnent en chaque membre ne veut pas dire que tous obéissent à la logique d’un même raisonnement ou d’une même langue, mais que tous parlent. Dans la mesure où les mots signifient quelque chose pour quelqu’un, pour l’enfant qui naît comme pour l’adulte qui meurt, l’homme découvre ce qu’il est en vérité. Il pleure, il se réjouit. Il parle. Il n’est quelqu’un que si un autre l’écoute et l’appelle par un nom qui ne représente rien d’autre que lui. Les autres mots du langage lui diront le monde et ses habitants. Mais à l’enfant-loup les mots ne parlent pas vraiment, ils se bousculent en lui car ils ne s’adressent à personne. L’enfant est livré à la stéréotypie de la compulsion, à l’agressivité la plus féroce ou à la passivité la plus indifférente. Le petit d’homme qui s’y enferme vivra de l’indéfinie sensation d’être à côté, de ne pas être là où il répond de ce qui parle en lui et dans les autres, de ne pas être vrai, d’être dans l’imposture.

Il y a des symptômes, chez l’adulte comme chez l’enfant, qui, s’ils ne sont pas lus de manière psychanalytique, interprétés en fonction de ou dans le jeu de l’inconscient, enfouissent le sujet dans une indéfinie répétition de leurs causes et de leurs effets. Supporté par l’automatisme féroce des pulsions, non indexé dans ses rapports aux autres par la parole à l’entrecroisement des sensations et des mots, le mutisme peut s’installer très précocement. Il fait symptôme d’appel. C’est à cet endroit qu’il faut repérer la surdité de l’entourage ou des parents. C’est alors que s’instaure le cercle vicieux d’un symptôme qui entretient la surdité et d’une surdité qui entretient le symptôme. C’est de la brisure et de l’élargissement de ce cercle vicieux qu’il est question dans la psychanalyse.

La liste est longue des symptômes qui conduisent la régression jusqu’à l’ambiguïté confusionnelle dans laquelle l’interprétation devra trancher pour tenter de libérer l’enfant du refus qu’il oppose, dans la plus grande indifférence, à toute tentative de le faire parler :

– le silence boudeur du retrait ;

– la rencontre ressentie comme violence – jusqu’à la colère ;

– le gémissement du nourrisson entre pleurs et mots ;

– la sensation d’être perdu, d’être livré à une agitation des yeux sans voir ;

– la sidération de la peur et l’automatisme qui s’ensuit ;

– l’hostilité à la présence ;

– la toute-puissance d’une pensée qui se situe au-delà ou en deçà du vrai et du faux ;

– l’endormissement protecteur jusqu’à la tentation de la torpeur suicidaire ;

– l’éblouissement envahissant d’un plaisir délirant ;

– le retrait en soi qui fait fi de toutes limites et la peur d’être sans lien ;

– l’agressivité du fantasme jusqu’à l’évanouissement (fantasme des coups de couteau donnés sans arrêt dans le corps d’un enfant : il est increvable) ;

– l’impossibilité de dire l’émotion « comme si » elle n’était pas ressentie : orgueil et peur noués par le mensonge ;

– le déni des motions intimes de tristesse et de joie.

Même s’ils ne se rencontrent pas tous dans un même tableau, ces symptômes sont le pain quotidien de l’analyste. Ils conduisent au point crucial d’une chair humaine qui, de n’être pas interprétée, parlée, nommée, se trouve livrée à l’ignorance meurtrière du refus. Rien ne semble alors toucher le petit d’homme au cœur. Il semble assigné à résidence dans une « forteresse vide ».

Il arrive que la levée d’écrou du sujet prisonnier se passe dans le cours même d’une cure. En témoigner est nécessaire à la transmission même de la psychanalyse. Cependant écrire un tel livre est un risque que je n’aurais pas pris seul. J’y ai été amené, non sans intérêt et non sans joie, par ceux qui, après seize années de lecture de Freud et de Lacan, m’ont demandé d’animer un Séminaire que j’ai intitulé « la psychanalyse et l’enfant ».

Ce livre fait part de la manière dont la psychanalyse permet d’approcher la question de l’homme chez les enfants comme chez les adultes, dans la génération.

Je me souviens qu’à la fin de sa vie Françoise Dolto avait utilisé ses forces vives à transmettre ce qui lui avait été donné de pratiquer. Cette transmission se fait par l’élaboration d’un discours théorique qui évoque et fait résonner la pratique de celui qui parle en même temps que celle de ceux qui écoutent.

La transmission ne saurait trouver sa voie que dans le témoignage que la théorie autorise quand elle permet de ne pas s’en tenir à l’anecdote ou à l’exposé d’un savoir-faire. Que l’enfant soit touché par la parole qui lui est adressée, qu’elle produise en lui des effets qui ne sont rien de moins que ce qui caractérise l’essence du genre humain et que d’emblée il la prenne à son compte avec tous les avatars qui définiront la particularité de son histoire : voilà ce qui, à partir de la psychanalyse, ne peut laisser indifférent aucun lecteur.

Dans le transfert, la présence de l’analyste mobilise la libido fixée au stade archaïque du développement. Les enfants et leurs troubles nous conduisent au plus près d’une anthropologie qui tient compte de l’inconscient, du réel que vise le désir et de la parole du sujet dans son rapport aux autres et à l’Autre. Cette perspective est celle d’une psychanalyse dont la technique n’occulte pas la question de l’homme. Nous savons tous, peu ou prou, en effet, que cette question se ferme ou plutôt qu’elle n’est plus autorisée à se poser quand la technique d’une discipline devient sa propre fin et que tout se rabat dans la maîtrise d’un discours logique et clos. Nous croyons, au contraire, que ce qui fonde une discipline dans le réel est cela même qui, en toute rigueur, lui échappe. Cette échappée indique son origine.

Prise au sérieux, la pratique de l’analyse met en lumière le rapport du thérapeute à la langue et le risque de faire dire aux enfants n’importe quoi parce que ça l’arrange, sans que l’interprétation, comme ce doit toujours être le cas, soit confirmée par la libération du sujet de la fixation qui l’emprisonne, ou par l’insistance d’une dénégation redoublée.

La rigueur de l’analyse ainsi conduite ne va pas sans discrétion. Le rituel de la rencontre analytique est là pour éviter la séduction dans les attitudes, la manipulation du corps de l’enfant, l’irruption d’un prétendu amour qui hystérise le rapport et fait croire à une avancée thérapeutique. Cette discrétion est de l’ordre d’une discipline que le patient peut interroger dans l’espoir de la transgresser mais qui est de mise si l’on veut travailler dans la rigueur. Elle est encore plus requise avec un adulte.

La discrétion consiste aussi à ne pas dire n’importe quoi, comme à ne pas dire quelque chose qui ne soit pas adressé au patient même s’il y a risque d’erreur de notre part. L’interprétation sauvage, celle que l’on fait hors transfert ou hors des conditions qu’elle exige, est de l’ordre du manque de discrétion.

La rigueur ne consiste pas à avoir raison. Elle réside dans l’initiative libre, souple et vivante qui établit des liens entre les différents éléments d’une structure. Elle autorise à percevoir la variation de ces liens quand l’un des éléments de la structure est affecté. Elle discerne ainsi l’identité d’un être dans la variation même de ses modalités.

L’abstraction – car il s’agit d’elle – consiste à saisir les liens structuraux et à élaborer les concepts sans s’accrocher aux représentations imaginaires ou à la pure description anecdotique.

Quelqu’un peut être enfermé dans un discours, dans une image, dans un mouvement, dans une habitude, dans une pensée, c’est à lui en son enfermement qu’il s’agit de s’adresser. Toute interprétation qui donne un sens au contenu du discours, à l’image, au mouvement, à la répétition de l’habitude, à l’association des idées, hors de l’axe du transfert, ne s’adresse plus au sujet inconscient. Elle peut être « exacte » et rendre compte de la cohérence d’un discours ou d’un savoir en général. Elle n’en demeure pas moins sauvage. Sur ce chemin, nous rencontrerons Sigmund Freud à tous les carrefours.

I

L’ARAIGNÉE-CHATOUILLES


Séances 1 à 4

La cure de Christian Curatier

ENTRETIENAVECMONSIEURET MADAME CURATIER

Christian a bientôt cinq ans. À l’école il ne s’amuse pas, il regarde en l’air, il ne fait rien. C’est par la médiation de la maîtresse et de l’assistante sociale que les parents ont été amenés à consulter au centre médico-psychologique. Christian a été reçu par la psychologue du centre qui me demande de le voir.

Il est né un 10 avril. La mère fait un lapsus, elle dit : le 4 avril au lieu du 10 avril (lapsus que je note). La suite de l’examen révélera que le 4 avril est la date de naissance de la grande sœur.